Le mauvais coton de Québec solidaire

« Québec solidaire file un mauvais coton ».

On doit l’expression à Pascal Bérubé, chef intérimaire du PQ. C’était au lendemain du sondage Léger révélant que la formation de gauche avait perdu le tiers de ses appuis dans l’électorat. Le tiers, en huit mois. C’est énorme.

Ce résultat de 10% des intentions de vote a ramèné QS bien en deçà de son résultat électoral (16%), comme si sa remarquable progression de la campagne de 2018 s’était évaporée. Selon la projection de sièges mise à jour par P.J. Fournier dans la foulée, si l’élection avait eu lieu fin novembre, QS aurait perdu deux ou trois de ses 10 sièges actuels.

(Note: je discute de la controverse Dorion/Roy en fin de texte.)


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Les sondages doivent toujours se prendre avec des pincettes et il est préférable d’attendre d’en avoir deux ou trois pour confirmer une tendance. Cependant le Léger de novembre fut suivi de l’élection partielle de Jean-Talon, où QS espérait mener une chaude lutte à la CAQ et faire progresser son électorat.

L’espoir était permis, car la percée de QS à Québec en octobre 2018 était impressionnante, prenant Taschereau au PQ et Jean Lesage au PLQ, un tour de force. Une progression nette dans Jean Talon, dans un effet de contagion fondée sur l’idée que QS était devenue l’opposition progressiste à Québec, était censée. L’idée des solidaires de faire de l’élection un référendum contre le troisième lien, pour fédérer les environnementalistes dans ce vote derrière QS n’était pas un mauvais choix.

Le résultat fut inversement proportionnel aux attentes: loin de progresser, l’électorat QS a reculé de plus de deux points de pourcentage, passant de 19,2% en 2018 à 17% en 2019.

Le verdict sur l’effet Dorion

Il s’est vraiment passé quelque chose. Un désamour entre une partie de son électorat et la marque de commerce QS. Ces résultats offrent une réponse à une question que je me pose depuis un an sur l’effet Catherine Dorion.

Il faut juger de la stratégie de chacun des partis non en fonction de la totalité de l’électorat mais de la cible électorale que chaque parti se donne. L’objectif de QS n’est pas de convaincre Mario Dumont et Denise Bombardier de voter pour eux, mais bien de consolider leur vote actuel et d’assurer une croissance dans la jeunesse et parmi tous les progressistes québécois.

Ils ciblent donc les campus et ont fait une opération « invitez-nous sur votre campus », avec une vidéo très full ado mettant en vedette Sol Zanetti et Catherine Dorion.

Ayant cela en tête, on pouvait poser l’hypothèse suivante. Le Québec produit chaque année 80 000 nouveaux adultes en âge de voter. On a de bonnes raison de penser que 40% d’entre eux ont voté QS en 2018. Si les solidaires réussissaient à maintenir cette progression année après année, ils s’assureraient une augmentation constante de leur base électorale.

Il y a évidemment plusieurs jeunesses. Il y a des jeunes conservateurs, individualistes. Si 40% des jeunes ont voté QS, c’est que 60% ne l’ont pas fait. Chef du PQ, j’ai un jour visité un centre de formation où des jeunes se spécialisaient dans le domaine de l’électricité et apprenaient comment poser des bornes de recharge pour voitures électriques. J’ai demandé aux membres du groupe de lever la main pour indiquer s’ils voulaient s’acheter une voiture électrique. Aucun n’a levé la main. « Ils sont plus intéressés par des RAMs » m’a expliqué le prof. Je ne pense pas qu’ils aient voté QS.

N’empêche. Comment garder le 40% qui, lui, est rebelle, anti-establishment, éco-éveillé, a inventé le slogan « fuck toute » et trouve rigolo de tweeter « OK Boomer » ? N’est-ce pas en ayant dans son équipe une figure très médiatisée qui multiplie les coups d’éclats et fait rager les mononcles et les matantes ?

Catherine Dorion a parfaitement incarné ce rôle. Vous ne pouvez vous imaginer comment il est difficile, en politique, de faire comprendre à l’électorat quel est votre message principal, votre attitude, votre couleur. Surtout entre les campagnes électorales, alors que l’électorat écoute très peu ce qui se passe.

