Devoir de mémoire

Ils me trouvent insistant, les politiciens à la retraite. Chaque fois que j’en croise un (ou une), je m’informe sur l’avancement de leurs mémoires. Je fais de mon mieux pour culpabiliser ceux qui répondent qu’ils n’en font pas, que ça ne les intéresse pas. J’évoque leur responsabilité de témoigner pour que les historiens comprenne l’époque, la prise de décision, l’humeur, le climat, la tension comme la camaraderie. Tous n’ont pas la plume agile. Je les enjoins de se trouver un jeune auteur qui fera le travail de recherche pour eux et enregistrera, dans le détail, le parcours de leur vie.

Jean Lesage, Jean Drapeau, Claude Ryan nous ont quittés sans laisser leurs versions des faits, malgré plusieurs années de retraite. Pierre Trudeau, à l’écriture mordante, a livré des mémoires paresseux. Brian Mulroney a fait mieux, avec un énorme tome, comme Jean Chrétien (voir plus bas). René Lévesque a bien raconté la première partie de sa vie, mais manquait de recul pour la seconde. Jacques Parizeau s’est longuement livré à Pierre Duchesne. Pauline Marois a offert son récit de belle façon.

Évidemment, chacun de ces récits est partiel et partial. Ils n’en sont pas moins éclairants et, cumulativement, porteurs de vérités. Je n’aurais pu raconter, dans mon livre sur Octobre 70, les passionnants et parfois ahurissants débats qui ont conduit deux conseils des ministres à décider d’une rafle nocturne et de centaines d’arrestations sans les mémoires laissés depuis par une douzaine de ministres de Bourassa et de Trudeau.

Je me fais donc une joie de signaler les contributions des derniers 18 mois de ces décideurs qui ont répondu présents à leur devoir de mémoire.

David Cliche. J’ai une affection particulière pour le livre posthume du ministre David Cliche, Un seul Québec – Dialogue avec les Premières Nations (1978-1995). Beauceron, géologue, un temps négociateur pour les Cris dans leur opposition au projet Grande Baleine, Cliche a eu sa vie durant un pied chez les autochtones, l’autre chez les indépendantistes. Il raconte comment il fut, dans l’année préréférendaire 1994-1995, l’émissaire de Jacques Parizeau dans une ambitieuse tentative de multiplier les règlements territoriaux et les statuts d’autonomie des premières nations du Québec.  MM. Parizeau et Cliche pensaient que ces offres se traduiraient par l’appui d’un certain nombre de ces nations au projet indépendantiste. Les propositions furent bien reçues, mais aucun appui ne s’est concrétisé, au contraire. Malgré ce revers, Cliche montre pugnacité et courage pour ensuite faire progresser les dossiers et braver quelques intimidateurs. Max Gros Louis, en préface, lui rend un bel hommage.

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Dominique Anglade. Si vous pensez que les livres écrits par des aspirants premiers ministres sont nécessairement rébarbatifs, vous n’avez pas lu celui de Dominique Anglade. Le récit qu’elle nous offre dans Ce Québec qui m’habite provoquera chez vous des tremblements de cœur, tant elle nous fait vivre l’immense drame vécu quand le tremblement de terre haïtien a emporté les siens. L’essentiel de cette autobiographie sincère et sensible porte, non sur la politique et son passage au cabinet Couillard (cela viendra un jour, on l’espère), mais sur l’attachement, l’arrachement, l’immigration, l’exil, l’adaptation et les identités personnelles multiples.

Christine Saint-Pierre. Les femmes ministres de Jean Charest, qui formaient la moitié du gouvernement, étaient surnommée les « Charest’s Angels ».  Je l’apprends à la lecture de Ici Christine Saint-Pierre – de l’école de rang au rang de ministre. La députée n’offre aucun recul critique sur la gestion de la crise des Carrés rouges par Charest ou sur les compressions de l’ère Couillard. Elle fait cependant état de son combat réussi pour sauver le ministère des Relations internationales de sa rétrogradation au statut de secrétariat, voulue par Martin Coiteux, et de son combat perdu pour renforcer un tantinet la loi 101. Un récit bien mené où Mme Saint-Pierre livre un secret : elle a voté Oui en 1995.

Liza Frulla. L’ex-ministre de la culture de Robert Bourassa et du Patrimoine de Jean Chrétien n’a pas voté oui en 1995, mais… en 1980 ! Ce qui l’a fait changer d’avis ? « J’avais du mal à accepter qu’on aurait fait si peur au monde pour finalement se désister. J’avais trop d’orgueil pour ça.» Dans la sympathique biographie que lui consacre Judith Lussier, Liza Frulla – La Passionaria, l’énergique Frulla se livre sans filtre, y compris sur sa façon de s’imposer dans les boy’s clubs successifs où elle a fait carrière.

Paul Bégin. La franchise est aussi au rendez-vous dans le tome de l’ex-ministre de la justice Paul Bégin, À la recherche d’un pays – Mémoires d’un militant (1962-2002). Il raconte un double parcours. Celui de l’étudiant revêche qui se transforme en juriste, puis en un ministre de la Justice qui laissera une trace forte, l’introduction de l’Union civile pour les conjoints de même sexe — très audacieuse pour l’époque, en 2001 — , la médiation familiale, la loi sur l’éthique et le lobbyisme. Celui, ensuite, du militant indépendantiste déçu et frustré de ce pays qui n’en finit pas de ne pas naître. Très louangeur pour Jacques Parizeau, il a cependant des mots durs pour René Lévesque, Lucien Bouchard et Bernard Landry.

Jean Chrétien. Après deux tomes autobiographiques, l’octogénaire vient de nous livrer un second recueil d’anecdotes, Mes nouvelles histoires. Voilà un homme qui n’a jamais quitté le premier degré. Avec lui les choses sont simples : il a toujours eu raison sur tout, partout. Il oublie cependant de nous raconter comment il a truqué ses deux premières élections (le candidat conservateur était un de ses amis, qui ne faisait pas campagne) et comment il a été chassé du pouvoir parce que 50% des délégués de son parti s’apprêtaient à lui refuser leur confiance. Un prochain livre : « Mes trous de mémoire »?


St-Pierre et Heurtel: Lectures libérales

Longtemps, seuls les anciens ministres péquistes répandaient leurs souvenirs et leurs secrets dans des ouvrages rétrospectifs. Plus récemment, des libéraux ont accepté de coucher sur papier leur expérience. C’est heureux, car ces récits forment un des matériau de l’histoire. Je n’aurais pu écrire mon récent bouquin sur Octobre 1970 sans les ouvrages publiés par des ministres de Robert Bourassa: Claude Castonguay, qui vient de nous quitter, Raymond Garneau, qui a livré un des meilleurs ouvrages d’ex-ministres libéraux, Jean-Paul L’allier et William Tetley.

Je suis donc toujours à l’affut. Les libéraux étant moins bavards que les péquistes, chaque porte entrouverte sur leur univers est bonne à prendre. C’est ainsi que j’ai abordé la lecture du récent ouvrage intitulé Ici Christine Saint-Pierre – de l’école de rang au rang de ministre.

Je n’avais pas vraiment connu Mme Saint-Pierre lorsqu’elle était journaliste, j’ai donc été très étonné de la hargne partisane dont elle a souvent fait preuve, lorsque devenue députée et ministre. Chacun est partisan dans le jeu politique, c’est certain. Mais on remarque rapidement ceux qui ne font que le service minimum (Pierre Arcand, au hasard) et ceux qui en rajoutent. Les téléspectateurs se souviendront de la caricature de pourfendeuse de péquisse qu’en a fait Chapleau dans sa série Et Dieu Créa Laflaque. Il exagérait à peine. (Transparence totale: je fus une de ses victimes. Elle s’en est excusée publiquement. Alors passons.) On est donc extrêmement surpris d’apprendre qu’elle a voté OUI au référendum de 1995.

Peut-être trouve-t-on dans les toutes premières pages de cet ouvrage écrit avec clarté et énergie (avec l’aide de Marc Gilbert) la source de cette férocité. St-Pierre était d’une famille notoirement pro-Duplessis du Kamouraska. Le jour de l’élection de l’équipe de Jean Lesage en 1960, les « rouges » du coin déposent devant la maison familiale plusieurs pneus, les arrosent de gazoline et y mettent le feu. J’apprends que c’était là une coutume politique d’antan. On venait souiller le terrain des partisans du parti vaincu. Belle entrée en matière. (Cela venait aussi avec les pertes de contrats de voirie et autres emplois publics.)

Il ne faut attendre du récit de la députée/ministre de Jean Charest et de Philippe Couillard aucun remords et aucune critique. La fait que Charest ait construit la plus grande machine de financement politique illégal de l’histoire moderne n’est pas dans son champ de vision. Le caractère inacceptable des compressions budgétaires de Couillard dans l’éducation et la santé non plus. Il ne faut pas trop en demander.

L’angle mort le plus imposant concerne le printemps érable. Saint-Pierre en donne une version complètement univoque. Mais elle n’est pas seule. Elle a rencontré pour son livre certains des protagonistes, dont Jean Charest, qui offre ce commentaire qui vaut le détour:

À propos des carrés rouges, Jean Charest en est convaincu: « de toute évidence c’était soigneusement planifié, préparé, financé par les syndicats. Le niveau de violence déployé par les anarchistes nous a surpris. Ce groupe-là était délibérément violent et le fait que Gabriel Nadeau-Dubois refuse de dénoncer la violence, pour moi, ça dépassait l’entendement. On cherchait la bonne façon de régler ça, mais ceux qu’on appelait les carrés rouges ne voulaient pas régler. C’était un mouvement qui était fait pour renverser le gouvernement.»

Vous avez bien lu. Selon Charest, le printemps érable était une opération syndicale visant à renverser le gouvernement. Cela fait bien sourire, quand on sait combien la direction de la FTQ de l’époque était copain-copain avec Charest. Soupirs.

La ministre et le français

Mais concentrons-nous sur ce que l’auteure révèle d’intéressant. D’abord, elle témoigne d’un phénomène très particulier lorsque les journalistes deviennent politiciens. Ils sont très peu préparés à subir le traitement qu’ils infligent eux-mêmes dans les mêlées de presse. Saint-Pierre raconte qu’une foi nommée ministre, c’est l’alors conseillère Isabelle Melançon qui joue le rôle des médias et qui la bombarde des pires questions possibles, pour bien la préparer aux assauts à venir. « Ses questions sont tellement vaches que je commence à pleurer comme une Madeleine.» C’est classique, les questions des journalistes sont rarement aussi choquantes que celles des conseillers au moment de la préparation.

