Faut-il lire Obama ? Ça dépend

Pourquoi les mémoires présidentielles sont-elles souvent de grands succès de librairie ? D’abord parce que nous sommes curieux de connaître le dessous des cartes. Que s’est-il passé vraiment, dans la coulisse de la campagne électorale ? Quelle rivalité, naguère camouflée, a vraiment marqué les rapports du président avec ses alliés ou ses adversaires ? Quel fut la réelle nature de ses rapports avec Poutine, Sarkozy, Merkel, Harper ou Trudeau ? Quel catastrophe inconnue fut-elle désamorcée sans qu’on le sache, quel projet majeur n’a-t-il jamais vu le jour ?

On veut les secrets, bien sûr. Et on veut les dialogues, les surprises, les noms de ceux qui tirent les ficelles dans l’ombre — ou tentent de les tirer — et sur lesquels, enfin, on braque la lumière.

On ne trouvera rien de tout ça dans les mémoires de Barack Obama, Une terre promise, qui couvrent son premier mandat. (Le second mandat fera l’objet d’un second tome). En 700 pages, pas la moindre révélation, aucun secret éventé, aucune conspiration déjouée.

Ce qui s’en rapproche le plus est son récit du sommet sur le climat de Copenhague en 2009. Pour inviter l’impasse, il s’est imposé dans une rencontre en cours entre l’Inde, la Chine, le Brésil et la Russie et a forcé le jeu. L’affaire était connue, mais on a droit ici à une description plus précise.

Obama écrit bien, on le savait, et nos attentes n’en étaient que plus élevées. En fait, son livre de 2004 Les rêves de mon père (en anglais Dreams of my father) est un tel régal littéraire et intellectuel, une telle plongée dans la complexité de la réalité raciale américaine, qu’il fait partie de ma courte liste NPLCOLUTDVC (Ne pas lire cet ouvrage laisse un trou dans votre culture).

Pas ses mémoires, cependant. Je ne le recommande pas à ceux qui ont suivi de près l’actualité américaine pendant son mandat. Ils n’apprendront rien. Ceux qui n’en ont qu’une connaissance vague et qui veulent comprendre trouveront dans l’ouvrage une présentation claire, pédagogique, intelligente, avec des touches d’humour, des défis entourant l’adoption de l’Obamacare, de la sortie de la crise économique de 2008 comme des crises en Iraq, en Afghanistan ou en Lybie. Le livre se termine par une description de la prise de décision ayant menée à la capture et à la mort d’Osama ben Laden.

Un président à demi-impuissant

Le lecteur non habitué à la politique américaine sera amené à comprendre clairement combien difficile est la prise de décision lorsqu’un président doit composer avec un Congrès, et ici un Sénat, qui ne lui est pas acquis.

Ce qui frappe le plus, dans cette lecture, est la conviction de l’ex-président qu’il a fait le maximum dans chacun des dossiers qui s’est présenté devant lui. En introduction, il annonce qu’il a peut-être été trop timide dans certains de ses propos. On ne trouvera pas, dans la totalité de l’ouvrage, de confirmation de cette impression.

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La frustration est évidemment palpable. Lorsque la rue iranienne se révolte contre les Mollahs et les Ayatollahs, Obama aimerait clamer son admiration pour leur courage mais se fait convaincre que le pouvoir iranien userait de son appui aux manifestants pour justifier leur répression en prétextant que les opposants sont à la solde du Grand Satan américain.

Une quête illusoire d’unité

Obama a fait irruption en politique nationale lors d’un discours à la convention démocrate de 2004 où il a fait de l’unité entre les Américains son crédo. Son second livre, L’audace d’espérer, (en anglais The Audacity of Hope) était empreint de cette conviction que ce qui unissait les Républicains et les Démocrates était plus important que ce qui les divisait.

Son rêve d’action bipartisane s’est fracassé sur le refus obstiné des Républicains de se livrer au moindre compromis. Obama fait la chronique du temps perdu, par lui et son équipe, à tenter de convaincre une poignée de sénateurs républicains modérés d’appuyer leurs initiatives. La montée du Tea Party allait solidifier ce refus le jeter des ponts et faire de l’ère Obama la période de division politique la plus aigüe de l’histoire récente, débouchant sur l’élection de Donald Trump.

Conjoint et père à la Maison-Blanche

Obama le conjoint et Obama le père sont présents dans le livre et on suit à la trace la tension sous-jacente entre lui et Michelle Obama, qui déteste la politique, et son inquiétude envers l’impact de cette vie irréelle sur le développement de ses deux filles. De toute évidence, elles semblent s’en tirer à merveille. (Les intéressés trouveront un récit nettement plus complet de cet aspect des choses dans le livre de Michelle Obama, dont j’ai fait la recension ici.)

Pour ma part, j’étais particulièrement curieux de voir comment Obama allait discuter de ses choix de sortie de la crise économique de 2008. On l’a beaucoup critiqué, à gauche, pour sa timidité et le journaliste Ron Suskind avait décrit dans son livre Confidence Men/Obama, la vérité comment les conseillers économiques d’Obama l’avait littéralement empêché d’imposer des réformes plus conséquentes.

Obama réfute ces allégations dans son ouvrage, affirmant qu’il a fait exactement ce qu’il souhaitait faire, que toutes les autres alternatives auraient conduit à des impacts économiques indésirables ou que le Congrès n’aurait pu accepter des initiatives plus ambitieuses. Bref, il a fait le maximum.