Dorion, grâce à son originalité et à la répétition de son message anti-conformiste a réussi cet exploit. Et on pouvait penser que, chaque fois qu’elle était dénoncée par des Mario Dumont et Denise Bombardier, elle marquait des points. Si matante est offusquée, peuvent penser les jeunes rebelles, c’est qu’on est dans la bonne voie.

La députée Dorion a bien compris cette mécanique.

Après la controverse sur sa présence à l’Assemblée en coton-ouaté, ses partisans ont lancé sur la toile un mouvement #Moncotonouatémonchoix, pour faire du judo avec le débat. Ce mouvement — que quelqu’un a appelé le « conton-ouatisme » — a eu un réel écho sur twitter et Facebook, dans les journaux et dans les radios.

Quand elle s’est déguisée, pour l’Halloween, en députée chic en tailleur, bas noirs et jupe courte (ce que j’ai trouvé amusant), Denise Bombardier l’a accusée d’être, je cite, « l’Égérie sulfureuse de la gauche déjantée et féministe ».

La députée Dorion a répliquée en portant un T-Shirt arborant la phrase de Bombardier. (Il est d’ailleurs en vente ici.) Un excellent coup.

En terme de portée médiatique, l’effet Dorion est majeur. Voici ce qu’en pense d’ailleurs Mario Dumont:

« Je suis subjugué par son extraordinaire capacité à susciter de l’intérêt, à capter l’attention des médias. Le niveau de visibilité qu’elle a atteint a de quoi rendre jaloux la plupart des députés de l’Assemblée nationale. Selon les standards de 2019, nul ne niera son génie à utiliser à la fois les médias sociaux et les médias traditionnels pour faire parler d’elle. »

Bon, Mario y va un peu fort en parlant de « génie ». J’estime que Dorion est une bonne improvisatrice, qui ne mesure pas toujours l’ampleur de l’impact qu’elle va provoquer, impact qui est simplement fonction de l’équation suivante:

1) si vous avez un comportement qui choque la norme, cela va attirer l’attention médiatique
2) si les médias ont parlé de votre premier comportement choquant et que cela a intéressé les lecteurs/auditeurs, ils vont sauter sur tous les autres

On peut penser, et nous avons des informations qui nous permettent de le penser, que l’activité de la députée fait grogner quelques-uns de ses collègues du caucus qui n’ont pas sa célébrité. Les responsables de la stratégie de communication solidaire n’ont pas du trouver drôle de devoir gérer l’effet Dorion les jours où ils auraient préféré passer un autre message.

Cela n’a pas la moindre importance. La seule question est de savoir si l’impact sur l’électorat est positif.

Car la controverse n’est pas en soi contre-productive. Elle est parfois exactement ce qu’il faut pour se faire entendre et se faire adopter… par son électorat cible.

La douche froide

Je ne sais pas si le politburo de QS fait faire des sondages ou s’il ne se fie qu’aux indications anecdotiques, assez nombreuses, qu’un parti recueille constamment dans ses réseaux.

Mais il est clair que la direction de QS a déterminé, cet automne, avant même le Léger et la partielle, que l’effet Dorion était contreproductif. La décision, sans précédent, d’interdire à Mme Dorion d’être présente lors du congrès de QS de novembre est en soit un événement. « Interdire à un député d’être à un Congrès, a déclaré le toujours en verve Pascal Bérubé, je ne savais pas que c’était une option, j’en prends bonne note pour l’avenir ! »

Au lendemain du sondage Léger, la co-porte-parole Manon Massé s’est crue forcé d’affirmer: « Catherine Dorion n’est pas le monstre que vous tentez de décrire ». Monstre, le mot est fort et n’avait auparavant été utilisé par personne. Il nous donne un indice de l’ampleur du malaise que crée Dorion au sein de l’appareil solidaire et dans son électorat.

Au lendemain de la partielle de Jean-Talon, le co-porte-parole Gabriel Nadeau-Dubois a donné ce témoignage de l’effet Dorion dans le travail de persuasion pendant la partielle: «On en a entendu parler des deux côtés, parfois négativement, mais aussi parfois positivement et puis à peu près dans des proportions similaires».

