Pompière de l’année: Nathalie Normandeau

normandeau-charest-150x150Le gouvernement Charest avec un visage humain. J’ose résumer ainsi la fonction de la vice-première ministre, Nathalie Normandeau. Hier ministre des municipalités, aujourd’hui des Ressources naturelles, Mme Normandeau, comment dire ?, occupe le territoire.

Lequel ? Celui de l’explication raisonnable des politiques gouvernementales. On l’observe défendre l’indéfendable — le refus de tenir une commission d’enquête sur la construction — ou expliquer l’inexplicable — la non-existence du Plan Nord — avec un talent rare. Elle se mérite ainsi le titre de Pompière de l’année. D’abord, grâce à la maîtrise du sujet et de son argumentation. Elle récite avec compétence et assurance les arguments mobilisés à l’appui de la thèse gouvernementale, avec le ton de la maîtresse d’école sûre de son autorité, mais ni agressive, ni prétentieuse. Elle le fait avec assurance et calme, une voix plutôt basse qui suggère l’autorité, et un ton qui aurait un effet soporifique si les traits agréables de son visage ne retenaient les téléspectateurs masculins autrement tentés de changer de poste.

Il y avait naguère, au gouvernement Charest, deux personnes indispensables: Philippe Couillard et Monique Jérôme-Forget. Maintenant que Jean Charest s’en est dispensé, il lui reste bien sûr plusieurs personnalités efficaces et compétentes, dont l’ancien péquiste Raymond Bachand n’est pas des moindres. Mais aucun ne peut, pour l’instant, prétendre être un pilier du gouvernement, comme les deux figures précitées.

Voilà peut-être pourquoi, dans ce groupe à la personnalité collective fade, dominé par un Jean Charest à l’énergie contenue mais palpable, Nathalie Normandeau peut ressortir du lot. Plusieurs lui voient un avenir, le jour ou le chef décidera qu’il en a assez de son emploi actuel.

Elle a la politique dans le sang, c’est sûr. Elle qui a fait ses études de ScPo à Laval alors qu’elle tenait l’agenda (assez léger, il faut le dire) de Robert Bourassa, puis fut brièvement mairesse de sa ville natale de Maria avant de prendre racine, depuis 11 ans, à l’Assemblée nationale.  Sa désignation en 2007 comme vice-première ministre, à 39 ans, en remplacement du moins soporifique mais moins diplomatique Jacques Dupuis, donnait un signal.

Il est fréquent en politique qu’un chef de gouvernement, mâle, souhaite se faire remplacer par une femme. C’est une façon très masculine de vaincre définitivement tous ses rivaux. Cela explique pourquoi Mulroney avait fait le choix malheureux de Kim Campbell, plutôt que de… Jean Charest. Et, je peux le dire aujourd’hui, pourquoi Jacques Parizeau aurait préféré que Pauline Marois lui succède, plutôt que… Lucien Bouchard. Certains libéraux estiment, dans l’hypothèse où Jean Charest ne terminait pas son mandat actuel, qu’il serait rusé d’opposer Normandeau à Marois dans le match historique visant la désignation de la future première première ministre du Québec.

Pour y arriver, être le visage raisonnable d’un gouvernement souvent déraisonnable ne suffira pas. Il faudrait que Mme Normandeau gère une ou deux vraies crises, prenne du coffre et quelques cicatrices. Couillard et Jérôme-Forget l’avaient fait. Empêcher les hommes du Québec de changer de poste lorsqu’elle parle est une bonne première étape. Mais si elle n’a que trois ans pour devenir indispensable, elle a encore beaucoup, beaucoup, de travail à faire.

Excellente à défendre l’indéfendable et expliquer l’inexplicable (Photo PC)

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À propos de Jean-François Lisée

Il avait 14 ans, dans sa ville natale de Thetford Mines, quand Jean-François Lisée est devenu membre du Parti québécois, puis qu’il est devenu – écoutez-bien – adjoint à l’attaché de presse de l’exécutif du PQ du comté de Frontenac ! Son père était entrepreneur et il possédait une voiture Buick. Le détail est important car cela lui a valu de conduire les conférenciers fédéralistes à Thetford et dans la région lors du référendum de 1980. S’il mettait la radio locale dans la voiture, ses passagers pouvaient entendre la mère de Jean-François faire des publicités pour « les femmes de Thetford Mines pour le Oui » ! Il y avait une bonne ambiance dans la famille. Thetford mines est aussi un haut lieu du syndicalisme et, à cause de l’amiante, des luttes pour la santé des travailleurs. Ce que Jean-François a pu constater lorsque, un été, sa tâche était de balayer de la poussière d’amiante dans l’usine. La passion de Jean-François pour l’indépendance du Québec et pour la justice sociale ont pris racine là, dans son adolescence thetfordoise. Elle s’est déployée ensuite dans son travail de journalisme, puis de conseiller de Jacques Parizeau et de Lucien Bouchard, de ministre de la métropole et dans ses écrits pour une gauche efficace et contre une droite qu’il veut mettre KO. Élu député de Rosemont en 2012, il s'est battu pour les dossiers de l’Est de Montréal en transport, en santé, en habitation. Dans son rôle de critique de l’opposition, il a donné une voix aux Québécois les plus vulnérables, aux handicapés, aux itinérants, il a défendu les fugueuses, les familles d’accueil, tout le réseau communautaire. Il fut chef du Parti Québécois de l'automne 2016 à l'automne 2018. Il est à nouveau citoyen engagé, favorable à l'indépendance, à l'écologie, au français, à l'égalité des chances et à la bonne humeur !