Elle apprend aussi qu’il y a une réelle prime à s’installer juste derrière le premier ministre lors d’événements publics, pour que l’électorat voit sa binette à la télé. Mais elle révèle que la championne du positionnement est Lise Thériault. « Pour elle, c’est vital !»

Plus sérieusement, Saint-Pierre nous raconte que, responsable du dossier de la langue et de l’épineuse question des écoles passerelles pour laquelle il fallait amender la loi 101, et mise sur la défensive par le PQ et un Pierre Curzi théâtral, elle imagine une réforme plus large. S’inspirant de la commission Larose de 2001 sur la langue, elle propose de faire désigner aux deux-tiers par l’Assemblée nationale les membres d’une nouvelle «Commission de protection de la langue française», fusionnant l’OQLF et le Conseil supérieur sur la langue, et détenant désormais le statut conféré à la Commission des droits de la personne. Dans la foulée, pourquoi ne pas protéger le statut de la langue française dans le préambule de la Charte des droits et libertés de la personne.

Ces propositions ne permettraient en rien de renverser le déclin de la langue, que le gouvernement refuse de reconnaître, mais introduiraient des gestes positifs et feraient en sorte que le PLQ occupe un peu le terrain.

St-Pierre obtient l’appui de collègue ministres femmes au projet (la moitié du conseil des ministres est féminin et on les appelle les Charest’s Angels) dont Michelle Courchesne et Line Beauchamp. Mais l’appui refroidit à mesure qu’elle poursuit sa tournée auprès des poids lourds du parti. « Pour ces collègues, le parti a déjà avalé une grosse bouchée en acceptant la loi 101. Pour eux, on peut accepter de la défendre, mais pas question d’aller plus loin.» Fin de l’initiative.

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L’ex-journaliste et ministre aussi chargée des communications comprend assez tôt la crise dans laquelle les GAFAM sont en train de plonger les médias et commande à Dominique Payette un rapport qui pourrait poser les bases d’un appui de l’État aux journalistes qui auraient un statut professionnel. Elle mène ce combat sans l’appui de ses collègues ministres, qui estiment que « les journalistes font toujours preuve de mauvaise foi lorsqu’il s’agit de notre gouvernement ». La décision de la Fédération des journalistes de s’opposer à la création d’un statut professionnel de journaliste met fin à son projet, explique-t-elle. On ne peut que constater que des gouvernements subséquents ont trouvé les moyens de soutenir les médias sans passer par ce mécanisme.

Compressions et abandons

Saint-Pierre confirme que, sous Philippe Couillard, le ministère des relations internationales (MRI) a bien failli passer à la moulinette. La rumeur court que dans la recherche de compressions budgétaires, on pense ramener le MRI au rang de Secrétariat, comme ceux des Autochtones et des Affaires intergouvernementales. La honte ! (Je me souviens, j’étais alors au CÉRIUM et un ex-ambassadeur canadien de haut rang était scandalisé que Québec songe ainsi à saper sa réputation internationale). La ministre conclut que l’idée vient de l’alors président du Conseil du Trésor Martin Coiteux qui lui dit dans un souper « À quoi ça sert, un ministère des relations internationales ?» Il se demande, écrit-elle, ce que fait le Québec dans la diplomatie. Cela revient à Ottawa, selon lui. Heureusement, l’idée meurt de sa belle mort.

Les derniers mois de l’ère Couillard sont difficiles à vivre. Saint-Pierre note le nombre de ses collègues qui quittent le navire, un à un. « Les abandons, quand ce ne sont pas des trahisons,» écrit-elle. Le plus beau cas est celui de Robert Poeti. Elle raconte:

« Nous sommes à quelques jours de la fin de la session, réunis en caucus. Robert demande à la présidence d’intervenir, prétextant vouloir présenter une vidéo sur une nouvelle technologie. Quand la présidence lui donne la parole, Philippe Couillard est présent, on tamise les lumières et la vidéo est lancée. Il n’est pas question de technologie, mais du message de Poeti qui nous annonce qu’il ne sera pas candidat, même s’il a déjà été investi dans son comté. Au bout d’une minute, pendant que nous sommes tous tétanisés, un député se lève et crie à Poeti, « Arrète ça, c’t’affaire-là ».» […] Je n’oublierai jamais la tête du chef. Il est devenu pâle, le coup de poignard a pénétré très profondément.»

Pour le reste, l’ouvrage donne à la fois une bonne idée de l’ampleur de la vie ministérielle, de l’importance de la diplomatie culturelle et politique québécoise. Les premiers chapitres sont consacrés à la jeunesse puis à la carrière journalistique de Mme Saint-Pierre, ce qui, sans être exceptionnel, ne manque pas d’intérêt et est assez bien mené.

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Pourquoi, sur la couverture de son bref ouvrage, l’ex-ministre David Heurtel a-t-il les yeux fermés ? Réponse: parce qu’il nous confie n’avoir dormi que six heures par nuit pendant tout le temps où il était aux affaires.

C’est un livre très niché. Il ne répond qu’à une question: de quoi sont faites les Journées de ministre ? Il livre cette marchandise: on travaille, on lit, on s’active, on se pratique à répondre aux questions, on voyage, on négocie, on dort peu. Vous souhaitez savoir quels furent les tenants et aboutissants de l’aspect écologique des décisions du gouvernement Couillard sur Anticosti, Energie Est, McGinnis, le REM ? Circulez, il n’y a rien à lire. Mais le ministre travaille fort, c’est certain, et il n’en est pas encore revenu. Potentiel candidat à la mairie de Montréal, David Heurtel a cependant la bougeotte. Un mandat lui suffirait amplement.

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Dossier Saint-Pierre: soulagement et remerciements

Je suis évidemment soulagé par la tournure des événements et par la décision de Mme Saint-Pierre de retirer promptement les paroles qui pouvaient jeter un doute sur mon intégrité et de s’excuser auprès de ma famille. C’était difficile de sa part, je salue sa décision.

Il faut savoir se battre pour sa réputation, son intégrité, sa famille. Il faut savoir accepter les excuses lorsqu’elles sont offertes, comme je l’ai expliqué ici:


 

Et je remercie les centaines de personnes, amis, parents, internautes, signataires d’une pétition spontanée, qui m’on manifesté leur appui et prodigué leurs conseils pendant cette semaine difficile.

Merci aussi à Stéphane Bédard et à toute l’équipe de soutien de l’aile parlementaire, à mes anciens conseillers aussi, notamment Christophe Fortier-Guay, qui m’ont aidé à reconstitué les agendas pour déposer le document synthèse de mardi retraçant toutes les dates et les résultats de chacune des missions.

Mes pensées vont vers les artisans de la présence internationale du Québec, les quelques 600 personnes qui, au MRI au commerce extérieur et dans le réseau, offrent aux Québécois un rendement remarquable et sous-estimé, et dont le travail fut mis à mal par des déclarations malheureuses.

Dans les interventions que j’ai faites, j’ai été content de pouvoir dire que pour chaque dollar investi dans le MRI et le commerce extérieur, trois dollars d’exportation étaient générée pour les entreprises québécoises. Un des meilleurs rendements économiques du gouvernement.

J’étais heureux de pouvoir faire savoir que les 600 salariés du MRI et du commerce extérieur avaient, en 2012-2013, accompagné et facilité la conclusion d’ententes générant 2500 emplois au Québec. Sans parler des milliers d’artistes, stagiaires, étudiants, scientifiques, organisations de coopération, pour lesquels le MRI est la colonne vertébrale logistique, l’ouvreur de porte, le garant de leur sérieux.

Des commentaires reçus, je remercie tous ceux qui ont soupesé les pour et les contre, les avantages et les inconvénients d’une intervention publique de défense de mon intégrité qui impliquait, bien sûr, de répéter les accusations pour pouvoir y répondre.

De tous les commentaires reçus et lus, le député de Rosemont que je suis a apprécié celui-ci, de Louise Savoie le 11 juillet, qui n’était pas complètement hors sujet:

Moi qui habite le comté de Jean-François Lisée, je peux témoigner de son intérêt pour ses électeurs. Les gens de mon secteur étaient aux prises avec un problème de bruit en provenance d’une école de métier et il nous a beaucoup aidé à régler ce dossier. Nous l’apprécions beaucoup.

Merci Mme Savoie. Cela nous ramène sur le terrain et indique qu’on peut, simultanément, aider Bombardier à vendre des avions au Sénégal et résoudre des cas de comtés. C’est d’ailleurs ce qui me passionne dans ce travail: aider, au quotidien, des citoyens à régler des problèmes immédiats et faire aussi bouger les choses au niveau métropolitain, national et international, pour le bien collectif québécois.

Un mot pour les chroniqueurs qui ont soutenu ma position. Les commentaires de Liza Frulla et d’Antoine Robitaille, du Devoir, et de Guy Simard, du 98,5 FM, entre autres, m’ont touché. L’appui sur Twitter d’Yves Boisvert de La Presse — souvent très critique à mon endroit — était important. Merci aussi à Tommy Schnurmacher, de CJAD.

Mais je dois donner la palme à celui qui, le premier et avec sa verve inimitable, a soutenu mon combat: Mathieu Bock-Côté du Journal de Montréal sur son blogue.

Merci surtout à Sandrine, qui est monté à la barricade avec moi et qui a réalisé son premier point de presse en carrière avec un aplomb et une détermination dont chacun a pu être témoin. Et chacun comprend maintenant pourquoi je ne laisse pas un océan nous séparer trop longtemps.

Affaire Saint-Pierre: la ministre toujours fâchée avec la vérité

Christine Saint-Pierre a fait émettre un communiqué en fin d’après-midi ce mardi pour réagir à ma conférence de presse du matin. Je lui demandais de se rétracter sur les allégations mensongères qu’elle a répétées à mon sujet et de s’excuser auprès de ma famille. Elle n’a fait ni l’un, ni l’autre.

Elle affirme d’abord avoir « la responsabilité d’agir avec rigueur et transparence ». Elle a en effet cette responsabilité. Mais en portant des accusations sans preuve, en posant des questions tendancieuses, elle n’a pas agi avec rigueur.

Elle continue en affirmant que « le respect de la vie personnelle des élus est pour moi un principe primordial. » Alors pourquoi a-t-elle dit à Radio X: « Est-ce que M. Lisée utilisait le prétexte de sa vie privée pour faire des missions en France? »

Elle affirme avoir « une très grande confiance » envers « le professionnalisme et la rigueur » des fonctionnaires du MRI. Alors pourquoi laisse-t-elle entendre que ses fonctionnaires ont été complices de missions non-pertinentes, servant les intérêts personnels du ministre plutôt que le bien du Québec ?

Elle affirme avoir mandaté la direction de l’audit interne et évaluation de programmes pour « faire les vérifications nécessaires ». Pourquoi ne pas avoir attendu le résultat de ces vérifications avant de lancer des accusations sur la place publique ?