Franchement, je suis déçu. Je ne doute pas qu’Obama soit convaincu de tout ce qu’il avance. Mais puisque nous sommes en présence d’un des politiciens les plus intelligents de sa génération, je me serais attendu à une plus grande capacité de recul, à une plus grande originalité d’analyse.

Si vous souhaitez lire un livre croustillant

Maintenant, si vous souhaitez lire un livre politique américain croustillant, avec des dialogues, des vengeances, des dessous de table, je ne peux que vous conseiller l’ouvrage de l’ancien conseiller à la sécurité nationale de Trump, John Bolton, La pièce où ça s’est passé / The Room Where it Happened.

En plus de livrer sans inhibition une série de secrets que, à mon avis, il n’aurait jamais du révéler pendant que son ancien patron était encore en fonction, Bolton donne au lecteur un cours accéléré et vivant sur la pratique réelle de la politique étrangère contemporaine. Évidemment, je suis mauvais juge, car je raffole de ce genre de choses. Mais je dois avouer qu’autant la lecture d’Obama fut un devoir, celle de Bolton fut un plaisir.

On peut commander Une terre promise ici.
Ou en anglais, A Promised Land, ici.

On peut commander Les rêves de mon père ici.
Ou en anglais, Dreams of my father, ici.

On peut commander L’audace d’espérer ici.
Ou en anglais, The Audacity of Hope, ici.

On peut commander La pièce où ça s’est passé, de John Bolton, ici
Ou en anglais, The Room Where it Happenned, ici.


Cliquez pour commander. Versions numériques disponibles.

À voir: The Report, sur la torture américaine

La véracité historique est une des grandes qualités du film The (torture) report. Ses producteurs ont été méticuleux dans leur respect d’un épisode historique terrifiant: la normalisation de l’utilisation de la torture dans la CIA post-11 septembre. (Pour une discussion de cette véracité, lire cet article de Slate.)

L’histoire est contée à travers la tentative du personnel de la sénatrice Diane Feinstein de faire une enquête exhaustive de cette pratique, face à une CIA plutôt, disons, réticente.

Adam Driver est excellent dans le rôle de l’enquêteur principal et déterminé, qui passera cinq ans de sa vie à documenter l’affaire et qui sera menacé de poursuites au moment où l’establishment veut enterrer le fruit de son travail.

Le fait que la CIA ait donné les clés, et 80 millions de dollars, à deux pseudo-experts des « interrogatoires améliorés » n’est que l’un des aspects grotesques du récit. On y trouve en filigrane le combat d’une des branches de l’État américain — le législatif, ici le Sénat — contre une autre — l’exécutif, ici la Maison Blanche et la CIA.

En filigrane est posée la question de savoir pourquoi l’administration Obama a refusé d’aller au bout des accusations de crimes de guerre contre des membres de l’administration précédente. La réponse donnée: ayant été élu en promettant de rassembler les Américains au-delà des lignes partisanes, Obama a pris la décision politique de ne pas lancer de bataille juridique contre ses prédécesseurs, ce qui aurait davantage divisé la nation. Obama allait ensuite se rendre compte qu’il allait présider à la pire polarisation de l’histoire du pays, plutôt qu’à l’apaisement de ses divisions.

Maintenant qu’il sait que les Républicains allaient se radicaliser de toutes façons, regrette-t-il de ne pas avoir fait triompher la justice dans cette affaire ? La suite, peut-être, dans ses mémoires attendues pour l’an prochain.

Le film The Report indique cependant clairement que les révélations du rapport du Sénat, du moins dans sa version « courte » de 400 pages, ont été rendues publiques contre la volonté de la Maison-Blanche en décembre 2014. (On peut lire le rapport lui-même en ligne ici (gros PDF).)

Sur Prime Video, premier mois gratuit


Au Québec, on peut se parler !

Je recommande le visionnement du bref échange entre Judith Lussier et Mathieu Bock-Côté, croqué par Urbania pour son segment Courrier recommandé.

Sur le fond, ce n’est pas transcendant. Mais sur la forme, le dialogue sympathique entre deux chroniqueurs qui sont politiquement aux antipodes est rafraîchissant. Au Québec, on peut s’engueuler sans se détester. Ça me met de bonne humeur.


La bande annonce de ma dernière balado Lisée101:

La bande annonce d’une récente balado Lisée202:

 

À Lire: Élisabeth Warren, la bouillonnante réformiste

Elizabeth Warren, This Fight Is Our Fight

La nouveauté de la campagne à l’investiture démocrate américaine n’est ni le favori Joe Biden, dont c’est la troisième tentative, ni le socialiste Bernie Sanders — il incarnait la nouveauté en 2012 — mais Elizabeth Warren.

La prof d’économie a surgi dans le débat national au moment de la crise économique de 2008. Son diagnostic était sans appel: la déréglementation financière était à la source du dérèglement. Conseillère épisodique de Barack Obama (qui, malheureusement, ne l’écoutait que très peu) elle a proposé, puis dirigé, une nouvelle agence de protection des consommateurs face à l’arbitraire financier.

Les progressistes américains ont découvert en elle un curieux mélange de connaissance fine des enjeux économiques et de leur impact sur la vie des salariés modestes, d’une part, et une ferveur considérable dans l’expression. C’est particulier.

Cette combinaison a permis à Warren de devenir, d’abord, Sénatrice du Massachusetts et, ensuite, de se placer dans le trio de tête de la course démocrate à la présidence. La situation se présente comme suit: Contrairement à Joe Biden et à Bernie Sanders, dont la personnalité et les positions sont connues de l’électorat démocrate, Warren gruge des appuis à mesure que les électeurs la découvrent, un processus loin d’être complété.

