À la longue, on serait en droit de conclure que le destin (le malin ?) s’amuse à nous jouer un mauvais tour : faire en sorte qu’une pluralité de Québécois souhaite porter au pouvoir une formation politique, tout en rejetant son projet principal. Ce n’est pas la première fois que ça se produit. Si le Parti québécois (PQ) emporte les élections d’octobre, ce sera la cinquième fois. Avouez que c’est louche.
René Lévesque avait trouvé la clé de l’énigme en dissociant, le premier, l’élection du référendum. Voyez, disait-il aux électeurs rétifs, vous pouvez voter pour moi, puis me dire non. Ce qu’ils ont fait. Jacques Parizeau pouvait compter, au moment des élections de 1994, sur une base favorable au Oui suffisamment forte, bien que non majoritaire, pour le porter au pouvoir avec l’engagement de tenir un référendum dans les 18 mois.
Leurs successeurs victorieux, Lucien Bouchard et Pauline Marois, avaient bien fait comprendre aux électeurs qu’un nouveau référendum ne se produirait qu’en cas de vague souverainiste, que personne ne voyait se profiler à l’horizon. On pouvait les élire sans crainte de les voir accomplir ce pour quoi ils souhaitaient être élus.
Le défi posé par le destin (le malin ?) à Paul St-Pierre Plamondon est plus tordu encore. Il doit non seulement convaincre l’électorat de le porter au pouvoir tout en rejetant son projet, mais il doit le faire pendant qu’à sa frontière sud, le président enfant-roi peut décider un matin de nous avaler tout rond.
Jamais, auparavant, l’angoisse de l’électeur québécois n’a-t-elle été plus forte. Un récent sondage Angus Reid nous en a révélé l’ampleur : 76 % de tous les Québécois estiment que les Américains utiliseraient des « moyens politiques » pour annexer un Québec souverain, 79 % s’attendent à des « moyens économiques » et 51 % à des « moyens militaires ». Plus angoissé que ça, tu meurs. Christine Fréchette a donc trouvé la bonne formule en affirmant qu’il s’agit « du pire moment depuis 50 ans pour tenir un référendum ». (Les électeurs qui souhaitent voter « oui » méritent le respect, car ils le font en surmontant leur peur d’actions économiques [74 %], politiques [69 %] et militaires [38 %].)
Chacun avait compris que PSPP souhaitait par-dessus tout faire l’indépendance le plus rapidement possible. Il y a davantage de Parizeau que de Bouchard dans son ADN. Et cette conviction, très répandue dans l’électorat, faisait saliver les stratèges des autres partis. Les campagnes électorales agissent comme des révélateurs de contradictions jusque-là latentes. Dans le feu du débat et au moment du choix, les électeurs péquistes opposés à la souveraineté, et encore davantage à la tenue d’un référendum, allaient bien finir par s’éveiller au risque inhérent au projet du PQ, à lui fausser compagnie et à se réfugier, à regret peut-être, mais à se réfugier quand même, dans un parti antiréférendaire. La seule question restante étant de savoir lequel des véhicules fédéralistes allait engranger le plus grand nombre de ces transfuges.
Dès les premières salves commerciales de Trump, au printemps 2025, St-Pierre Plamondon avait envoyé les premiers signaux des contraintes que le trublion américain allait lui imposer. Le référendum ne se fera pas pendant une guerre commerciale, avait-il indiqué, nous aurons quatre ans, nous serons prudents. Un volet de son livre bleu allait préciser qu’une consultation sur une constitution transitoire allait aussi occuper les deux premières années de son mandat, donc repousserait le référendum dans l’après-2028. Oui, mais, qui l’avait compris ?
Il devenait donc impérieux, pour le PQ, de faire comprendre à un électorat poussé au bord de la crise de nerfs par Trump que la raison allait l’emporter sur la passion. Le chef d’un parti d’opposition a peu d’occasions de maximiser la portée de son message. Le soir d’une partielle, et davantage encore s’il la gagne, est un de ces cas. PSPP a donc choisi le soir de sa victoire dans Chicoutimi pour faire comprendre — en gros — que tant que Trump sera là, il n’y aura pas de référendum.
C’est exactement ce que ses électeurs souhaitaient entendre. Puis, ses adversaires se sont empressés de donner du coffre à son message en accusant le chef péquiste de « reculer » (Simon Jolin-Barrette, Bernard Drainville, Éric Duhaime, Sol Zanetti), d’être une « girouette » (Charles Milliard). En chœur, donc, et pendant deux jours, ils ont relayé le message voulu par leur adversaire : ne vous inquiétez pas, il n’y en aura pas, de référendum, laissent-ils entendre. Vous pouvez voter PQ en toute tranquillité.

