Punir Justin

La principale tâche des électeurs québécois et canadiens, le jour prochain de l’élection fédérale, sera à mon humble avis de donner une leçon à Justin Trudeau et au Parti libéral du Canada. Une leçon de démocratie. Une leçon d’humilité.

Ils méritent cette correction pour plusieurs raisons. D’abord pour déclencher une élection absolument inutile. Le gouvernement canadien fonctionne. Appuyé par deux partis d’opposition sur son flanc gauche, le Bloc et le NPD, toutes les lois libérales sont adoptées ou le seront cet automne, quelle que soient les tactiques parlementaires conservatrices. Le budget a été adopté, moyennant des ajustements raisonnables réclamés par les bloquistes et les néodémocrates. Le gouvernement minoritaire de Trudeau n’a aucune chance – aucune – d’être renversé.

(Ce texte a d’abord été publié dans Le Devoir.)

L’objectif de cette élection n’est pas de mieux représenter les électeurs ou de clarifier l’état de l’opinion sur un sujet clivant ou d’obtenir un mandat pour réaliser une tâche nouvelle. Le plan de match libéral est connu et il se réalisera, élection ou pas. L’objectif est de flatter l’égo et la soif de pouvoir des ministres libéraux. Le cynisme de la manœuvre, se déployant maintenant à l’aube de la 4e vague du virus, crève les yeux.

Mathématiquement, l’équipe Trudeau souhaite gouverner le pays en obtenant une proportion manifestement minoritaire des voix, mais d’en prendre suffisamment pour remporter une majorité des sièges. Cela permettrait à l’actuel premier ministre de ne plus prendre au sérieux les propositions du Bloc et du NPD. Il pourrait se passer de leur appui, donc de leur avis.

La démocratie parlementaire n’offre jamais un reflet exact de la volonté populaire. Mais pour l’instant, les Libéraux élus en 2019 avec 33% des voix et donc minoritaires, sont obligés de négocier de bonne foi avec le NPD, 16% des voix, et le Bloc, 8%. Par le biais de leurs députés, 57% des électeurs du pays ont donc un poids réel dans les décisions gouvernementales. Une situation démocratiquement saine.

(Le texte reprend après la pub.)

Cliquez pour commander. Version numériques et AudioLivres disponible.

Justin Trudeau espère revenir à son résultat de 2015, alors qu’il pouvait gouverner seul, mais avec 39% des voix. Il souhaite donc présider à une régression de la représentativité de son gouvernement. Un objectif démocratiquement malsain.

D’autant plus qu’il avait remporté son élection de 2015 en promettant de réformer le système électoral pour que plus jamais un parti ne puisse gouverner en usant de ces vils calculs. Dans une des voltefaces les plus odieuses de notre vie politique moderne, Trudeau a renié cette promesse. Il entreprend maintenant une quête désinhibée d’un résultat incarnant parfaitement la dysfonction électorale qu’il fut naguère élu pour réparer. Pour cela, il mérite d’être mis en pénitence. Mais pas seulement pour cela.

L’enjeu climatique

Qui aurait pu penser qu’un jour, un gouvernement libéral comptant l’écologiste Stephen Guilbeault en son sein finance davantage l’industrie pétrolière canadienne que le gouvernement conservateur antérieur, qui avait Jason Kenney (et Maxime Bernier) parmi ses joueurs-clés ?

À l’heure de l’urgence climatique, il est impérieux  de maintenir le caractère minoritaire du gouvernement, pour que le poids combiné des députés du Bloc et du NPD impose au cabinet Trudeau une rupture avec les hydrocarbures qu’il ne pourra ni ne voudra, seul, effectuer. (Suggestion amicale au Bloc et au NPD : faites de l’abolition immédiate de l’aide aux hydrocarbures un engagement électoral et une condition d’appui à un futur gouvernement minoritaire.)

L’enjeu québécois, l’enjeu de la santé

Le soudain intérêt des trudeauistes pour le français et la question nationale québécoise n’est pas attribuable à une soudaine prise de conscience du le déclin de la langue de Vigneault. Il découle du constat d’une double réalité politique : 1) un gouvernement nationaliste à Québec domine la scène politique 2) le Bloc Québécois, tel un Phoenix, talonne les libéraux dans le vote francophone.

Un Justin Trudeau majoritaire pourrait se mettre à ignorer le poids politique du Bloc, on l’a vu. En selle pour quatre ans, il serait aussi en meilleure position pour résister aux demandes québécoises. Or au-delà des questions identitaires, le statut minoritaire des Libéraux les ont pour l’instant empêchés de déployer autant qu’ils le souhaitent les normes nationales en santé dont ils rêvent chaque nuit. Le débat du budget 2022 portera sur l’ampleur des transferts fédéraux en santé dont nos hôpitaux ont absolument besoin et sur les normes nationales dont ils peuvent absolument se passer.

Seul le maintien du statut minoritaire des libéraux permettra de maximiser les transferts et d’éviter les normes.

