À voir: Tout sur le cover-up viral de la Chine

Un an après les premiers signes publics d’éclosion du virus à Wuhan, une équipe d’experts de l’Organisation mondiale de la santé est sur place, tentant de remonter la trace du Covid, du patient zéro, du laboratoire ou de la chauve-souris responsables de tant de chagrins.

Bonne chance ! Il y avait quelque chose de pathétique à voir ces scientifiques arpenter le marché aux animaux de la cité, fermée et nettoyée depuis 12 longs mois. Que pensaient-ils y trouver, sinon la nostalgie d’une époque révolue et quelques photos pour leurs albums-souvenirs ?

J’ai suivi avec attention ce qui a été écrit depuis le début de cette affaire sur la tentative du pouvoir chinois de cacher à ses citoyens et au monde le danger que représentait ce nouveau virus. Très tôt, on a compris que la Chine avait camouflé les détails et réprimé ceux qui souhaitaient dire la vérité.

Jamais cependant l’ampleur du mensonge chinois n’a été aussi bien dépecé et repertorié que dans le documentaires de 90 minutes que vient de diffuser et de mettre en ligne la formidable équipe de chercheurs de l’émission Frontline.

Il faut l’écouter. Le voici:


Cliques pour commander. Version numérique disponible.

La seconde guerre froide, année zéro

L’histoire s’écrit sous nos yeux. Comme d’habitude, elle n’arrive pas sans avoir envoyé des avertissements. Il y a eu des faits nouveaux, puis une tendance, des hésitations, une montée en puissance, puis la chose s’est imposée. Une nouvelle réalité.

Parfois, il faut un événement. À lui seul, il parait anodin. Un anarchiste assassine un archiduc. Un populiste exalté et un peu ridicule est élu au Reichstag. Mais cet événement provoque une accélération de l’histoire. Il est la goutte qui va faire déborder le vase.

La goutte, en 2020, est un virus. Ou plutôt son origine et sa gestion. Le vase est constitué de la montée en force de la Chine, de son nouveau statut de superpuissance.

On a beaucoup écrit, depuis le début du siècle, sur la nouvelle rivalité entre la Chine et les États-Unis. Il y a un moment où, en termes purement économique, l’Empire du milieu devient plus important que l’Amérique dans la production mondiale, puis dans l’économie mondiale. Ce moment est déjà arrivé, ou est sur le point d’arriver, selon la méthode de calcul des uns et des autres.

Est-ce grave ? La même chose avait eu lieu entre l’Angleterre et les États-Unis au 20e siècle, sans que les deux pays deviennent des rivaux, sauf sur les marchés. Et il y avait l’ennemi commun, soviétique, qui poussait à resserrer les rangs.

Disponible en version imprimée, numérique et audiolivre. Cliquer sur l’image pour commander.

Dans une première étape, des années 1990 jusqu’à récemment, Washington a voulu jouer avec Pékin la carte du partenariat. Mieux valait participer à l’essor chinois en multipliant les coopérations économiques, scientifiques, voir militaire. Pékin était preneur, chacun de ces ponts lui permettant de monter les échelons de la performance, de la technologie et de la richesse. Que les entreprises chinoises pillent sans vergogne la propriété intellectuelle de ses partenaires occidentaux était le prix à payer pour que les entreprises occidentales aient accès à cet extraordinaire marché d’1,4 milliard de consommateurs, dont le pouvoir d’achat grimpe sans cesse.

Les entreprises américaines ont elles-mêmes été les architectes de l’irruption de la Chine comme l’indispensable usine du monde. WallMart donnait le ton, forçant ses fournisseurs à délocaliser leurs opérations en Chine pour réduire le coût de leurs produits.

Les dirigeants chinois ont dû être frappés de la facilité avec laquelle leur économie est devenue dominante dans les domaines pourtant stratégiques des terres rares, de la production pharmaceutique générique puis, a-t-on récemment appris, de la production de matériel sanitaire. Avec ces exemples,  on est encore dans le low-tech. La volonté de la Chine est de devenir dominant dans le high-tech. Personne ne met en cause que sa multinationale Huawei, créée il y a 20 ans à peine et devenue le premier joueur mondial en télécom, a une longueur d’avance sur tous ses concurrents en matière de technologie 5G. L’investissement de la Chine en Intelligence artificielle est plus important que celui des États-Unis ou de l’Europe. Son expertise en reconnaissance faciale et en traçage des individus, expérimenté dans l’ignoble répression et internement de la minorité ouïgour, est maintenant un produit d’exportation.

L’ambivalence avant la bellligérance

Donald Trump incarne à lui seul l’ambivalence américaine face à la Chine. Il fut envoûté par le président chinois lorsqu’il fut accueilli comme un roi à Pékin en visite officielle. Puis il fut choqué par l’ampleur du déficit commercial qu’il a voulu corriger en lançant une guerre des tarifs qui a jeté un froid sur l’économie mondiale. Mais il a signé une entente partielle l’automne dernier qui ne règle pas le fond des choses, mais dont il était satisfait. Au début de la crise du virus, il faisait l’éloge du président chinois, son ami retrouvé.