Pour ceux qui avaient besoin d’une dose supplémentaire de tranquillisant, PSPP a décliné sur toutes les tribunes deux affirmations imparfaitement compatibles : 1) il est certain qu’il y aura un référendum d’ici octobre 2030 ; 2) il ne prendra « aucun risque » avec la sécurité politique ou la sécurité tout court du Québec.
C’est un tour de force. En l’absence de Donald Trump, il aurait été difficile de justifier un report du référendum à la fin du mandat. Il aurait été impossible de semer un doute sur la tenue même de la consultation. Grâce à Trump, PSPP peut de façon parfaitement crédible épouser l’angoisse de ses électeurs et ainsi les garder avec lui. Grâce à l’incurie de ses adversaires (que l’intérêt bien compris aurait dû pousser à déclarer que le risque référendaire était toujours présent), il pourrait même en convaincre quelques autres.
Il n’y a pas d’indépendance sans référendum. Il n’y a pas de référendum sans Parti québécois au pouvoir, de préférence majoritaire. Rien n’est encore joué. Mais PSPP vient de poser le geste le plus important lui permettant de franchir la première étape. Sa volonté de faire du Québec un pays est intacte. Il aura obtenu le mandat de le proposer aux Québécois. S’il peut, une fois au pouvoir, user aussi habilement de la conjoncture qu’il vient de le faire, il pourrait, qui sait, déjouer le destin. (Le malin ?)
(Ce texte fut d’abord publié dans Le Devoir.)

La prudence est certes parfois mauvaise conseillère, mais l’audace, sans lecture du réel, l’est tout autant.
Souverainiste depuis longtemps, je me surprends de faire aujourd’hui partie de ceux, et je les ai toujours donc trouvés experts en fuite défensive, mettent en doute le timing d’un 3e référendum.
La situation dans le monde agit exceptionnellement tellement comme un puissant champ gravitationnel. Elle déforme tout! Le momentum , les sensibilités et les récits qui il n’y a pas longtemps étaient si bien alignés pour ce grand rendez-vous ! tel un trou noir, l’attention collective est tellement aujourd’hui absorbée.
Soyons donc vigilants chers amis avec ce nouveau charlatan-pharmacien qui arrive dans le décor avec ses deux remèdes-placebo: un sourire un peu trop flottant pour être vrai et un discours-cassette digne d’un croisement entre une marionnette articulée et un bon homme 7 heures qui dit lorsqu’on appuie sur « play »: référendum, référendum, référendum…
Le chef du PQ n’a pas le choix de tenir compte de l’environnement politique complexe avec Trump, Carney nouvellement élu, et 3 partis résolument anti souveraineté et 1 parti souverainiste de manière opportuniste au gré des sondages. Au fil historique des deux derniers référendum, nous avons été apeurés (perte des pensions pour les retraités, paiement immédiat des dettes publiques, départ fracassant de sièges sociaux, etc.) et manipulés (love in 1995, dépenses électorales hors Québec non comptabilisés, etc.) pour faire reculer l’expression démocratique d’un vote aussi majeur sur le destin national d’une minorité française en Amérique du Nord. Reporter l’échéance référendaire après le départ de Trump est la décision politique à faire tout en maintenant l’engagement d’un référendum dans le 1er mandat.
Mais Trump pourrait « partir » n’importe quand. Son remplaçant pourrait poursuivre dans la même direction. Les québécois ne sont pas naifs. PSPP traite les québécois de peureux, et lui a peur de perdre les élections. Quand le monde est en feu, on ne vote pas pour un parti qui veut briser le pays dans lequel nous sommes maintenant en sécurité avec nos frères et soeurs Canadiens.
Comment un peuple peut-il avoir peur de se faire demander ce qu’il veut pour son avenir. Devenir participant de son destin, n’est pas une perte de temps mais bien un pas vers son avenir, soyons assez courageux pour le faire. Tant de peuple n’ont pas ce privilège. Prenons la plume pour écrire notre histoire , c’est plus qu’un simple x sur un bulletin de vote.
.
J’aimerais bien, dans un sondage, qu’on pose la question : souhaitez-vous que le Québec devienne un pays ?
Plutôt que : souhaitez-vous la tenue d’un référendum ?
Le résultat serait très différent.
Les «favorables à l’indépendance» ne souhaitent pas de référendum si les chances de l’emporter sont faibles.
Absolument! Qu’on pose cette question, pour voir .
Est-ce vraiment vous qui avez écrit sur FB qu’il n’y aura pas de référendum ?
non