L’austérité sélective des médecins qui gouvernent le Québec

La journée d’hier fut très instructive. Pour tous les Québécois qui sont victimes de l’austérité libérale, notamment dans le système de santé.

Nous avons appris qu’alors que le gouvernement propose d’abolir les primes des infirmières et de soutirer 90 000 $ des poches de chaque pharmacien du Québec, il n’a rien demandé — mais alors, absolument rien — aux médecins en échange de la levée des sanctions prévues dans le projet de loi 20.

J’ai voulu m’en assurer dans mon échange avec le président de la Fédération des médecins omnipraticiens, le Dr Louis Godin, hier:

Comprenons-nous bien: ma collègue Diane Lamarre et moi serions ravis d’avoir au Québec les médecins les mieux payés au monde ! Mais puisque le gouvernement Couillard fait les poches des autres artisans de la santé, on s’étonne qu’il soit aussi gentil avec les médecins.

C’était l’objet de notre point de presse:


Bref, a fait valoir Diane, plus on lit l’entente conclue avec les omnipraticiens, mieux on comprend les gains financiers que le ministre leur a accordés. L’article 21 vient exaucer un souhait de longue date des médecins : recevoir un supplément pour travailler avec d’autres professionnels. Déjà, Yves Bolduc leur avait donné un boni de 60 000 $ par année pour chaque infirmière praticienne spécialisée supervisée au sein des GMF. Or, dans l’entente conclue, il est question d’élargir cette façon de faire à d’autres catégories de professionnels.

« Dans le contexte budgétaire actuel, où chaque dollar compte, dit-elle, comment le ministre peut-il faire le choix de verser un supplément aux médecins pour le simple fait de travailler en collaboration avec d’autres professionnels? Tous les professionnels de la santé qui veulent plus d’interdisciplinarité souhaitent que ce soit le patient qui sorte gagnant de cette meilleure collaboration ».

Il faut savoir que le gouvernement propose d’abolir les primes de rétention pour les infirmières en région, et d’autres primes actuellement en vigueur, réclame 177 M$ aux pharmaciens, veut appauvrir tous les salariés de la santé en n’indexant même pas leur salaire au cours des prochaines années, mais il offre davantage aux médecins. Le ministre Barrette avait un énorme rapport de force avec son projet de loi 20 qui menaçait les médecins, mais il n’a rien obtenu en échange de son abandon. Contrairement à ce qu’on pensait, il a été un très mauvais négociateur.

Que le premier ministre, en plus, ait entériné cette entente est tout simplement aberrant.

Peut-être est-ce une mauvaise idée de laisser des médecins négocier, entre eux, l’avenir du système de santé. Ils ne doivent pas être exclus, bien évidemment. Mais c’est une erreur d’exclure les autres artisans de la santé de la définition des réformes qui nous affectera tous.