Le périlleux parcours du prochain chef libéral

Dominique AngladeTout indique qu’il y aura une course pour la succession de Philippe Couillard à la direction du Parti libéral du Québec.

Une course dans laquelle Dominique Anglade part avec une sérieuse longueur d’avance. Elle a construit une réelle organisation nationale. Elle a réuni les signatures et les sous nécessaires pour se qualifier. Elle dispose de nombreux appuis parmi les députés actuels et les députés sortants en région.

Alexandre Cusson, maire de Drummondville et président sortant de l’Union des municipalités du Québec, sera son principal challenger.


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Une course: pourquoi c’est une bonne chose

Il y a des cas où des couronnements font l’affaire. Lorsqu’un géant frappe à la porte (Parizeau, Bouchard) ou lorsque la popularité du prétendant est fulgurante (Charest, en 1998).

Sinon, la course est essentielle pour assurer la légitimité du nouveau chef. Il y a toujours des zones de turbulences dans la vie d’un parti. Un chef élu a l’avantage d’avoir testé ses idées et sa personnalité pendant la course, et d’avoir triomphé sur d’autres idées et d’autres personnalités. Lors des débats à venir, il (elle) est le seul à détenir cet avantage. Il est déterminant.

Et quoiqu’on dise des divisions qui sont le lot de toutes courses, reste que l’absence de course dans un parti affaibli est un signe supplémentaire de faiblesse. La tenue d’une course attire au contraire l’attention, attire de nouveaux membres. Surtout, elle produit un gagnant.

Quels défis ?

Le constat est clair, le vote libéral francophone s’est effondré lors du vote du premier octobre 2018. Le dernier coup de sonde de Léger ne lui donnait la faveur que d’un Québécois sur 10. Il faudra attendre la fin de la lune de miel de l’électorat avec la CAQ pour savoir si certains électeurs reviennent au bercail libéral.

Maintenant disponible.

Les candidats à la direction enverront des signaux aux francophones. Alexandre Cusson pourra dire qu’il vient du cœur du Québec francophone, Drummondville et qu’en tant que président des maires, il connaît les enjeux des régions comme le fond de sa poche. Anglade a lancé sa campagne à la chefferie en terrain francophone, en Mauricie, plutôt que dans sa circonscription montréalaise et son passage à l’économie l’a aussi familiarisée avec les dossiers régionaux.

C’est bien, mais c’est très insuffisant. Aucune reconquête de l’électorat francophone ne peut se faire sans que le PLQ renoue avec l’identité québécoise, tire donc son épingle du jeu sur certains thèmes identitaires. C’est là que cela devient périlleux.

L’affaiblissement du PLQ hors-Montréal fait en sorte de surpondérer dans son organisation le poids des anglos et des allophones, où les trudeauistes sont dominants. Le PLQ de Couillard fut d’ailleurs celui de la montée et de la normalisation des thèses trudeauistes au sein du parti. Le fait que la course se déroulera alors que les cousins libéraux fédéraux sont au pouvoir rend l’aile trudeauiste plus forte encore.

Dominique Anglade a posé deux gestes de lèse-trudeauisme. Sur la loi 21, elle a bien sûr voté contre, mais a déclaré que le gouvernement fédéral ne devrait pas participer aux contestations légales. Que c’est une affaire québécoise. De sa part, c’est audacieux. Cela la mènera à dénoncer la future décision fédérale d’intervenir, donc de déplaire à l’aile trudeauiste de son parti.

Elle s’est dite favorable à une « loi sur l’interculturalisme » qui ferait du Québec une société distincte dans le Canada multiculturaliste. On peut débattre de la très faible différence entre les deux concepts – je l’ai fait ici – , on peut aussi débattre du faible impact électoral de cet engagement. Mais de la part du PLQ, c’est un signal de dissociation d’avec le Canada de Trudeau. Mme Anglade veut en faire un « message clair d’affirmation de ce que nous sommes ».

On verra ce que M. Cusson et d’autres candidats potentiels en pensent mais Rizqy et Barrette ont envoyé des signaux semblables.

La notion d’interculturalisme n’est pas nouvelle au PLQ. C’est officiellement la politique gouvernementale depuis Robert Bourassa. La ré-adoption de ce concept dans les instances libérales aurait donc dû passer comme une lettre à la poste.

En août dernier, lors de la rencontre des jeunes libéraux, une résolution favorisant l’interculturalisme, plutôt que le multiculturalisme, a bien été adoptée par 68% des délégués, mais la résistance trudeauiste était très audible.

C’est un coup de semonce. La glace identitaire sur laquelle s’avancera le futur chef est fort mince.

L’éléphant dans la pièce

L’éléphant dans la pièce: l’avenir de la loi 21

Il y a un éléphant dans la pièce, et sur la glace: la loi 21. Cette loi a fait porter son ombre sur toute l’élection fédérale qui vient d’avoir lieu. Elle va aussi contaminer le débat libéral au sein du PLQ. Et il n’est pas impossible que l’avenir de cette loi soit une des questions de l’urne lors de l’élection de 2022.