Un des scénarios les plus probables est que, si elle domine Sanders dans les premières primaires de 2020, le retrait de Sanders fera basculer vers elle un très grand nombre de ses supporters, ce qui lui permettrait de battre Biden et de devenir la candidate démocrate.

C’est, entre autres mais pas seulement, pourquoi la lecture de son bestseller A fighting  chance (malheureusement pas disponible en français, mais en espagnol) vaut le détour.

C’est un mélange d’autobiographie, de vulgarisation économique, de témoignages de salariés vivant dans la précarité malgré une économie en croissance, de récit de ses combats pour ses causes au Sénat, de propositions de réforme.

Tout cela emballé dans une langue accessible. Efficace, informé, concret.

L’effet toxique de l’argent en politique

Je suis habitué à ce genre de texte et à la description de l’effet toxique de l’argent dans le système politique américain. Par exemple, elle reprend ce chiffre qu’on oublie toujours car il est invraisemblable: les représentants et sénateurs en exercice doivent consacrer entre 30 et 70% de leur temps à la collecte de fonds pour leur prochaine campagne électorale. S’ils travaillent six jours par semaine, ce qui est la plupart du temps le cas, cela signifie qu’ils passent entre deux et quatre jours par semaine à ne parler qu’à des gens assez riches pour financer leur campagne.

Mais Warren a réussi à me faire bondir avec les exemples qui suit.

On sait que les grands patrons financent les campagnes électorales à tous les niveaux, que les lobbyistes écrivent directement les lois présentés par les Républicains et les démocrates qui sont encore à leur service, qu’ils financent les organismes qui forment des juristes conservateurs que les Républicains nomment à tous les étages de l’édifice judiciaire américain.

Mais je ne savais pas ceci:

« Comptabilisant sur une récente période de quatre ans, la Fondation Koch (fortune pétrolière), la Chambre de commerce et les multinationales comme ExxonMobil et Pfizer, ont assumé la facture de 185 juges fédéraux pour plus de 100 voyages toutes dépenses payées. »

Wow. Des juges fédéraux.

On connait la pratique de la « porte tournante » entre les postes de cadres supérieur des grandes banques newyorkaises et les postes-clé du gouvernement américain en matière de finances, au Trésor comme à la Maison-Blanche. Il est maintenant bien vu, à Wall Street, d’avoir passé quelques années dans l’administration.

Malheureusement (?!), même sous Trump, Washington ne peut égaler les salaires faramineux encaissés chaque année à New York.


Warren raconte le cas ubuesque de Antonio Weiss, pressenti par l’administration Obama pour un poste important au Trésor. Venant de la banque Lazard, qui avait déménagé son siège social dans un paradis fiscal, Weiss avait entre autre aidé Burger King à se soustraire à l’impôt américain en déménageant ses quartiers généraux au… Canada !

Weiss fut nommé au poste convoité, mais Lazard lui a accordé 21,2 millions de dollars US de « salaire différé » qu’il toucherait dès son retour chez Lazard ! Comme son rôle au trésor était de superviser les politiques économiques, y compris en ce qui concerne le domaine financier, Lazard avait un bon employé dans la place.

Warren consacre plusieurs passages à expliquer ce qui est très difficile à saisir. L’économie américaine va bien, le taux de chômage est au plus bas, alors comment peut-on parler de misère économique ? À travers des cas précis, elle explique comment la stagnation des salaires au bas de l’échelle maintient une partie des Américains dans des conditions de précarité permanente. L’effondrement du pouvoir syndical, l’affaiblissement des normes minimales du travail et la quasi-inexistence d’inspection du travail a poussé de grands employeurs à rogner sur les horaires, les bénéfices marginaux, les salaires.

On sort de cette lecture convaincu que son auteure a non seulement le cœur à la bonne place, mais la connaissance et l’énergie voulue pour réformer l’Amérique.

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La démission qui vous coûte 600 000 $

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Lire: La réticente, Michelle Obama

Michelle ObamaCe qu »il y a de plus remarquable dans le récit autobiographique de Michelle Obama est la contradiction entre sa vie souhaitée et sa vie vécue.

Dans le premier acte il y a la jeune femme déterminée à utiliser à plein le levier de l’éducation pour dépasser ses origines modestes de classe moyenne inférieure noire du South Side de Chicago et devenir une professionnelle travaillant dans une tour à bureau du centre-ville.

Elle y arrive à force de travail et devient avocate dans un grand bureau, s’attelant à la tâche de devenir partenaire et de s’installer au sommet d’une carrière juridique qui lui assurera prestige et sécurité.

L’arrivée dans son bureau, en retard, d’un stagiaire brillant, Barack Obama, va bousculer tous ses plans. Obama, premier directeur noir de la revue de droit de Harvard, est clairement une star juridique que se disputent les plus grand bureaux.

Ça ne l’intéresse pas. Ancien organisateur communautaire, Obama choisit délibérément des emplois moins rémunérateurs, mais qui donne un sens à sa vie, aide la communauté.

Cette quête de sens va pousser Michelle, alors Robinson, à remettre en question ses propres choix et à offrir ses compétences à des organisations vouées à la qualité de vie du plus grand nombre.

Enfin installée dans cette nouvelle voie, et mère d’une première fille, elle ne voit pas d’un bon œil la décision de son nouveau mari de se faire élire, d’abord, à la législature de l’État de l’Illinois. Michelle Obama nous entraîne essentiellement dans l’histoire de sa réticence.

