Mémo à Stephen King: Lisez Haute Démolition !

J’ai un message à faire livrer à Stephen King, si vous le croisez lors de votre prochaine visite dans le Maine. Pour la dernière fin de semaine, je m’étais apporté deux bouquins de lecture non-politique, pour me changer les idées. J’ai commencé par celui qui portait sur sa couverture la citation suivante du roi de l’horreur: « Insanely readable », que je traduirais par « follement lisible ». Il s’agissait du livre The Plot, de Jean Hanff Korelitz. Une variation sur le problème du plagiait dans le monde de la fiction. Le livre figure sur la liste des Bestsellers du New York Times, alors on est en voiture.

Cher Stephen, ce n’est pas « follement lisible ». C’est bon. Mais je suppose que, parce que je m’attendais à ce que ce soit follement lisible, je suis resté sur ma faim. Sur cette question des auteurs et des rivalités, j’ai d’ailleurs de loin préféré L’information, de Martin Amis, que je vous recommande vivement.

Mais, bon, ce n’était pas fou, The Plot, mais agréable. Je me suis alors tourné vers le second bouquin apporté pour me changer les idées: Haute Démolition, du québécois Jean-Philippe Baril-Guérard (ci-après JPBG). D’où mon message à Stephen King: Vous voulez lire quelque chose de vraiment, indubitablement follement lisible, apprenez le français et jetez vous sur ce livre.

J’avais déjà goûté à du JPBG lors de la publication de son roman Royal, en 2016. Il s’agit de la course aux stages lucratifs parmi les étudiants en droit de l’Université de Montréal. La compétition, le travail, les drogues prises pour améliorer sa performance, tout nous surprend et nous happe dans le récit, mais surtout la réflexion sous-jacente sur le sens (ou non-sens) de cette course matérialiste où on doit à la fois se surpasser et se déshumaniser. J’avais été frappé d’abord par la connaissance du sujet que semblait posséder l’auteur. Je suis moi-même un ancien étudiant en droit mais n’ai jamais été engagé dans ce genre de course (ce n’était pour moi qu’un détour vers le journalisme) alors je ne peux attester de la véracité du propos. En fiction, on cherche de la vraisemblance, et elle bondit de chaque page. (Information ludique: j’ai donné ma copie à mon collègue Alexandre Cloutier, également juriste. Il m’a dit, l’air complètement surpris: « Tu lis ça, toi ? » J’adore surprendre !)

J’ai aussi lu Manuel de la vie sauvage, de JPBG, qui porte sur une startup technologique, ou plus fondamentalement sur l’apprentissage de la route vers le succès, des échecs qui jonchent ce chemin et s’accumulent sous forme d’expérience utile, sur les sacrifices qu’on s’impose et qu’on impose aux autres. Une pièce de théâtre et une série télé seront tirées de ce bouquin qui est, à mon avis, divertissant, mais le moins achevé des trois que j’ai lus.

En blague, j’ai signifié en privé à l’auteur que je pourrais être dur avec lui car 1) il dit du mal de ma ville natale, Thetford Mines et 2) il dit du mal des péquistes. Ben, pas vraiment du mal mais, justement, il les fait passer pour des has-been, l’air de ne pas y toucher. Comme, en présentant un personnage: bien que péquiste, il était assez compétent. Voyez, l’absence d’explication est pire que l’insulte.

Avis aux futurs sociologues

La vérité est que les sociologues du prochain siècle qui voudront humer l’air du début du XXIe au Québec pourront se remplir les narines des livres de JPBG. La psychologie des personnages, le ton utilisé dans les interactions, la quantité de mots anglais dans les répliques, le degré précis de cynisme, la dose d’ambition, d’appât du gain, de rapports sexuels, d’alcool et de coke, de culture du corps (dans Royal), tout cela brosse un portrait décapé de la jeunesse québécoise du moment.

Haute démolition se déroule dans le monde des humoristes. C’est une toile de fond. Le vrai sujet est l’ambition, comme dans ses autres romans, la peine d’amour et la vengeance.

Le roman est écrit au Tu (comme Royal, mais davantage encore), un choix dont on pense au début qu’on se lassera mais qui fonctionne remarquablement bien. La narratrice s’adresse ainsi au personnage principal pour lui raconter, dès leur première soirée ensemble, tout ce qui va se produire ensuite. Cela donne au récit une immédiateté étonnante. C’est follement lisible.

On pourrait débattre des choix de dénouement, mais celui de l’auteur est parfaitement satisfaisant. Je suis convaincu que Stephen King sera d’accord avec moi.

On peut commander en ligne ici:
Haute Démolition (2021)
Manuel de la vie sauvage (2018)
Royal, (2016)
The Plot, de Jean Hanff Korelitz (2021)
L’information, de Martin Amis, (1995)


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