L’exécrable et excellent calcul non-écologique de François Legault

environnement, CAQ, François LegaultVous souvenez-vous des grandes manifs de 2012 ? Pas seulement celles, quotidiennes, du printemps érable, mais également de celle pour l’environnement, regroupant 300 000 personnes ? Alors, un record.

Le Québec était en mouvement. Quelque chose allait changer. Le statu quo était derrière nous. La vague était irrésistible.

Pourtant, au jour du vote, le 4 septembre, 58% des Québécois sont allés appuyer des partis, le PLQ et la CAQ complètement opposés au sens du printemps érable. C’est à grand peine que le PQ s’est faufilé au pouvoir, minoritaire, avec 32 % des voix.

Il y avait donc, là, une fracture majeure entre le pays activiste, progressiste, écologiste, visible et bruyant qui avait dominé le débat un an durant, et le pays majoritaire, conservateur, consommateur, quasi-invisible, qui allait s’exprimer aux urnes et prendre la vraie décision.


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François Legault était, à ce moment comme aujourd’hui, avec le pays majoritaire. Il n’existe aucun cas de figure le conduisant, à l’horizon de l’élection de 2022, à converger avec les 500 000 personnes qui ont foulé les rues de Montréal l’autre vendredi, faisant de la métropole québécoise la championne mondiale de la manif écologiste.

Pour trois raisons.

  1. L’univers mental de François Legault

Venu du monde des affaires, Legault a une obsession : l’augmentation du revenu net des Québécois et de la richesse globale du Québec. C’est l’objectif qu’il s’est fixé. Sa raison d’être en politique.

Nous avons eu bon démontrer, l’économiste Pierre Fortin et moi, que les bienfaits redistributeur du modèle québécois faisait en sorte que 99% des québécois ont un niveau de vie réel supérieur à 99% des Ontariens et à 99% des Américains, Legault n’a que faire de ces démonstrations de la vie réelle de ses concitoyens. Il s’accroche aux chiffriers bruts, non ajustés, de ceux qui se préoccupent davantage de la grosseur du Produit Intérieur Brut que de la qualité de vie des citoyens.

Il souhaite donc pouvoir démontrer en 2022 qu’il a significativement augmenté le revenu brut moyen des Québécois. Ce qui passe par une augmentation de la productivité (toujours bon à prendre, même pour des raisons écologiques) mais aussi des investissements, publics et privés, locaux et étrangers.

Il arrive qu’un grand investissement, générateur d’enrichissement, soit carbo-neutre. Mais c’est rare. Il arrive régulièrement qu’un grand investissement soit un générateur massif de carbone. C’est le cas de deux investissements appuyés par la CAQ: l’usine d’Urée à Bécancour (autant de tonnes de gaz à effet de serre que 180 000 automobiles supplémentaires sur les routes au Québec – le projet vient d’être abandonné pour des raisons de rentabilité) et le projet Énergie Saguenay qui importera du gaz naturel des sables bitumineux albertains pour le liquéfier dans une usine au port de Saguenay puis l’exporter (2 millions de voiture de plus par an à cause de la pollution au point d’origine).

Lorsque l’économie est au ralenti, que le chômage est élevé et le nombre d’assistés-sociaux important, on comprend que des gouvernements priorisent l’emploi, non l’environnement. Mais le Québec est en ce moment dans la situation enviable où l’économie va bien, le chômage et l’assistance-sociale affichent des niveaux plus bas que tous les records précédents.

S’il y avait un moment dans notre histoire où le Québec pourrait, sans douleur pour son économie, dire non à des projets pollueurs, ce serait maintenant. Mais n’y comptez pas.

Le cerveau de François Legault est entièrement tourné vers la croissance et l’enrichissement, non vers l’atteinte de cibles de réduction des GES.

2. Les hommes forts de François Legault

Le premier ministre ne rame pas à contre-courant dans un gouvernement dont il a lui-même choisi les équilibres. Les trois hommes forts sont de la même eau que lui: Éric Girard, ministre des Finances, était candidat de Stephen Harper. Christian Dubé (Trésor) et Pierre Fitzgibbon (Économie) ne carburent qu’à la croissance. Avec eux, les investissements primeront toujours sur l’environnement.

Leur argument est toujours le même: nos entreprises ne peuvent tirer leur épingle du jeu de la concurrence si elles sont assujettis à des règles plus strictes et plus coûteuses que celles des États-Unis.