On sait que les politiciens enjolivent toujours les choses, alors si GND parle de réactions dans des proportions similaires, c’est que le problème est grave. Car il n’évoque pas les réactions dans la totalité de l’électorat. Un parti ne cible, dans une élection, partielle ou nationale, que les électeurs les plus enclins à voter pour lui. Il nous informe donc que dans l’électorat Solidaire et apparenté, Dorion nuit autant qu’elle aide. Ce qui est, en terme stratégique, une catastrophe.

Restait l’hypothèse voulant que Dorion aide chez les jeunes mais nuise chez les plus vieux. Le sondage Léger est terrible à cet égard.

Lorsqu’on compare les résultats des deux sondages Léger de l’année, celui de mars 2019 et celui de novembre 2019, on constate en effet que QS a perdu la moitié de ses appuis chez les 55 ans et plus, passant de 11 à 5%. La chute est moins dure chez les 35-55 ans, de seulement 4 points, de 15 à 11. Nous n’avons pas, et c’est dommage, un échantillon suffisamment important des 18-25 ans, mais chez les 18-35 ans, l’appui de QS passe de 25 à 18, soit une perte de 7 points.

C’est ça qui est tragique. Car une perte chez les plus vieux pouvait s’accepter, seulement si le gain chez les plus jeunes était très considérable. Mais on ne le voit nulle part. Au contraire, la contraction du vote QS est visible dans tous les groupes d’âge.

On peut en tirer la conclusion que la proportion de jeunes qui sont réceptifs au message non-conformiste de Dorion est plus limitée qu’on aurait pu le penser. Si c’est vrai pour Dorion, c’est aussi vrai pour les positions radicales de QS en général, ce qui n’est pas une bonne nouvelle pour la capacité de croissance de QS.

Un PQ qui refuse de rester dans le rétroviseur

Vous vous souviendrez peut-être que, chef du PQ, j’étais extrêmement soucieux d’empêcher que QS dépasse le PQ en fin de campagne en 2018. J’estimais que ce croisement des courbes allait donner à l’électorat péquiste un signal de déclin terrible qui nous donnerait un résultat encore pire que celui que nous avons connu.

QS au contraire comptait sur ce signal pendant la campagne de 2018 pour mieux attirer les votes péquistes et, n’ayant pas réussi à y arriver alors, comptait bien se présenter à l’électorat en 2022 avec le PQ dans son rétroviseur.

En janvier 2019, un Mainstreet affirmait que cet objectif était atteint. Mainstreet donnait 16% à QS et seulement 9% au PQ. On a dû sortir le mousseux au politburo ce jour là.

Le mois suivant, en février, Léger tempérait cette ardeur en affirmant que les deux partis étaient à égalité, chacun à 15%. Restait cependant de l’espoir, car QS était stable alors que le PQ était en descente. Si la tendance se maintenait, un autre bouchon pourrait sauter.

Mais voilà qu’en novembre 2019, la chute de QS et la montée du PQ font en sorte de donner au parti de René Lévesque une avance de 9 points sur son adversaire. C’est beaucoup.

Au-delà de l’effet Dorion

Le sondage a aussi eu lieu après un Congrès où QS a affirmé avec force sa position indépendantiste. J’ai expliqué dans une autre balado comment la stratégie des solidaires ne peut pas mener à l’indépendance, mais cela ne les empêche pas de s’afficher tel.

La couverture médiatique du congrès de QS a fait comme si l’engagement souverainiste de QS était une grande surprise, ce qui était bizarre puisque ce parti n’a jamais caché son choix et a effectué, au cours des années, des campagnes de promotion de l’indépendance.

Ce rendez-vous était simplement la dernière étape de la fusion avec Option Nationale. La petite formation a toujours eu comme programme de poser des gestes de rupture avec le Canada au lendemain de son hypothétique prise du pouvoir, même s’il n’était appuyé que d’une minorité de l’électorat. Ce péché démocratique originel d’ON a tout simplement été digéré par QS. Affirmer qu’au lendemain de sa prise de pouvoir, et sans référendum, on allait empêcher Ottawa de continuer à percevoir des impôts au Québec était fou braque à ON, c’est maintenant fou braque à QS.

Le député Andrès Fontecilla l’a dit avec lucidité, je le cite: «ça ne plaira peut-être pas exactement à tous, mais on savait vers quoi on s’en allait lorsqu’on a fusionné avec Option nationale, alors il faut assumer».

Puisque la souveraineté n’est pas un thème porteur dans l’électorat en ce moment, le fait que cet élément soit mis en lumière juste avant un grand sondage et une partielle peut avoir nui à la marque QS. Paradoxalement, le PQ, qui a eu moins le mérite de proposer une voie démocratique vers l’indépendance, n’a nullement pâti de la tenue de son propre congrès sur la question. Il en est sorti, lui, légèrement grandi.

Pour un récit des épisodes précédents concernant QS, c’est ici !

Que les commentateurs aient dénoncé le programme de rupture ON-QS, cela est juste et bon. Mais on ne peut reprocher à une formation indépendantiste de réfléchir à l’organisation d’un Québec souverain, y compris à ses alliances internationales, sa politique étrangère, son armée. Le PQ a eu ces débats tout au long de son existence. Ne pas réfléchir à la réalité de son projet, voilà ce qui serait irresponsable.

En fait je perçois dans les railleries entourant la proposition d’armée de QS — au delà de l’humour brut, toujours bienvenu — un vieux réflexe de colonisés. Comme si le Québec indépendant ne pouvait avoir, comme des dizaines de pays de sa taille, sa propre armée. Rire de l’idée que le Québec souverain ait son armée, c’est mettre en doute la capacité des Québécois d’être maître chez eux.

Des problèmes organisationnels ?

L’organisation est la colonne vertébrale de la progression d’un parti. Plus on peut institutionnaliser ses forces, mieux c’est. Disposer de militants qui œuvrent au sein d’organisations-frères (et sœurs) et en tirent un revenu stable assure une force de frappe solide.

C’est pourquoi les stratèges de QS soignent la progression de leurs membres dans les organisations populaires et syndicales — ils ont maintenant une force prépondérante au Conseil central de Montréal de la CSN et sont une réelle force au sein de la FTQ — et multiplient les passerelles organisationnelles avec Projet Montréal (le parti de la mairesse Plante) et avec le NPD.

Mais l’élection fédérale et la chute de la maison NPD a porté un dur coup à cette stratégie. L’existence d’un député et de plusieurs attachés politiques, animant des exécutifs de circonscriptions actifs, dont l’essentiel peut se mettre au service de QS est une mine d’or pour un parti. Le couple PQ-Bloc l’a beaucoup mis à profit au cours des décennies.

Le fait que le nombre de députés néo-démocrates passe de 59 en 2011 à 15 en 2015 puis finalement à un seul en 2019 est une catastrophe pour la main-d’oeuvre politique disponible à QS. Notamment pour leurs ambitions en régions. À Montréal, heureusement pour eux, la réélection de Projet Montréal est probable en 2021. Son appareil politique (où il y a aussi des péquistes, cela dit) sera donc disponible pour donner un coup de main à l’élection québécoise de 2022.

Le Congrès de QS de novembre dernier a donné des signes d’affaiblissement organisationnel. Selon les règles du parti, les 125 circonscriptions québécoises auraient pu envoyer plus de 900 délégués au Congrès. Il y en avait moins de 600. C’est donc que la machine partisane n’a fonctionné qu’à 66% de sa capacité.

Je peux témoigner que dans les années de croissance du PQ, il était très rare que le maximum ne soit pas atteint. Il y avait au contraire des listes d’attentes.

Sur le site Presse toi à gauche, Marc Bonhomme, un militant de QS, très critique, note aussi que seulement « 24 associations locales sur 80 organisées ont contribué au cahier de résolutions » ce qui est effectivement peu pour un parti de débats. Il signale également « qu’aucun poste électif en jeu [ne fut] contesté à part celui de porte-parole homme par un jeune candidat inconnu provenant d’une association marginale ayant obtenu 11% des voix ».

C’est effectivement étonnant. Un parti en forme suscite toujours des candidatures nombreuses pour les postes disponibles sur son exécutif. C’était encore le cas lors du dernier congrès du PQ. Ce ne l’était pas à QS. Moi qui ai beaucoup fait pour publiciser l’importance des sièges du Politburo des solidaires, je suis un peu déçu que si peu de candidats veuillent en faire partie.

C’est probablement le signe que Quebec solidaire, pour l’instant et peut-être pas pour toujours, file en effet un très mauvais coton.


Ajout: L’effet Dorion bis ?

