La faute de français de Philippe Couillard

Vous l’avez vu, non ?, l’extraordinaire message Facebook envoyé par la ministre libérale Francine Charbonneau à sa collègue démissionnaire Marguerite Blais. Sinon, le voici:

Source: Journal de Montréal

Source: Journal de Montréal

On ne sait s’il faut rire ou pleurer. Je choisis les deux. À cette lecture, j’ai craint pour l’avenir politique de la ministre, d’autant qu’elle est récidiviste (elle avait re-Twitté en mars une image intitulée ’’Martine étudit sans faire chier le Québec’’). Mais je me suis souvenu de l’intransigeance de Philippe Couillard sur la qualité du français.

Ce printemps à l’assemblée nationale, il avait à mot couvert accusé Stéphane Bédard de s’exprimer dans un français imparfait:

Dans la même période, il s’est lui-même lui-même pris en flagrant délit de commettre une faute:

Être à cheval sur la qualité du français est d’autant plus important pour Phillippe Couillard, car il s’interdit par ailleurs de faire avancer le français dans les moyennes entreprises ou dans les 10% des entreprises québécoises non couvertes par la loi 101 car soumises à la législation fédérale :

Bref, je m’attendais à ce que notre chantre de la rectitude linguistique tombe comme une tonne de brique sur sa ministre. Or voici ce qu’il a dit:

«Il ne faut pas être condescendant ou paternaliste. On n’a pas tous eu les mêmes occasions de se perfectionner et d’avoir une orthographe idéale.»

Wow ! Quelle mansuétude !

Et il faut savoir que le premier ministre défend ainsi une ministre de la famille qui a créé un incroyable précédent en février dernier: toutes les associations de garderies, CPE et privées, ont réclamé sa tête.

Il vaut la peine de relire la dépêche de Radio-Canada:

Le milieu des garderies fait front commun pour exiger la tête de la ministre de la Famille, Francine Charbonneau, jugée inapte à occuper ses fonctions.

Dans un geste rare, l’Association des CPE et l’Association des garderies privées ont mis de côté leurs rivalités, mercredi, pour demander instamment au premier ministre Philippe Couillard de remplacer Mme Charbonneau, une ministre qui a perdu la confiance du milieu.

En conférence de presse, les porte-parole des regroupements de garderies ont émis un jugement très dur sur la ministre. On lui reproche de ne pas connaître ses dossiers, de ne jamais les avoir consultés, en somme de ne pas être à la hauteur de la situation.

Surtout, on l’accuse de ne jamais avoir défendu les intérêts du réseau et des familles auprès du gouvernement, notamment en ce qui a trait à la modulation annoncée des frais de garde en fonction du revenu des parents, une mesure fort contestée.

Le désaveu semble total et définitif.

La question a rebondi en chambre, où le député du Parti québécois Stéphane Bédard a interpellé le gouvernement à ce sujet. « Les gens du milieu n’ont plus confiance en leur ministre [de la Famille], a martelé M. Bédard. Elle ne rappelle même plus ceux qui lui téléphonent. Elle dit qu’elle va les rencontrer, mais elle ne leur parle même plus, M. le président. Les ponts sont coupés avec elle et son ministère. »

Même l’ex-ministre de la famille, condamné depuis pour fraude, Tony Tomassi n’avait pas réussi à se faire détester autant par le milieu des garderies.

Facteur aggravant: Mme Charbonneau est aussi ministre responsable des aînés. Cependant elle ne répond presque jamais, en chambre, aux questions portant sur les aînés. C’est Gaétan Barrette ou un autre ministre qui prend le relais, comme si les collègues de la ministre savaient qu’il ne faut pas lui laisser la parole.

Or il y avait, dans la députation libérale, un ex-ministre des aînés, compétente et disponible et — qui plus est — maîtrisant le français: Marguerite Blais.

En excusant sa ministre qui fait pourtant des fautes à la vitesse d’une mitraillette, Philippe Couillard indique à Marguerite et au Québec entier qu’il est plus important pour lui de maintenir en poste une ministre incompétente que de défendre correctement les enfants en garderie, les aînés et la qualité du français.

Et ça, c’est une faute.