J’ai affirmé que je donnais jusqu’à mardi midi à la ministre de faire la seule chose digne: se rétracter et s’excuser. C’est toujours le cas.

Ma lutte contre l’intimidation – pardon ! – contre la diffamation

Vous m’avez massivement, chers internautes, conseillé de poursuivre Christine Saint-Pierre pour les propos mensongers qu’elle a tenus sur moi, en impliquant ma vie familiale.

Je l’ai fait ce mardi, à Québec, en compagnie de ma conjointe Sandrine et de Stéphane Bédard, chef intérimaire du parti.

Voici la vidéo:


 

Voici la transcription du point de presse:

M. Bédard : (…) on est ici parce qu’il y a quelqu’un dont l’intégrité a été attaquée de façon purement malhonnête. Jean-François Lisée, que je connais personnellement depuis des années, qui est quelqu’un qui est dédié, qui est un homme honnête, intègre qui a toujours réalisé, peu importe les fonctions qu’il a faites, pour le bien commun, pour l’intérêt public. Dans les derniers jours, une ministre du gouvernement a tenté de détourner l’attention médiatique en attaquant de façon injuste et malhonnête le comportement de M. Lisée à l’époque où il était ministre en attaquant même sa vie familiale, et nous trouvons ces accusations totalement irresponsables. Donc, aujourd’hui, notre objectif, c’est de rétablir les faits et de souhaiter que Mme St-Pierre s’excuse le plus rapidement possible et rétablisse la réputation de M. Lisée.

À ce moment-ci, je demanderais à Jean-François de venir faire une déclaration en compagnie de Sandrine.

M. Lisée : Merci beaucoup, Stéphane. Vous me connaissez depuis un certain nombre d’années, je suis dédié au Québec, au bien commun. J’ai donné, pendant 18 mois, le meilleur de moi-même au ministère des Relations internationales et du Commerce extérieur. C’est un sujet qui me passionne. J’ai fait un grand nombre de missions. J’ai été très actif, beaucoup d’entreprises m’ont accompagné, des institutions, des artistes, pour faire avancer le Québec, pour la défense des intérêts du Québec.

Les fausses accusations de Mme St-Pierre

La semaine dernière, Christine St-Pierre a pris la décision de parler aux médias pour répéter sciemment plusieurs déclarations fausses à mon sujet. Elle a déclaré que j’avais fait 11 missions en France et que la France était ma seule priorité, car pour moi il n’y avait que la France a-t-elle dit.

C’est faux, et elle sait que c’est faux. J’ai fait cinq missions en France, dont une avec la première ministre, cinq pour les États-Unis, et six dans le reste du monde.

D’ailleurs, un de mes prédécesseurs, Pierre Arcand le libéral a fait davantage de missions en France que moi dans le même laps de temps.

Mme St-Pierre additionne délibérément mes missions en France et les cinq escales que j’ai effectuées à Paris lors de missions qui me conduisaient ailleurs et elle pose la question de la pertinence de ces missions : Est-ce que j’y allais pour des raisons personnelles parce que ma famille… une partie de ma famille y habitait ou pour l’intérêt supérieur du Québec? Elle connaît très bien la réponse.

Premièrement, chacune de ces missions est proposée, organisée et validée par le ministère des Relations internationales. Deuxièmement, les résultats de chacune de ces missions, résultats probants, sont disponibles, pour la plupart, sur le site Internet de son propre ministère. Et il est facile de compiler l’aspect strictement économique de la pertinence de ces missions, qui faisaient escale à Paris. Ces missions ont aidé 175 entreprises qui m’ont accompagné en Allemagne, en Afrique, en Chine ou au Japon à signer des contrats d’une valeur de 110 millions de dollars.

Mme St-Pierre affirme sans preuve — elle n’a aucune preuve, elle n’a aucun document, elle n’a aucun mémo, elle n’a aucun courriel, elle n’a aucune facture — elle affirme sans preuve que j’ai fait une mission d’un jour, pour faire ensuite une visite privée de quatre jours. C’est une invention pure, cela n’existe que dans son imagination.

La ministre a déclaré aux journalistes qu’elle avait demandé des vérifications à son ministère et certains d’entre vous et de vos collègues lui ont dit : Mais, Mme St-Pierre, pourquoi est-ce que vous nous parlez maintenant? Si vous avez demandé des vérifications, pourquoi ne pas attendre les faits avant de parler aux médias? Elle a donné plusieurs entrevues. Un ministre responsable et respectueux d’autrui ne devrait-il pas attendre d’avoir des preuves, si elles existent, avant d’accabler qui que ce soit — un parlementaire, un ministre, un citoyen, qui que ce soit — sur la place publique?

J’ai la conviction, la conviction, parce que je connais l’efficacité des extraordinaires équipes du ministère des Relations internationales, que Mme St-Pierre a obtenu les réponses à ses questions avant même qu’elle s’adresse aux journalistes.

D’ailleurs, il n’a fallu à une de vos collègues de la presse qu’un coup de téléphone, un coup de téléphone hier, pour parler à une responsable des missions, qui lui a dit que tout était irréprochable en ce qui me concerne. J’ai la conviction aussi que la raison pour laquelle Mme St-Pierre fait ces allégations mensongères sans aucune preuve, c’est qu’elles n’existent pas et qu’elle sait qu’elles n’existent pas.

La vie familiale

Vous savez, il y a une règle non écrite dans la politique et les médias québécois : on ne touche pas à la vie familiale des élus. Or Mme St-Pierre a franchi cette ligne rouge à toute vapeur, en faisant de ma vie familiale un sujet de discussion publique, comme si c’était quelque chose de répréhensible ou de mystérieux.

Alors, exceptionnellement, j’ai demandé à ma conjointe Sandrine d’être à mes côtés aujourd’hui. C’est elle et nos deux enfants — et bientôt un troisième — qui font qu’on traverse l’Atlantique pour se voir l’un l’autre.

On s’est connus il y a huit ans, à l’Université de Montréal. Sandrine poursuivait ses recherches. On a décidé de vivre ensemble et d’avoir des enfants. Puis Sandrine a été recrutée pour le travail qu’elle convoitait depuis plusieurs années et qu’elle adore à une fonction dans un centre de recherche très prestigieux à Sciences Po Paris.

Alors, on a fait le pari de réussir notre projet de vie commune malgré le fait que nos carrières respectives allaient nous entraîner trop souvent l’un de l’autre. Alors, depuis, Sandrine fait tantôt de longs séjours à Québec, tantôt de longs séjours en France, et on s’adapte, et on se rejoint. On est devenus un peu des experts de la conciliation travail-famille entre deux pays sans que ça coûte un sou au contribuable. Et on trouve inacceptable que notre vie familiale soit utilisée par une politicienne pour tenter de salir ma réputation.

Une poursuite en diffamation

Mme St-Pierre sait comment une poursuite en diffamation va se terminer. Les faits, les témoignages, les documents vont lui donner tort et me donner raison. Je lui demande donc d’émettre d’ici une semaine une rétractation complète de ses allégations et d’exprimer ses excuses envers ma famille. Sinon j’engagerai une poursuite en diffamation.

Je sais que, dans ma situation, cette poursuite va me coûter à moi personnellement plusieurs dizaines de milliers de dollars, une grosse somme. Dans un monde idéal, Mme St-Pierre, et je lui lance le défi, Mme St-Pierre devrait refuser de se faire rembourser les frais de sa défense par les contribuables. Moi, je suis prêt à payer de ma poche, car l’intégrité est une vertu cardinale.

Mon intégrité

La journaliste Annabelle Blais de La Presse a épluché tous mes comptes de dépenses pendant toutes mes missions. Elle n’a rien trouvé à redire. Quand j’étais conseiller de M. Parizeau et de M. Bouchard pendant cinq ans, je sais que les recherchistes libéraux ont beaucoup cherché une facture mal placée. En vain. Il n’y en avait pas. Je me suis présenté en politique en août 2012, pour l’indépendance, bien sûr, mais aussi parce que j’estimais intolérable qu’un gouvernement comme celui de M. Charest qui avait laissé croître la corruption soit réélu.

Alors, s’attaquer à mon intégrité constitue une offensive frontale sur ce que j’estime essentiel. Entraîner ma vie familiale dans le débat public est une faute inacceptable. Il faut que les propos mensongers et diffamatoires de Mme St-Pierre soient sanctionnés. Ce n’est pas vrai qu’on peut salir une réputation et s’en sauver. C’est le combat que je vais mener. Maintenant, Sandrine voudrait vous dire quelques mots.

Intervention de Sandrine:

Mme Perrot (Sandrine) : Bonjour. Si je suis exceptionnellement ici aujourd’hui, c’est parce que c’est notre vie privée, notre vie familiale qui a été mise sur la place publique cette semaine par la ministre pour porter de fausses accusations contre Jean-François.

Et donc, il me semblait d’abord important d’être à ses côtés et de le soutenir dans ce dossier, qui vise à mettre en doute son intégrité et sur lequel je le sais irréprochable. C’est vraiment un point sur lequel Jean-François est très vigilant. C’est aussi une valeur à laquelle je tiens beaucoup, et ni lui ni moi n’aurions accepté que des fonds publics soient utilisés pour notre vie privée.

Et puis je tenais à dire aussi et peut-être surtout, en tant que mère, que je suis profondément choqué que notre vie familiale ait pu être utilisée à des fins purement politiciennes.

La ministre a dit des faussetés, elle a mis notre famille sur la place publique sciemment, en espérant des gains politiques et sans égard, sans respect pour notre couple, pour notre famille, pour nos enfants. Elle a sous-entendu, par ses questions, que notre vie privée pouvait être répréhensible d’une façon ou d’une autre. Elle ne l’est pas. Ce sont des accusations gratuites, et pour ça il me semble que se rétracter ou nous présenter ses excuses est vraiment la moindre des choses. Merci.

Période de questions

Le Modérateur : Donc, merci, Mme Perrot. Merci, M. Bédard, M. Lisée. Donc, on irait avec la période de questions. Une question et une sous-question, s’il vous plaît. Alors, on va débuter par le micro de gauche. Mme Prince, TVA.

Mme Prince (Véronique) : Bonjour, M. Lisée, Mme Perrot, Stéphane Bédard. M. Lisée, je voudrais savoir, pour ce qui est des escales, parce que j’ai voulu poser la question à Mme Chevalier hier, mais elle n’a pas retourné notre appel. Alors, je vais vous reposer cette question-là. Pour ce qui est des escales que vous avez faites en France, est-ce qu’il a pu y avoir un sou de déboursé par les contribuables? Est-ce qu’il y avait, par exemple, un chauffeur du délégué qui était emprunté? Est-ce qu’il y avait du personnel politique qui pouvait vous attendre et qui était payé en attendant que vous veniez les rejoindre à la mission?