C’est terminé. L’ampleur de la crise, les détails sur le camouflage chinois de son importance pendant des semaines cruciales, l’extraordinaire opération d’importation en Chine d’équipements de protection médicale, dont des masques, depuis les États-Unis et ailleurs au début janvier, l’accusation chinoise que le virus aurait été emporté en Chine par des soldats américains en mission, ont mis le feu au poudre. Parmi les conseillers de Trump, les pro-chinois et les anti-chinois étaient en équilibre précaire depuis trois ans. Les anti-chinois ont maintenant le haut du pavé.

Trump fait-il également un calcul politique primaire: faire de la Chine un bouc émissaire pour camoufler sa propre incurie dans la gestion de la crise ? Absolument. Reste que nous sommes arrivés à un point de bascule.

« Nous sommes au moment d’une tempête parfaite: la pandémie a cristallisé toutes les inquiétudes que les gens avaient au sujet des rapports économiques avec la Chine » a déclaré un haut responsable américain à l’agence Reuters. « Tout l’argent que les entrepreneurs pensent avoir fait auparavant en Chine a été plusieurs fois éclipsé par l’impact économique » du virus, a-t-il dit.

Ces jours derniers, le département américain du commerce a ouvert un nouveau front, visant l’achat de transformateurs électriques chinois. L’objectif est de bloquer l’importation de cet équipement lorsque fabriqué en Chine, puisqu’il est jugé essentiel pour l’économie américaine.


La bande annonce de ma dernière balado:

Il voulait être le Premier ministre de l’économie. Il est le Premier ministre de la pandémie. Ce qui complique considérablement ses chances d’être réélu en 2022. Ma balado de la semaine.

On s’abonne ici.


Ce n’est qu’un amuse bouche. L’administration Trump vient de lancer une opération transgouvernementale visant à réduire significativement l’importance de la Chine dans toutes les chaînes d’approvisionnement jugées essentielles. L’effort avait débuté timidement il y a quelques années, notamment avec l’offensive contre Huawei, mais elle passe maintenant, disent des sources, à la « vitesse turbo ».

Washington étudie une panoplie d’incitatifs fiscaux et de subventions pour rapatrier aux États-Unis ou ailleurs en Occident la production chinoise. L’introduction de nouveaux tarifs douaniers, l’instrument préféré de Trump, est évidemment envisagée. Mais des mesures punitives sont également élaborées. Des sanctions contre des hauts responsables chinois, des compagnies et leurs avoirs à l’étranger, un rapprochement avec Taiwan, voire une poursuite en bonne et due forme de l’État américain contre la Chine pour les dommages causés par le virus.

Trump a même évoqué, le 14 mai, de  « mettre fin à toute la relation » avec la Chine et de rapatrier aux États-Unis la totalité des chaînes de production.

Washington cherche des alliés dans cette opération de désinvestissement américain dans l’économie chinoise. Le secrétaire d’État Mike Pompeo parle d’une alliance de partenaires dignes de confiance, mollement appelée « le Réseau de la prospérité économique ». Sont particulièrement visés l’Australie, l’Inde, le Japon, la Nouvelle-Zélande et le Vietnam ainsi que des pays d’Amérique latine.

L’omniprésence de la Chine dans le commerce mondial, l’intérêt des entreprises occidentales pour son marché sont cependant des forces puissantes qu’il sera difficile de contrer.

L’Europe et la Chine

Mais la tension monte, inexorablement. Avant même la pandémie, l’Union européenne commençait à mesurer le malaise produit par une présence chinoise de plus en plus notable chez elle. Il y a un an, un communiqué de la Commission européenne appelait un chat un chat et désignait la Chine comme « rival systémique » de l’Europe.

En visite à Pékin l’année précédente, le président français Emmanuel Macron a mis en doute le caractère bienveillant du grand projet de route de la soie de Pékin. Ces investissements terrestres et maritimes chinois ne visent pas moins de 70 pays, la moitié de la population du globe, y compris en Europe.

Macron a dénoncé l’établissement de routes commerciales “univoques” aboutissant a-t-il dit à une “hégémonie qui viendrait mettre en état de vassalité les pays qu’elles traversent”.

Le journal The New European de Londres a offert une bonne synthèse de l’impact chinois en Europe.  Je cite:

« Les investissements étrangers directs de la Chine en Europe sont passés d’un total inférieur à 1 milliard d’euros en 2008 à 35 milliards d’euros en 2016 – soit plus du triple des financements européens en Chine. De nombreux projets concernent les pays défavorisés et endettés du centre, de l’est et du sud de l’Europe, notamment dans l’ouest des Balkans, où les besoins en infrastructures sont souvent considérables et les moyens financiers limités. La Chine consacre 1 milliard d’euros à une voie ferrée reliant les capitales de Hongrie et de Serbie, Budapest et Belgrade. Elle contribue à la modernisation du port grec du Pirée, à Athènes, pour en faire sa principale plateforme logistique en Europe. Elle construit une ville dans les forêts qui bordent la capitale biélorusse de Minsk, afin de créer une région manufacturière entre l’Union européenne et la Russie.