Elle n’aime pas le jeu politique. Elle comprend que son mari porte la promesse d’un changement positif pour l’Amérique et on la sent portée, de temps à autre, par la vague d’enthousiasme, mais elle est en terrain étranger. Elle est la passagère qui doit s’adapter à un trajet qu’elle n’a jamais souhaité emprunter.

Engagée dans la campagne de son mari, elle devient la cible de ses adversaires et, même avec le recul, on sent que les cicatrices sont encore vives à sa mémoire.

Elle nous apprend que si elle a finalement accepté que Barack s’embarque dans la campagne présidentielle de 2008, c’est qu’elle estimait qu’il n’avait pas de chance de l’emporter. Que l’Amérique n’était pas prête à élire un président noir.

Ceux qui ont investi dans la lecture de ce livre dans l’espoir d’y retrouver une future candidate à la présidence seront déçus.

Première dame, première mère

On en apprend beaucoup sur les trésors d’organisation déployés par Mme Obama pour protéger ses deux filles pendant ces années politiques.

Elle nous fait comprendre l’extraordinaire lourdeur de la sécurité entourant la famille présidentielle. Si le couple présidentiel veut aller dans un restaurant, tous les clients et le personnel devront être scrutés au détecteur à métal. S’ils veulent voir une pièce de Broadway, la rue devant le théâtre sera fermée, tous les spectateurs passeront au détecteur. Voyant cela, le couple ne fera qu’une de ces sorties en amoureux.

Assister à un concert d’une des filles à l’école est donc exclu, pour le président, car les désagréments imposés aux autres parents et élèves serait trop grands. Il arrive que Michelle Obama reste dans la voiture pour regarder une de ses filles participer à un tournoi de tennis, car si elle devait rejoindre les autres parents dans les gradins, l’arrivée de ses garde du corps ferait tache.

Les auditeurs de la série « Scandal » savent que le président, la première dame et quelques autres adorent prendre le petit déjeuner ou l’apéro sur le balcon du 2e étage, qui donne sur le long parterre sud de la Maison-Blanche. On apprend dans ce livre que, lorsque l’envie vous en vient, il faut avertir la sécurité qui fera… fermer à la circulation la rue qui longe le terrain en contrebas. Cela a un effet dissuasif.

Le soft power de la première dame

Comment utiliser le pouvoir de la première dame ? D’ordinaire, elles s’associent à des causes consensuelles. Comme Nancy Reagan à la lutte contre la consommation de drogue « just say no! ».

Michelle Obama a choisi le problème du surpoids de la jeunesse. Plantant un potager sur le terrain de la Maison-Blanche, faisant la promotion de l’activité physique et, surtout, rassemblant plusieurs industriels de l’alimentation pour les inciter à réduire dans leurs aliments les proportion de gras, de sucre et de sel.

Elle a très bien compris que, n’étant pas élue, elle n’avait pas la légitimité requise pour proposer des changements législatifs coercitifs. C’est le boulot du président et des élus. Mais elle a une capacité de persuasion, de « soft power », dont elle a usé avec beaucoup d’efficacité pendant ses huit ans d’activité.

Le paradoxe racial

C’est donc un récit singulier, à nul autre pareil, et qui ne fait pas l’impasse, dans les derniers chapitres, sur le grand paradoxe incarné par cette première famille noire dans la maison du pouvoir.

Le contraste est saisissant entre le discours qui a porté Obama au pouvoir et la réalité politique qu’il a vécu. Il avait promis d’unir les Américains autour de leurs valeurs communes. Un de ses arguments contre sa rivale d’alors Hillary Clinton est qu’il ne voulait pas revivre les années de conflit et de division partisane qui avait caractérisé la présidence de Bill Clinton.

La division partisane allait pourtant connaître, sous Obama, des sommets jamais connus jusqu’alors et se solder par l’élection de la personne la plus polarisante de l’histoire des États-Unis, Donald Trump.

L’élection d’Obama de 2008 contenait aussi la promesse d’une Amérique post-raciale. L’élection d’un noir n’était-il pas un signe d’apaisement ? La violence raciale a au contraire repris de plus belle pendant ces années. Michelle Obama estime que la simple présence de noirs à la Maison-Blanche était pour certains une provocation permanente, une raison de plus de détester.

Le livre se termine donc par une note aigre-douce. L’auteure tente de nous convaincre, et de se convaincre, que tout n’est pas perdu, que le changement se mesure sur le long terme, que ce qu’elle et sont mari ont accompli n’est pas vain.

On veut le croire avec elle.

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La course à obstacle trudeauiste de Réjean Hébert

En voici un extrait:

 

 

Le discours impossible de Barack Obama

obamairak-150x150Il a fait de son mieux, c’est sûr. Il s’applique. C’est un studieux. Ce n’est donc pas surtout un «peut mieux faire» mais un «rien n’y fait» et un «rien à faire» qu’il faut écrire sur sa copie — son discours de bureau ovale de fin d’engagement militaire en Irak.

Discours impossible, car comment celui qui était, presque seul parmi les démocrates de renom, opposé à l’entrée dans la guerre peut-il aujourd’hui célébrer une mission accomplie, sans se dédire ? Comment le candidat à la présidence opposé à la seule décision stratégique compétente de son prédécesseur dans cette guerre — the surge, la montée en puissance de 2008 qui, combinée au retournement des sunnites en faveur de la paix, a significativement calmé le jeu — peut-il tirer vers lui le moindre crédit de la fin des combats par les GI ?

Chef d’un État en guerre, commandant en chef des armées, consacrant l’essentiel de son allocution à vanter les troupes, leur courage, leur ténacité, leurs sacrifices, leurs résultats, Obama ne pouvait qu’effleurer le sujet. «Cet après-midi, j’ai parlé à l’ancien président George W. Bush. Chacun sait que lui et moi étions en désaccord sur la guerre depuis le début.» Mais, a-t-il ajouté dans le leitmotiv de l’allocution, «il est temps de tourner la page».

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W avait raison !

Qui avait raison, qui avait tort ? Pour tout auditeur ou lecteur du texte, la réponse est nette: W ! Lisez plutôt:

« Les Américains qui ont servi en Irak ont accompli la mission qui leur avait été confiée. Ils ont infligé la défaite à un régime qui terrorisait son peuple. Avec les Irakiens et les partenaires de la coalition, ils ont fait d’immenses sacrifices. Nos troupes ont combattu pâté de maison après pâté de maison pour aider les Irakiens à avoir une chance d’avenir meilleur. […]

Nous avons persévéré car nous partageons avec le peuple irakien une croyance : celle qu’un nouveau début peut sortir des ruines de la guerre dans ce berceau de la civilisation. Dans ce chapitre remarquable de l’histoire des Etats-Unis et de l’Irak, nous avons assumé nos responsabilités. Il est désormais temps de tourner la page. »

C’est clair. C’était dur, mais ça valait le coup. Dur pour les Américains et leurs alliés, mais pas un chiffre avancé sur le nombre de pertes civiles. Obama ne s’est pas cru permis de dire que, même pour les partisans de la guerre, l’insondable incompétence de la gestion de la victoire initiale par l’équipe Bush-Cheney-Rumsfeld a coûté la vie à des dizaines de milliers d’irakiens, en pure, pure, perte.

Devoir faire un discours dont le message intrinsèque est la célébration de l’enjeu dominant — et hier damnant — de l’ère Bush est une catastrophe de premier ordre pour Obama. Le président est à deux mois d’élections de mi-mandat qui s’annoncent dévastatrices, comme le montre le coup de sonde de Gallup de ce lundi:

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Un écart de 10 points, un record historique pour les Républicains

Sentant la force de l’impact, les porte-paroles démocrates s’étaient depuis un mois résignés à critiquer l’ex-administration Bush pour sa mauvaise gestion économique, tentant de déporter sur lui et les Républicains un peu de la colère générée par la dégradation de la situation de l’emploi. Comme on peut le voir ici dans cette pub qui met en pièce le président de la campagne républicaine, Pete Sessions :

Cette vidéo n’existe plus

Alors devoir consacrer une adresse à la nation implicitement pro-Bush ne pouvait plus mal tomber.

C’est l’économie, idiot

Obama sait très bien que la question irakienne ne pèsera pas d’un iota dans les bureaux de scrutin, en novembre. Il n’y a que la piètre qualité de l’économie qui compte. Et peut-être aussi le fait que 18% des Américains croient Obama musulman et que, c’est pire, 42% disent ne pas connaître sa religion ! (Alors que le principal problème de sa campagne présidentielle fut ses rapports avec son pasteur protestant, le flamboyant et politiquement incorrect Jeremiah Right.)

Les tentatives du président, dans le discours, de faire un parallèle entre la résilience des soldats américains et la nécessité de traverser la crise économique en gardant espoir n’étaient pas du meilleur effet.

« Au moment où nous concluons la guerre en Irak, nous devons relever les défis domestiques avec autant d’énergie et de résilience, et un sens d’un objectif commun similaire à celui qui animait nos hommes et femmes en uniforme qui ont servi en Irak. Ils ont remporté tous les défis qu’ils ont rencontré. A notre tour. »

Équivalence, donc, entre les deux missions: libérer l’Irak et sortir de la récession. Fallait-il insister ainsi sur la justesse de l’objectif fixé par son prédécesseur républicain ? Misère…

Il y revient même en finale:

« Nos troupes constituent l’acier du navire de l’État. Et même si notre nation traverse des eaux agitées, elles nous inspirent confiance dans le cap suivi, et dans le certitude qu’au-delà des matins sombres, il existe des jours meilleurs. »

On comprend qu’Obama et ses rédacteurs ont voulu coller au sujet imposé par l’événement historique — le retrait des troupes et l’Irak — et ne pas aborder l’économie dans une portion distincte du discours, ce qui aurait pu sembler opportuniste.

Obama avait été critiqué pour avoir trop parlé de sa réforme de l’énergie en finale de son discours à la nation sur le désastre pétrolier dans le golfe.

Mais peut-être écoute-t-il trop les critiques ?

Et peut-être, puisque l’économie est la principale préoccupation de ses électeurs, aurait-il pu annoncer un discours sur l’Irak et sur l’économie. Moitié moitié? Peut-être aurait-il pu dire que les sommes investies en Irak, beaucoup trop importantes pour la mission à cause de l’incompétence des Républicains, auraient mieux servi l’économie américaine? Peut-être aurait-il pu affirmer qu’enfin, les démocrates fermaient ce robinet pour mieux irriguer, à la place, un marché du travail asséché.

Il a fait de son mieux. Il s’est appliqué. Mais avec la probabilité d’un raz-de-marée républicain en novembre et la perte des deux chambres, peut-être aurait-il du être non seulement à la hauteur de sa fonction, ce qu’il fut, mais au diapason de la bagarre politique qu’il doit mener pour sauver son programme de réforme, ce qu’il ne fut hélas pas.

Obama hanté par le fantôme de Bush

Ce soir le président américain s’adresse à la nation pour souligner la réalisation de sa grande promesse électorale: le retrait des troupes américaines en Irak. Mais ce sera comme si son prédécesseur était dans la pièce.

Je vais vous montrer un excellent montage du site Politico.com montrant le pauvre porte-parole du président, Robert Gibbs, répondant aux journalistes aujourd’hui. Mais d’abord, un peu de contexte:

À quoi est dû ce succès  — mitigé, certes — mais succès quand même en Irak ? Essentiellement, au seul geste stratégique compétent effectué par George W. Bush pendant toute la guerre en Irak: sa décision, prise contre la majorité écrasante de ses généraux et conseillers, d’ajouter 20 000 soldats en 2007 dans ce qui s’est appelé « the surge ». La conjonction de cette infusion de militaires avec la décision de milices sunnites d’imposer la paix dans quelques provinces a conduit à une réduction significative de la violence, pavant la voie à un départ possible des troupes combattantes.

Alors voilà la grande question. Ce soir, Obama va-t-il saluer la contribution de George W. Bush au dénouement de la crise ?

Obama a choisi son adversaire: Wall Street

hero_jointaddress_PS-0690-150x121La campagne électorale qui accouchera, dans neuf mois, d’une majorité ou d’une minorité démocrate au Congrès américain, a débuté hier soir.

Dans son discours sur l’État de l’Union, un président pas le moins du monde ébranlé par ses défaites politiques récentes, a mis la table pour l’affrontement à venir.

Il a choisi son adversaire: Wall Street. Il a été plus dur avec le monde financier qu’avec Al Qaida ! Au début, au milieu et à la fin du discours, il a critiqué les banquiers pour leur refus de se réformer et pour leur extravagants bonus. Il a promis de les taxer, de leur imposer des réglementations pour éviter une nouvelle crise. Il a proposé de serrer la vis à leur instrument privilégié: les lobbyistes. Il veut les forcer à dévoiler chacun de leurs contacts avec les élus et limiter leur capacité de contribuer à la caisse électorale des candidats au Congrès. Et il a juré d’opposer son véto à tout projet de loi du Congrès qui ne serait pas suffisamment mordante pour réformer le monde financier.

On a beaucoup parlé ces derniers jours du déclin des opinions favorables à son égard (50/50 pour l’essentiel) et de l’opposition à sa réforme de la santé (46 contre /31 pour).

Mais 71% des Américains pensent que l’État doit être plus sévère envers les banques. La même proportion estime qu’Obama n’est pas à blâmer pour les problèmes des États-Unis en ce moment.  Obama a ramé en ce sens en déclarant qu’il avait « détesté » avoir à adopter le plan de sauvetage des banques l’an dernier. « Ce fut aussi populaire qu’un traitement de canal », a-t-il dit. Voilà des éléments qui, combinés, mettent le président du bon côté de l’opinion.

Devant lui, pendant son discours, les Démocrates ont applaudi,  mais pas les Républicains, qui confirment ainsi exactement le rôle qu’Obama les accuse de jouer: celui des alliés des banques et des lobbyistes.

Le président a, ces jours derniers, remanié son équipe pour prendre le contrôle de la campagne de l’automne. Il sait que les Républicains au Sénat ne lui donneront aucune des réformes qu’il appelle de ses voeux. Il ira donc en appel. Devant l’électorat. En novembre.

Le chiffre qui peut sauver Obama

71%

C’est la proportion d’Américains qui croient que «on n’a pas assez agi pour réglementer les compagnies de Wall Street et l’industrie bancaire», selon le sondage Wall Street Journal/NBC réalisé ces derniers jours. Seulement 22% sont d’avis contraire, donc sont d’accord avec les banques. Il faut dire que le récent témoignage, au Congrès, des principaux banquiers du pays n’a pas aidé leur cause. Notamment lorsque Jamie Diamond, président de JP Morgan, a déclaré «le fait que les prix de l’immobilier n’allaient pas augmenter sans arrêt, cela nous a échappé». C’est tellement incroyable, de la part d’un des maîtres du monde, que je vous le mets en version originale: « Somehow, we just missed, you know, that home prices don’t go up forever. »

Voilà les gens qui refusent aujourd’hui de réintroduire dans le système essentiellement les réglementations que Franklin Roosevelt avait imaginées dans les années trente et qui avaient permis d’éviter des crises financières importantes jusqu’à ce que…. ces réglementations commencent à être démantelées sous Reagan, Bush I, Clinton et Bush II.

Obama a promis de «se battre» sur ce terrain. Au moins, il part avec 71% des Américains de son côté. Un beau cheval de bataille pour les élections de mi-mandat.

Qui plombe la popularité d’Obama ? Les Blancs !

54%

C’est la proportion d’électeurs américains blancs qui estiment que la première année de pouvoir de Barack Obama est un échec, contre 37% qui estiment que c’est un succès. Chez les Noirs, 82% voient un succès, seulement 7% un échec. Dans la population en général, la question se solde par un match nul: succès 45%, échec 45%. C’est dire que la population non-blanche appuie majoritairement Obama, pour annuler l’impact de son impopularité chez les Blancs.

Parmi les milliers de données de sondage publiés ces derniers jours pour déchiffrer l’opinion, à l’an 1 d’Obama, cet écart entre Blancs et non-Blancs est la donnée la plus déprimante de toutes.  Si ce n’était d’elle, on pourrait — comme le font beaucoup d’analystes — comparer le désenchantement dont souffre Obama à celui qui déprimait Ronald Reagan au même moment de sa présidence, alors qu’il devait, comme son successeur noir, affronter une récession et se battre pour des réformes très critiquées.

