
Sur la laïcité, Valérie Plante et Denis Coderre sont sur la même longueur d’onde. Mais qu’en pensent vraiment leurs électeurs ?
La mairesse de Montréal a pesé de tout son poids, hier, contre le projet de loi sur la laïcité déposé par le gouvernement québécois. L’opposition officielle à l’hôtel de ville réclame que Montréal soit exempté de son application, rien de moins !
Disons d’abord que les opinions de ces élus sont légitimes et qu’ils pourront l’exprimer dans la consultation qui précédera l’adoption de la loi par l’Assemblée nationale. Mme Plante s’insère parfaitement dans les traces de son prédécesseur Denis Coderre qui s’opposait, en principe, à ce genre de mesures mais qui avait poussé le bouchon un peu plus loin en laissant entendre qu’il n’appliquerait pas ses dispositions dans sa ville. J’étais à l’époque ministre responsable de la Métropole et je l’avais semoncé à ce sujet (Il avait même récidivé lors de la loi libérale sur l’interdiction du voile intégral, beaucoup plus timide – voir plus bas).
Valérie Plante n’a pas, pour l’instant, franchi ce pas, contrairement à la Commission scolaire du Montréal anglophone qui a clairement affiché sa volonté de ne pas appliquer la loi.
Avant d’aller plus loin, une question de base se pose. Mme Plante et les conseillers municipaux de Montréal ont le droit d’avoir des avis sur la question, mais sont-ils représentatifs de leurs électeurs ? Pour qui parlent-ils ?
Il serait utile d’avoir un sondage effectué dans les limites de la ville de Montréal pour en avoir le cœur net. Nous détenons cependant une intéressante approximation: le sondage effectué par la maison CROP en novembre dernier, donc il y a à peine quatre mois, avec un échantillon représentatif couvrant la Région Métropolitaine de Montréal.
Que découvre-t-on ?
La mairesse Plante se plaint que la loi s’applique aux policiers (et policières) de Montréal, qui sont pourtant sous son autorité. Or qu’ont répondu les Montréalais ?
Interdiction des signes religieux chez les policiers:
65% POUR, 29% CONTRE
Pour ce qui est de l’interdiction chez les enseignants, la marge est aussi forte:
58% POUR, 35% CONTRE
En fait, force est de constater que le projet de la CAQ (et, dois-je ajouter, la position du PQ que j’ai défendue et défends toujours) est MOINS SÉVÈRE que l’opinion exprimée par les Montréalais.
Le projet de loi prévoit une clause grand-père protégeant les droits acquis des policiers, enseignants et juges. Or..
56% des Montréalais sont CONTRE cette clause.
En fait, 48% (contre 44%) préféreraient que les récalcitrants soient CONGÉDIÉS !
L’excellente décision des parlementaires québécois de déplacer le crucifix hors de l’enceinte du pouvoir, le Salon bleu, n’est pas appuyée par les Montréalais:
54% auraient préféré MAINTENIR LE CRUCIFIX au Salon Bleu, contre 30% favorables à son retrait.
La conclusion coule de source. Dans ce débat, le PQ et la CAQ cherchent un point d’équilibre entre la volonté populaire favorable à la laïcité et ceux qui y sont opposés. Le PQ et la CAQ ont mis de l’eau dans leur vin, pour maximiser les chances de succès de la réforme.
Pour l’instant, on ne peut en dire autant de la mairesse. Dans le doute, peut-être devrait-elle écouter ses citoyens.

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18 septembre 2017
Lettre ouverte à M. Denis Coderre: Montréal fait partie du Québec
Monsieur le maire, cher Denis,
Vous me savez partisan d’une réelle décentralisation des pouvoirs et d’un statut pour la métropole. Je m’y étais engagé lorsque j’étais ministre de la métropole et l’ai appuyé comme chef du Parti Québécois. J’estime d’ailleurs que la loi votée par le gouvernement libéral est encore trop timide. En habitation, par exemple, j’aurais aimé donner davantage de latitude à Montréal pour mieux répondre aux besoins criants de logements sociaux et abordables.
Je dois cependant exprimer mon désaccord total avec votre tentative d’utiliser le statut de la métropole pour vous soustraire aux lois de l’Assemblée nationale portant sur la laïcité et le vivre-ensemble.
Monsieur le maire, Montréal fait partie du Québec. Les Montréalais sont membres de la nation québécoise.
Dans votre prétention d’exclure Montréal des décisions de l’Assemblée nationale, vous semblez oublier un élément essentiel. Les Montréalais sont représentés à l’Assemblée nationale par des députés de plusieurs partis. J’en suis. Les questions d’immigration et de laïcité font partie des enjeux qui déterminent le vote des électeurs montréalais au moment de leur choix de députés.
Vous indiquez avec raison que les décisions que nous pourrions prendre sur le port de la burqa ou du niqab, par exemple, aura davantage d’impact à Montréal qu’en régions. Vos collègues maires des régions pourraient utiliser votre argument et se déclarer maîtres des décisions touchant la forêt, les mines, les pêches. Ils ne le font pas.
Vos déclarations de cette semaine font craindre une dérive malsaine. Souhaiterez-vous demain soustraire Montréal de certaines dispositions actuelles ou futures de la loi 101 ? Du Code du travail ? Du Code criminel ?
Le maire et les élus de Montréal sont des personnes importantes qui doivent bien sûr être consultées sur un ensemble de sujets qui peuvent avoir un impact sur la vie dans la cité (…). Mais les décisions concernant l’avenir de la nation sont prises à l’Assemblée nationale. Montréal a droit au respect. L’Assemblée nationale aussi.
Bien cordialement,
Le député de Rosemont,
Jean-François Lisée
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