En retour, ces pays sont fortement encouragés à saborder les initiatives européennes et internationales susceptibles de déplaire à la Chine, dans le domaine des droits humains, mais pas seulement. En juin 2017, la Grèce s’est opposée à une déclaration du Conseil des droits de l’homme de l’ONU, qui critiquait son bilan en matière de droits fondamentaux. C’était la première fois que l’Union Européenne ne signait pas à l’unanimité une déclaration commune. Peu après, la Hongrie a refusé de signer une lettre conjointe dénonçant les tortures qu’auraient subies des avocats emprisonnés en Chine, mettant ainsi fin au consensus européen. » Fin de citation.

Voilà ce que Macron voulait dire en parlant de « vassalisation ».

Quelle sorte de guerre froide ?

Que signifiera cette nouvelle guerre froide ? Certainement pas la guerre proprement dite. Il faut reconnaître que malgré tous ses défauts et ses faiblesses, l’espèce humaine a réussi à traverser la première guerre froide sans enclencher d’affrontement frontal. La raison ? L’existence d’arsenaux nucléaires propres à annihiler les belligérants a servi de sabot de Denver aux va-t-en guerre de Moscou et de Washington. Il faut saluer en particulier la sagesse et le sang froid de John Kennedy et de Nikita Kroutchev qui ont, chacun de leur côté, refusé de nous jeter dans ce précipice lors de la crise des missiles de Cuba en 1962.

La Chine et les États-Unis sont aujourd’hui dans cette même situation, donc aux prises avec le même sabot. Non, l’affrontement ne se fera pas dans les tranchées ou à coup de missiles. Il sera économique, diplomatique, idéologique, culturel. Des mouvements de troupes et des déplacements de porte-avions dans des zones troubles, notamment en Asie du sud-est, feront de temps à autre monter la pression militaire, chacun testant les défenses et les nerfs de l’autre. Les budgets de la défense vont continuer à croître.

Il y aura, entre les États-Unis et ses alliés, comme à l’intérieur de l’Europe, des tensions fortes sur l’acceptation ou le refus de tel investissement chinois. La bataille autour de Huawei et du 5G n’est qu’un début. Il y aura des accusations. Les patriotes contres les collabos. Les défenseurs de l’Occident contre les bon-ententistes. Les idiots utiles seront de retour.

Comme au moment de la première guerre froide, il y aura surenchère pour charmer les pays tiers, d’Afrique et d’Amérique latine et d’Asie, chaque superpuissance tentant de tirer la couverte de son côté. Et si le charme ne suffit pas, l’infiltration, l’intimidation, les coups d’État ne sont pas à exclure, loin de là.

Bref nous y sommes, à la seconde guerre froide. Comme la première, elle sera longue, multiforme. Comme pour la première, on n’en verra pas la fin. Et pour l’éradiquer, il n’y aura pas de vaccin.


Virus: Poursuivre la Chine en justice ?

C’est déjà commencé. Un avocat Égyptien poursuit le gouvernement chinois en dommages et intérêt. La somme demandée, seulement pour son pays ? 10 mille milliards de dollars.

Aux États-Unis, un groupe formé de médecins et d’infirmières poursuivent le gouvernement chinois pour avoir stocké volontairement du matériel médical, comme des masques, et de les avoir vendus à un coût exagérément élevé pendant la crise. Ils veulent représenter dans leur recours collectif environ quatre millions de travailleurs américains de la santé.

« C’est presque un scénario de cinéma, explique l’avocat qui les représente. La Chine a causé un virus mondial puis en a tiré profit avec leurs ventes d’équipement trop cher. »

Un groupe conservateur, Freedom Watch, a aussi lancé une poursuite réclamant 20 mille milliards de dollars à la Chine pour « négligence dangereuse et malicieuse » en relâchant, selon eux volontairement un virus fabriqué en laboratoire.

Finalement l’État du Missouri vient officiellement de déposer sa poursuite civile :

On peut lire la version intégrale ici.

Procédons par étape. Posons d’abord la question juridique, serait-il possible de poursuivre la Chine ? Ensuite, examinons ce qui lui serait précisément reproché.

Peut on poursuivre la Chine ?

La question est donc posée. Est-il possible de poursuivre un pays étranger dans un cas comme celui-là ? J’ai posé la question à l’expert de droit international Daniel Turp qui répond oui, à certaines conditions.

Il y a comme d’habitude deux types de poursuites. Un État peut poursuivre des individus étrangers au criminel. Des individus, seuls ou en recours collectifs, peuvent poursuivre un individu, une institution ou un État étranger pour dommages et intérêts.

En matière criminelle, nous avons un précédent très récent. L’an dernier, le procureur spécial Robert Mueller a porté des accusations contre 13 citoyens russes pour des infractions liées à l’élection de 2016. Ils ont tous été accusés de conspiration pour fraude électorale, certains de fraude bancaire et de vol d’identité. Des mandats d’arrêt internationaux ont été émis. S’ils voyagent dans des pays qui ont des traités d’extradition avec les États-Unis, ils pourront être arrêtés et conduits aux USA pour subir leurs procès. L’un d’entre eux a failli être appréhendé plus tôt cette année en Ukraine.

Il serait donc possible que l’État américain décide de poursuivre des membres de l’administration chinoise pour négligence criminelle causant la mort, par exemple, en faisant la démonstration qu’ils ont volontairement caché pendant plusieurs semaines des informations cruciales sur le virus.

