Le ROC veut-il vraiment parler de constitution?

Je l’avoue, j’étais sceptique. Lorsque j’ai vu ce vendredi la dépêche de la Presse Canadienne annonçant qu’une majorité de Canadiens étaient favorable à rediscuter de constitution, j’ai pensé qu’il s’agissait d’un cas où les répondants québécois avaient poussé la moyenne vers le haut.

10022kt1982Alors, j’ai demandé à Harris-Decima de m’envoyer les réponses par province pour en avoir le coeur net. Ils l’ont fait. (Merci). Et on doit se plier à l’évidence: il y a un marché, au Canada anglais, pour entamer la discussion en direction d’une réforme.

Cela ne signifie nullement que les élites vont vouloir s’y engager — ce sera non de la part de Harper pour les cinq ans à venir — ni que la réforme serait un succès.

Mais puisqu’on jase de l’état de l’opinion canadienne, voici ce que ça donne. Oui, les Québécois sont les plus partants pour la réforme, comme d’habitude, mais les écarts ne sont pas énormes.

À la question-clé pour nous:

Seriez-vous favorable à ouvrir la constitution pour introduire les changements suivants:

Offrir des changements qui inciteraient le Québec à signer la constitution:

Oui
Manitoba 43%
Saskatchewan 45%
Alberta 50%
Ontario 55%
Colombie-Britannique 60%
Maritimes 63%
Québec 66%

Le taux d’indécis est faible (10%) et il n’y a de majorité contre cette éventualité nulle part.

Évidemment, on sait que cette bonne volonté de surface cache un refus très net d’accepter chacune des revendications essentielles du Québec, comme on l’a vu ici.

Et pendant la campagne, un sondage Léger indiquait que, pour 62% des citoyens du ROC, des discussions constitutionnelles ne devaient pas être une priorité. (50% des Québécois pensaient le contraire.) Il ne s’agit donc que d’un bruit de fond qui n’a pas de conséquences politiques immédiates. C’est seulement bon à savoir.

Reste que sur des questions non-québécoises, on trouve des convergences:

Pour abolir le Sénat: Québec 72% / Canada 61%
Pour changer le système électoral: Québec 61% / Canada 58%
Pour des élections à date fixe: Québec 76% / Canada 66%

Voici le tableau complet:

Would you be willing to open up the Constitution to enact the following change

Atlant Qc Ont Man Sask Alb BC TOTAL
Reform or abolition of the Senate? Yes 66% 72% 55% 44% 55% 57% 62% 61%
No 24% 21% 32% 46% 26% 33% 29% 29%
Don’t Know 10% 7% 13% 10% 19% 10% 9% 11%
Changing the electoral system? Yes 60% 61% 57% 43% 51% 54% 60% 58%
No 34% 33% 36% 43% 47% 43% 36% 37%
Don’t Know 6% 6% 7% 14% 2% 3% 4% 6%
Instituting fixed election dates? Yes 70% 76% 62% 63% 52% 61% 68% 66%
No 25% 18% 31% 28% 35% 35% 30% 28%
Don’t Know 5% 5% 7% 10% 13% 3% 2% 6%
Limiting the ability of the Prime Minster to ask Parliament be prorogued? Yes 61% 62% 51% 32% 40% 34% 45% 51%
No 23% 28% 34% 50% 37% 46% 39% 34%
Don’t Know 16% 10% 15% 17% 23% 19% 16% 15%
Offering changes that would encourage Quebec to sign the constitution? Yes 63% 66% 55% 43% 45% 50% 60% 58%
No 27% 24% 33% 37% 42% 38% 37% 32%
Don’t Know 10% 10% 12% 19% 13% 11% 3% 10%
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À propos de Jean-François Lisée

Il avait 14 ans, dans sa ville natale de Thetford Mines, quand Jean-François Lisée est devenu membre du Parti québécois, puis qu’il est devenu – écoutez-bien – adjoint à l’attaché de presse de l’exécutif du PQ du comté de Frontenac ! Son père était entrepreneur et il possédait une voiture Buick. Le détail est important car cela lui a valu de conduire les conférenciers fédéralistes à Thetford et dans la région lors du référendum de 1980. S’il mettait la radio locale dans la voiture, ses passagers pouvaient entendre la mère de Jean-François faire des publicités pour « les femmes de Thetford Mines pour le Oui » ! Il y avait une bonne ambiance dans la famille. Thetford mines est aussi un haut lieu du syndicalisme et, à cause de l’amiante, des luttes pour la santé des travailleurs. Ce que Jean-François a pu constater lorsque, un été, sa tâche était de balayer de la poussière d’amiante dans l’usine. La passion de Jean-François pour l’indépendance du Québec et pour la justice sociale ont pris racine là, dans son adolescence thetfordoise. Elle s’est déployée ensuite dans son travail de journalisme, puis de conseiller de Jacques Parizeau et de Lucien Bouchard, de ministre de la métropole et dans ses écrits pour une gauche efficace et contre une droite qu’il veut mettre KO. Élu député de Rosemont en 2012, il s'est battu pour les dossiers de l’Est de Montréal en transport, en santé, en habitation. Dans son rôle de critique de l’opposition, il a donné une voix aux Québécois les plus vulnérables, aux handicapés, aux itinérants, il a défendu les fugueuses, les familles d’accueil, tout le réseau communautaire. Il fut chef du Parti Québécois de l'automne 2016 à l'automne 2018. Il est à nouveau citoyen engagé, favorable à l'indépendance, à l'écologie, au français, à l'égalité des chances et à la bonne humeur !