La politique à l’écran: le meilleur de 2020

Vous avez épuisé la liste de recommandations télé de vos amis ? Vous avez écouté jusqu’à la nausée des films et concerts de Noël ? Arrêtez de visionner idiot et profitez du temps d’écran qu’il vous reste pour plonger dans des récits qui, souvent, dépassent la fiction. Voici mes meilleurs visionnements politiques de l’année :

(Ce texte a d’abord été publié dans Le Devoir).

1 – Le dernier felquiste

Il serait trop facile de lui décerner le prix de la série documentaire historique la plus achevée de l’histoire de notre télévision. C’est probablement la seule. Dit autrement : c’est la série politique la plus intéressante à avoir été présentée sur nos écrans depuis que Denys Arcand et Mark Blandford ont offert leur docu-fiction Duplessis en… 1978.

En six épisodes, sans aucune longueur, le journaliste Antoine Robitaille, l’historien Dave Noël, Félix Rose (auteur du documentaire Les Rose) et les réalisateurs Flavie Payette-Renouf, Rose et Éric Piccoli, déroulent les fils d’une intrigue tarabiscotée.

Puisque le personnage central de l’enquête, Mario Bachand, était présent aux premières années du FLQ et fut assassiné à Paris vers la fin de la saga felquiste, l’équipe d’enquêteurs nous font habilement revivre l’essentiel de l’histoire du FLQ. L’utilisation des archives est remarquable, le support de dessins pour soutenir le récit, très réussi.

Les ficelles dépassent: on voit bien que Robitaille et Noël font semblant de suivre des pistes dont ils savent qu’elles ne mèneront nulle part. Mais c’est pour mieux nous faire connaître les théories folles qui ont couru autour de cette affaire. Ils ne manquent ni d’ingéniosité ni de persévérance pour nous conduire, en fin de série, à ce qui s’approche d’une confession. Chapeau !

À voir sur Club Illico.

2. FLQ La filiale internationale

Il faut aussi souligner l’excellence du reportage effectué par Luc Chartrand pour l’émission Enquête au sujet des ramifications internationales du FLQ. La recherche est fouillée et, ici encore, l’utilisation de dessins très années 60 est à la fois habile et évocatrice. L’anecdote voulant que des felquistes de passage à New York aient été la bougie d’allumage de la vocation terroriste du groupe terroriste Weather Underground est particulièrement savoureuse.

On peut voir l’épisode ici:


3. USA: le moment perdu de l’égalité raciale

Je savais qu’il y avait un trou dans ma culture historique américaine. Lincoln, oui, je connaissais. La guerre civile. La proclamation d’émancipation des noirs. J’avais repris le fil avec Martin Luther King, Selma, les grandes lois réparatrices des années 1960.

Mais entre les deux ? Où était passée la suite de Lincoln ? Les effets de la proclamation d’émancipation ? Pourquoi l’abolition de l’esclavage n’a-t-elle pas produit l’égalité des citoyens ? Pourquoi a-t-il fallu attendre encore un siècle ? Réponses dans les formidables quatre heures de documentaire de PBS, présenté par l’historien Henry Louis Gates Jr, sur cette période dite de la « Reconstruction », qui va de la fin de la guerre civile jusqu’à la première guerre mondiale.

Oui, il y eut un moment ou les noirs américains ont eu le droit de propriété, le droit de vote, le droit de siéger dans les législatures des États du Sud, à la Chambre des représentants, au Sénat américain. Oui, il y a eu un moment ou les racistes du Sud furent mis sur la défensive. Puis il y eut la contre-offensive blanche. D’abord ténue et désorganisée, puis violente et systématisée. Un moment de grande régression. C’est dur à regarder. Mais c’est extraordinairement éclairant sur les racines de la situation raciale américaine actuelle, y compris les débats entourant le blackface, les statues des confédérés au Sud, les stigmates racistes dans la culture populaire.

Je mets ce visionnement dans ma catégorie NPVCDLUTDVC (Ne pas voir ce documentaire laisse un trou dans votre culture).

On peut voir l’intégrale ici:

4. La meilleure entrevue politique de l’année

La disparition de l’émission les Francs-Tireurs, à Télé-Québec, est inexplicable. Malgré le passage du temps, l’intérêt n’a jamais fléchi. À preuve, la meilleure entrevue politique de l’année au Québec a eu lieu sur ce plateau. L’étoile montante de la députation libérale, Marwa Rizqy, y présente sans fard une enfance et une adolescence qui aurait pu la détruire pour la vie, mais qui ont au contraire fait d’elle une frondeuse.

Cliquez pour vous rendre aux sites.