En matière de poursuites en dommages et intérêts, les États étrangers sont généralement protégés contre des poursuites. Mais le Congrès américain peut lever cette immunité à son gré. Et alors les poursuites peuvent être intentées. Cependant les États étrangers peuvent refuser de reconnaître les jugements qui seraient rendus.

Le Congrès a ainsi permis à 1700 victimes des attentats du 11 septembre de poursuivre l’Arabie Saoudite pour sa participation alléguée dans le financement des terroristes impliqués. La cause est toujours pendante.

Il est donc possible qu’un tribunal américain, ou canadien, rende un jugement réclamant une somme importante à un État étranger, y compris si cet État a refusé de venir se défendre. Si l’État refuse de payer, la justice américaine pourrait saisir des biens appartenant à cet État et qui sont en territoire américain.

Que reprocherait-on à la Chine ?

Le reproche le plus plausible est la rétention volontaire d’information, qui pourrait équivaloir à de la négligence.

Nous savons que le premier cas du virus, dont les caractéristiques étaient alors inconnues, a été signalé en Chine à la mi-décembre. Il faudra trois semaines de recherche pour en déterminer la nature, mais la progression du nombre de personnes infectées est grande dans l’intervalle. À la mi-décembre, des médecins chinois savent que le virus peut se transmettre de personne à personne, puisque des médecins et des infirmières en sont atteints. C’est une information capitale.

Cliquer sur l’image pour commander.

Plutôt que d’en aviser le monde entier, les responsables chinois mentent à ce sujet et le 3 janvier menacent de représailles un médecin qui en faisait état sur les réseaux sociaux. Deux semaines plus tard encore, le 14 janvier 2020, les responsables chinois affirment à l’Organisation mondiale de la santé n’avoir trouvé aucun signe de transmission humaine. L’OMS relaie cette fausse information. Le lendemain le 15 janvier, le directeur du Centre chinois de contrôle et prévention des maladies affirme que « les risques de transmission humaine sont faibles ». Pourtant, à ce moment, plus de 1 700 travailleurs chinois de la santé ont été infectés.

Ce n’est que le 23 janvier que la ville de Wuhan fut mise en quarantaine, confirmant au monde l’importance de l’épidémie.

Que se serait-il passé si la Chine avait agi plus rapidement et avisé l’Organisation mondiale de la santé plus tôt de la transmission de personne à personne ?

Une étude de l’Université britannique de Southampton a calculé que si le gouvernement chinois avait imposé le confinement à Wuhan une semaine plus tôt, donc à la mi-janvier, le nombre de cas aurait été réduit de 66 %. Deux semaines plus tôt aurait conduit à une réduction de 86%.

Reste à calculer en quoi cette action plus précoce aurait significativement réduit la transmission internationale du virus, mais on peut penser que les proportions seraient les mêmes.

Les poursuites pourraient aussi se fonder sur le refus des autorités chinoises de partager avec les États-Unis et d’autres pays, dès le début janvier, leurs échantillons du virus, nécessaires à la fabrication des tests.

Il semble relativement facile de faire la démonstration juridique de la grave rétention d’information dont les autorités chinoises sont coupables et des conséquences pour la planète.

L’autre théorie sur l’origine du virus

Une autre théorie circule cependant sur l’origine du virus. La thèse courante est qu’une chauve-souris, portant le virus, l’aurait transmis à un autre animal sauvage qui, lui, aurait été présent au Marché public de Wuhan et aurait infecté des personnes.

Mais il appert que non loin de ce marché on trouve un laboratoire chinois qui travaille depuis plusieurs années sur les coronavirus qu’on trouve dans les chauve-souris. L’existence du laboratoire et ses travaux ne sont pas un secret.

Un micro-biologue et expert en sécurité biologique, Richard Ebright, a raconté au Washington Post avoir vu un vidéo de décembre dernier montrant des techniciens de ce laboratoire manipulant des coronavirus selon le protocole de sécurité dit de niveau deux, minimal, alors qu’il aurait fallu le protocole de niveau 4, donc maximal.

D’autres sources confirment les lacunes de sécurité du labo chinois. L’hypothèse ici est qu’un membre du personnel du laboratoire aurait été accidentellement infecté, puis aurait transmis le virus à d’autres citoyens. Le refus de la Chine de communiquer plus tôt au sujet du virus pourrait être lié à sa réticence à admettre qu’il est venu d’un de ses laboratoires.

Si cette thèse était avérée, la responsabilité du gouvernement chinois serait encore plus grande, car le laboratoire d’État n’aurait ainsi pas respecté les règles de prudence dans la manipulation des virus.

Des sources du renseignement américain cités par le New York Times sont cependant sceptiques sur la véracité de cette information. L’existence de cette négligence aurait normalement provoqué un vent de panique au sein de la hiérarchie chinoise et ce branle-bas de combat aurait laissé des traces dans le monde du renseignement. Mais les espions américains affirment n’avoir rien enregistré de tel.

[Mise à jour: le sérieux de cette thèse a semblé s’estomper pendant l’année, mais a été relancée début janvier 2021 par un responsable américain affirmant que même les autorités chinoises ne croient plus que le marché de Wuhan était en cause et ajoutant qu’un lanceur d’alerte du labo de Wuhan donne des informations au renseignement américain. Plus de détails ici.]

Le contexte politique

La table est mise pour que la responsabilité de la Chine devienne un sujet politique majeur , dans le monde, mais particulièrement aux États-Unis.