Comment ? Il y a deux possibilités. Soit la Cour suprême invalide la loi, d’ici l’élection québécoise de 2022. Soit elle ne l’invalide pas.

Si elle l’invalide, la CAQ sera dans l’obligation de trouver une façon de la réintroduire et ce sera au centre de son programme électoral. Pour le Parti Québécois, ce sera un cadeau, et il dira que seul un Québec indépendant pourra faire voter une telle loi.

Mais le PLQ ? Il lui sera impossible de promettre de refaire ce que la Cour suprême a défait, au nom des droits fondamentaux. Le nouveau chef du PLQ voudra tourner la page et parler d’autre chose. Cela pourrait cependant l’exclure du débat central de l’élection. Comme QS d’ailleurs, qui a promis de ne pas reconduire la clause dérogatoire.

Si la Cour n’invalide pas la loi, ce sera pire. La loi est appliquée grâce à la clause dérogatoire qui, elle, doit être renouvelée chaque cinq ans. Le gouvernement élu en 2022 devra donc, en 2024, reconduire cette clause pour garder la loi opérante, ou ne pas la reconduire et la rendre inopérante.

La question sera donc la suivante: un PLQ de retour au pouvoir va-t-il reconduire la clause ?

Au moment de lancer sa campagne, Dominique Anglade a donné un signal lourd de sens. «Le projet de loi 21 a été adopté. La suite des choses appartiendra aux militants du PLQ», a-t-elle dit. Ce qui signifie que la position du PLQ sur la survie de la loi sur la laïcité serait décidée par une instance partisane libérale avant l’élection de 2022.

On est donc en piste pour un débat déchirant. La loi 21 est évidemment anathème pour le courant trudeauiste du parti, y compris pour plusieurs membres du caucus.

Pour eux, et une grande partie de l’électorat anglophone du PLQ, l’idée que le parti libéral reconduise cette loi serait complètement inacceptable. On frôlerait le schisme, comme celui qui a conduit en 1989 trois ministres de Robert Bourassa à quitter le PLQ lors de l’utilisation de cette même clause dérogatoire pour reconduire la loi péquiste sur l’unilinguisme dans l’affichage commercial. Bourassa, au pouvoir, pouvait se permettre ces départs. Le PLQ dans l’opposition, non.

Mais la question reste centrale. Le PLQ pourrait-il se présenter à l’électorat en 2022 en promettant aux francophones de leur enlever la loi 21 ? On ne parlerait que de ça.

Bref, au moment où s’engage la course à la direction du parti libéral, les signaux qu’enverront les candidats au sujet de la loi 21 seront essentiels. Il s’agit d’un enjeu dont les libéraux ne veulent pas. Il ne peut que leur nuire. Et il leur nuira.

Mais c’est dans la difficulté qu’on peut voir les gens briller. Pour le futur chef du PLQ, la difficulté ne manquera pas. Le ou la futur chef devra, comme le disait le slogan du gouvernement Charest, « briller parmi les meilleurs ».


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2 réflexions au sujet de « Le périlleux parcours du prochain chef libéral »

  1. Si le PLQ veut retourner à l’Époque du MAÎTRES CHEZ-NOUS et de l’Équipe du tonnerre que Jean Lesage avait constitué pour doter le Québec d’outils essentiels à son développement.

    Si René Lévesque avait su constituer une équipe de jeunes économistes pour valider la faisabilité et la rentabilité de la nationalisation des Compagnies d’électricité, et ainsi avoir les outils pour vendre ce projet au Québécois, le PLQ de 2020 aura une pente à remonter.

    Paul Gérin-Lajoie était venu en politique pour moderniser l’Éducation au Québec et ainsi, être le 1 er à passer une loi sur la laïcité de l’État en matière d’Éducation, en créant le Ministère de l’Éducation. Encore là, Paul Gérin-Lajoie dont les dictées sont toujours populaires, s’est doté d’experts pour abolir le contrôle de la religion catholique sur le contrôle de l’Éducation.

    Est ce que le PLQ est en mesure de faire un tel effort de recréer l’époque da la Révolution tranquille, j’en doute.

  2. La vérificatrice générale identifie plusieurs lacunes au ministère de l’Économie et de l’Innovation entre 2016 et 2018. Il était alors sous la gouverne de Dominique Anglade. Subventions mal justifiées, versements devancés pour des projets sans analyse, un chantier d’un milliard mal géré… Guylaine Leclerc n’est pas tendre envers ce ministère qui dispose d’une enveloppe de 3 milliards pour l’aide au développement économique.
    Je comprends donc que le PLQ laisse la place à la CAQ pour les prochaines années…

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