Je suis renversé par la hargne que suscite la jeune Greta Thunberg chez un nombre impressionnant de commentateurs. Je ne parle pas que de Maxime Bernier, mais du philosophe Michel Onfray qui dénonce sa « parole belliqueuse », de l’écrivain Pascal Brukner, qui parle de « dangereuse propagande de l’infantilisme climatique », du philosophe Luc Ferry et de beaucoup d’autres. Ils l’accusent d’exagérer, d’annoncer d’apocalypse, de susciter de l’anxiété chez nos enfants.
Une phrase, surtout, provoque l’ire de ses détracteurs. Cette phrase qu’elle a prononcée devant les financiers et ministres réunis à Davos:
« Je ne veux pas de votre espoir. Je ne veux pas que vous soyez plein d’espoir. Je veux que vous paniquiez. »
Alors, répond-on, c’est insensé. Une enfant propose la panique comme mode d’action. C’est fou ! Et à travers elle, c’est le sentiment d’urgence face à la crise climatique qui est mise en cause. Oui, on veut bien quelques mesures « raisonnables » pour endiguer le danger, mais surtout, pas de précipitation. Pas de gestes brusques. Pas de panique.
Thunberg n’aurait pas écrit elle-même son (ses) discours ? Pas plus que tous les ministres et chefs d’entreprise qui ont parlé avant et après elle. L’important est qu’elle y croie. Et pourquoi y croit-elle ? Car elle ne dit absolument rien d’autre que ce qu’affirment le millier de scientifiques ayant écrit les rapports du GIEC. (Et qui, selon une nouvelle étude qui vient d’être publiée, sont en deçà de la réalité).
Elle est autiste. Ses détracteurs sont aveugles.
Des étés à 50 degrés, c’est demain
En 2003, une vague de chaleur avec des températures maximales de 41 degrés avait frappé l’Europe. En 2019, la vague de chaleur atteignait des pointes inédites de 50 degrés. La fréquence, la durée et l’intensité de ces canicules sont plus grandes et beaucoup plus rapides que ce que les modèles météorologiques avaient prévu. Le corps humain flanche lorsque la température est à 50 degrés. On prévoit que plusieurs villes de l’Inde vont tester cette limite dès l’an prochain.
Les glaces de l’arctique fondent plus rapidement que prévu. Pour la première fois de l’histoire, le 4 juillet dernier, Anchorage en Alaska enregistrait une température de 32 degrés celcius (90 Fahrenheit) , du jamais vu.
Donc, la maison est en feu, maintenant, immédiatement. Cela va empirer, d’année en année. Les scientifiques cités par Greta Thunberg n’ont aucun doute.
Et il faudrait rester sage. Si un incendie se déclare dans le théâtre où vous êtes assis, allez vous suivre les conseils d’un commentateur raisonnable proposant d’améliorer le système de gicleurs, ou allez vous suivre Greta qui, en panique, se rue vers la sortie ? Moi je suis avec Greta.
À Davos et ailleurs, la jeune Thunberg constate que les mesures envisagées par les gouvernements du monde entier ne sont pas à la hauteur de la tâche d’éviter une augmentation critique de la température de la planète d’ici 2030. Voilà pourquoi elle ne veut plus entendre parler d’espoir, mais réclame des gestes forts, motivés par la une judicieuse panique.
Pas risible Greta, tragique
Je ne la trouve pas risible, moi, Greta. Je la trouve tragique. Lorsqu’on écrira dans 50 ans la chronique du désastre climatique terrien, il y aura un chapitre sur cette figure emblématique qui — après des centaines d’autres — mais avec le cran de la jeunesse, a voulu sonné l’alarme. Sans succès.
Car c’est déjà trop tard. Aucun scénario réaliste ne permet de croire que nous allons garder notre boule en deçà du seuil de réchauffement. Aucun. Nous allons passer ce cap allègrement, les seules incertitudes étant de combien de degrés, à quelle vitesse et avec quelles conséquences.
Que dit exactement, le GIEC ? Que pour éviter les conséquences désastreuses de la chaleur et des inondations sur des centaines de millions de personnes, il faudrait faire en sorte de n’augmenter que d’un demi degré la température moyenne de la planète d’ici 2030. Donc, d’ici onze ans. Ensuite, la situation se détériorera encore plus vite.
Pour atteindre cet objectif, il faudrait réduire de 45% nos émissions de GES d’ici 10 ans.
Oui, il y a un million d’initiatives petites et grandes prises partout sur la planète. Oui, des pays scandinaves seront bientôt carbo-neutres. Oui, on vendra bientôt des SUV électriques abordables. Mais ça ne peut en rien renverser la tendance lourde.
Chez nous, les Canadiens ont le choix entre Justin Trudeau et Andrew Scheer pour les diriger. Beaucoup de choses les divise mais ils sont d’accord sur un point crucial: la production de pétrole des sables bitumineux, un des plus polluants au monde, doit augmenter au cours des prochaines années. Cette idée est contraire au bien-être de la planète. Le reste de leurs engagements environnementaux ne font pas le poids, sont engloutis, dans cette mer montante de barils de pétrole.
Aux États-Unis, plus grand pollueur mondial par personne, dans la meilleure des hypothèses, les démocrates prendront l’an prochain la Maison-Blanche et les Sénat. Même s’ils arrivent à faire adhérer le pays à l’accord de Paris, il n’y a aucun scénario plausible de réduction de 45% des émissions de GES d’ici 2030.
Le meilleur élève du groupe est la Chine, désormais premier producteur mondial de voitures électriques et de panneaux solaires. Mais son engagement vert est totalement compensé par l’augmentation du niveau de vie des Chinois, dont la classe moyenne est désormais plus nombreuse que l’Européenne. Témoin de ce succès économique mais de ce désastre climatique, le chinois moyen produit depuis peu autant de tonnes de GES par année que le britannique moyen.
Et quand bien même, par on ne sait trop quelle magie, le Québec devenait lui-même carbo-neutre en onze ans, son poids relatif dans le climat mondial est insignifiant.
Évidemment, l’inaction n’est pas une option. Une fois qu’on a constaté que la terre allait se réchauffer dangereusement, rapidement et irrévocablement, nous n’avons qu’une chose à faire: limiter les dégâts.
Reprenons plus longuement le texte de Greta Thunberg à Davos:
« Que faire quand il n’y a pas de volonté politique ? Que faire quand les politiques nécessaires ne sont mises en œuvre nulle part ?
Les adultes répètent sans cesse qu’ils ont une dette envers les jeunes, qu’il faut leur donner de l’espoir. Mais je ne veux pas de votre espoir. Je ne veux pas que vous soyez plein d’espoir. Je veux que vous paniquiez. Je veux que vous ressentiez la peur que je ressens tous les jours. Et je veux que vous agissiez. Je veux que vous agissiez comme vous le feriez en cas de crise. je veux que vous agissiez comme si la maison était en feu. Car c’est le cas. »
Elle a raison. Agir comme on le ferait en état de crise. Nous n’éviterons pas le réchauffement de la terre et les catastrophes qui viennent avec. Nous n’avons le choix qu’entre un peu, beaucoup ou énormément de dégâts. Et nous sommes en état de crise. Un peu de panique nous ferait du bien.
Ma dernière balado vous attend. En voici la bande annonce:
