Les recruteurs des ONG : des stakhanovistes ?

chuggers-150x150J’avoue, je me suis fait avoir. Je fais chaque année consciencieusement mon budget charitable et je choisis mes dons selon mes priorités. Mais quand le jeune militant d’Oxfam est venu frapper à ma porte, l’an dernier, il faisait froid et je crois qu’il pleuvait un petit peu.

Il était jeune, portait son badge, son sac en bandoulière, il devait avoir entre 17 et 22 ans, sincère et volontaire. Pourquoi pas un petit 10$/mois, sur votre carte de crédit, pour Oxfam ? J’aime bien Oxfam, et plein d’autres excellentes causes. Mais cette ONG n’était pas dans ma liste. J’ai dit oui. Pour lui. Pour l’encourager. Par empathie. Je n’aurais dit oui ni à un courriel, ni à un courrier, ni à un appel téléphonique. Mais à un garçon en chair et en os, dévoué à sa cause, c’était autre chose.

Je me suis fait avoir. Non que la cause ou le garçon n’étaient pas sympatiques. Mais j’apprends grâce à Sylvain Lefèvre, qui y a consacré son doctorat, que les ONGs québécoises, commes les françaises et d’autres avant elles, embauchent systématiquement ces jeunes « recruteurs » qui sont ce mois-ci pour Oxfam, le mois suivant pour Amnistie, le mois d’avant pour un organisme d’aide aux victimes du Sida.

gogogo-c8d011Des professionnels de la charité. Ils ont le mérite d’être moins payés que les autres, ceux d’Avon ou d’Amway, et d’avoir une réelle affinité avec la cause qu’ils vendent. Mais ils ne sont pas des militants et sont payés plus ou moins au rendement. D’où d’importants débats dans les ONGs entre la filière « militante » et la filière « levée de fonds ». Au Québec comme ailleurs, les ONGs font même de l’impartition, déléguant à des agences spécialisées l’embauche et la gestion de ces recruteurs.

J’ai plongé dans cet univers avec mon invité Sylvain Lefèvre dans la première émission de la nouvelle saison de Planète Terre. Venez faire ce voyage dans les coulisses de la charité.

(Aller à 14’15 »)

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À propos de Jean-François Lisée

Il avait 14 ans, dans sa ville natale de Thetford Mines, quand Jean-François Lisée est devenu membre du Parti québécois, puis qu’il est devenu – écoutez-bien – adjoint à l’attaché de presse de l’exécutif du PQ du comté de Frontenac ! Son père était entrepreneur et il possédait une voiture Buick. Le détail est important car cela lui a valu de conduire les conférenciers fédéralistes à Thetford et dans la région lors du référendum de 1980. S’il mettait la radio locale dans la voiture, ses passagers pouvaient entendre la mère de Jean-François faire des publicités pour « les femmes de Thetford Mines pour le Oui » ! Il y avait une bonne ambiance dans la famille. Thetford mines est aussi un haut lieu du syndicalisme et, à cause de l’amiante, des luttes pour la santé des travailleurs. Ce que Jean-François a pu constater lorsque, un été, sa tâche était de balayer de la poussière d’amiante dans l’usine. La passion de Jean-François pour l’indépendance du Québec et pour la justice sociale ont pris racine là, dans son adolescence thetfordoise. Elle s’est déployée ensuite dans son travail de journalisme, puis de conseiller de Jacques Parizeau et de Lucien Bouchard, de ministre de la métropole et dans ses écrits pour une gauche efficace et contre une droite qu’il veut mettre KO. Élu député de Rosemont en 2012, il s'est battu pour les dossiers de l’Est de Montréal en transport, en santé, en habitation. Dans son rôle de critique de l’opposition, il a donné une voix aux Québécois les plus vulnérables, aux handicapés, aux itinérants, il a défendu les fugueuses, les familles d’accueil, tout le réseau communautaire. Il fut chef du Parti Québécois de l'automne 2016 à l'automne 2018. Il est à nouveau citoyen engagé, favorable à l'indépendance, à l'écologie, au français, à l'égalité des chances et à la bonne humeur !