L’immense majorité des américains tiennent le gouvernement chinois pour responsable de la pandémie. C’est vrai pour les deux tiers des démocrates et pour 90% des républicains.

Le président Trump est donc en terrain politiquement sûr lorsqu’il parle d’un « virus chinois » et lorsqu’il critique le gouvernement de Pékin.

Sa décision d’arrêter de financer l’organisation mondiale de la santé, accusée de n’avoir pas remis en cause la désinformation chinoise, semble dans ce contexte n’être qu’un amuse bouche préparant une offensive plus large sur la Chine..

Pendant la campagne présidentielle, il a tenteé d’utiliser cet argument pour affaiblir son adversaire démocrate Joe Biden. Dans une publicité mensongère mais largement diffusée sur les réseaux, Trump a accusé Biden d’être trop proche des intérêts chinois.

Biden a répliqué, de façon factuelle, ici:

Les amants de l’histoire américaine se souviendront peut-être qu’une partie du débat partisan des années cinquante tournait autour de la Chine. « Who lost China ? » demandait-on. Qui, aux États-Unis, était responsable pour avoir laissé les communistes l’emporter contre le régime précédent, allié des États-Unis. Comme la chose s’était produite pendant que les démocrates étaient au pouvoir, ils étaient la cible de ces attaques un peu simplistes.

Il y a fort à parier qu’une partie du débat politique à venir se fera sur le thème de « qui est le plus anti-chinois? » Il se déroulera sur fond de poursuites et de recours collectifs contre l’empire du milieu, devenu empire du virus.


La bande annonce d’une balado:

On s’abonne ici.


L’illusion de la démondialisation

C’est le thème à la mode. Tel un virus, il se propage de discours en chronique. « La crise sanitaire ouvre une nouvelle ère ». « Rien ne sera plus pareil ». « Le virus sonne le glas de la mondialisation et, enfin, le retour des nations ».

Rendez-vous dans 10 ans pour faire les comptes et tirer un vrai constat. Mais il me semble prudent de vous inviter à ne pas vous emballer. La mondialisation n’a pas dit son dernier mot. Au contraire.

Vous me savez nationaliste. Vous me savez critique des nombreux effets pervers de la mondialisation.  J’exprime ici une prédiction et non un vœu.

J’applaudis évidemment au fait que vienne d’être déclenchée une campagne d’achat local, autour du panier bleu. Ce n’est cependant pas la première de ces campagnes et ce ne sera pas la dernière. Si elle est couronnée de succès, elle fera augmenter quelque peu la minorité de consommateurs qui se préoccupent davantage de l’origine des produits que de leur prix.  Mais la majorité continuera, par nécessité ou par réflexe, à choisir le prix le plus bas, donc le prix offert par la mondialisation. Si vous en doutez, allez faire un tour à Walmart, chez Costco ou sur Amazon.

Comme les autres nations, le Québec sortira de cette crise avec la ferme détermination de stocker  respirateurs, masques et visières pour être, lors de l’arrivée de la Covid-20 21 et 22, « maîtres chez eux ». C’est la moindre des choses.  Le Québec n’a d’ailleurs  jamais été aussi bien préparé à affronter une crise du verglas que dans l’année qui a suivi la dernière crise du verglas.

Une goutte d’eau

Mais  cette course à l’autosuffisance sanitaire n’est qu’une goutte d’eau dans les torrents de la mondialisation. On sait par exemple depuis une dizaine d’années que la concentration, par la Chine, de la production des terres rares rend l’Occident très vulnérable. Pourtant, rien n’a été fait pour rendre l’Amérique ou l’Europe plus autosuffisantes. Pourquoi ? Les coûts chinois sont imbattables.

Pour parler de démondialisation, il faudrait avoir un critère, un outil pour mesurer si ça monte ou si ça descend. Y aura-t-il, dans 10 ans, moins de communications téléphoniques, audio-visuelles, de transmissions de données internationales qu’aujourd’hui ? Évidemment non.

Cliquez sur l’image pour commander.

Les films américains arrêteront-ils d’être lancés le même jour sur toute la planète ? J’en doute. La progression des ventes de vin et de parfum français en Asie va-t-elle s’inverser? Peu probable.

Combien on parie qu’il y aura davantage de Québécois sur les plages du Sud en février  de 2022 qu’il n’y en avait en février de l’an dernier ? Peut-être devront-ils se laver les mains et faire prendre leur température, ou même présenter un certificat de vaccination. Ça ne les arrêtera pas.

La coopération scientifique internationale va-t-elle être freinée ? Le coronavirus pousse au contraire les chercheurs du monde entier dans une œuvre collective de recherche de traitement et de vaccins plus globalisée que jamais.

Au lendemain de la première guerre mondiale, une véritable démondialisation fut enregistrée. La valeur et le volume des biens transigés entre nations se sont repliés. Rien ne permet de penser qu’on va assister à un phénomène semblable. D’abord parce que, bien plus qu’à l’époque, les entreprises multinationales ont décentralisé dans un grand nombre de pays la production des composantes d’un même produit. Elles l’ont fait parce qu’elles trouvaient ainsi le prix le plus bas pour chaque composante et parce que les coûts de transport par bateau restent très abordables. Rien, mais alors rien du tout, n’annonce un renversement de tendance. Comptons au contraire sur l’intelligence artificielle pour optimiser encore davantage la répartition planétaire de la production.