M. Lisée : Alors, je vous remercie de la question. Alors, je dépose aujourd’hui une série de documents qui donnent toutes les dates, chacune des missions, les résultats de chacune des missions, et voici comment ça se passe.

Lorsque je faisais une mission en France, évidemment, c’était normal. Lorsque j’allais en Afrique… En Afrique, on passe toujours par Paris. Alors, on est passés par Paris. Lorsque j’allais en Chine et au Japon, j’ai posé la question. J’ai dit : Est-ce que ça coûte plus cher d’aller par Paris que non? Pour le Japon, on m’a dit : C’est le même prix. Pour la Chine, on m’a dit : C’est 2 000 $ de moins, 2 000 $ de moins.

Dans un cas, je suis allé à Londres et j’ai dit : Est-ce que ça coût plus cher? Moi, j’irais à Londres, je ferais ma mission. Je prendrais le train pour Paris, que je paierai, puis je reviendrais de Paris. Est-ce que c’est plus cher? On dit non. J’ai dit : Si c’est plus cher, je vais payer. On dit : Non, c’est le même prix. Alors, à chaque fois… d’ailleurs, à la délégation, ils commençaient à me trouver un peu fatiguant avec ces questions-là, parce que je répétais constamment ça.

Alors, lorsque j’étais à Paris et que je voulais me rendre à Chartres, parce que la maison, elle est à Chartres, à 1 h 30 min de Paris, je disais : Est-ce que le chauffeur est disponible?  Si oui, est-ce que je peux l’utiliser, et facturez-moi tous les frais; ce qu’ils ont fait, ce que j’ai remboursé. Lorsque le chauffeur n’était pas disponible, je prenais mon billet de train et j’y allais tout seul… tout seul.

La portion privée, elle est seule, je n’ai pas besoin de personne, je n’ai pas besoin d’attaché politique, ou de garde du corps, ou de quoi que ce soit parce que je vais rejoindre ma famille en France.

Et ce qui est extraordinaire… Et si vous me posez la question… parce que vous ne le savez pas, vous ne le savez pas parce que la ministre qui vous a parlé n’avait rien à vous donner. Mais c’est extraordinaire pour une ancienne journaliste, en plus. Aller à la télé sans preuve, vous ne feriez pas ça. Aucun d’entre vous ne ferait ce que Christine St‑Pierre a fait : vous présenter devant une caméra, faire des accusations sans la moindre preuve. Vous seriez virés. Vous seriez virés, comme journalistes, si vous aviez fait ce que Christine St‑Pierre a fait la semaine dernière.

Mme Prince (Véronique) : Ma deuxième question : N’était-il pas prévisible que ça viendrait à un moment donné sur la place publique? Si vous inversez les rôles, et que vous vous mettez à la place de Christine St‑Pierre, et que vous vous apercevez que votre prédécesseur, il a eu quelques escales comme ça, est-ce que vous-même n’auriez-vous pas entamé des vérifications sur le prédécesseur? Et, éventuellement, il y a quand même toujours des chances que ça devienne public. Vous savez comment ça fonctionne. Donc, à ce moment-là, est-ce que vous n’auriez pas été plus prudent de prendre l’initiative de dire… de l’annoncer vous-même?

M. Lisée : Moi, mon intégrité, elle est sans faille. J’ai prêté un serment, O.K.? Et donc je présume de l’intégrité de tous. Je n’ai pas fait de vérification pour mes prédécesseurs, je présume de leur intégrité.

Quand j’ai fait les crédits de l’année précédant notre élection, j’ai posé des questions, les fonctionnaires m’ont donné des réponses. Je n’ai pas cherché, mais j’ai vu qu’il n’y avait rien qui méritait qu’on s’y attarde sauf la double comptabilité qu’on avait trouvée sur les missions. Ça, évidemment, on les a trouvés, mais ce n’était pas l’intégrité d’une personne en particulier. Je ne rentre pas là-dedans en détail (aujourd’hui)…

Enfin, ma réponse, c’est : Je ne pouvais pas présumer du caractère activement malveillant de Christine St‑Pierre. Non, on ne pouvait pas présumer qu’un ministre qui doit représenter les relations internationales du Québec prenne la décision de dénigrer son propre ministère en faisant des interventions publiques sur le fait qu’il y aurait peut-être, se pose-t-elle la question, des missions bidon. Non. C’est à l’extérieur du sens de l’État. Je veux dire, c’est une opération qui est répugnante.

Le Modérateur : Merci beaucoup. Martin Ouellet de LaPresse canadienne.

M. Ouellet (Martin) : Bonjour, madame. Bonjour. Vous reconnaissez donc qu’il y avait quand même une partie privée, une partie personnelle, lors de vos fréquents passages dans la capitale…

M. Lisée : Je l’ai toujours dit, et c’est le cas de beaucoup de ministres, ou de gens d’affaires, ou de journalistes qui vont à l’étranger en mission et qui, ensuite, prennent quelques jours, c’est une pratique courante.

M. Ouellet (Martin) : D’accord. Et vous avez utilisé les services du chauffeur. C’est ce que je comprends.

M. Lisée : J’ai utilisé les services du chauffeur, j’ai remboursé la totalité des frais. Lorsqu’il n’était pas disponible, je prenais le train.

Journaliste : Est-ce qu’on a des documents qui nous démontrent que vous avez remboursé ces frais-là, juste au niveau technique? Est-ce que… et c’est quand, vous l’avez… vous avez remboursé ces frais-là?

M. Lisée : Ces documents-là, si Mme St-Pierre ne se rétracte pas, on les déposera pendant la poursuite.

Journaliste : Vous n’avez pas l’intention de le faire tout de suite?

M. Lisée : On les rendra publics… Écoutez, elle n’avait aucun document, aucun, et c’est elle qui fait l’accusation. Eh bien, moi, je vous dis que je peux faire la démonstration très facile, ma carte de crédit, un transfert bancaire, etc., que, dans des délais courts, lorsqu’on m’a présenté une facture, je l’ai réglée.

Journaliste : Et ça représentait quel montant, toutes ces dépenses personnelles là…

M. Lisée : Bien, écoutez, il y a…

Journaliste : …qui ont pu être facturées par le MRI?

M. Lisée : …un billet de train de Londres, etc. Je n’ai pas fait le calcul, là.

Journaliste : Et tout ça, c’est payé?

M. Lisée : Tout ça, c’est payé. Évidemment que c’est payé.

Journaliste : Mais il faut se fier à votre parole parce que vous n’avez rien à nous donner aujourd’hui pour…

M. Lisée : Écoutez, tu sais, c’est comme le fameux journaliste qui dit : Quand avez-vous cessé de battre votre femme? Tu sais, c’est au journaliste de faire cette démonstration. Alors là, il y a une accusation qui est portée. C’est la parole de Mme St-Pierre, qui n’est pas très bonne, qui a des antécédents, sans preuve. Elle porte des accusations sans preuve.

Le Modérateur : Merci. Micro de gauche. Louis Gagné, QMI.

M. Gagné (Louis) : Bonjour, M. Lisée, madame, M. Bédard. M. Lisée, vous réfléchissez depuis quelques semaines à la possibilité de vous lancer dans la course à la direction de votre parti. Sachant qu’une telle course donne parfois lieu à certains coups bas, des échanges d’information entre les différents camps, est-ce que ça pourrait modifier votre réflexion un peu ou refroidir votre ardeur éventuellement pour vous présenter après ce que vous avez vécu ces derniers jours?

M. Lisée : Bien, ça, la réflexion, on la partage ensemble, on est en train de la faire. Elle n’est pas terminée. Et ce n’est pas la malveillance d’une ministre libérale qui va y changer quoi que ce soit.

M. Gagné (Louis) : Et est-ce que vous croyez… Bon, vous dites que… vous l’accusez de salissage, d’avoir voulu nuire à votre réputation. Est-ce que c’est à un futur candidat à la direction, peut-être un futur chef, d’après vous, qu’elle s’en prenait ou…

M. Lisée : Vous savez, elle s’en est prise à un poète [Fred Pellerin], elle s’en est prise à la première ministre, alors je ne pense pas que j’ai un traitement spécial. C’est dans sa nature.

M. Bédard : Puis permettez-moi de vous dire qu’on n’est pas non plus dupes, là, ou naïfs. On connaissait le contexte où le gouvernement est encore pris, après quelques mois, avec des problèmes éthiques majeurs. Alors, de tenter de détourner l’attention par rapport à des affirmations qui étaient fausses, c’était une bonne… une mauvaise façon… peut-être une bonne façon libérale, mais une mauvaise façon de sortir du guêpier dans lequel ils sont actuellement. Donc, on voulait être clairs, transparents, comme M. Lisée l’a été aujourd’hui avec Sandrine. Puis ce qu’on souhaite maintenant, c’est que le gouvernement ait un début de franchise par rapport à ce qui se passe avec le cas de M. Bolduc.

Le Modérateur : Merci. Simon Boivin, Le Soleil.

M. Boivin (Simon) : Bonjour, M. Lisée. Vous dites que vous avez demandé à ce qu’on vous facture lorsque le chauffeur a été utilisé. Est-ce qu’il est arrivé qu’on ne vous facture pas? À votre connaissance, est-ce qu’il est possible que le délégué, à un moment ou à un autre, ait décidé de dire : Non, ça, on laisse passer? Est-ce que ça peut arriver?

M. Lisée : Écoutez, le professionnalisme des gens du ministère des Relations internationales, c’est remarquable, leur énergie, c’est remarquable. Alors, non, je suis sûr que tout a été facturé, parce que ces gens-là sont très éthiques, ils savaient que j’étais très vigilant sur l’éthique, et il ne fallait pas en laisser passer une.

Et je vais dire une chose, là, pendant que Mme St-Pierre dénigre le ministère des Relations internationales, une chose qui est peu connue, là, c’est que pour chaque dollar qu’on investit — quand j’étais ministre des Relations internationales et du Commerce extérieur — il y a trois dollars d’ententes commerciales qui sont signées par année. Le rendement du MRI et du Commerce extérieur pour le Québec, là, c’est du 3 pour 1. En un an, quand j’étais ministre, ces contrats-là ont créé 2 500 emplois au Québec. Ça veut dire qu’il y a à peu près 600 fonctionnaires au MRI qui créent chaque année à peu près 2 500 emplois. C’est ça qu’il faut dire aux gens quand on est ministre des Relations internationales, ce n’est pas dénigrer les missions ou l’organisation des missions.