Voilà pourquoi dans la même semaine, les députés de la CAQ ont voté une motion non contraignante sur « l’urgence climatique » et annoncé que les plus grands pollueurs au Québec n’auront pas à faire d’efforts supplémentaire de réduction des GES.

Même sur une question mineure comme la consigne du verre, et même si les délégués de la CAQ ont voté en mai dernier pour « une consigne sur les bouteilles d’eau », Denis Lessard de La Presse nous a appris que  les efforts du ministre de l’environnement Benoit Charette sont contrecarrées par le quatuor croissance-d’abord dirigé par le Premier ministre

3. L’opinion publique

Au fond, le meilleur allié du climato-attentiste Legault se retrouve dans l’électorat. En 2018, il fut élu alors qu’il était le seul parti à n’avoir pas pris d’engagement sérieux pour l’environnement. Comme je l’expliquait dans mon ouvrage « Qui veut la peau du Parti Québécois ? », le Québécois moyen, même le Québécois moyen agé de 18 à 24 ans, ne considérait pas l’environnement comme LA priorité.

Un an plus tard, alors que tous les signaux climatiques sont au rouge foncé, seulement un Québécois sur cinq estiment que le climat est le premier enjeu. Certes, leur nombre augmente d’année en année. Certes, l’enjeu est maintenant identifié comme principal par 34% des moins de 35 ans, un progrès. Mais Legault tire sa force d’inertie du chiffre inverse: même en 2019, les deux tiers de moins de 35 ans préfèrent encore qu’il s’occupe de leur revenu que de leur environnement.

Il n’y a aucun doute que, d’année en année, au Québec un peu plus qu’ailleurs en Amérique du Nord, la soupe verte va se réchauffer. Mais elle est encore très, très loin du point d’ébullition qui mettrait en péril la politique a-écologique choisie par le gouvernement de la CAQ.

En fait, l’événement Caquiste récent le plus important est le refus de Legault d’entériner une motion péquiste disant ceci:

« Que l’Assemblée nationale s’oppose à tout projet qui permettrait au gouvernement fédéral d’imposer la construction d’un oléoduc sur le territoire québécois, sans son consentement. »

Les mots clés sont « sans son consentement ». Elle aurait du passer comme du beurre écologique dans la poêle.  Mais elle aurait constitué un affront direct au programme d’Andrew Scheer et aux conservateurs. Or François Legault espère très fort l’élection d’un gouvernement conservateur pour toutes sortes de raisons pratiques (dont le troisième lien). Il faut y voir aussi une convergence idéologique, y compris sur les questions environnementales.

4. Les limites du climato-cosmétisme

Legault et ses proches ont cependant décidé de prendre tous les moyens à leur disposition pour donner l’impression que l’environnement est un sujet qui les préoccupent.

La tenue d’un colloque en mai était la première salve. Le vendredi de la grande marche. le premier ministre a publié une lettre destinée aux jeunes, dans laquelle il a repris ses grands arguments, centrés sur l’électrification des transports et l’exportation d’électricité. Il y ajoute son son engagement à ce que le Québec atteigne, en 2030, les objectifs de réduction des GES des accords de Paris.

Ceux qui connaissent ces sujets comprennent que… Legault ne comprend pas. Ou fait semblant de ne pas comprendre.

« L’objectif, ce n’est pas d’électrifier, c’est de réduire les émissions de GES, » dit par exemple Pierre-Olivier Pineau des HEC. En suivant les pistes martelées par Legault, « électrifier, ça va coûter très cher. Sans faire de l’efficacité énergétique et rationaliser notre consommation, ça va être juste trop lent. Donc d’ici 2030, c’est impossible qu’on le fasse, » dit-il.

Évidemment, le grand écart entre développement économique à tout prix voulu par la CAQ et le cosmétisme écologique provoque parfois des déchirures de pantalons. Comme lorsque Legault veut qu’on calcule la réduction des GES qu’induiront, aux USA, nos exportations d’hydro-électricité, mais pas qu’on calcule l’augmentation des GES que provoqueront, en Alberta, le projet québécois Énergie Saguenay.

Il devient risible lorsqu’il affirme que le troisième lien est un projet écologique.