Le principal moteur de la mondialisation, à cette étape-ci du 21e siècle, est la politique d’expansion de l’influence chinoise. Le grand projet de route de la soie du président à vie Xi Jinping consiste à investir massivement dans les infrastructures des pays d’Asie et d’Afrique pour paver la voie à des échanges décuplés entre l’empire du milieu et sa nouvelle zone d’influence. On est qu’au début de ce processus.

La montée en puissance du pouvoir d’achat des nouvelles classes moyennes de Chine, d’Inde et des pays Africains en forte croissance économique  va aussi continuer à faire progresser la consommation de biens venus d’ailleurs et de faire progresser le nombre de touristes internationaux, une fois la crise du virus passée.

On a rien dit encore de la mondialisation de la crise climatique. Les sommets internationaux vont reprendre leurs cours, avec les manifestations tenues le même jour dans toutes les grandes villes de la planète.

D’autres causes continueront à avoir un écho planétaire. On l’a vu avec le mouvement #MeToo, puis la prise de conscience mondiale du problème des féminicides.

Le coronavirus, un moment fort de la mondialisation

Il est même possible de voir la crise du COVID-19 comme un moment fort de la mondialisation. D’abord parce qu’il s’agit de la première crise sanitaire réellement mondiale. Ensuite parce que nous sommes constamment informés des comparaisons internationales sur les stratégies de chacun et sur l’évolution des choses. Les frontières nationales sont réapparues ? Pas seulement. Des villages, des villes, des régions sont isolées les unes des autres. Cela n’annonce pas la prise de pouvoir des villes et des régions. Des leçons planétaires seront tirées de cette crise et notre comportement à tous, de Trois-Rivières à Wuhan, sera différent la prochaine fois, car nous aurons vécu une crise commune.

Loin d’ouvrir une ère de démondialisation, la grande crise sanitaire de 2020 sera peut-être un accélérateur de la mondialisation.

Pendant les belles années de la construction européenne, des auteurs dissertaient sur la fin prochaine des nations. C’était une illusion. Les nations sont là pour rester. Elles forment le socle de l’existence des peuples. Mais la mondialisation a désormais atteint un point de non-retour. Elle est avec nous pour de bon.

À nous de savoir construire, au Québec, tous les remparts nécessaires pour  assurer notre sécurité, notre identité, nos choix, de tirer de la mondialisation le meilleur et de refuser, ou d’atténuer, le pire.


La bande annonce de ma dernière balado:

On s’abonne ici.

 

 

 

 

 

Voir: Vivre une aventure virtuelle / Comprendre ce que l’avenir artificiel nous prépare

Ça vous tente, faire une promenade à dos d’âne sur la lune, pendant une averse de diamants ?

C’est parfaitement possible, jusqu’au 16 janvier, au Centre Phi dans le Vieux-Montréal. Le Centre nous propose neuf oeuvres d’immersion virtuelle. On en fait le tour en deux heures et celle qui m’a le plus enchantée fut ce voyage sur une lune habitée de symboles mythiques. Vous penserez vraiment vous déplacer dans l’espace (sujets au vertige s’abstenir), la sensation est, disons, sensationnelle.

To The Moon, de Laurie Anderson et Hsin-Chien Huang, une quinzaine de minutes, commentaire en anglais seulement. Un avant-goût:

 

Les autres propositions varient en qualité et en originalité. Je recommande le Chalk Room des mêmes artistes (Laurie Anderson et Hsin-Chien Huang). On entre dans un labyrinthe de pièces noires marquées d’écriture à la craie. L’angoisse est parfois au rendez-vous.

Les billets sont en vente ici.


L’intelligence artificielle maintenant et demain

Vous devez comme moi tenter de vous y retrouver dans toutes les prédictions sur l’impact de l’Intelligence artificielle dans nos vies. Je ne peux que recommander la synthèse de près de deux heures que vient de produire l’excellente émission documentaire américaine Frontline.

Il n’est pas ici question du débat sur les risques induits par une intelligence artificielle générale sur-humaine (les experts se contredisent sur sa possibilité même) mais sur l’impact du développement actuel de l’IA sur la rivalité entre la Chine et les États-Unis, sur la surveillance et les libertés, sur l’emploi. (Un moment reste dans la mémoire: quand une conductrice de camions des États-Unis apprend qu’en ce moment, des camions autonomes — donc sans conducteurs — roulent et ont des contrats dans le sud-ouest américain.)

Les documentaristes prennent le sujet par cinq angles différents. Preuve que les documentaristes s’abreuvent aux meilleures sources: notre expert montréalais Yoshua Bengio fait quelques apparitions. On en sort plus instruits mais pas vraiment apaisés.

 


La bande annonce de ma dernière balado Lisée101 (Actualité)

 

La bande annonce d’une récente balado Lisée202 (Des histoires du Québec)

 

Lire: La guerre des métaux rares

 terres rares, ChineLes métaux indispensables à nos téléphones intelligents, à nos éoliennes et à nos panneaux solaires sont-ils la face cachée, sale, du virage écologique ?