Journaliste : Vous avez dit que M. Arcand était allé de façon plus fréquente que vous…

M. Lisée : Oui.

Journaliste : …est-ce que vous avez les chiffres? Est-ce que vous pouvez nous donner…

M. Lisée : Il est allé six fois… en 18 mois, il est allé six fois en France. Moi, je suis allé cinq fois.

Journaliste : Pour six missions à Paris ou six missions en escales?

M. Lisée : En France, en France, sans escales. Je n’ai pas compté les escales. C’est ridicule de compter les escales. Vous imaginez! Vous mettriez ça dans un papier : M. Arcand est allé neuf fois en France parce qu’il est allé en Afrique et il est passé par Paris. Ça ne vous traverserait pas la tête de dire une chose pareille.

Journaliste : Et on comprend que si Mme St-Pierre se rétracte, il n’y aura pas de poursuite.

M. Lisée : Si la rétractation est à ma satisfaction, si elle fait des excuses auprès de ma famille, il n’y aura pas de poursuite.

Le Modérateur : Merci. M. Robitaille du Devoir.

M. Robitaille (Antoine) : En dévoilant la double comptabilité que vous prétendez qui existe, là, au ministère, n’avez-vous pas vous-même, en premier, dénigré votre ministère?

M. Lisée : Bien non, parce que j’ai bien dit que les fonctionnaires avaient fait ça à leur corps défendant, que ça avait été une décision du chef de cabinet du ministre libéral de l’époque, et que les fonctionnaires avaient été très catastrophés de ça, et c’est pour ça qu’ils nous l’ont dit. Et je ne l’ai pas prétendu, je l’ai démontré et j’ai bien montré les fausses factures. Il y avait une vraie facture pour le remboursement par le Conseil du trésor et il y avait une fausse facture pour mentir aux journalistes et pour mentir aux parlementaires, aux crédits. Et nous, on a rétabli la réalité. Alors, c’était mon devoir de ministre et de transparence de dire qu’on allait corriger cette situation-là, et les fonctionnaires en étaient très contents.

M. Robitaille (Antoine) : Est-ce qu’il n’y a pas des fonctionnaires à l’interne qui peuvent se sentir accusés de complicité là-dedans et qui peuvent vouloir vous remettre la monnaie de votre pièce?

M. Lisée : Ils étaient très… non, ça ne vient pas des fonctionnaires, c’est une commande politique de Mme St-Pierre, c’est très clair. Et comme vous le savez aussi, il n’y a pas de ministres qui font des sorties sans l’aval du bureau du premier ministre. Alors, on est dans le politique, là.

Le Modérateur : Merci. Le micro de droite, Gilbert Lavoie du Soleil.

M. Lavoie (Gilbert) : Oui. Bonjour, M. Lisée. Vous le savez, la majorité des poursuites en diffamation se terminent en règlement à l’amiable dont on ne connaît pas la teneur. Est-ce que vous avez l’intention, si vous devez engager une poursuite, à vous rendre d’une intention ferme jusqu’à une décision du tribunal?

M. Lisée : Bien, moi, qu’il y ait une entente ou une décision, je veux que, publiquement, Mme St-Pierre admette qu’elle a dit des faussetés.

M. Lavoie (Gilbert) : Donc, il n’y aura jamais d’entente à l’amiable si elle n’accepte pas de dire publiquement qu’elle a dit des faussetés?

M. Lisée : Ah! Ça, c’est clair. Enfin, c’est clair. Tu sais, elle a causé un dommage public, alors il faut qu’il y ait une réparation publique.

M. Lavoie (Gilbert) : Merci.

Le Modérateur : Merci. Jacques Létourneau, du Huffington Post.

M. Létourneau (Jacques) : Bonjour, M. Lisée. Est-ce que j’ai compris que le garde du corps ne vous suivait pas à Chartres?

M. Lisée : Effectivement. Non, quand on est à l’étranger, lorsqu’il y a un problème de sécurité, c’est la police locale qui nous suit. C’est arrivé à New York ou… etc., bon, ils sont très tatillons. Mais, sinon, en France, moi, je n’ai jamais eu de garde du corps avec moi.

M. Létourneau (Jacques) : Donc, pas du tout en France, ni à Paris ni à Chartres?

M. Lisée : Pas du tout, non, non, sauf lorsque la première ministre était là, bien sûr, pour sa sécurité à elle, oui.

M. Létourneau (Jacques) : Parfait, merci.

Le Modérateur : Merci.

M. Lisée : Et puis Sandrine est ceinture marron de karaté.

Le Modérateur : Nicolas Vigneault, Radio-Canada.

M. Vigneault (Nicolas) : M. Lisée, si jamais on découvre des choses à la suite de vérifications additionnelles et que Mme St-Pierre arrive avec certaines preuves, vous engagez-vous à rembourser ces sommes-là au ministère?

M. Lisée : Bien, j’ai tout remboursé. Ça n’arrivera pas. Je veux dire, si ça existait, on le saurait! Pensez-vous que, si Mme St-Pierre avait la moindre preuve, elle l’aurait pas donnée? L’étude des crédits au MRI, ça s’est fait à la mi-juin. Elle a posé des questions à la mi-juin. S’il y avait des preuves, elle les aurait eues dans les jours qui… Moi, quand je demandais quelque chose au ministère des Relations internationales, en 24 heures, je l’avais, en 24 heures. Alors, c’est sûr que ça n’existe pas.

M. Vigneault (Nicolas) : Mais pourquoi ne savez-vous pas combien vous avez remboursé? Vous dites : J’ai tout remboursé, mais vous ne savez pas combien.

M. Lisée : Bien, j’ai remboursé à mesure, à mesure.

M. Vigneault (Nicolas) : Vous devez avoir…

M. Lisée : Écoutez, là, si vous voulez… Regardez, elle a fait les accusations vendredi. On est mardi, O.K. Au procès, s’il y a procès, je ferai sortir toutes mes cartes de crédit puis je ferai tous les trucs, là.

M. Bédard : C’est comme… vous demandez, si vous avez un compte de dépenses : Ça a été quoi dans le dernier mois? Vous, comme journaliste, vous avez rencontré quelqu’un. Écoutez, c’est évident. Et, si quelqu’un, s’il y avait même simplement une rumeur à l’effet que de l’argent public aurait servi à des fins personnelles, c’est évident que le Conseil du trésor aurait eu cette rumeur-là pour une période de 18 mois. En aucun temps, en aucun temps — et je suis assez bien placé pour vous le dire — on n’a remis en doute les dépenses du ministère, de quelque nature qu’elles soient.

Donc, je suis très bien placé pour vous dire que ces accusations sont malveillantes, dans un but de nuire, à une fin qui est purement politique : c’est celui de distraire. Et que, s’il y avait eu… Imaginez-vous, lors de l’étude des crédits, pendant les deux heures que les libéraux ont des questions, s’il y avait eu une seule vraie accusation, elle aurait été portée par les députés libéraux, à l’époque, qui, souvent, vont faire la plante verte lors de l’étude des crédits. Alors, ce n’est pas vrai qu’on va tomber dans le stratagème du gouvernement libéral, qui est pris, encore une fois, avec un problème éthique important sur les bras et il ne sait plus quoi faire pour s’en sortir. Il est allé jusqu’à attaquer la famille d’un politicien, puis d’un homme qui a une carrière politique, mais une carrière aussi au service de la société. De tomber aussi bas, je ne pensais pas avoir l’occasion de vivre ça, là, du temps de ma vie politique.

English questions

Le Modérateur : Merci. Micro de gauche, merci de vous présenter.

Mme Wheeler (Marika) :Marika Wheeler, CBC. Can I ask you to explain what you’re announcing today, please?

M. Lisée : As you know, I’ve spent a good part of my life in journalism, as an advisor to two premiers and, for 18 months as Minister for International Affairs and External Trade. I gave it my best, I always worked for the benefit of Québec. Integrity issues have been  causes that I’ve championed over the years and, of course, have been at the core of my willingness to be in the public domain.

Last week, a Liberal Minister decided to show up in front of reporters without any document, without any proof and to cast doubt on my integrity related to my family life. It is unacceptable, she made statements that are flat wrong on the facts. She said I was 11 times in missions to France and I only had France in mind as a Minister. I went five times in missions to France, five times for the United States and six times elsewhere. In fact, one of her colleagues, Pierre Arcand, went more times in missions in France for a similar period than I.

And then, she said I went one day for a mission and four days for a private stay. That’s a figment of her imagination. Again, no corroborating evidence on her part and she’s trying to compound stopovers that I made in Paris to go to Africa or China or Japan to say that these missions may not have been pertinent. They netted 110 million dollars in contracts for Québec companies, these missions with stopovers in Paris, because you have to stop over somewhere and in each instance, I asked if there was more costs. In fact, there were none. In fact, it was less expensive to go to China through Paris, maybe at that time of year or of that stay, I don’t know, than it would have been to go through Vancouver. And, in fact, I didn’t say that in French, in fact, my family helped the government to save money, because twice I came back with my family on economy…

Une voix : Yes.

M. Lisée : Yes… on the economic side of the plane, so it was less costly than what really is granted to a minister and one of these planes, they didn’t understand why the minister was in economic class and not in business class.

So, you know, it’s insulting, it’s insulting to my family. As I explained, Sandrine and I met in Montréal. She’s a researcher, specialized in Africa. She’s doing research. We decided to live together, to have children. And then she was offered one of the best jobs she could have in her field at Sciences Po Paris, and so we decided to try to make this work and still have a family by crossing the Atlantic with no cost to the public before I was a minister, after I’m a minister. So, this… you know, to have our family life brought into the public debate, again without any proof of any sort, is unacceptable.

So, I’m asking the minister to issue a full retractation… Is that a word?

Journaliste : Retract her statements.

M. Lisée : So, I’m asking the minister to make a full… to retract fully her statements by this time next week and to issue an apology to my family… which I will start a suit for defamation, slander.

Journaliste : You mentioned this to my colleague in French, but how serious of an apology do you need? Because you seem to say that you have to deem the apology to be fulfilling to…

M. Lisée : Well, I say the apology she wrote for Fred Pellerin, when she slandered him, and that’s not good enough because she basically reiterated what she had said the first time. So, it has… I’ll know it… You’ll know it when you’ll see it, if it’s a real retraction or not.

Journaliste : Mme Perrot, can I ask you why it was important for you to come today?

Mme Perrot (Sandrine) : Well, if I’m here today, that’s because this is our private life, our family life that was in the public sphere just to attack in public the reputation of Jean-François. And so, it seemed important to me to be with Jean-François today on this issue of integrity, on which I know that he’s really beyond reproach. And I also really wanted to say that I was shocked that my family could be used for political purposes. And so I think it’s really necessary, for the minister, just to retract and to present an apology to our family.

Journaliste : Thank you.

Une voix : Merci beaucoup, mesdames et messieurs. Bonne journée.

