Petite leçon d’économie

C’est ce que j’essaie de vous expliquer depuis plusieurs lunes. Il y a l’économie. Elle peut aller bien, elle peut aller mal. Il y a les gens. Ils peuvent aller bien, mais ils peuvent aller mal même si l’économie va bien.

Un rapport du mois dernier de la grande banque américaine JPMorgan en fait une éclatante démonstration. Allons-y par étape. D’abord, voici l’évolution des profits des entreprises (ligne continue) comparée à l’évolution de la richesse nationale américaine (ligne pointillée):

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Le tandem est cassé

C’est net, au cours des derniers mois, et généralement depuis 1990, les profits des entreprises augmentent beaucoup plus rapidement que le GDP, la richesse nationale, (PIB en français). En fait, rapporte la banque, les profits flirtent avec des records vieux de 40 ans. Cela va donc très très bien pour les entreprises.

Et ça ne va pas si mal pour le PIB, qui remonte. Tout irait bien, s’il n’y avait pas… les gens. Dans les entreprises, les patrons et les cadres, avec l’aide d’un certain nombre de salariés, créent de la richesse. Ils la font ensemble. Comment se la répartissent-ils ?

Voici l’évolution de la part de cette richesse qui va aux salariés, de 1970 à aujourd’hui:

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Éloquent…

On voit que la réduction de la part de la richesse obtenue par les salariés ne date pas de la dernière crise. On note un premier décrochage au début des années 1990, puis un second avec la crise de 2000.

On pourrait superposer à ce graphique celui de la chute du taux de syndicalisation aux États-Unis et on verrait une belle corrélation. L’absence de pouvoir de négociation chez les salariés est l’équivalent d’un programme d’aide au ballonnement des profits.

Mais cela n’explique pas tout. Il faut voir aussi l’important recul de la redistribution fiscale, par l’État, donc le recul des taux d’imposition sur les profits et sur les plus riches, au cours du siècle:

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(Cliquez pour agrandir)

Il n’est donc pas très étonnant que la répartition de la richesse créée par les Américains ces dernières décennies ressemble à ceci, selon un récent rapport du Center for Budget and Policy Priorities de Washington:

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Aucun décodage requis…

Une autre façon de montrer comment se réparti la tarte de la nouvelle richesse créée chaque année est de le montrer sous forme de… tarte:

Les 20% de la population la plus riche empochent désormais plus de 50% des revenus annuels.

Vous voyez, c’est ce que j’essaie de vous expliquer depuis plusieurs lunes. Il est possible de faire en sorte que les compagnies aillent bien, sans que les gens aillent mieux. Il est possible de faire en sorte que l’économie aille mieux, que la richesse nationale augmente, sans que les gens aillent mieux.

On peut même créer davantage de richesse en appauvrissant un très grand nombre de gens.

Quelles leçons pour le Québec ? Trouver le moyen d’enrichir le Québec sans appauvrir les Québécois, leur qualité de vie, leur environnement.

Méfiez vous de tout projet de création de richesse qui n’est pas centrée sur l’enrichissement des citoyens.

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À propos de Jean-François Lisée

Il avait 14 ans, dans sa ville natale de Thetford Mines, quand Jean-François Lisée est devenu membre du Parti québécois, puis qu’il est devenu – écoutez-bien – adjoint à l’attaché de presse de l’exécutif du PQ du comté de Frontenac ! Son père était entrepreneur et il possédait une voiture Buick. Le détail est important car cela lui a valu de conduire les conférenciers fédéralistes à Thetford et dans la région lors du référendum de 1980. S’il mettait la radio locale dans la voiture, ses passagers pouvaient entendre la mère de Jean-François faire des publicités pour « les femmes de Thetford Mines pour le Oui » ! Il y avait une bonne ambiance dans la famille. Thetford mines est aussi un haut lieu du syndicalisme et, à cause de l’amiante, des luttes pour la santé des travailleurs. Ce que Jean-François a pu constater lorsque, un été, sa tâche était de balayer de la poussière d’amiante dans l’usine. La passion de Jean-François pour l’indépendance du Québec et pour la justice sociale ont pris racine là, dans son adolescence thetfordoise. Elle s’est déployée ensuite dans son travail de journalisme, puis de conseiller de Jacques Parizeau et de Lucien Bouchard, de ministre de la métropole et dans ses écrits pour une gauche efficace et contre une droite qu’il veut mettre KO. Élu député de Rosemont en 2012, il s'est battu pour les dossiers de l’Est de Montréal en transport, en santé, en habitation. Dans son rôle de critique de l’opposition, il a donné une voix aux Québécois les plus vulnérables, aux handicapés, aux itinérants, il a défendu les fugueuses, les familles d’accueil, tout le réseau communautaire. Il fut chef du Parti Québécois de l'automne 2016 à l'automne 2018. Il est à nouveau citoyen engagé, favorable à l'indépendance, à l'écologie, au français, à l'égalité des chances et à la bonne humeur !