Dans ‘La guerre des métaux rares’ le journaliste Guillaume Pitron offre à la fois un reportage et une analyse de ce dilemme émergent.

Reportage, car il se rend dans les lieux d’extraction de ces métaux. La condition des mineurs est pitoyable, les précautions environnementales, inexistantes.

Analyse, car il suit à la trace l’empreinte écologique insoupçonnée de ces matières premières indispensables à la production de ce qui nous est présenté comme des solutions ‘vertes’.

Analyse aussi lorsqu’il démonte les stratégies employées par la Chine pour devenir une puissance prédominante de la production et du marché de ces métaux. Il raconte comment les puissances occidentales, dont la France et les États-Unis, ont laissé mourir leurs productions locales, économiquement non-compétitives avec les prix coupés chinois, pour se retrouver aujourd’hui en situation de dépendance.

Produire ces métaux dans des conditions écologiques saines coûte très cher. Exporter le sale boulot en Chine offrait des économies à court terme, pour ceux qui ne se préoccupent pas de la planète. Mais cela a donné à la puissance chinoise le contrôle du robinet de matières devenues stratégiquement indispensables.

Ce livre ouvre un débat essentiel.

Disponible en librairie ici 


 

Abonnez-vous et ayez accès à ma nouvelle balado:

Laïcité:  Comment répondre aux arguments de la gauche 

En voici un extrait:

 

 

Lire: Jean Chrétien, globe-trotter

Le Canada est une puissance internationale moyenne. Chacun de ces mots compte. Puissance, car elle dispose d’une armée, d’une diplomatie, d’une économie, qui la place parmi les 10 premières nations au monde (et qui la fait s’accrocher à une place fondamentalement précaire au G7). Moyenne, parce qu’elle est assise autour de géants, USA, Chine, France, Allemagne, qui la dépassent d’une ou deux têtes.

Par contraste, les États-Unis et la Chine sont des grandes puissances. Peu importe qui gouverne leur État, cette puissance existe et le reste de la planète doit composer avec elle.

La projection internationale du Canada est toute autre. Puisqu’elle est moyenne, elle peut agir au dessus de la moyenne ou en bas de la moyenne, c’est selon. Selon quoi ? Selon sa conjoncture, la force de son économie, ses objectifs internationaux, les politiques et, pour beaucoup, la personnalité de son premier ministre.

Un palmarès international de nos PM

Si on fait le palmarès de l’action internationale des premiers ministres récents, on obtient, pour faire vite, la liste suivante:

Lester Pearson, prix Nobel de la paix, est un peu l’étalon-or de l’action internationale canadienne moderne, ayant créé les Casques bleus et la tradition de participation aux opérations de paix.

Trudeau-père a le mérite d’avoir été un précurseur dans l’ouverture des relations diplomatiques occidentales avec la Chine. Il a contribué à l’ouverture du dialogue nord-sud. Pour le reste, son bilan est mince, compte tenu du temps passé à sillonner le monde.

Brian Mulroney a un panier mieux garni. Entente de libre-échange avec les États-Unis, entente avec Washington sur les pluies acides, leadership dans l’isolement de l’Afrique du Sud pratiquant l’apartheid, création avec François Mitterand de l’Organisation internationale de la Francophonie.

Stephen Harper a brusquement réorienté la politique canadienne en tournant le dos aux opérations de paix et au rôle de médiateur pour plutôt se ranger clairement dans le camp américain et israélien. Cela lui a coûté de perdre sa course pour que le Canada retrouve, comme il l’avait fait chaque décennie, un siège au Conseil de sécurité des Nations Unies.  Entraîné par Jean Charest et Nicolas Sarkozy, il a mené à bien l’entente Canada-Europe mais a fait du Canada le pays « dinosaure » dans toutes les rencontres internationales sur l’environnement.

Paul Martin n’a pas été premier ministre longtemps. Mais il croyait qu’on devait intégrer les puissances du Sud dans la prise de décision mondiale, et il fut un précurseur du G20 en créant, comme ministre des Finances, le G20 des ministres des Finances. Premier ministre, c’est sous sa gouverne qu’a eu lieu à Montréal la conférence internationale qui a écarté le danger du trou dans la couche d’ozone.

Je parlerai la semaine prochaine de Justin Trudeau. Je m’attarde cette semaine sur Jean Chrétien, en me fondant sur ma lecture récente du récit de son premier conseiller diplomatique.

L’action internationale du p’tit gars de Shawinigan

Pas facile, la vie d’une puissance moyenne à l’heure de l’hyperpuissance américaine. James Bartleman, diplomate et auteur, est un excellent raconteur de ses quatre années de conseiller diplomatique au service de Jean Chrétien.

De sommet en G7 en Team Canada en visite officielle, l’auteur montre à la fois l’ampleur de la tâche internationale qui incombe à un premier ministre et la minceur de sa marge de manœuvre.

Ce qui n’empêche pas l’audace. Les grandes réalisations mondiales de l’ère Chrétien furent le Traité contre les mines anti-personnelles — une initative qui sauve cumulativement des milliers de vies par an — et la création de la Cour pénale internationale. Ce n’est pas rien et, avec le recul, c’est mieux que Pierre Trudeau.