M. Bédard : Merci.

Christine Saint-Pierre et la pratique de la diffamation

Dois-je poursuivre Christine Saint-Pierre en diffamation ?

C’est la question qui s’impose, après m’être tapé l’écoute des deux entrevues qu’elle a choisi de donner ce vendredi, à LCN et à Radio X Montréal.

D’abord qu’est-ce que la diffamation, en droit québécois ?

Selon les professeurs J. Pineau et M. Ouellette-Lauzon il existe trois types de diffamations:
– Lorsque vous dites ou écrivez des choses désagréables ou défavorables sur une autre personne en sachant que c’est faux.
– Lorsque vous dites ou écrivez des choses désagréables ou défavorables sur une autre personne quand vous devriez savoir qu’elles sont fausses.
– Lorsque vous dites ou écrivez des choses désagréables ou défavorables sur une autre personne sans un motif valable, peu importe que ce soit vrai ou pas.

Les actions et paroles de la ministre Saint-Pierre ces jours derniers répondent en tous points à cette définition:

1) Une affirmation qu’elle sait fausse

Dans son entrevue à Radio X, Mme St-Pierre répète plusieurs fois ce qui suit:

« 11 missions à Paris dans un mandat de 18 mois ça nous paraît énorme »

Cette affirmation est fausse et Mme St-Pierre la sait fausse. Il n’y a pas eu 11 missions à Paris, comme l’a établi la journaliste  Annabelle Blais dans La Presse de ce samedi. Mme Blais a obtenu tous les documents concernant mes missions via une demande d’accès à l’information et elle ne compte que cinq missions proprement dites à Paris.

Mme St-Pierre sait fort bien que les 11 déplacements dont il est question ne sont pas  des « missions à Paris » — lorsqu’elle est interrogée de façon plus serrée elle inclut parfois les escales vers d’autres lieux — mais elle insiste dans son entrevue à Radio X pour m’accuser d’avoir « donné priorité à la France et il n’y avait que la France » dans notre politique étrangère, ce qu’elle sait mensonger.

Pourquoi ? Parce qu’elle veut nuire en tournant les choses de la façon la plus dommageable possible pour ma réputation.

2) Une affirmation qu’elle devrait savoir fausse

Mme St-Pierre répète dans ses entrevues :

« dans le cas d’une mission, on parle d’une mission d’un jour avec une portion privée de 4 jours, j’pense que c’est beaucoup et on est en droit de poser des questions. »

Cette mission n’existe pas. C’est une invention. La journaliste de La Presse, qui a les documents sur toutes mes missions, n’en trouve pas trace. Moi non plus dans mes agendas.

Et c’est la perfidie de l’opération de diffamation de la ministre: elle affirme avoir demandé un rapport à ses fonctionnaires. Je les connais bien ses fonctionnaires. Ils sont d’une efficacité redoutable. L’information demandée est archivée électroniquement et il ne faut pas plus que quelques heures pour en faire le tour, pour qui veut vraiment savoir avant de parler.

Mais Mme St-Pierre choisit d’aller sur la place publique avant d’avoir les informations demandées. Elle choisit de salir une réputation sans avoir les faits qui sont facilement à sa disposition.

Pourquoi? Parce qu’elle veut nuire.

3) Du salissage sans motif valable

La ministre affirme qu’elle « pose des questions » sur la « pertinence des missions ». C’est la technique transparente du diffamateur qui veut nuire en se cachant derrière la forme interrogative, comme ici, à LCN:

« La question qu’on pose, que je pose, est-ce que M. Lisée allait à Paris tout d’abord pour des raisons privées et ensuite pour les intérêts supérieurs du Québec »

Mme St-Pierre n’est pas une animatrice de radio qui pose des questions dont elle ne connaît pas les réponses. Les réponses se trouvent à sa disposition, dans son ministère, et parfois sur le site internet de son ministère où se trouvent encore plein de communiqués sur la pertinence des missions. (Je les ai regroupés ici)

Quel est le « motif valable » de poser publiquement des questions qui entache la réputation d’autrui si, en attendant quelques jours tout au plus, on peut obtenir ces réponses de ses propres services ? Ce motif n’existe pas. Il n’y a que l’intention de nuire.

Interrogé par les journalistes, Mme St-Pierre rétorque qu’elle n’a fait que répondre aux questions de TVA, qui l’interrogeait. Foutaise. Elle aurait pu répondre qu’elle attendait les faits avant de se prononcer. Elle aurait pu répondre par voie de communiqué. Elle a choisi son moment et son mode de communication. Et le moment était, évidemment, celui de l’affaire Bolduc.

La ligne rouge de la vie familiale

Il y a une règle non écrite dans la politique et les médias québécois; on ne touche pas à la vie familiale des élus.

Or Mme Saint-Pierre a franchi cette ligne rouge à toute vapeur en faisant de ma vie familiale un sujet de discussion publique.

Dans son blogue du Journal de Montréal, Mathieu Bock-Côté illustre l’absurdité de la situation:

« Doit-on comprendre que pour être un bon ministre, de passage en Europe, il aurait dû s’interdire de faire un détour pour les voir et embrasser sa femme? Faut-il rappeler que les politiciens sont aussi des êtres de chair et de sang et que si les circonstances le permettent, il ne leur est pas interdit de faire ce qu’il faut pour goûter la compagnie de leurs proches? »

Pourquoi la ministre a-t-elle choisi d’attirer l’attention sur la présence de ma conjointe et de mes deux jeunes enfants en France pendant cette période ? Bock-Côté croit le savoir:

« Consciemment, on veut salir la réputation d’un homme que les médias aiment bien présenter comme un politicien étranger à la vie ordinaire de ses électeurs : dans les cénacles libéraux, on croit peut-être qu’ils entendront cette rumeur comme une évidence. Christine St-Pierre récidive dans la mauvaise foi. Elle qui s’est livrée au fil des ans aux délices de la partisanerie à tout crin, ne semble manifestement pas pouvoir s’en passer. »

Poursuivre ou pas ?

La cause est entendue. La ministre Saint-Pierre a pris consciemment la décision de salir ma réputation. Et comme les sorties de ministre n’ont généralement lieu qu’avec l’approbation du bureau du Premier ministre, l’autorisation est venue de plus haut.

L’intégrité est pour moi une vertu cardinale. La journaliste Blais, de La Presse, qui a épluché les comptes de dépenses de mes missions, n’a rien trouvé à redire. Les Libéraux ont bien cherché, lorsque j’étais conseiller de deux premiers ministres, à trouver une facture déplacée, en vain. (D’ailleurs mon livre Le Tricheur porte, au fond, sur la malhonnêteté en politique et est un appel pour le retour de l’intégrité politique)

Je me suis présenté en politique en août 2012 pour l’indépendance, bien sûr, mais aussi parce que j’estimais intolérable qu’un gouvernement aussi tolérant avec la corruption que le gouvernement Charest soit réélu.

Après mon élection en 2012, j’ai demandé au Commissaire à l’éthique de m’indiquer si le salaire différé que je recevais encore pour quelques mois de mon employeur précédent était permis. Il m’a répondu que oui. Des chroniqueurs et des collègues élus m’ont conseillé de garder cet argent que j’avais gagné,

Mais j’ai considéré qu’un ministre a un devoir d’exemplarité et j’ai décidé de verser ces sommes à des entreprises d’insertion qui aident les décrocheurs à retrouver la dignité du travail. Ce que j’ai fait. (Je m’en explique ici. Et je vous laisse comparer avec le cas Bolduc.)

S’attaquer à mon intégrité constitue donc une offensive frontale sur ce que j’estime essentiel. Entrainer ma vie familiale dans le débat public est une faute inacceptable.

Fidèles internautes, conseillez-moi

Je ne demanderai pas des excuses à Christine Saint-Pierre. Cela supposerait qu’elle a fait une erreur de bonne foi dont elle pourrait s’extirper. Ce n’est pas le cas. On a d’ailleurs vu ce qu’avait donné ses excuses à Fred Pellerin, un morceau d’anthologie de mauvaise foi.

Non, la question est celle de la diffamation et de la sanction de la diffamation.

Chers internautes, je vous pose trois questions:

1. Devrais-je poursuivre Christine Saint-Pierre en diffamation ?
2. Si oui, pour quelle somme ?
3. Et dans ce cas, à quel organisme charitable devrais-je remettre la somme ?

J’attends vos conseils.

La partisanerie extrême de Christine Saint-Pierre

Christine Saint-Pierre s’est illustrée, ces dernières années à l’Assemblée nationale, par ses propos à la fois partisans et outranciers. Je n’ose citer les mots orduriers qu’elle y a un jour tenus à l’endroit de Pauline Marois, mais je rappellerai qu’elle a aussi associé Fred Pellerin à « la violence et à l’intimidation » parce que notre poète national avait eu le tort de porter le carré rouge.

Je suis donc en bonne compagnie, étant maintenant la nouvelle cible de sa hargne. Elle souhaite salir ma réputation, sans présenter la moindre preuve de comportements répréhensibles, en posant sur le mode interrogatif des « questions éthiques » à mon sujet.

De quoi s’agit-il ? Il se trouve que pendant les 18 mois où j’étais ministre des Relations internationales et du commerce extérieur, ma conjointe résidait temporairement à une heure de Paris, pour des raisons professionnelles, avec mes deux plus jeunes enfants.

Il se trouve qu’un ministre des Relations internationales et du commerce extérieur passe fréquemment par Paris, soit pour effectuer des missions en France, un partenaire essentiel du Québec (Mme St-Pierre en revient), soit en escale pour se rendre à une autre destination – Allemagne, Belgique, Afrique ou Asie.

Mme St-Pierre m’accuse d’avoir usé de ces escales pour prendre parfois quelques jours, la fin de semaine, à mes frais, pour aller voir… ma conjointe et mes jeunes enfants !

A-t-elle la moindre preuve que le contribuable a versé un sou de plus que prévu ? Non. Au contraire, alors qu’il est courant que des ministres prennent un jour de battement avant ou après une visite, ne serait-ce que pour s’adapter au décalage et encourant une nuitée de plus en frais, je n’en faisais rien et quittais directement voir ma famille, à mes frais.

A-t-elle la moindre preuve que des visites supplémentaires ou modifiées aient été organisées pour m’accommoder ? En aucun cas. Chaque mission était ciblée, avec des objectifs et des rencontres.

Trouve-t-elle que je voyageais trop ? Contrairement à des prédécesseurs libéraux, j’étais un ministre actif, à la fois sur la métropole et à l’international. Et contrairement à eux, et à Christine St-Pierre, je cumulais à la fois les postes de ministre  des Relations internationales et du Commerce extérieur. Le nombre d’entreprises qui voyageaient dans mes délégations était important – plusieurs dizaines en Chine, en Inde et au Japon et une centaine — un record — en Afrique. Les contrats conclus pour le Québec se chiffrent en plusieurs dizaines de millions de dollars.

