La femme qui fonce: Liza Frulla

Une chose que je n’ai pas comprise dans la biographie que consacre Judith Lussier à Liza Frulla est qu’au début de sa carrière, des francophones avaient de la difficulté à prononcer son nom de famille. Frulla. Vraiment ?

La Pasionaria, titre de cette biographie autorisée, exprime bien l’intensité et l’énergie qui se dégagent de cette femme passionnée et attachante. Son passage n’est jamais passé inaperçu et elle laisse derrière elle des traces visibles dans la publicité, la culture et la politique du dernier quart de siècle.

Sylvie Bourque jouait Linda
Hébert, inspirée par Liza Frulla Hébert

Publicité parce que, devenant la première femme à diriger la réclame d’une des grandes brasseries québécoises, Labatt, elle fut de ceux qui ont imposé la québécitude dans la vente de cette boisson masculine. Qu’elle a d’ailleurs féminisée en faisant la promotion de marques plus raffinées.

La culture, car dans son incarnation précédente, journaliste sportive, elle a inspiré chez son copain de passage Réjean Tremblay une des figures féminines les plus fortes de la télé des années 80, la journaliste aussi retorse que séduisante Linda Hébert, dans les premières saisons de Lance et Compte.

La politique aussi, et la politique culturelle en particulier, Liza Frulla étant lors de son passage au cabinet Bourassa la maîtresse d’œuvre de la première politique québécoise de la culture, applaudie par tous.

Le citoyen attentif apprendra peu de choses dans cet ouvrage compétent qu’on dirait complaisant si on avait quelque chose de désagréable à dire de Mme Frulla, ce qui de toute évidence n’est pas le cas. Ses détracteurs sont une denrée rare. Le lecteur non-spécialisé est convié à suivre un parcours fort en rebondissements et en réalisations.

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Indépendantiste, fédéraliste, une question d’orgueil !

On y apprend au moins une chose surprenante. Venue d’une famille aux racines italiennes et attachée au Canada, Frulla est très sensible aux arguments de René Lévesque et votera Oui au référendum de 1980.

Pourquoi ? Un élan du coeur, diagnostique Lussier. « J’avais du mal à accepter qu’on aurait fait si peur au monde pour finalement se désister. J’avais trop d’orgueil pour ça.» Bref, pour elle, puisque le Québec s’était engagé dans la voie de la souveraineté, et que cela avait suscité beaucoup de réactions négatives, il fallait aller au bout de la démarche. « Ce n’est pas dans ma nature de tout brasser pour n’obtenir aucun résultat» explique-t-elle. Ce qui est curieux car elle n’est nullement engagée dans le mouvement, n’a pas milité, ne s’est pas affichée. Mais elle réagit telle une participante d’un mouvement qui la porte, comme Québécoise.

Sa réaction post-défaite vaut aussi la peine d’être relevée. « Quand j’ai vu que la majorité avait voté NON, je me suis dit: c’est terminé. On a eu honte une fois, on n’aura pas honte une deuxième fois.»

J’ai entendu un propos approchant d’un ténor fédéraliste bien connu. Il m’a un jour confié avoir voté Oui en 1980. « Ce soir-là, dit-il, j’ai tellement pleuré que j’ai juré que vous ne me feriez jamais encore pleurer comme ça.»

Comme quoi l’émotion, l’orgueil, le refus de subir à nouveau la défaite sont de puissants ressorts politiques. (J’ai abordé le sujet dans mon ouvrage de 2019 Qui veut la peau du Parti Québécois ?)

Le charme suranné du féminisme à la Frulla

La biographe Lussier étant une féministe militante, son regard sur les succès accomplis par Liza Frulla dans les boy’s club successifs du journalisme, de la publicité puis de la politique est digne d’intérêt. D’autant que, si Frulla fut d’une énergie créatrice dans plusieurs ministères, son passage à la Condition féminine à Ottawa fut plutôt timide.

« L’égalité des genre, la promotion des femmes, elle y croit, explique une collaboratrice. Mais dans ce domaine-là, on rencontrait souvent des « chialeuses », et ça, Liza, les « chialeuses », elle n’aime pas ça.»

Lussier résume: « Alors que les féministes de la génération Y dénoncent les injustices dans leurs moindres retranchements, les féministes libérales, elles, ont tenté de « faire avec » les injustices. Plutôt que de brandir leurs blessures comme autant de preuves d’inégalités comme le font les millénariales, les féministes de la génération de Liza portaient ces marques comme des trophées, avec fierté. ‘À la petite remarque déplacée, je renvoyais une réplique castrante. J’ai fait ça toute ma vie et il n’y a pas une situation que je n’ai pas été capable de contrôler’ dit Liza. […] Pour la génération de Liza, l’important était de réussir à « faire sa place ». On voulait fracasser le plafond de verre sans nécessairement se soucier de retirer les obstacles pour les suivantes. […] Et en devenant des modèles, ces femmes ont pavé la voie, tassant, de fait, quelques obstacles.»

Un rapport d’étape ?

Liza Frulla est aujourd’hui à la barre de l’Institut d’Hotellerie du Québec, qu’elle a fait passer à la vitesse supérieure. Certes, sans dévoiler sa date de naissance, on peut affirmer que l’essentiel de son parcours est derrière elle.

Mais elle est de ces personnes qui débordent d’énergie et de résilience. Je ne crois pas que le dernier chapitre de son parcours est écrit. Elle a un jour pensé devenir mairesse de Montréal, voire de briguer la direction du Parti libéral du Québec. Ces options ne figurent plus à l’horizon.

Mais avec son amie Louise Beaudoin, elle a accepté de piloter le renouvellement du Statut de l’artiste au Québec. Elle préside Culture Montréal. J’estime qu’elle n’a pas fini de nous étonner.

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3 réflexions sur « La femme qui fonce: Liza Frulla »

  1. Oui, Liza Frulla est dynamique, débordante d’énergie, innovatrice mais aussi opportuniste. Je ne me fierais pas à elle sur le long terme car en bout de ligne je pense que ses intérêts personnels passeront toujours en premier. Du moins, c’est ce que je ressens à son égard.

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