Le flegme nouveau de M. Legault

photo_2059611_resize_articleJ’ai toujours cru qu’ils avaient tort, ceux qui ont attribué à l’arrivée de François Rebello à la CAQ en janvier et à ses déclarations souverainistes le début du désamour entre l’opinion publique et le parti de François Legault.

J’ai toujours cru que les extraits, très médiatisés, d’un discours prononcé par M. Legault au même moment avaient fait encore plus pour dégonfler les enthousiasmes. On y voyait un François Legault pompé au max, lisant sur des téléprompteurs un texte enflammé, et jetant du haut de son spectre vocal des anathèmes à tous les gouvernements qui l’avaient (l’auraient?) précédé.

La performance était si stridente qu’elle provoquait un mouvement de retrait littéralement physique. Pas question de se taper ça pendant une campagne électorale, nos oreilles ne tiendraient pas. Deux spécialistes de la communication rencontrés depuis partagèrent avec moi leur avis que ce moment avait beaucoup nui au nouveau chef du nouveau parti.

Il faut croire que les conseillers de communication de l’époque de François Legault ont été virés et remplacés par des gens d’une autre école: celle du calme. Et au congrès de fondation de la CAQ ce week-end, Mr Hyde/Legault avait disparu, remplacé par Dr Jekyll/Legault.

Rien de très différent dans le contenu, mais un autre ton: posé, délibéré. Reposant pour les oreilles.

L’entrée en bourse de CAQ-INC

Cette correction est bienvenue et prouve, au moins, que François Legault sait apprendre. Mais c’est bien la seule nouvelle du week-end — outre la proposition de demander un amendement constitutionnel sur le sujet de la langue, ce qui semble contredire le mantra central d’éviter de nouvelles chicanes avec Ottawa. Passons.

Pour le reste, on a assisté à la poursuite de l’opération CAQ-INC. Des membres qui ont versé 0,00 dollars pour obtenir une carte de membre furent réunis pour une brèvissime session de non-discussion, visant à estampiller les propositions imaginées en vase clos par l’équipe de direction.

Le tout adopté dans une quasi-unanimité qui aurait semblé louche, même chez les Libéraux de Jean Charest.

On comprend que les gens adhèrent à la CAQ parce qu’ils en partagent les propositions principales et parce qu’ils en apprécient le chef. Normal qu’il n’y ait pas beaucoup de tourmente sur les virgules. Mais si ce parti lancé du haut vers le bas a désormais des pieds, force est de constater que ce sont toujours des pieds d’argile. Raison de plus pour garder son calme, au sommet.

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À propos de Jean-François Lisée

Il avait 14 ans, dans sa ville natale de Thetford Mines, quand Jean-François Lisée est devenu membre du Parti québécois, puis qu’il est devenu – écoutez-bien – adjoint à l’attaché de presse de l’exécutif du PQ du comté de Frontenac ! Son père était entrepreneur et il possédait une voiture Buick. Le détail est important car cela lui a valu de conduire les conférenciers fédéralistes à Thetford et dans la région lors du référendum de 1980. S’il mettait la radio locale dans la voiture, ses passagers pouvaient entendre la mère de Jean-François faire des publicités pour « les femmes de Thetford Mines pour le Oui » ! Il y avait une bonne ambiance dans la famille. Thetford mines est aussi un haut lieu du syndicalisme et, à cause de l’amiante, des luttes pour la santé des travailleurs. Ce que Jean-François a pu constater lorsque, un été, sa tâche était de balayer de la poussière d’amiante dans l’usine. La passion de Jean-François pour l’indépendance du Québec et pour la justice sociale ont pris racine là, dans son adolescence thetfordoise. Elle s’est déployée ensuite dans son travail de journalisme, puis de conseiller de Jacques Parizeau et de Lucien Bouchard, de ministre de la métropole et dans ses écrits pour une gauche efficace et contre une droite qu’il veut mettre KO. Élu député de Rosemont en 2012, il s'est battu pour les dossiers de l’Est de Montréal en transport, en santé, en habitation. Dans son rôle de critique de l’opposition, il a donné une voix aux Québécois les plus vulnérables, aux handicapés, aux itinérants, il a défendu les fugueuses, les familles d’accueil, tout le réseau communautaire. Il fut chef du Parti Québécois de l'automne 2016 à l'automne 2018. Il est à nouveau citoyen engagé, favorable à l'indépendance, à l'écologie, au français, à l'égalité des chances et à la bonne humeur !