Elle trouve « impressionnant » que je sois passé 11 fois par Paris en 18 mois. Je le prendrai comme un compliment. A mon souvenir, trois seulement de ces déplacements visaient spécifiquement des missions à Paris (pour des rencontres statutaires de l’OFQJ, de l’OIF et des ARM), les autres étaient des escales vers d’autres capitales. Mais attendez, pendant la même période, j’ai fait 5 missions aux États-Unis ! Me le reprochera-t-elle la semaine prochaine sous quelque prétexte loufoque ?

Pourquoi tant de hargne ?

On peut se demander ce qui motive, chez Christine Saint-Pierre, une telle hargne. D’autant que, lorsqu’elle était critique de l’opposition pour les affaires internationales, je l’avais informée des dossiers en cours et l’avais consulté pour le projet d’Agence québécoise de la solidarité internationale. Lorsqu’elle est devenue ministre, je lui ai offert de lui donner une séance de briefing sur les dossiers, ce qu’elle a accepté. Alors pourquoi cette mesquinerie ?

Deux hypothèses.

Il y a de la vengeance dans son attitude. En effet, lorsque j’étais ministre, nous avions découvert en préparant les crédits que les Libéraux avaient institué une double facturation systématique pour les missions à l’étranger. Une, vraie, pour obtenir les remboursements du trésor et une, fausse, beaucoup moins salée, pour mentir aux journalistes et aux parlementaires. J’avais dévoilé le stratagème pendant l’étude des crédits, ce que Mme St-Pierre n’avait pas apprécié. (Pour les détails, voir ici.)

Il y a fort à parier qu’elle et ses amis Libéraux aient voulu se venger en cherchant quelque chose à me reprocher pendant mon passage au MRI. Ne trouvant rien, ils ont inventé cette accusation sans fondement.

D’autre part, vous aurez remarqué que les Libéraux sont jusqu’au cou, ces jours-ci, dans la gestion d’Yves Bolduc et de ses scandaleux émoluments médicaux. Ils doivent être désespérés et cherchent à jeter quelque chose en pâture aux journalistes pour changer de sujet. C’est tombé sur moi.

Mais je ne jouerai pas à leur jeu. Je n’alimenterai pas cette fausse controverse. Je me limiterai à rétablir les faits, comme je viens de le faire, sur mon blogue.

Pour un aperçu de mon action comme ministre, voir notamment
365 jours à l’international
Ma réponse à Sam Hamad sur nos actions en commerce international

Pour les résultats spécifiques de missions, voir ici les bilans de missions.

 

Conseil Couillard: Arrière, toute !

Il y aura sûrement de bons effets qui surgiront de l’organisation nouvelle du gouvernement fignolé par Philippe Couillard. Des jonctions qui, à première vue, semblent incongrus et qui donneront, à l’usage, des résultats heureux. Je souhaite succès à tous les nouveaux ministres.

Mais je dois à la vérité d’indiquer que les initiatives qui sautent au visage aujourd’hui vont dans le sens inverse. Dans l’ordre d’importance:

Martin Coiteux, l’anti-modèle québécois aux commandes du Trésor

Même dans les années fastes, les présidents de Conseil du Trésor sont des gens qui voient d’un mauvais œil chaque dépense de l’État et qui souhaiteraient les voir fondre.

Martin Coiteux. S’il prévaut, le modèle québécois va passer à la tronçonneuse.

Mais jamais n’avons-nous eu à ce poste un économiste s’étant prononcé, dans un passé récent et avec autant de véhémence, contre le modèle québécois. Je connais Martin Coiteux pour avoir débattu avec lui et avoir lu ses écrits sur un blogue dont les archives ont malheureusement disparu du cyberespace.

Nous convenons tous que le Québec vit au-dessus de ses moyens, et c’est pourquoi nous pensons tous que l’atteinte du déficit zéro, puis la réduction contrôlée de la dette, est importante. Certains estiment que cela est possible, sur le moyen terme et si de bonnes décisions sont prises pour l’augmentation de la productivité et d’une richesse durable, sans devoir renoncer au filet social que le Québec s’est constitué et qui fait partie de sa richesse, autant économique que sociale.

Martin Coiteux n’est pas de cette école. Il estime que le Québec n’a jamais eu et n’aura nullement, ni à court, ni à moyen, ni à long terme, les moyens de maintenir son filet social. Il a, comme des économistes néo-conservateurs qu’il fréquente, le nez rivé sur les moyennes nord-américaines qui ne tiennent compte ni des inégalités de revenus, ni du pouvoir d’achat réel, ni des niveaux de pauvreté. Il n’a que dédain pour des économistes qui, comme Pierre Fortin, ont une vision plus complète de la réalité économique et sociale.

Martin Coiteux a désormais la main sur le robinet des dépenses de l’État. Il est également chargé de la revue permanente des programmes. Il a reçu de son premier ministre le mandat d’imposer, non seulement « une discipline de fer » (ce que faisait déjà Stéphane Bédard) mais de mettre en musique la phrase suivante: « le Québec fait face à des enjeux profonds structurels qui vont bien au-delà des changements de gouvernement » et « l’heure n’est plus aux mesures marginales ou cosmétiques ».

Pugnace et idéologique, Martin Coiteux sera plus enclin à utiliser la tronçonneuse que le scalpel. Et comme il aura aussi à négocier avec les employés du secteur public, les étincelles seront au rendez-vous. Sa notoriété va bientôt croître exponentiellement.

(J’invite d’ailleurs les internautes à la chasse aux citations pré-ministérielles de M. Coiteux. Versez-les, avec sources à l’appui, dans la section commentaires de ce billet. Je publierai les meilleures,)

Déstructurer le pouvoir

Plusieurs décisions malheureuses ont été prises par le nouveau Premier ministre.

Fini le couple immigration/langue. Pauline Marois avait eu raison de coupler immigration et langue française. Les succès que la ministre Diane de Courcy avait obtenus pour faire réduire le chômage des immigrants et les mesures prises pour assurer le succès, linguistique et économique, des futurs arrivants tenaient, pour beaucoup, à ce fructueux jumelage. La décision de Philippe Couillard de défaire ce mariage augure mal pour la francisation des futurs immigrants.

Finie la synergie Municipalités/Transports. Pauline avait fait œuvre extrêmement utile en jumelant le ministère des affaires municipales et de l’aménagement, d’une part, et le ministère des transports, d’autre part. Ces deux ministères géants, États dans l’État, furent forcés de travailler ensemble par l’excellent Sylvain Gaudreault. Il en est sorti une Politique nationale de la mobilité durable dont le sort est maintenant incertain et une synergie essentielle pour l’aménagement urbain, intégrant le transport. Cette expérience aurait du se poursuivre pour prendre racine dans les esprits et les processus. Elle vient d’être déracinée.

Au moins, les Transports ont été couplés avec le ministre de la région métropolitaine, ce qui peut rendre le MTQ plus sensible aux enjeux métropolitains. J’ai pour l’instant trop peu d’infos sur la structure du ministre de la métropole pour poser un jugement sur son efficacité future. À suivre.

Finie une vraie voix internationale pour le Québec. On savait que Philippe Couillard et son parti souhaitaient recomposer le Ministère du développement économique et on ne peut leur en tenir rigueur. Le PQ avait choisi une autre configuration, mais il n’y a pas de dogmes en la matière.

L’erreur à ne pas commettre, cependant, était de dépecer le Commerce extérieur et les Relations internationales. C’est ce que le Premier ministre vient de faire. Presque tous les États modernes combinent leurs forces politique et économique dans leur représentation étrangère. La force économique renforce le poids politique et inversement.

J’ai pu le constater dans une douzaine de visites à l’étranger — le fait d’avoir dans ma responsabilité l’expression externe de l’économie québécoise, soit le Commerce extérieur, renforçait la crédibilité et l’efficacité de notre action, autant envers nos hôtes étrangers qu’envers les 26 bureaux québécois où travaillent de concert nos professionnels de la culture, de l’institutionnel, du commerce.

La nouvelle ministre Christine Saint-Pierre, que je salue et félicite, aura beau avoir la responsabilité de la francophonie. Mais le Sommet de l’automne doit se pencher en priorité sur la stratégie économique de l’espace francophone, et elle n’a pas de portefeuille économie. C’est Jacques Daoust qui le détient. Devra-t-il l’accompagner ?

De plus, son ministère amputé a théoriquement le mandat de coordonner l’ensemble de l’action gouvernementale à l’étranger. Une tâche difficile compte-tenu des chasses gardées ministérielles, mais qui était facilitée par la participation du MRI à l’équipe économique, grâce à son rôle de chef de file du commerce extérieur. Par exemple nous avions pu, pour la première fois, donner à chaque délégation des cibles annuelles pour l’ensemble de leur action, y compris économique. Désormais, le dysfonctionnement sera de retour dans les délégations, chacun répondant à un ministère différent.

Un véritable Ministère québécois des Relations internationales, au 21e siècle, devrait combiner à la fois ses missions actuelles, le commerce extérieur, rapatrier la direction des négociations commerciales (jalousement conservée par les Finances) et la prospection d’investissement. Philippe Couillard vient de nous faire aller dans la direction inverse.

Finie la synthèse entre éducation supérieure et recherche. L’innovation est la clé de la richesse de demain. Celle qui détermine à la fois les découvertes en santé, en production, en environnement, en progrès social. Le Parti québécois avait lié éducation supérieure, recherche et innovation dans un continuum — et avec une Politique applaudie par tous — qui permettait une heureuse convergence des efforts.

On dirait que c’est par pur conservatisme que le nouveau gouvernement revient aux anciennes méthodes. Celles qui avaient fait reculer, pendant l’ère Charest, la performance québécoise en innovation.

Du dédain pour les anglophones. Le nouveau premier ministre l’a dit, Kathleen Weil et Geoff Kelly seront « the voice of English-Quebecers at the cabinet table ». Fort bien. (Notez: il ne l’a pas répété en français). Il ne dit cependant pas pourquoi les Premières nations ont droit à un ministère complet, avec des relais politiques et administratifs pour faire progresser leurs dossiers, pourquoi les communautés culturelles ont droit à un ministre responsable (diversité et inclusion) mais pourquoi la première minorité historique du Québec en importance, l’anglophone, ne peut pas s’adresser à quelqu’un qui a pour tâche de piloter ses dossiers.

Pourquoi refuser de donner à Geoff Kelly le titre officiel de ministre responsable des Anglos ?