En 1989 le documentariste Michael Moore présente son premier film « Roger and Me ». L’objectif du film est de démontrer la dévastation et la pauvreté suscitée par les pertes d’emploi chez General Motors, dont le président est Roger Smith. Les tentatives répétées de Moore de rencontrer Smith offre l’épine dorsale du film, jusqu’à ce qu’il réussisse à lui parler pendant quelques secondes à la toute fin. Mais les critiques de Moore ont trouvé une vidéo où ce dernier discute avec Smith pendant cinq minutes en 1987. Moore a répondu qu’il ne l’avait pas mentionné dans son documentaire car c’était avant qu’il travaille sur son film (ce qui est très douteux) et que, de toutes façon, « ce n’est pas le sujet du film ».

Ceux qui ont adoré « Roger and Me », comme moi, sortent de l’épisode en estimant s’être fait avoir par Moore. Il n’a jamais admis sa faute. J’ai continué à apprécier ses documentaires, mais en gardant un sein scepticisme en tête.

Voilà exactement ce qui se passe avec la vidéo de Catherine Dorion sur Nathalie Roy. Son sujet est la langue de bois et la perte de temps en politique. Mais l’épine dorsale de son récit est le fait que, comme elle le dit dans la vidéo,

« à aucun moment on a répondu à la question que j’ai amenée, à aucun moment on n’a pu parler ensemble de la même chose et avancer sur un sujet » .

Sa question portait sur la décision gouvernementale de financer le salaire des journalistes et des chroniqueurs de presse écrite, et non des seuls journalistes. Dorion parle d’un « débat qui n’aura jamais eu lieu dans les faits ».

La vérité est qu’il y a eu un moment, à la fin de l’interpellation, où la ministre a spécifiquement répondu à sa question — Mme Roy ne voit pas pourquoi on ferait une différence entre chroniqueurs et journalistes, tous deux porteurs selon elle de la liberté d’expression. En plus, la ministre a posé une contre-question à la députée: refuserait-elle aussi de financer les éditorialistes ?

Il n’y a aucune ambiguïté, Dorion a dit le contraire de la vérité.

Prise en flagrant délit de désinformation et de malhonnêteté intellectuelle, Dorion utilise la défense de Michael Moore. Comme pour la rencontre avec Smith pour Moore, la réponse de Roy pour Dorion n’était pas pertinente. En plus, « ce n’est pas le sujet » de la vidéo.

Le fait est que l’insertion de la réponse tardive de la ministre dans la vidéo aurait complètement sabordé son narratif. « À aucun moment on a répondu » est plus intéressant que « On a mal et peu répondu ».

Catherine Dorion devrait-elle s’excuser ? Cela lui appartient. Certains politiciens (Mulroney, Charest) ont toujours eu comme principe de ne jamais s’excuser de rien. Cependant on sait qu’elle peut faire preuve de malhonnêteté intellectuelle et de refuser de le reconnaître.

Elle avait procédé exactement de la même façon en avril dernier. Elle avait déclaré ceci dans une vidéo :«Oui, ils [les radios parlées privées de Québec] vont radicaliser du monde, du monde qui font des actes haineux, du monde qui font des meurtres, ils vont faire ça. C’est pour ça que je trouve ça dangereux.»

A l’animateur Eric Duhaime qui s’était fort justement senti accusé de pousser des auditeurs vers des « actes haineux » et des « meurtres », elle avait refusé d’admettre qu’elle avait, pour le moins, fait un raccourci et a plutôt accusé Duhaime d’exagérer et de faire une.«crise de bacon nationale». Elle avait tout de même absout spécifiquement Duhaime de tout crime. Mais d’excuses, jamais.

En ce sens elle ne détonne pas à Québec Solidaire. Le parti avait refusé de prononcer des excuses lorsque des accusations de racisme avaient été proférées au micro à l’endroit du Parti Québécois à leur congrès de 2017 par une déléguée.

De même en mars 2018, Manon Massé écrivait dans Le Devoir, après avoir nommé les trois hommes qui étaient à la tête des autres partis au Québec comme faisant partie du « boys club », la phrase suivante: « Ce sont eux qui essaient de camoufler leurs scandales sexuels tout en refusant de débloquer des budgets adéquats pour lutter contre les violences sexuelles. »

Il y eut un tollé. Mme Masson a déclaré avoir relu son texte et ne pas vouloir en changer une virgule. Amir Khadir a dit endosser « à 100 pour cent » les propos de sa collègue.