La CAQ promet pour février prochain son plan détaillé d’atteinte des objectifs. Ma prédiction: malgré ses bonnes intentions, le ministre Benoît Charrette n’arrivera pas à convaincre les patrons du conseil des ministres de poser des gestes forts qui réduiront significativement nos GES. Ou peut-être affirmera-t-il que ces gestes seront posés entre 2026 et 2030. Donc après deux mandats complets de la CAQ.

On peut penser que Legault et compagnie prendront leur retraite politique à ce moment et pourront dire: après nous, le déluge !

La stratégie pseudo-écologique de François Legault est donc exécrable. L’obsession du premier ministre pour la croissance à tout prix fera en sorte que le Québec ne figurera pas parmi les nations qui font pleinement leur part dans la crise climatique. Mais sa stratégie est malheureusement politiquement excellente, car elle place la CAQ à  l’exact épicentre de l’opinion publique majoritaire québécoise. Du moins pour l’instant.

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Le futur chemin de croix vert de la CAQ (texte)

Dominic Champagne, CAQ, environnementC’était de la belle ouvrage. Le conseil général du virage vert tenu en mai par la CAQ a atteint tous ses objectifs. Il est vrai que les attentes étaient faibles, le parti n’ayant jamais démontré d’intérêt pour l’environnement.

Le premier ministre Legault  a promis qu’il réaliserait essentiellement ce que le Parti libéral avait annoncé avant lui.


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En électrification, qui était le clou de son son spectacle, son plan est en fait moins ambitieux que la politique présentée par la première ministre Pauline Marois il y a maintenant… six ans !

Mais, mais, parce que les attentes étaient faibles, et beaucoup parce que les écologistes Dominic Champagne et Karel Mayrand se sont dit satisfaits, en fait, enthousiastes, le premier ministre est sorti de cette opération avec un halo vert qu’on ne lui avait jamais connu.

[Mise à jour en septembre 2019: Dominic Champagne est désormais tellement déçu de la CAQ, dont il avait pourtant pris une carte de membre, qu’il la traite désormais de « climato-sceptique ». C’est une exagération. La CAQ et Legault ne sont pas climato-sceptiques, ils sont climato-cosmétique. C’est-à-dire qu’ils veulent paraître verts, en en faisant le moins possible. Ça ne marchera pas.]

Une comptabilité verte créatrive

C’était de la belle ouvrage car, en douce, François Legault a ouvert la porte à ce que Québec n’atteigne pas les cibles de réduction des Gaz à effet de serre de l’accord de Paris. Il avait déjà annoncé, il y a quelques mois, que ces cibles étaient inatteignables pour 2020,  compte-tenu du peu de progrès réalisées jusqu’ici. C’était vrai.

Ce qui est nouveau est qu’il prépare maintenant le terrain pour justifier que le Québec n’atteigne pas, ou du moins pas de la façon dont on l’envisage jusqu’ici, les cibles fixées pour 2030.  En déclarant avec force qu’il n’y aurait ni taxe supplémentaire sur l’essence, ni péage supplémentaire, ni bonus-malus sur les modèles de voiture,  donc aucune mesure ayant un impact suffisant pour changer vraiment les habitudes de consommation d’ici 11 ans, l’atteinte des cibles relève, non du pragmatisme, comme il le dit, mais de la pensée magique.

Le tour de passe passe est le suivant: François Legault introduit une autre base de calcul. En ce moment, sur tout le territoire de l’Amérique du nord, le Québec est l’endroit où on émet le moins de gaz à effet de serre. C’est vrai. Et c’est vrai depuis longtemps, pour la simple raison qu’on a ici de l’hydroélectricité comme source principale d’énergie, plutôt que du charbon, du pétrole, du gaz ou du nucléaire.

À partir de ce principe, on aurait pu justifier de ne rien faire en matière de réduction des GES depuis des décennies au Québec, ou simplement se donner l’objectif de rester, parmi les 60 provinces et États, celui qui émet le moins de GES par personne, ce qui est relativement facile. D’ailleurs, dans son discours au Conseil général, François Legault a pris cet engagement. « Nous resterons les premiers ». On peut le faire les mains dans les poches.

Legault a réemballé son projet d’exportation d’électricité avec du papier cadeau de couleur vert foncé. Je le cite :

 « On va se dire une chose : la plus grande contribution que pourrait faire le Québec pour sauver la planète, ça serait d’aider nos voisins à remplacer des centrales au charbon, des centrales au gaz, par de l’hydro-électricité propre. Il n’y a aucun [autre] moyen qui pourrait contribuer autant et aussi vite à lutter contre les changements climatiques. Aucun ! »

Il l’a ensuite répété en anglais.