Dans mes rapports avec la communauté anglophone, on m’expliquait pour s’en plaindre amèrement que les Libéraux ne pouvaient pas désigner un porteur de ballon anglo, car les péquistes les critiqueraient. Or puisque Mme Marois avait désigné un de ses ministres pour s’occuper du dossier, le PLQ était pour la première fois complètement dédouané d’invoquer ce précédent. D’autant qu’il vient de recevoir dans l’urne des majorités anglophones à l’albanaise.

Ce n’est pas que symbolique. Il y a des tas de petits dossiers qu’un porteur de ballon, son personnel, un fonctionnaire désigné, peuvent déboguer sans effort pour peu qu’ils en aient la responsabilité. Cela est arrivé à quelques reprises avec mon personnel. Le refus du PLQ de donner suite à cette demande de bon sens dépasse l’entendement.

Des médecins au chevet du malade québécois

Finalement, il faut attirer l’attention sur la surreprésentation des médecins dans l’appareil gouvernemental. Évidemment c’est le cas du Premier ministre — qui n’a d’expérience ministérielle qu’à la Santé — du ministre de l’éducation, Yves Bolduc — qui n’a d’expérience ministérielle qu’à la Santé et qui sera chargé aussi des Facultés de médecine des Universités  — du ministre de la Santé, Gaétan Barrette — qui n’a d’expérience qu’en santé.

http://www.inesss.qc.ca/fileadmin/doc/Photos_employ%C3%A9s/IglesiasJuanRoberto.jpg

Le plus puissant fonctionnaire du Québec: le médecin Juan Roberto Iglesias

Mais il faut ajouter aussi un des hommes les plus puissants du Québec: Juan Roberto Iglesias. Il est devenu Secrétaire général du gouvernement, donc le premier fonctionnaire de l’État et chargé de faire, chaque jour, des dizaines d’arbitrages entre les missions de l’État. Ce poste est généralement pourvu par quelqu’un qui a œuvré comme fonctionnaire au sein de plusieurs ministères. Et comme chacun prétend que son besoin est une urgence nationale, il peut user de son expérience pour relativiser. (C’était d’ailleurs la force de Pauline Marois.) Or M. Iglesias n’a d’expérience qu’au ministère de la Santé.

Ce surcumul de médecins (pas d’infirmières ou de pharmaciens, mais de médecins) permettra certes aux dossiers Santé d’être vite et bien compris dans les hautes sphères du pouvoir. Mais les autres ?

Un détail

L’embêtant avec le protocole, c’est qu’on préférerait ne pas s’en occuper mais, comme il organise les événements et que chaque geste a un sens, il faut, en haut lieu, décider ou approuver chaque détail.

C’est donc en connaissance de cause que le nouveau gouvernement libéral a permis à ce qui constitue un reliquat impérial britannique, soit le lieutenant-gouverneur, personnage éminent mais désigné unilatéralement par Stephen Harper, de présider la cérémonie de désignation des ministres. Il n’y avait aucune obligation de le faire. C’est une décision.

Plus et pire: Philippe Couillard a ensuite permis (voulu?) que l’appel des ministres soit fait par l’aide de camp militaire du lieutenant-gouverneur. Il a ainsi mis sous le parapluie symbolique de l’armée canadienne l’appel des élus de la démocratie québécoise.

Eh ben…

Mes excuses au PLQ

plq_logoAprès avoir lu la lettre d’excuses publiée par la ministre de la Culture Christine Saint-Pierre dans Le Devoir de ce jeudi, j’ai été pris d’un pressant besoin de prendre exemple sur cette expression de contrition et de présenter moi-aussi, dans le même esprit et dans presque exactement les mêmes termes, mes plus plates excuses pour avoir récemment dit, si je me souviens bien: « le sigle du PLQ, nous on sait ce que ça veut dire, ça veut dire la corruption et l’incompétence ».

Voulant rester proche du canevas offert par la ministre, mes changements seront simplement insérés dans son texte:

Une distinction qui s’impose

Je désire faire le point sur le débat qu’ont suscité mes propos et ainsi mettre au clair les arguments avancés. Déjà bien amorcée, la récupération de ma déclaration a fait son chemin. Voici donc ce que j’entendais dire sur le sujet de la violence corruption et sur celui du carré rouge sigle du PLQ.

Avant toute chose, je veux réitérer mes excuses à tous ceux que mes paroles ont pu blesser. Il n’était aucunement dans mes intentions de mettre en doute l’honnêteté de l’engagement et la non-violence probité des artistes Libéraux.

La signification première du carré rouge sigle du PLQ a été perdue ou diluée depuis le début du boycottage gouvernement Charest. Synonyme du refus de la hausse des droits de scolarité au tout début, le symbole du carré rouge n’appartient plus seulement à la cause étudiante. Synonyme de réingénierie de l’Etat et de baisse des impôts au tout début, le sigle du PLQ n’appartient plus seulement aux bons militants libéraux.

Les «casseurs», ceux qui ont causé la violence, ont porté le carré rouge et se sont identifiés à la cause des étudiants. Les « corrupteurs », ceux qui ont provoqué la démission de deux ministres et ont contribué à la caisse libérale se sont identifiés au PLQ.

Ils ont ainsi récupéré le carré rouge et l’ont associé aux actes de violence qu’ils ont commis. Ils ont ainsi récupéré le sigle libéral et l’ont associé aux actes de corruption qu’ils ont commis. L’association malheureuse entre la violence et le carré rouge s’est ainsi faite malgré tous ceux qui appuient « la cause » des étudiants et qui ne sont porteurs d’aucun message violent. . L’association malheureuse entre la corruption et le sigle du PLQ s’est ainsi faite malgré tous ceux qui appuient « la cause » libérale et qui ne sont porteurs d’aucune volonté de corruption.

Il est tout aussi absurde de faire une association entre Fred Pellerin et le mot «violence». Il est tout aussi absurde de faire une association entre Jean Lesage ou Claude Ryan et le mot « corruption ». J’ai trop de respect pour le travail des artistes, pour celui de monsieur Pellerin en particulier, pour même songer à une telle chose. Depuis cinq ans, je travaille avec toute mon énergie et tout mon coeur à faire avancer la cause de la culture au Québec aussi bien qu’à l’étranger et je désire assurer les Québécois que je vais continuer à défendre les intérêts de nos artistes. J’ai trop de respect pour le travail des Libéraux de la révolution tranquille, pour ceux de Lesage et Ryan en particulier, pour même songer à une telle chose.

Il est primordial, nous en sommes conscients, de faire la distinction entre les partisans de la cause des étudiants Libéraux et les actes de violence corruption mais il est aussi impératif de dénoncer ces mêmes actes de violence corruption haut et fort. La violence et l’intimidation corruption et la collusion que nous dénonçons, ce sont autant les chaînes d’étudiants qui veulent empêcher d’autres étudiants d’entrer en classe pour suivre leurs cours les chaînes de chèques de promoteurs de garderies versés pour obtenir des places et empêcher les autres d’en avoir que les menaces reçues par ceux qui « osent » défendre un autre point de vue que celui des étudiants l’organisation d’évènements de financement par des firmes de génie conseil qui font débloquer des subventions contre l’avis des fonctionnaires.

Le Québec n’est pas une société violente corrompue, c’est pourquoi il est toujours surprenant d’entendre ou de lire les propos menaçants ou carrément violents de certains qui refusent pendant deux ans de déclencher une commission d’enquête. Je réitère donc ma demande aux citoyens et citoyennes du Québec de condamner la violence corruption, peu importe la forme qu’elle prend.

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Ouf, cela fait du bien de s’excuser comme ça. Je suis certain que les libéraux qui se sont sentis offensés ou blessés par mes propos antérieurs sont maintenant complètement satisfaits de ma mise au point et ne sentiront nullement que j’associe la corruption à leur sigle.

Carré rouge et ministre de l’Inculture

image3C’est certain, on ne s’attend pas à beaucoup de hauteur de la part des membres du gouvernement Charest, surtout par les temps qui courent.

Mais on ne peut simplement pas passer sous silence la diatribe de la ministre de la Culture — de la Culture ! — contre un des plus remarquables talents que le Québec contemporain ait produits : Fred Pellerin.

En plus d’être conteur, poète et auteur de chansons, Pellerin a su mettre en images son imaginaire et exporter dans le reste de la Francophonie l’extrême singularité québécoise qu’il incarne. Il est, de plus, progressiste, écologiste et indépendantiste et a associé son nom et son renom à bon nombre de causes qui ont pour dénominateur commun d’être en porte-à-faux avec le gouvernement Charest.

C’est pourquoi il a indiqué, sans la moindre agressivité, qu’il préférait ne pas recevoir l’Ordre du Québec dans le climat actuel :

« J’ai été touché. Et on est dans le peu-dire. J’ai été viré à l’envers de fierté. […] J’en suis flatté, dans le sens du poil debout sur les bras. […] On allait me piquer à la veste un bout de brillance au nom du peuple québécois. Mon peuple. Mais il se trouve que ce peuple, à qui on me demande de faire honneur en tant que membre de l’Ordre, se trouve présentement plongé dans une crise sociale d’ampleur. Je m’en voudrais de célébrer et de trinquer à l’honneur de ce peuple dans le contexte actuel, où même notre démocratie se fait secouer par la base. »

Lorsqu’on reçoit cette lettre de quelqu’un qu’on veut honorer, on s’incline en silence, surtout si on a un peu de culture et de savoir-vivre. Mais voici la pique que Christine St-Pierre a servie au poète :

« Il a le droit de porter le carré rouge, on est dans la liberté d’expression, mais nous on sait ce que ça veut dire, le carré rouge, ça veut dire l’intimidation, la violence, ça veut dire aussi le fait qu’on empêche des gens d’aller étudier. Pour nous, c’est ce que ça veut dire et pour une grande, grande, grande partie des Québécois, c’est ce que ça veut dire. »

On aurait entendu le ministre de l’Agriculture ou de la Sécurité publique proférer de telles âneries, on aurait haussé les épaules. Mais que l’ancienne journaliste Saint-Pierre, qui a pour mandat d’accompagner les artisans québécois de la culture, donc de comprendre leur sensibilité — sans avoir à la partager —, donne une lecture aussi tronquée, limitée et pour tout dire bornée de la signification que revêt pour des centaines d’artistes et des centaines de milliers de Québécois ce carré rouge dépasse l’entendement.

Qu’elle ose mettre dans le même sac la gentille sensibilité de Fred Pellerin avec les mots « violence » et « intimidation » est une insulte à l’homme, à l’intelligence et à la fonction même de ministre de la Culture.

Au mot « inculture », le Larousse nous dit : Manque de culture intellectuelle.

Il serait donc opportun qu’un député propose ces jours prochains une motion de changement d’intitulé pour le ministère de Mme Saint-Pierre.