Mais lorsqu’on compare le niveau d’approbation blanc à Obama + 1 an, à celui des cinq présidents précédents, y compris les démocrates Carter et Clinton, on ne peut que constater qu’aucun d’entre eux n’a eu un taux d’approbation de l’opinion blanche aussi faible (le plus proche, Carter, avait 10 points de plus) et qu’aucun n’a eu un taux de désapprobation de cette opinion aussi élevé (le plus proche, Clinton, avait 10 points de moins). (Voir ce désolant graphique compilé par le New York Times.)

Le sondage mettant en évidence le ressac dont Obama est victime dans l’électorat blanc, publié par l’Université Quinnipiac, pose une question dont la réponse tombe sous le sens:

Pensez-vous que le Barack Obama a été un meilleur président que George W. Bush, équivalent, ou pire ?

Dans la population totale, 43% croient qu’Obama a été meilleur, 23% le trouvent égal à Bush et 30% pire.

Chez les Blancs: 38% le trouvent pire que Bush, 36% meilleur et 23% équivalent.

Plusieurs autres réponses vont en ce sens. Mais pour amortir, à peine, le choc, chers internautes, je citerai les réponses où 59% des Blancs trouvent à Obama des qualités de leader fort, le croient honnête (49%, mais 44% en doutent). Et, c’est la moindre des choses, 49% des Btlancs croient que Bush est le grand responsable de l’État actuel de l’économie, contre 24% qui blâment Obama.

Afghanistan: le multimatum d’Obama

Qui a fait sa part pour l’Afghanistan ? Le Canada (135 morts), dont le Québec (25), c’est sûr. Les Britanniques (236 morts), aussi. Les Français (36), en se tenant loin des zones de combats, pour l’essentiel. Les autres membres de l’Otan impliqués, bien timidement. Et les Américains, qui se dirigent vers 1000 morts. (Si le Québec était un pays, il serait le 8e avec le plus de décès sur les 22 membres de la coalition, juste après l’Espagne et loin devant l’Italie. Voir le détail ici. )

teteObamaMais il y a, dans cette affaire, ce que le jargon politico-militaire appelle les Free riders, les passagers clandestins. Ceux qui profitent du voyage sans payer leur billet. Qui sont-ils ? Par ordre d’importance: la Chine, la Russie, l’Iran, l’Inde. Est-ce à eux qu’Obama parlait mardi soir ?

Pour cette démonstration, je vais emprunter sa technique à Max Gallo (Napoléon, César…) et prétendrai être dans la tête d’Obama pour lire sa pensée:

L’Afghanistan ? C’est probablement foutu. Ils n’ont pas réussi à me convaincre, depuis janvier, que c’était gagnable. Mais ce serait mauvais pour moi, et pour l’image des États-Unis, si on quittait maintenant, comme des malpropres. Alors on va donner un dernier coup. Pas pour faire semblant, mais un vrai dernier coup: 30 000 GI, et on va faire pression sur mes supposés alliés pour 10 000 de plus. Bush avait réussi, en Irak, à sortir d’un bourbier qu’on disait sans fond, en faisant son propre dernier effort — envers et contre tous. Évidemment, ça n’aurait pas marché si la chance n’avait pas tourné en sa faveur et si les factions chiites et sunnites n’avait pas décidée, elles-mêmes, d’arrêter de s’égorger. Mais pourquoi n’aurais-je pas un peu de chance, moi aussi ?

Alors je lance un ultimatum, à tous. A ce fraudeur corrompu de Karzaï, d’abord. Et je ne me suis pas gêné pour dire, dans mon discours, que le régime était corrompu et que l’élection était truquée. Il doit s’organiser pour que, dans 18 mois, lui et ses amis corrompus et souvent sanguinaires et rétrogrades — parfois autant que les Talibans — puissent prendre progressivement la relève. Sinon, je ne donne pas cher de son béret quand les Talibans seront aux portes de Kaboul.

L’ultimatum, je le lance aussi à mes propres militaires. Ils ont voulu me vendre cette salade de la stratégie d’occupation du territoire et d’engagement avec les Afghans. Mais j’ai vu Obama’s War, sur PBS, en ligne, qui démontre clairement que malgré toute cette bonne volonté, il est impossible de convaincre les Afghans de collaborer avec nous au quotidien. Ils ont trop peur des représailles des Talibans. Et maintenant qu’ils savent qu’on part bientôt…  Alors, le général McChrystol peut bien pavaner, il doit maintenant prouver qu’il a raison. Je lui souhaite bonne chance.

Un ultimatum au Pakistan, ensuite. Ils ont constamment joué sur les deux tableaux en acceptant notre aide financière mais en laissant leur armée et leurs services secrets aider les Talibans, voire Al Quaida. Depuis peu, une partie de leur armée a compris que les Talibans étaient leurs ennemis aussi. Ils ont 18 mois pour assécher une partie des bases arrières talibanes, toutes sur leur territoire. Je n’en ai pas parlé mardi, mais j’ai ordonné à la CIA de décupler son action au Pakistan. Si on pouvait seulement capturer Ben Laden, que cet idiot de Rumsfeld a laissé filer…  Enfin, cessons de rêver. Les Pakistanais sont avertis. Dans 18 mois, je compte les laisser en tête à tête avec les amis d’Ossama.

