Pourquoi la droite aime les hauts taux de suicide

suicide-japon-150x150Il y a des réflexes qui disent tout. Des moments où on agit ou on parle sans réfléchir, par instinct. Et ces moments nous dévoilent tel que l’on est, sans fard et sans masque. C’est ce qui s’est produit ce mardi, lorsque j’ai mis en ligne un extrait de l’intro de mon nouvel ouvrage, Comment mettre la droite K.-O.

J’entamais ma démonstration en crevant l’idée reçue voulant que le Québec ait, ou ait eu, un des taux de suicide les plus élevés au monde. Ce n’est pas un argument proprement économique, il n’est pas au cœur du procès permanent que fait la droite aux choix sociaux du Québec, mais il est utilisé comme une pièce à conviction supplémentaire.

Je sais d’où vient cette fausse information. Pendant quelques années, pour une raison que je ne m’explique pas, l’Institut de la santé publique du Québec, qui calcule notre taux de suicide, a présenté dans son rapport un tableau de « pays sélectionnés », dans lesquels le Québec figurait en cinquième place. C’est le cas dans son rapport de 2010.

Bizarre, car le tableau référait aux données beaucoup plus complètes de l’Organisation mondiale de la santé qui, elles, montraient que le Québec ne se plaçait que loin dans le palmarès, après le 20e rang.

Un peu comme si quelqu’un avait sélectionné les données exprès pour nous faire mal paraître. J’avais déjà démonté le phénomène dans un billet publié ici, en juin 2010. J’ai constaté ensuite que dans sa mise à jour 2011 du taux de suicide,  l’Institut avait abandonné toute comparaison internationale. Je ne sais pas si j’y suis pour quelque chose.

J’ai donc repris cet argument et, de façon un peu saugrenue, je me suis demandé tout haut pourquoi notre taux n’était pas effectivement un des plus hauts du monde, à force de se faire traiter de « médiocres » par notre droite.

Que s’est-il passé ce mardi ?

D’abord, Nathalie Elgrably, la chercheure vedette de la machine-à-idées de la droite dure québécoise, l’Institut économique de Montréal, s’est empressée de mettre sur son blogue le tableau fautif de 2010 de l’institut.

Dans les minutes qui ont suivi, le directeur de recherche de l’Idée fédérale et économiste aux HEC, Martin Coiteux, a renvoyé ce lien dans la gazouillosphère mettant en doute ma conclusion. Ensuite, tous les libertariens habituels ont fait de même.

Admirez la méthode. Ils ne se sont pas demandé comment j’en venais à une conclusion différente de celle de l’Institut. Ils n’ont pas attendu (on parle ici de deux universitaires) de lire le livre et de vérifier les sources. Ils ne m’ont pas écrit pour les obtenir (ce qu’un internaute a fait).

Ils ne se sont surtout pas dits, en citoyens québécois empathiques: « chouette, une bonne nouvelle, il y a moins de suicide que je ne le croyais ».

Non, il leur fallait de toute urgence réitérer l’argument voulant que les Québécois étaient des champions du suicide. Il était urgent de nourrir la machine à détester les Québécois.

Lorsque j’écris cette droite québécois carbure à la « détestation du Québec », c’est ce que je veux dire. Merci d’en avoir fait la démonstration.

Ce contenu a été publié dans Droite par Jean-François Lisée, et étiqueté avec . Mettez-le en favori avec son permalien.

À propos de Jean-François Lisée

Il avait 14 ans, dans sa ville natale de Thetford Mines, quand Jean-François Lisée est devenu membre du Parti québécois, puis qu’il est devenu – écoutez-bien – adjoint à l’attaché de presse de l’exécutif du PQ du comté de Frontenac ! Son père était entrepreneur et il possédait une voiture Buick. Le détail est important car cela lui a valu de conduire les conférenciers fédéralistes à Thetford et dans la région lors du référendum de 1980. S’il mettait la radio locale dans la voiture, ses passagers pouvaient entendre la mère de Jean-François faire des publicités pour « les femmes de Thetford Mines pour le Oui » ! Il y avait une bonne ambiance dans la famille. Thetford mines est aussi un haut lieu du syndicalisme et, à cause de l’amiante, des luttes pour la santé des travailleurs. Ce que Jean-François a pu constater lorsque, un été, sa tâche était de balayer de la poussière d’amiante dans l’usine. La passion de Jean-François pour l’indépendance du Québec et pour la justice sociale ont pris racine là, dans son adolescence thetfordoise. Elle s’est déployée ensuite dans son travail de journalisme, puis de conseiller de Jacques Parizeau et de Lucien Bouchard, de ministre de la métropole et dans ses écrits pour une gauche efficace et contre une droite qu’il veut mettre KO. Élu député de Rosemont en 2012, il s'est battu pour les dossiers de l’Est de Montréal en transport, en santé, en habitation. Dans son rôle de critique de l’opposition, il a donné une voix aux Québécois les plus vulnérables, aux handicapés, aux itinérants, il a défendu les fugueuses, les familles d’accueil, tout le réseau communautaire. Il fut chef du Parti Québécois de l'automne 2016 à l'automne 2018. Il est à nouveau citoyen engagé, favorable à l'indépendance, à l'écologie, au français, à l'égalité des chances et à la bonne humeur !