Bref, il y a la les germes d’une tradition solidaire du refus de reconnaître l’erreur, même factuelle, même calomnieuse.

Catherine Dorion est-elle responsable de propos haineux envers Nathalie Roy ? Absolument pas. Les personnalités publiques, chaque fois qu’elles sont critiquées, sont la cible de haine. On ne va pas cesser de les critiquer pour ça. Que les propos violents soient signalés aux policiers et qu’on bloque les trolls.

Nathalie Roy a-t-elle bien répondu à l’interpellation ? Absolument pas. Elle a effectivement joué la montre, rempli le temps. Elle aurait du débuter avec sa réponse de la fin, argumenter la décision du gouvernement, poser sa question sur les éditorialistes, demandez ce que Mme Dorion ferait avec des journalistes qui font tantôt de la collecte de données, tantôt de l’analyse.  Une ministre de meilleur calibre aurait réussi sans problème à discuter de l’enjeu directement.

Tous les ministres sont-ils comme Nathalie Roy ? C’est ce qu’affirme Dorion dans sa vidéo, mettant dans le même panier tous les ministres, libéraux, caquistes, péquistes. C’est faux. Certains sont évidemment des experts du louvoiement, comme l’était Jean-Marc Fournier. D’autres restent spécifiquement sur le sujet mais offrent des réponses qu’ils savent tronquées, je pense à Gaétan Barrette. D’autres faisaient le maximum pour répondre, je pense à Sébastien Proulx, Mes collègues ministres du gouvernement Marois étaient reconnus pour répondre aux questions le plus directement possible.

Catherine Dorion a-t-elle raison sur le fond ? Absolument, à mon avis. Ancien journaliste et chroniqueur, j’avais exactement cette position lorsque j’étais chef du Parti québécois. J’estime que ce qui est à risque et ce qui devrait être soutenu par l’État est le journalisme de collecte de l’information (et d’enquête) politique, social, économique, scientifique et culturel. L’éditorial, la chronique, l’analyse, la caricature et les pages voyages et cuisine devraient être exclues de la subvention, ou alors n’en obtenir qu’une mince fraction, si les budgets le permettent. Dorion a raison, si on n’a que 50 millions à mettre en soutien au médias, il faut cibler le journalisme, pas l’opinion. (Ce débat n’a pas eu lieu pendant que j’étais chef mais j’avais indiqué ma position aux représentants des journalistes qui étaient venus m’en parler.)

La solution pour les journalistes/chroniqueurs est assez simple. Dans leurs déclarations, les entreprises de presse demanderaient les crédits pour les employés consacrant, disons, les deux tiers de leur activité au journalisme classique.
C’est déclaratoire. S’ils fraudent et qu’il y a audit, ils sont mis à l’amende, comme c’est le cas en ce moment pour l’essentiel des déclarations d’impôts.
On pourrait aussi décider que les chroniqueurs ont une fraction (disons le tiers) du crédit d’impôt offert aux journalistes classiques.

Vais-je continuer à écouter les vidéos de Catherine Dorion ? Oui, mais comme pour les documentaires de Michael Moore, je m’attendrai désormais à ce qu’il y ait toujours une part de fiction dans ses démonstrations.

 


La bande annonce de ma dernière balado Lisée101:

La bande annonce d’une récente balado Lisée202:

 

11 réflexions sur « Le mauvais coton de Québec solidaire »

  1. Ce long texte lève le voile sur les dessous de QS, au delà des personnages . C’est important . M.Lisé est instructif. Il a payé cher sa dénonciation des portes paroles au débat des chefs. Même si m.Lisé à mal paru dans le corset serré de tva, il avait raison de d’essayer de casser l’image téflon de QS.