5. C’est la faute des algorithmes

On a reproché au documentaire Derrière les écrans de fumée (traduction de The Social Dilemma) d’exagérer l’effet des algorithmes des médias sociaux sur l’angoisse, le suicide et la violence modernes. Mais si seulement la moitié de ce qu’ils disent est vrai, il y a de quoi être terrifié. La crédibilité du récit repose sur ses principaux intervenants: ce sont eux qui ont conçu à Google ou à Facebook, plusieurs des outils informatiques qu’ils dénoncent maintenant.

Le documentaire estime à bon droit qu’il est illusoire de penser que les géants des réseaux sociaux vont s’auto-réguler. Leurs actionnaires réclament des rendements qui dépendent de la publicité qui elle-même dépend des algorithmes qui vous gardent glués à vos écrans. La réponse, ici comme pour le tabac ou le pétrole, ne peut venir que de lois et de règlements qui interdisent l’utilisation de certaines des fonctions pensées pour induire l’accoutumance et la polarisation. Il faut voir ces algorithmes comme la nicotine du 21e siècle.

https://youtu.be/c1yx2Hxl26k

Sur Netflix.

6. Une fiction sur les deep fakes

Finalement je vous suggère cette excellente fiction britannique sur les deep fakes. Bien faite, étonnante, prémonitoire.

À voir sur Prime Video

Si vous avez tout regardé ça et qu’il vous reste du temps, jetez un oeil à mon palmarès des séries politiques ici, il y en a pour des douzaines d’heures de plaisir !

Bons visionnements !

Dossier Saint-Pierre: soulagement et remerciements

Je suis évidemment soulagé par la tournure des événements et par la décision de Mme Saint-Pierre de retirer promptement les paroles qui pouvaient jeter un doute sur mon intégrité et de s’excuser auprès de ma famille. C’était difficile de sa part, je salue sa décision.

Il faut savoir se battre pour sa réputation, son intégrité, sa famille. Il faut savoir accepter les excuses lorsqu’elles sont offertes, comme je l’ai expliqué ici:


 

Et je remercie les centaines de personnes, amis, parents, internautes, signataires d’une pétition spontanée, qui m’on manifesté leur appui et prodigué leurs conseils pendant cette semaine difficile.

Merci aussi à Stéphane Bédard et à toute l’équipe de soutien de l’aile parlementaire, à mes anciens conseillers aussi, notamment Christophe Fortier-Guay, qui m’ont aidé à reconstitué les agendas pour déposer le document synthèse de mardi retraçant toutes les dates et les résultats de chacune des missions.

Mes pensées vont vers les artisans de la présence internationale du Québec, les quelques 600 personnes qui, au MRI au commerce extérieur et dans le réseau, offrent aux Québécois un rendement remarquable et sous-estimé, et dont le travail fut mis à mal par des déclarations malheureuses.

Dans les interventions que j’ai faites, j’ai été content de pouvoir dire que pour chaque dollar investi dans le MRI et le commerce extérieur, trois dollars d’exportation étaient générée pour les entreprises québécoises. Un des meilleurs rendements économiques du gouvernement.

J’étais heureux de pouvoir faire savoir que les 600 salariés du MRI et du commerce extérieur avaient, en 2012-2013, accompagné et facilité la conclusion d’ententes générant 2500 emplois au Québec. Sans parler des milliers d’artistes, stagiaires, étudiants, scientifiques, organisations de coopération, pour lesquels le MRI est la colonne vertébrale logistique, l’ouvreur de porte, le garant de leur sérieux.

Des commentaires reçus, je remercie tous ceux qui ont soupesé les pour et les contre, les avantages et les inconvénients d’une intervention publique de défense de mon intégrité qui impliquait, bien sûr, de répéter les accusations pour pouvoir y répondre.

De tous les commentaires reçus et lus, le député de Rosemont que je suis a apprécié celui-ci, de Louise Savoie le 11 juillet, qui n’était pas complètement hors sujet:

Moi qui habite le comté de Jean-François Lisée, je peux témoigner de son intérêt pour ses électeurs. Les gens de mon secteur étaient aux prises avec un problème de bruit en provenance d’une école de métier et il nous a beaucoup aidé à régler ce dossier. Nous l’apprécions beaucoup.

Merci Mme Savoie. Cela nous ramène sur le terrain et indique qu’on peut, simultanément, aider Bombardier à vendre des avions au Sénégal et résoudre des cas de comtés. C’est d’ailleurs ce qui me passionne dans ce travail: aider, au quotidien, des citoyens à régler des problèmes immédiats et faire aussi bouger les choses au niveau métropolitain, national et international, pour le bien collectif québécois.