D’autres initiatives n’ont pas été couronnées de succès, comme cette perspicace volonté d’encadrer le pouvoir américain dans une zone de libre-échange qui engloberait tout l’hémisphère. Un projet mort aux pieds du désintérêt des pays d’Amérique du sud.

Bartleman livre ses pages les plus drôles à la tentative de Chrétien de pousser Fidel Castro à libéraliser son régime (cela n’arrivera que plus tard). En échange d’une visite officielle du premier ministre canadien, qui briserait l’isolement international du Lider Maximo, en deuil de l’écrasement de l’empire soviétique, Chrétien demande notamment la libération de prisonniers politiques de premier plan.

Castro soumet l’envoyé Bartleman, ex-ambassadeur à Cuba, à d’interminables sessions nocturnes de monologues et de remontrances. Rien n’en ressortira, du moins à court terme.

L’éléphant américain dans la maison de porcelaine canadienne

De belles pages sont consacrées à la guerre du Turbot contre l’Espagne et l’Europe, mais surtout aux rapports compliqués avec Washington.

Dans les années post-génocide rwandais, l’Occident se sent coupable de n’avoir rien fait et voilà que des centaines de milliers de réfugiés semblent en danger de mort dans le Zaïre voisin. Que faire ? L’équipe de Bill Clinton indique à Bartleman que Washington participera pleinement à une opération militaro-humanitaire, mais seulement si Ottawa en prend l’initiative et la direction.

Ravi, Chrétien relève le défi et aligne les soutiens internationaux au Nord et au Sud. Cela fait, Washington change d’avis et décide que le Canada ne fera que de la figuration. L’arrogance américaine est vue ici dans toute sa clarté.

Bartleman quitte Chrétien, pour des raisons de santé, avant que le 11 septembre ne change la donne internationale. Chrétien a fait en sorte que le Canada participe à la guerre en Afghanistan mais s’est illustré en refusant de suivre les américains dans leur aventure irakienne, établissant ainsi l’indépendance du Canada face à Washington même dans un moment de forte pression.

Courtiser la Chine

Ici avec le président Jiang Zemin

La grande entreprise de Jean Chrétien — qui sort grandi de cette lecture — est l’intensification des rapports avec le bassin pacifique, qui conduira à l’accord transpacifique. Critiquable, mais pas une mince affaire.

Il voulait surtout faire du Canada un partenaire majeur avec la Chine. Cela supposait de se pincer le nez et de faire affaire avec le responsable de la répression de 1989 à la place Tien-an-Men, le premier ministre Li Peng. Chrétien consacre son premier Team Canada, avec tous les premiers ministres (sauf Jacques Parizeau), à la Chine à l’automne 1994, puis reçoit le dictateur au Canada un an plus tard.

Or Li Peng se comporte, écrit Bartleman, en « enfant gâté’ et refuse absolument la tenue de manifestations critiques de son régime pendant son séjour.

S’ouvre alors un ballet dans lequel Ottawa fait en sorte que les manifestants ne soient jamais dans le champ de vision du dictateur lors de son arrêt à Ottawa. Mais à Montréal, les marcheurs investissement le boulevard René-Lévesque devant son hôtel, le Sheraton, et Li Peng les voit par la fenêtre. Horreur !

« Je pars immédiatement, tonne-t-il. Ni moi ni mon pays n’ont jamais été aussi humiliés ! »

Le petit gars de Shawinigan a la répartie utile: « Mais vous vous trompez ! C’est moi qu’ils critiquent. Ils font tout le temps ça, ne vous inquiétez pas ! »

Li Peng fait-il seulement semblant de le croire ? En tout cas, il termine la visite, dont un souper privé avec les Desmarais, très investis dans son pays.

Le contexte référendaire

La rencontre de Li Peng avec les premiers ministres canadiens se fait à Montréal deux semaines avant le référendum sur l’indépendance. L’événement est conçu pour démontrer aux Québécois que, sans le Canada, ils se couperaient de relations rentables avec la grande puissance mondiale.

J’étais alors conseiller du premier ministre Jacques Parizeau, chargé entre autres des questions internationales. Avertis de cette stratégie fédérale quelques mois à l’avance, nous avions avisé les autorités chinoises qu’Ottawa voulaient les instrumentaliser dans un débat de politique intérieure et qu’ils devraient refuser. Nous n’avons évidemment jamais reçu de réponse à notre missive.

Début octobre, un représentant des « Partenaires pour la souveraineté » me contacte. Les Partenaires regroupent les centrales syndicales, les mouvements étudiants et plein de groupes de la société civile favorables à l’indépendance. « Avez-vous objection, me demande-t-il, à ce qu’on participe aux manifestations anti Li-Peng ? »

« Objection ? Au contraire, mettez-y toute la gomme ! » dis-je avec enthousiasme.

En termes de relations publiques, l’opération Team-Canada/Li Peng fut un échec pour le camp du Non. Et j’ai légèrement contribué à mettre en rogne le boucher de Tien-an-Men.

Pas une mauvaise journée, finalement, pour l’indépendance et la liberté !


Ma dernière balado est en ligne. Bande-annonce: 


Pour obtenir le livre applaudi par la critique, en version imprimée, audio ou numérique, allez sur laboitealisee.com ou cliquez sur l’image ci-haut et obtenez mon dernier ouvrage, avec une réduction de 10% et une dédicace personna-lisée 😉