  2. Dans les analyses de la chute dans les sondages de QS, à ma grande surprise on ne mentionne que rarement un facteur pour moi déterminant dans cette debandade de QS à savoir la question de la laïcité de l’état à l’égard de la loi 21. Ainsi aux dernières élections provinciales, QS proposait dans son programme l’approche Bouchard-Taylor et au congrès suivant l’élection, volte face de cette position avec l’approche dite « inclusive ». Une bonne partie de la base de QS s’est sentie trahie par leur parti qui ne défendait plus le principe de neutralité de l’État. La chute du NPD au Québec lors des dernières élections fédérales prend sa source selon moi dans la désapprobation des québécois de l’approche multiculturaliste du NPD. Aussi la baisse de l’appuie à QS aux élections partielles à Quebec origine aussi de cette question de la laïcité. J’ai moi-même militer au sein de QS jusqu’aux élections et j’ai quitté le parti sur la base de mon désaccord sur la question de la laïcité et ce autant sur le fond que de la façon antidémocratique dont le comité de coordination de QS nous a enfoncé dans la gorge sa position multiculturelle en matière de laïcité de l’État. Bref, la désaffection de QS n’est nullement causée par la tenue vestimentaire de Catherine Dorion mais bien plus à la position du parti concernant la loi 21.

  3. Je m’attendais et non à mieux pour QS dans Jean-Talon. J’ai des tableaux qui exposent mon cheminement.

    Le PQ s’est résolument déclaré pour l’indépendance, bonne idée à terme, nulle dans l’immédiat à mon avis mais le choix relève du parti ou de l’exécutif de la circonscription; non-indifférence, mais non-ingérence.

    L’électorat de Jean-Talon n’est pas mûr pour le vert; presqu’autant que celui de Louis-Hébert en 2017. Le passage intergénérationnel y mettra le temps. Moins avec Catherine et Sol. Richesse oblige et démographie aura le dernier mot. C’est dire diraient les Jacques, Jacques Henripin et Jacques Parizeau.

    L’espoir était permis ? Après le beau temps, la pluie; c’est comme après le PQ brièvement en 2012, à nouveau le PLQ en 2014 pour 4 ans.

    Bienvenue à la génération Mario Dumont et à l’arrivée de Liberté-Québec au pouvoir; j’écrirais à la charge.

    Si une figure vaut 1000 mots, en voici une fraîche du matin sur mon profil parmi d’autres qui expose une situation excitante :

    https://www.facebook.com/robert.lachance.3532

  4. M. Lizée
    Êtes vous mal pris depuis votre défaite aux dernières élections au point de devoir vous lancer à nouveau dans la bataille ? Seriez-vous déjà rendu au point d’aller faire votre épicerie de la semaine avec 75$ .
    Les politiciens sont devenus comme les professionnels du sport et les humoristes. Tout simplement des amuseurs publiques. C’est pour cela que beaucoup sont écoeurés de s’amuser et restent chez eux aux élections. Aux prochaines élections je
    serai du nombre et je resterai chez moi à la chaleur.
    Richard Walsh

    • Alors, cessez de perdre votre temps si précieux et passez votre chemin…

    • Ce qui est platte, c’est la partisanerie .
      Dans le mot  »partisanerie,  » il y a les mots  »partis » et  »anerie ».
      Ne pas voir les bon coups et bonnes idees d’un parti, amene a cette image:
      Ton char est pris dans la neige, et pour sortir il faut pousser par en avant. 1 qui pouse par en avant, 1 qui pousse par le coté gauche, 1 qui pousse par le coté droit, pis 1 qui pousse pour reculer. Ou tu pense qu’il va aller ton char?
      Il va manquer de gaz avant de sortir du banc de neige.
      C est ca la partisanerie…

  5. Excellent texte, mais le parallèle avec Moore me paraît plus ou moins valide. Il n’était pas un élu et il ne dénonçait pas un élu. Il cherchait à montrer les résultats de la soif de profit de GM et des horribles répercussions sur sa ville natale. Qu’il ait parlé à Smoth ou non ne change absolument rien à son propos. Dorion, elle, dénonce une ministre en trafiquant les faits dans la plus pure mauvaise foi pour influencer l’opinion publique à propos du gouvernement. C’est le noyau même de sa vidéo. Ça enlève toute crédibilité à son propos.

    • Excellent texte, c’est sûr !

      Pour ce qui est du parallèle avec Moore, je passe à plus connaissant que moi.

      Pour la suite, je n’ai pas compris que Dorion dénonce une ministre, mais un dispositif parlementaire mensuel institutionnalisé de 2 heures où elle déplore qu’un.e représentant.e du Gouvernement, ne répond pas à la question. Nathalie Roy n’est qu’un exemplaire.

      Pour le noyau, ne vous tenez pas bien, je n’arrive pas.

      https://www.youtube.com/watch?v=UhybzFeqTy0 Diane Dufresne

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