Un ultimatum à la Chine. Ils sont plus riches que nous (en fait, possèdent notre dette), leur économie tourne à plein régime et, vous savez quoi ? Ils ont une petite frontière commune avec l’Afghanistan. Ils investissent là-bas dans les mines de cuivre, veulent les réserves d’or et d’uranium du pays, et ils pensent qu’on va leur servir longtemps de gardes du corps ? Le retour des Talibans au pouvoir, c’est la fin des espoirs chinois pour les ressources afghanes, mais aussi pour le passage du pétrole et du gaz dont ils ont besoin. Mais c’est le retour d’une base arrière pour les agitateurs ouïgours. Combien de divisions chinoises en Afghanistan ? Aucune. C’est un non sens. Ils doivent faire leur part.

Bon, les Russes. On peut dire qu’ils ont déjà donné, beaucoup de sang, en Afghanistan. Et sous leur règne, au moins, les filles pouvaient aller à l’école. Reste qu’ils ont vachement intérêt à ce qu’on réussisse, sinon la contagion talibane se propagera au nord, donc sur toutes les républiques instables, mais riches en ressources pétrolières et gazières, qui constituent le ventre mou russe. Dans 18 mois, camarades, si on part, que ferez vous pour éviter le pire ? La question viendra vite.

Les Indiens, alliés du régime Karzaï, craignent comme la peste un retour des Talibans. Ils auraient sur leur frontière Nord le Pakistan, islamique, nucléaire, fragilisé, puis encore plus au Nord un autre pays islamique, pour l’instant non nucléaire, mais enragé. Bon, les Indiens ont sorti leurs chéquier: un milliard de dollars en aide financière. Et s’il fallait qu’ils envoient une brigade, les Pakistanais en ferait une syncope. N’empêche, ils devront, d’ici 18 mois, dire comment ils comptent contribuer à la solution.

Finalement il y a aussi les Iraniens, également voisins de l’Afghanistan, également opposés aux Talibans, qu’ils considèrent comme des rustres et des concurrents potentiels dans la grande course pour dominer le monde musulman. Ils nous ont rendu plusieurs petits services au cours des années, malgré notre rivalité sur d’autres plans. Nous leur avons déjà fait un énorme cadeau en délogeant Saddam et en leur permettant, à cause de cet incompétent de Bush, de devenir une force en politique intérieure irakienne. Maintenant, on leur rend service en gardant les Talibans en retrait. Ça ne peut pas durer indéfiniment.

Vous comprenez mon dilemme ? Quand Bush a envoyé les troupes, il y a 8 ans, Washington était à l’apogée de son hyperpuissance. Aujourd’hui, nous sommes au bord de la faillite. Je n’en reviens pas encore d’avoir du dire dans le discours: « En tant que président, je refuse de poser des objectifs qui dépassent notre responsabilité ou nos moyens ou nos intérêts. » Imaginez si Roosevelt avait dit ça après Pearl Harbor: Nous allons nous battre contre le Japon et les Nazis, mais seulement si nous en avons les moyens ! On est vraiment en déclin ! Et c’est moi qui doit gérer ça ! Mais j’ai dit aussi que nous n’allions pas viser des objectifs qui dépassent notre responsabilité. C’est fini le temps ou l’Oncle Sam était responsable de tout. Et en Afghanistan, clairement, il y a des gens qui ont plus de responsabilités que nous et qui ont plus à perdre que nous.

Bon, là, j’ai joué ma carte. Mon grand défi maintenant est de rendre crédible ma menace de commencer le retrait dans 18 mois. Ça va aussi rassurer mon aile gauche, dans le parti démocrate, qui a peur que je m’embourbe. D’autant que, dans 18 mois, on va être à un an de la présidentielle. Si je réussis mon pari, que les passagers clandestins paient au moins une partie de leur billet, et que l’Afghanistan a un gouvernement stable — corrompu, vendeur d’Opium, islamique, misogyne — mais stable, les boys vont revenir et je vais être réélu. Mais si j’échoue et que les Talibans prennent Kaboul, alors je suis mûr pour une retraite anticipée. Les Républicains, même l’écervelée Palin, ne ferait qu’une bouchée de ce qui me resterait de crédibilité en 2012.

Enfin, on verra. À chaque jour suffit sa peine. Je vais faire ce que je fais depuis mon inauguration, escalader, au péril de ma vie politique, un Everest par semaine. Maintenant, il faut que je vous quitte, je dois aller à Copenhague pour sauver la planète…

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Pour les intéressés: sur le fond, comme c’est souvent le cas, Andrew Sullivan résume ma pensée mieux que je ne pourrais le faire dans son Daily Dish. Extrait:

As always with Obama, look a little deeper. He has made the very best of a very bad situation. And he is playing a long game for a win or a necessary withdrawal or both. I retain all my doubts; but I give him and Gates and McChrystal and Clinton and the troops all my support for the two years ahead. This much he and they deserve. One more try, guys.

Et Robert D. Kaplan résume mieux que moi les intérêts Chinois, Russes et Indiens en Afghanistan dans le NYTimes du 7 octobre dernier.

In nuts-and-bolts terms, if we stay in Afghanistan and eventually succeed, other countries will benefit more than we will. China, India and Russia are all Asian powers, geographically proximate to Afghanistan and better able, therefore, to garner practical advantages from any stability our armed forces would make possible.

Everyone keeps saying that America is not an empire, but our military finds itself in the sort of situation that was mighty familiar to empires like that of ancient Rome and 19th-century Britain: struggling in a far-off corner of the world to exact revenge, to put down the fires of rebellion, and to restore civilized order. Meanwhile, other rising and resurgent powers wait patiently in the wings, free-riding on the public good we offer. This is exactly how an empire declines, by allowing others to take advantage of its own exertions.

(Ce billet est également visible sur le blogue Les États-Unis d’Obama, du Cérium)
(Photo: Maison Blanche)