Autrement dit, si on exporte de l’hydroélectricité, on n’a pas besoin d’être aussi sévère pour nous serrer, chez nous, la ceinture verte.

Il est allé encore plus loin pour préparer le terrain avec cette phrase. Je cite :

« Pour certains, les seules actes qui comptent sont celles qu’on prend ici, au Québec. Mais les GES n’ont pas de frontières. »

Je prévois que le gouvernement caquiste se mettra à calculer l’impact écologique positif, chez nos voisins, de l’exportation d’électricité propre, dans le calcul de réduction des Gaz à effets de serre au Québec qu’il nous promet pour l’an prochain. D’ailleurs, le premier ministre a déjà un chiffre. Les ententes en cours dit-il, permettront de réduire de 5 milliard le nombre de tonnes de GES dans le nord-est américain. 5 milliards, c’est beaucoup.

 

Pourtant, un chemin de croix

Mais est-ce que tout cela lui permettra de se présenter à l’électorat, en 2022, avec un bilan écologiste suffisant pour passer la rampe ?

Sa réponse est oui. Il a déclaré en mai qu’il avait déjà hâte à la campagne de 2022.

Mais la vraie réponse est non. Malgré cette comptabilité écologiste créative,  la CAQ se présentera à la prochaine élection comme le gouvernement qui, à répétition, aura consciemment fait des choix qui nuisent à l’environnement. Je répète, qui nuisent.

Il aura bien sûr, on l’espère on le souhaite et on le pense, mis en œuvre plusieurs des mesures de bon sens évoquées lors de son colloque. Mais c’est autre chose qu’on retiendra.

Je suis bien placé pour en témoigner. J’étais membre d’un gouvernement qui avait sorti le Québec du nucléaire, de l’amiante, des petites centrales, qui avait mis fin à l’exploration du gaz de schiste, membre d’un gouvernement qui avait dépensé 700 millions de dollars en programmes d’économie d’énergie, annoncé un ambitieux programme d’électrification des transports et augmenté d’un milliard le financement du transport en commun.

Mais tout ce qu’on en a retenu, à l’exception de tout le reste, fut la volonté du gouvernement Marois de trouver du pétrole sur l’île d’Anticosti et le lancement de la cimenterie de Port Daniel.  Demandez au Québécois moyen ce que le gouvernement Marois a fait en matière d’environnement, c’est tout ce qu’il vous répondra : Anticosti et la cimenterie. Rien d’autre.

C’est la règle. On ne vous applaudira pas pour ce que vous avez fait pour l’environnement. On vous condamnera pour les gestes posés en sens inverse.

Or l’acte d’accusation que se prépare la CAQ est impressionnant.

Une des premières décisions du gouvernement caquiste à l’automne 2018 a été d’appuyer un projet d’usine d’Urée à Bécancour, au centre du Québec, usine qui produira autant de tonnes de gaz à effet de serre que 180 000 automobiles supplémentaires sur les routes au Québec.

Ce sera le premier projet nuisible à l’environnement estampillé François Legault.

Le premier ministre a aussi donné un appui clair et net au projet Énergie Saguenay qui importera du gaz naturel des sables bitumineux albertains pour le liquéfier dans une usine au port de Saguenay puis l’exporter.

Les promoteurs affirment que leur tuyau et leur usine produiront peu ou pas de gaz à effet de serre. Le problème vient cependant de l’autre bout du tuyau, en Alberta, où la pollution est massive. Le projet approuvé par la CAQ ajoutera dans l’atmosphère l’équivalent de 2 millions de voiture de plus par an.

En fait, son impact sera trois fois pire que celui de la cimenterie de Port-Daniel. Trois fois pire.

Le gouvernement de la CAQ va plaider qu’il n’est pas responsable de la pollution créée en dehors de son territoire et qu’il ne faut donc pas le calculer. Ah, mais si c’est vrai, s’il ne faut pas additionner dans le bilan du Québec la pollution crée ailleurs par nos projets, alors il ne faut pas non plus soustraire la pollution réduite aux États-Unis grâce à nos projets exportations d’électricité. Il faut choisir.