Bref, Justin et ses ministres méritent sanction. Leur châtiment est tout trouvé : rester minoritaires. Perdre même quelques plumes dans ce scrutin serait bienvenu.  Pour y arriver, il n’y a qu’une méthode : voter Bloc au Québec et NPD ailleurs.


Pour vous abonner ou vous renseigner, cliquez ici.

2 réflexions sur « Punir Justin »

  1. Ce n’est pas que Justin Trudeau qu’il faut punir mais le PLC. Justin Trudeau n’est que l’hostie de l’ostensoir. Sous le mode de scrutin canadien comme sous le québécois, pour punir le chef d’un parti, il faut lui faire élire moins de député/es que les autres chefs. Devient premier ministre le chef de parti qui fait élire le plus de député/es. C’était le bon plaisir de Sa Majesté de l’époque et ça l’est encore sous l’actuelle loi électorale. Passée date ? En 2018, Philippe Couillard a été le chef puni.

    Comme vous écrivez ici et avez dit aux Mordus de retour plus tôt que nous avions retenu, les autres chefs n’ont aucune chance de devenir premier ministre avec la présence d’un Bloc Québécois substantiel. Donc, impossible de punir Justin. Ce n’est pas comme au Québec en 2014 alors que le PQ, minoritaire, a tenté ce que tente Justin, devenir majoritaire. Je ne vois pas comment le PLC pourrait obtenir l’opposition officielle; pourquoi, oui !

    Si Justin a renié sa promesse de réformer le système électoral, en particulier le mode de scrutin, François Legault, lui, a tenu la sienne le 19 septembre 2019 quand sa ministre Sonia LeBel a déposé le Pl °39, loi établissant un nouveau mode de scrutin. Le principe du projet a été adopté le 8 octobre 2020. Le 28 avril 2021, la Ministre a annoncé qu’il n’y aurait pas tenue d’un référendum sur la réforme lors de la prochaine élection. Ouverture à un nouveau mode de scrutin dès 2022 ? Pelletage en avant ? Ce référendum remettait l’application du nouveau mode de scrutin à 2026 en cas d’un oui improbable et de réélection d’un gouvernement majoritaire. Autant dire aux calendes grecques.

    Lors de l’adoption du principe d’un changement de mode de scrutin à 93 contre 28, la ministre a réaffirmé sa volonté et celle du gouvernement d’aller de l’avant. « Puis, malgré la pandémie qui a chamboulé notre calendrier, ma volonté et celle du gouvernement d’aller de l’avant dans cette réforme du mode de scrutin demeure la même. ». Quelqu’un peut comprendre qu’il n’y a jamais eu de volonté du gouvernement caquiste; pas moi !

    La vraie affaire comme disait Philippe Couillard est qu’un des gros morceaux du projet est le mixte compensatoire comme solution pour plus de proportionnalité, de régionalisation et assez de stabilité. IL nécessite une refonte de la carte électorale et la DGÉ n’a plus le temps de faire pour octobre 2022. Le MDN, Mouvement Démocratie Nouvelle, et la Coalition pour la réforme électorale maintenant! avaient compris en 2018 que la volonté de François Legault et de son parti était un nouveau mode de scrutin dès 2022. Choquant. Il/le ont manifesté au printemps, en toute sanité pandémique. Quelques médias ont couverts, modestement.

    Curieux, intéressé et libre de mon temps plus que choqué, début 2020, j’ai assisté à quelques audiences publiques sur place, c’était avant la Covid-19, et d’Internet. Depuis janvier 2021, j’ai soumis 8 commentaires à la Commission des institutions après avoir lu et analysé les 45 mémoires soumis à la Commission. J’invente le SFUT; c’est SMUT, scrutin majoritaire uninominal un tour plus cagnotte régionale et cagnotte de parti et vote fractionnaire. Ça ne nécessite pas de réforme de la carte électorale. C’est inspiré des mémoires de Jon Breslaw, Stéphane Rouillon, de la DGE lors du Pl °78 en 2010 et du DGEQ 2020. Ses 15 membres sont sensé/es avoir reçu.

    Contre vent et marée, j’oeuvre à un nouveau mode de scrutin dès le 3 octobre 2022. J’ai aussi fait parvenir entre autres à ma députée Catherine Dorion et aux trois député/es responsables de la région administrative Capitale-Nationale, Pascal Bérubé, Geneviève Guilbault et Marwah Rizqy.

    C’est en archives sur RJJYL.blog.

  2. Très bonne analyse qui malheureusement n’est pas lu par un assez grand nombre de citoyens. Beaucoup de citoyens sont blasés et ne se forcent pas ou ne se fatiguent pas pour comprendre les enjeux. Trop de gens prennent le chemin de la facilité et se laissent guider par certains leaders déphasés et rusés qui ne cherchent que des Adeptes , tout comme le fait Trump encore à l’heure actuelle. La Démocratie est un mot encore trop incompris ou inconnu de bien des gens qui pensent que ceux qui empruntent le plus pour mettre de l’argent dans leur poche sont les plus démocrates. Mais c’est facile d’emprunter au nom des autres.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *