La course à obstacle trudeauiste de Réjean Hébert (texte)

Réjean Hébert, Justin TrudeauDifficile de dire qui prend le plus grand risque, dans l’étonnant flirt en cours entre l’ex-ministre péquiste Réjean Hébert et le premier ministre libéral Justin Trudeau.

La motivation de Réjean Hébert a le mérite d’être limpide. Il a consacré sa vie à développer son modèle de grand virage des soins à domicile pour les personnes âgées. Ministre à Québec, le temps et,  il faut bien le dire, l’argent, lui a manqué pour réaliser son projet.


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Il rêve maintenant d’en devenir le maître-d’œuvre à Ottawa et de l’imposer, tout simplement, aux provinces, dont le Québec. Il indique comment il s’y prendrait dans les entrevues qu’il donne ces jours-ci : en modifiant la méthode de financement fédéral de la santé, donc en obligeant le Québec et les autres de prioriser ce que lui, de son poste de ministre de la santé du Canada, voudra qu’ils priorisent.

Lui qui dénonçait, à Québec, les empiétements d’Ottawa dans la santé propose maintenant de faire passer ces empiétements à la vitesse supérieure. Il est donc parfaitement, sur ce point, Trudeau-compatible. Oui, mais, sur les autres points ?

Ne devient pas trudeauiste qui veut !

Le ticket d’entrée dans la tribu trudeauiste est de plus en plus difficile à obtenir. Il ne suffit pas de vouloir y aller. Il faut gagner sa place.

Lorsque Jean Lapierre est retourné au Parti libéral du Canada, après un passage remarqué au Bloc Québécois, il a dû se soumettre à quelques pirouettes. Par exemple, à la question de savoir s’il avait voté oui ou non au référendum de 1995, il a du faire semblant de ne pas s’en souvenir.

L’exemple plus récent de Yolande James doit nous servir d’indicateur pour juger de la difficulté qu’aura Réjean Hébert à arborer le chandail libéral fédéral.

Ex-ministre de l’Immigration de Jean Charest, Yolande James avait été choisie par Justin Trudeau comme une excellente candidate dans le comté sûr de Saint-Laurent pour une élection partielle en avril 2017.

Mais comme, au Parti libéral, il y a encore des conventions d’investiture, Mme James a dû se battre pour devenir candidate. Et elle a dû se battre contre ce qui est considéré comme politiquement incorrect dans l’idéologie trudeauiste.

Or Yolande James avait posé un geste de lèse-trudeauisme, comme ministre de l’immigration. Sous sa gouverne, une femme musulmane avait voulu prendre un cours de francisation en portant son voile intégral, un niqab. La ministre James avait appuyé la décision des autorités scolaires de réclamer de cette dame qu’elle prenne le cours à visage découvert.

Les autres candidats pour ce poste, dont une certaine Marwah Rizqy, lui ont beaucoup reproché cette position qui va à contre-courant du multiculturalisme érigé chez les trudeauistes comme un dogme.

Très motivé à se retrouvée députée fédérale, et probablement ministre, Yolande James a fait son acte de contrition, affirmé qu’elle avait évolué sur cette question, qu’elle n’agirait plus de la même façon.

Cela n’a pas suffi. Elle fut battue à la convention. Durement. Les portes du trudeauisme ne la laisseraient pas passer.

Excellent pour la fête des pères !

Retourner sa veste sur la laïcité

Revenons à Réjean Hébert. Il devrait savoir que la question de la laïcité fera partie de la campagne électorale à venir.  Justin Trudeau a déclaré qu’il est « impensable » que la loi québécoise sur les signes religieux soit appliquée. Son ministre de la justice, le futur collègue de Réjean Hébert et député de Verdun,  l’a déclaré « inacceptable ». Les deux ont affirmé que, lorsque la loi sera en vigueur, Ottawa va agir pour protéger les droits des minorités religieuses. Reste simplement à savoir quelle sera cette action.

Et qu’en dira Réjean Hébert ? Lors du débat sur la Charte des valeurs du gouvernement Marois, il était ministre de la santé. Les banques de données regorgent de citations du ministre Hébert se disant favorable à l’interdiction des signes religieux, non seulement en éducation, mais dans le milieu de la santé. Il en était un promoteur enthousiaste.

Son ancien collègue Bernard Drainville lui a demandé en entrevue s’il appuyait le projet de loi actuel. Il a déclaré n’avoir pas d’opinion à ce sujet.

Les trudeauistes trouveront un peu courte cette réponse. Devenu trudeauiste, Réjean Hébert devra avoir une opinion là-dessus. Il devra se renier, très clairement. Et il apprendra peut-être, comme Yolande James, qu’il ne suffit pas de changer d’opinion pour passer le test. Car lorsqu’on marche sur la peinture, on laisse des traces.

Bref, la course à obstacles qu’entreprend maintenant Réjean Hébert est à haut risque. Dans le pire des scénarios, il réussirait à se faire élire dans un parti libéral qui se retrouverait dans l’opposition pour quatre ou huit ans.

Le risque mal calculé de Trudeau

Posons maintenant la question de la motivation de Justin Trudeau. On mesure mal, du Québec, combien la psychée fédéraliste d’Ottawa est encore marquée par l’aventure conservatrice de Lucien Bouchard. Brian Mulroney avait cru à la conversion fédéraliste de Lucien Bouchard, lui avait donné des portefeuilles considérables. Mais dès que la souveraineté, que chacun croyait morte (comme d’habitude)  a repris du poil de la bête, Bouchard a voulu revenir à ses anciennes amours. Il a démissionné avec fracas du cabinet pour aller former un parti, le Bloc Québécois, qui allait décimer les conservateurs au Québec.

Réjean Hébert n’est pas Lucien Bouchard, non. Mais les cercles fédéralistes ont tiré de l’épisode Bouchard la conclusion qu’il ne faut jamais faire entrer dans le cénacle un ancien souverainiste. Le risque est trop grand. Aucune profession de foi fédéraliste ne peut effacer la suspicion causée par les péchés séparatistes antérieurs.

Et il n’y a rien de pire, comme motivation, de se faire dire par une nouvelle recrue que la souveraineté n’est plus à l’ordre du jour, comme le fait Réjean Hébert. Car, si elle le redevient, à l’ordre du jour ? Les fédéraux ont déjà joué dans ce film-là,  et ils ne veulent pas de remake.

Justin Trudeau a donc un prix politique à payer en recrutant un ancien ministre de Pauline Marois. Chroniqueurs et adversaires mettront en doute la qualité de son jugement.  Ils feront tourner en boucle les déclarations d’hier du bon Dr Hébert.

Soit Trudeau a un mal fou à se trouver des candidats de valeur, soit il a mal mesuré son risque.

L’opération est donc une double course à obstacles pour Trudeau et pour Hébert.


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Message (à peine fictif) des médecins à François Legault: Mille fois merci !



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