Un mot pour les chroniqueurs qui ont soutenu ma position. Les commentaires de Liza Frulla et d’Antoine Robitaille, du Devoir, et de Guy Simard, du 98,5 FM, entre autres, m’ont touché. L’appui sur Twitter d’Yves Boisvert de La Presse — souvent très critique à mon endroit — était important. Merci aussi à Tommy Schnurmacher, de CJAD.

Mais je dois donner la palme à celui qui, le premier et avec sa verve inimitable, a soutenu mon combat: Mathieu Bock-Côté du Journal de Montréal sur son blogue.

Merci surtout à Sandrine, qui est monté à la barricade avec moi et qui a réalisé son premier point de presse en carrière avec un aplomb et une détermination dont chacun a pu être témoin. Et chacun comprend maintenant pourquoi je ne laisse pas un océan nous séparer trop longtemps.

Le test de français de Philippe Couillard

Ce n’est pas nouveau. Lorsque le PLQ prend le pouvoir, on s’attend au retour du laisser-aller linguistique. Lorsqu’en 2011 l’OQLF avait annoncé pour bientôt la minorisation du français sur l’île de Montréal, Jean Charest avait rétorqué qu’il faudrait « contextualiser » ce résultat. On attend toujours la contextualisation.

Le cas Couillard est cependant plus problématique que le cas Charest. Et ce n’est pas pour rien que la première ministre sortante et que les éditorialistes de La Presse et du Devoir lui lancent en choeur un signal.

C’est qu’aucun chef libéral n’avait, avant Philippe Couillard, lancé un signal aussi fort et aussi délétère pour le français. Au second débat, il tenta de convaincre Françoise David du caractère « indispensable » de l’anglais pour chaque travailleur d’usine, pour le cas où un acheteur anglophone de passage voulait lui poser une question.

Il effaçait ainsi un demi-siècle de lutte pour le droit de vivre et travailler en français au Québec.

Puisque des gens avisés lui ont parlé par la suite, le Premier ministre désigné sait qu’il a commis une bourde. Il a même fait semblant de n’avoir pas dit ce qu’il a dit. Il prétend n’avoir fait que l’apologie du bilinguisme en général.

Reste que son problème est plus que politique. D’abord, le candidat devenu premier ministre Couillard a envoyé à tous les employeurs du Québec le signal qu’il était raisonnable — non, « indispensable » — de réclamer désormais la connaissance de l’anglais au moment de l’embauche pour tout salarié susceptible d’être épisodiquement en contact avec un acheteur anglophone.

Il doit maintenant envoyer un contre-signal fort, tant cela est contraire à la lettre et à l’esprit de la loi 101 qu’il prétend vouloir faire appliquer. André Pratte, de La Presse, lui suggère de donner des gages linguistiques en confirmant la nomination de Robert Vézina à la tête de l’OQLF. Ce serait déjà ça. Surtout, le ministre qu’il désignera pour s’occuper du dossier linguistique devra avoir pour le français une sensibilité que son chef n’a, à l’évidence, pas.

Mais ça ne suffira pas à réparer le pot cassé par M. Couillard pendant la campagne. Dans Le Devoir, Antoine Robitaille lui suggère de poser un geste plus audacieux et d’étendre l’application de la loi 101 aux entreprises privées québécoises qui sont de charte fédérale. Ce que Mme Marois l’avait mis au défi de faire pendant la campagne.

On n’attend pas M. Couillard de ce côté-là du débat linguistique. Il surprendrait et rassurerait (en partie). Et il agirait dans la continuité d’une loi 101 qu’il affirme appuyer, mais qui n’est pour l’instant pas appliquée dans l’ensemble des grandes entreprises.

J’ajoute qu’il faudra surveiller de près les tentatives de l’équipe Couillard de faire régresser le travail de mon ex-collègue Diane deCourcy sur la question de l’immigration. Les Libéraux avaient pris l’habitude de laisser entrer au Québec des immigrants dont la moitié n’avaient aucune connaissance du français au point d’entrée. Pour plusieurs, cette connaissance n’était pas suffisante pour obtenir un emploi qualifié.

Diane a resserré les critères à la fois de connaissance et de qualité du français (et de qualité de l’anglais langue seconde). Plus prudentes sur le plan linguistique, ces mesures sont à même d’assurer un plus grand succès de l’intégration de nos futurs immigrants.

Si Philippe Couillard s’avisait de démanteler ces réformes de bon sens, aucun contre-signal ne pourrait nous convaincre qu’il a vraiment à coeur l’avenir du français à Montréal et à Québec. Aucun