La violence ? C’est dépassé !

L’Afghanistan, l’Irak, la Tchétchénie, les attentats de Ben Laden. Nous sommes dans une spirale de la violence. Oui, mais une spirale descendante.

Préparez-vous à devoir lire deux fois la phrase qui suit : « Il y a de moins en moins de violence dans le monde. » Je vous l’avais dit, non ? Incroyable ? Absolument. Pourtant, le nombre de conflits armés sur la planète, qui avait augmenté, depuis 1960 jusqu’à un sommet de 51 conflits simultanés En 1991 (probablement un record dans l’histoire moderne), décline constamment depuis. Il en restait la moitié (25) en 2000. Puis 20 en 2005.

Le nombre de conflits ? dites-vous en lecteur sceptique. Foutaise ! Ce qui compte, c’est le nombre de morts, de blessés, de violées, de réfugiés ainsi que l’ampleur des destructions, n’est-ce pas ? Les experts du Center for Global Policy, de l’Université du Maryland, qui tiennent les comptes depuis cinq ans et qui viennent de publier leur plus récent rapport, sont d’accord avec vous. Rien n’a été pire, pour ce qui est du nombre de victimes, que la Deuxième Guerre mondiale. Depuis, l’intensité des combats, les pertes de vies, les démembrements et les déplacements de populations ont atteint une pointe en 1991, mais se sont ensuite réduits de moitié en 2002, puis des deux tiers en 2004. À l’échelle de la misère des peuples, c’est un extraordinaire retournement de situation, en l’équivalent historique d’une fraction de seconde.

Un politologue de l’Ohio, John Mueller, et un journaliste du New Republic, Gregg Easterbrook, ont calculé que les Terriens qui vivaient au 20e siècle avaient 1 ou 2 chances sur 100, en moyenne, d’être victimes de conflits armés. Cela variait bien sûr selon la décennie, l’origine ethnique, le lieu de naissance. Mais en 2000, le risque moyen n’était plus que de 0,005 sur 100. Certes, cela fait toujours 300 000 morts. Et lorsqu’on est mort, on l’est à 100%. Mais la cigarette, le cancer, la voiture (en Occident) et la malnutrition (dans le Sud) font désormais plus de victimes que la guerre.

Dans ces chiffres globaux, ceux qui sont liés au terrorisme, bien sûr, sont à la hausse depuis 2001. Mais il faut des centaines de 11 septembre, d’attentats de Madrid et de Londres pour égaler le bilan annuel d’une guerre des années 1960 ou 1970. Al-Qaida ne fait pas le poids face au déclin général des conflits entre États, des guerres civiles, des tentatives de génocide.

À quoi devons-nous cette embellie ? À la démocratie. Quelque 80 dictatures de moins en 20 ans, le doublement du nombre d’élections, cela fait moins de colonels au pouvoir, moins de bruits de bottes dans les rues. Ceci expliquant cela, on constate que les dépenses militaires mondiales, en dollars constants, ont chuté de près du quart au cours des 10 dernières années. Cela fait toujours 1 000 milliards de dollars. Mais si la tendance se maintient, nous ne compterons bientôt plus qu’en centaines de milliards… Ce qui signifie surtout que les sommes qui ne sont pas dépensées dans l’armement le sont ailleurs : dans la santé, l’éducation, les infrastructures. Ce que réclament librement les électeurs. Ce que ne peuvent exiger les peuples assujettis.

On pourrait trouver beaucoup à redire sur la valeur des efforts internationaux visant à prévenir puis faire cesser les conflits. Ils ont toutefois le mérite d’exister. La disparition des deux grands blocs fait aussi son petit effet. Pendant la guerre froide, Washington ou Moscou, voyant le monde comme un grand échiquier, se faisaient fort d’appuyer chacun l’un ou l’autre des protagonistes de conflits lointains, ce qui en augmentait l’intensité. Aujourd’hui, bien des guérillas sont orphelines, donc moins actives. Voyez les maoïstes péruviens qui doivent se recycler dans la cocaïne… Quelle misère !

Ça ne vous avait pas frappé, ce déclin de la violence ? Moi non plus. Normal. Qu’il y ait 51 conflits en cours, comme en 1991, ou 20, comme maintenant, cela fait toujours assez de lancers de grenades pour qu’on nous en parle tous les soirs à la télévision. Il faudrait qu’il n’y ait aucun conflit pendant, disons, un mois pour qu’on commence à entendre le silence.

Cela n’arrivera pas. Des Les analystes estiment cet apaisement temporaire. Le déclin des guerres contribue un tantinet à l’augmentation de la population mondiale. Une population qui veut un accès croissant à deux ressources essentielles, dont la disponibilité est décroissante : l’eau et le pétrole. Le plus grand test de notre nouvelle propension à la non-violence est devant nous.

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À propos de Jean-François Lisée

Il avait 14 ans, dans sa ville natale de Thetford Mines, quand Jean-François Lisée est devenu membre du Parti québécois, puis qu’il est devenu – écoutez-bien – adjoint à l’attaché de presse de l’exécutif du PQ du comté de Frontenac ! Son père était entrepreneur et il possédait une voiture Buick. Le détail est important car cela lui a valu de conduire les conférenciers fédéralistes à Thetford et dans la région lors du référendum de 1980. S’il mettait la radio locale dans la voiture, ses passagers pouvaient entendre la mère de Jean-François faire des publicités pour « les femmes de Thetford Mines pour le Oui » ! Il y avait une bonne ambiance dans la famille. Thetford mines est aussi un haut lieu du syndicalisme et, à cause de l’amiante, des luttes pour la santé des travailleurs. Ce que Jean-François a pu constater lorsque, un été, sa tâche était de balayer de la poussière d’amiante dans l’usine. La passion de Jean-François pour l’indépendance du Québec et pour la justice sociale ont pris racine là, dans son adolescence thetfordoise. Elle s’est déployée ensuite dans son travail de journalisme, puis de conseiller de Jacques Parizeau et de Lucien Bouchard, de ministre de la métropole et dans ses écrits pour une gauche efficace et contre une droite qu’il veut mettre KO. Élu député de Rosemont en 2012, il s'est battu pour les dossiers de l’Est de Montréal en transport, en santé, en habitation. Dans son rôle de critique de l’opposition, il a donné une voix aux Québécois les plus vulnérables, aux handicapés, aux itinérants, il a défendu les fugueuses, les familles d’accueil, tout le réseau communautaire. Il fut chef du Parti Québécois de l'automne 2016 à l'automne 2018. Il est à nouveau citoyen engagé, favorable à l'indépendance, à l'écologie, au français, à l'égalité des chances et à la bonne humeur !