Sur Énergie Saguenay, la CAQ a d’ailleurs perdu un allié précieux. Jusqu’au printemps dernier, le député péquiste de Jonquière, Sylvain Gaudreault, s’était gardé de dénoncer le projet, affirmant qu’il attendrait d’abord l’étude du Bureau d’audiences publiques en environnement. Mais devant l’énormité des chiffres, et malgré la popularité du projet dans sa région du Saguenay, le député Gaudreault et son parti viennent de larguer les amarres et de s’y opposer franchement, laissant la CAQ porter, seule, l’odieux.

Mais ce n’est pas fini.

Le REM et le 3e lien

Le chemin de croix vert de la CAQ compte encore deux stations

D’abord, ses projets de prolongement du REM

La congestion dans les couronnes de Montréal est une plaie, comme sur l’île. Pour y remédier, la CAQ a promis en campagne électorale et récemment soumis à la Caisse de dépôt deux projets de prolongements du Réseau Express Métropolitain, sur la rive nord et la rive sud.

Une fois les projets déposés, ils seront soumis au Bureau d’audiences publiques sur l’environnement, le BAPE. Or on sait déjà exactement ce que le BAPE pense du REM. Il l’a dit en 2012 dans un rapport dévastateur.

Il le redira encore davantage pour les nouvelles rallonges. Il redira que le choix technologique du REM est le moins apte à réduire le nombre de voiture en circulation et les GES. Il redira que le concept est beaucoup trop coûteux et que d’autres modes de transports devraient être choisis à la place. Bref, il dira que c’est le pire choix environnemental possible.

François Legault fut à l’époque parmi ceux qui ont rejeté du revers de la main les conclusions du BAPE. Un peu comme le maire Denis Coderre qui avait déclaré « le BAPE c’est pas le PAPE », la CAQ n’avait que faire de ces empêcheurs. C’était avant que l’environnement ne soit devenu un sujet aussi épineux.

Le BAPE donnera donc deux yeux au beurre noir, très mérités, au gouvernement caquiste sur ses projets d’extension du REM.

La cicatrice du troisième lien

Reste l’étape la plus douloureuse du chemin de croix. La plus grande cicatrice à orner le bilan de la CAQ dans quatre ans aura été tracée par un projet purement politique: le troisième lien de Québec.

Il n’existe à ce jour pas la moindre étude démontrant que ce troisième lien est nécessaire et bénéfique pour réduire durablement la congestion à Québec. En fait, une étude récemment publiée sur les déplacements automobiles dans la région ne peut trouver aucune masse critique de voitures suffisamment importante pour en justifier la construction.

Les libéraux avaient mis sur pied un bureau de projet qui devait se pencher, non seulement sur des scénarios, mais sur l’opportunité du projet. Normalement, avant de se lancer dans une entreprise de cette envergure, le conseil des ministres doit se prononcer sur son opportunité. Autrement dit, poser la question : en a-t-on vraiment besoin ?

Mais le gouvernement de la CAQ a décidé de sauter cette étape. Et de déclarer tout simplement que le dossier est opportun, sans devoir le justifier de quelque façon que ce soit.

François Legault s’est engagé à faire la première pelletée de terre du troisième lien avant la prochaine élection. Ce qui signifie qu’il faudra produire d’ici là les plans et devis et, précédemment, passer par la case BAPE.

Le gouvernement tentera d’écrire le mandat du BAPE sur le troisième lien de la façon la plus limitée possible. Mais les experts du BAPE en ont vu d’autres et trouvent toujours le moyen de dire les vérités qu’ils découvrent. Et ils diront l’évidence: le troisième lien, même avec un volet de transport en commun, ne pourra qu’augmenter l’émission de gaz à effet de serre. Rien ne le justifie, sauf la volonté de la CAQ de remporter des sièges à Québec.

Bref, dans chaque dossier majeur qui aura mis en opposition, d’une part l’environnement, d’autre part l’économie ou la politique, la CAQ aura sacrifié l’environnement. Leurs mesures de reconversion du mazout dans les écoles ne feront pas le poids face aux millions de tonnes de GES que leurs projets industriels et routiers vont faire pleuvoir.

Leur Anticosti et Port Daniel s’appelleront …  Usine d’urée, Énergie Saguenay, REM et, surtout, troisième lien.

C’est la croix que portera François Legault, aux prochaines élections, chaque fois qu’on abordera la question cruciale de l’environnement.

Bonne chance François


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En voici un extrait: