Lettre ouverte à l’actuel et futur démissionnaire François Rebello

Cher François,

Tu viens donc d’ouvrir l’année politique des souverainistes en annonçant ta démission du caucus du Parti québécois. Mais si je lis bien ta prose, tu nous télégraphies aussi, d’avance, ta future démission du caucus (ou du gouvernement) de la Coalition Avenir Québec.

Oui oui, je ne blague pas. Peut-être cela t’a-t-il échappé, pourtant c’est très clair dans l’extrait du texte justifiant ton geste:

«Sur les banquettes de l’opposition officielle, j’ai assisté au triste spectacle de voir un premier ministre libéral trop souvent abdiquer devant le gouvernement fédéral, de peur d’obtenir un refus qui aurait choqué les Québécois. Il est temps de remplacer ce gouvernement à genoux devant le fédéral. »

Dans tes rencontres avec le chef de la CAQ, pendant les fêtes, François Legault ne t’a-t-il pas expliqué que l’existence même de son nouveau parti repose sur le refus de mettre la question nationale au centre du jeu, sur l’engagement solennel de ne pas parler de souveraineté pendant le premier et le second mandat de gouvernements caquistes.

Et que donc, exactement comme pour le Parti libéral que tu pourfends avec raison, un gouvernement de la CAQ tout occupé à ce qu’il croit être « les vraies affaires » refusera de s’engager dans quelque combat que ce soit avec le fédéral « de peur d’obtenir un refus qui aurait choqué les Québécois ».  Car, comme pour ce Charest qui te fait honte, ce Legault qui te fera honte refusera de mener avec Ottawa des combats qui mettraient en relief la nécessaire souveraineté !

Des exemples ? Sur la langue, l’immigration, les jeunes contrevenants, l’environnement, enfin tous ces sujets mineurs (!!!) qui sont le lot d’une nation minoritaire dans un pays qui ne lui reconnaît pas concrètement son existence.

Ta future démission de la CAQ est la chose la plus prévisible qui soit. Pour peu que tu gardes tes convictions souverainistes, ce que tu affirmes vouloir faire et ce en quoi tu conserves toute mon estime. Mais dès le 15 février, derrière ton leader parlementaire très fédéraliste Gérard Deltell, j’ai hâte de voir si tu auras le droit de réclamer, en période de questions, que le Québec dispose de son propre code criminel. Deltell, l’automne dernier, avait voté contre.

Et au sein du futur conseil des ministres de Legault, tu te retrouveras peut-être avec Marlene Jennings qui, comme députée libérale fédérale en 2000, a voté pour la loi C-20. Cette loi de Stéphane Dion qui, comme tu sais, nie au Québec son droit à l’auto-détermination. J’ai hâte de vous voir ensemble défendre un dossier.

Tu connais bien François Legault, et depuis longtemps. Tu n’es donc pas sans savoir que les questions identitaires l’intéressent très peu. Et le voici entouré de fédéralistes convaincus à la tête de son aile parlementaire, d’anciens libéraux fédéraux dans son personnel et peut-être, demain, du moins c’est son souhait, dans sa députation.

Donc l’homme que tu veux seconder s’entoure de gens pour lesquels l’identité québécoise est, au mieux, un débat futile, au pire, une aberration. J’ai hâte de te voir réclamer une charte de la laïcité, l’extension aux salariés des banques de la protection linguistique offerte par la loi 101, ou tout autre sujet qui braquerait tes nouveaux alliés de la coalition et le gouvernement fédéral.

Car toute revendication forte, aujourd’hui absolument nécessaire, pour préserver l’identité québécoise renvoie en écho la souveraineté. Sur ce sujet crucial, si elle est portée au pouvoir, la CAQ sera structurellement impuissante.  Et le Québec perdra encore plusieurs années.

Je pourrai « continuer à dire que je suis souverainiste », affirmes-tu, fort des assurances reçues de ton nouveau chef. Oui, tu pourras te dire souverainiste. Je n’en doute pas.  Mais tu ne pourras pas agir en souverainiste.

Et ça, tu ne le supporteras pas. Prépares déjà ta lettre de démission. Tu en auras besoin.

Bien amicalement quand même,

Jean-François

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À propos de Jean-François Lisée

Il avait 14 ans, dans sa ville natale de Thetford Mines, quand Jean-François Lisée est devenu membre du Parti québécois, puis qu’il est devenu – écoutez-bien – adjoint à l’attaché de presse de l’exécutif du PQ du comté de Frontenac ! Son père était entrepreneur et il possédait une voiture Buick. Le détail est important car cela lui a valu de conduire les conférenciers fédéralistes à Thetford et dans la région lors du référendum de 1980. S’il mettait la radio locale dans la voiture, ses passagers pouvaient entendre la mère de Jean-François faire des publicités pour « les femmes de Thetford Mines pour le Oui » ! Il y avait une bonne ambiance dans la famille. Thetford mines est aussi un haut lieu du syndicalisme et, à cause de l’amiante, des luttes pour la santé des travailleurs. Ce que Jean-François a pu constater lorsque, un été, sa tâche était de balayer de la poussière d’amiante dans l’usine. La passion de Jean-François pour l’indépendance du Québec et pour la justice sociale ont pris racine là, dans son adolescence thetfordoise. Elle s’est déployée ensuite dans son travail de journalisme, puis de conseiller de Jacques Parizeau et de Lucien Bouchard, de ministre de la métropole et dans ses écrits pour une gauche efficace et contre une droite qu’il veut mettre KO. Élu député de Rosemont en 2012, il s'est battu pour les dossiers de l’Est de Montréal en transport, en santé, en habitation. Dans son rôle de critique de l’opposition, il a donné une voix aux Québécois les plus vulnérables, aux handicapés, aux itinérants, il a défendu les fugueuses, les familles d’accueil, tout le réseau communautaire. Il fut chef du Parti Québécois de l'automne 2016 à l'automne 2018. Il est à nouveau citoyen engagé, favorable à l'indépendance, à l'écologie, au français, à l'égalité des chances et à la bonne humeur !