Jacques Parizeau, côté coeur

Chaque soir à 19 h, une alarme se fait entendre sur le téléphone de Lisette Lapointe. C’est le rappel d’une habitude qu’avait prise pendant 23 ans son mari, Jacques Parizeau, de l’appeler chaque soir à cette heure précise lorsqu’ils étaient éloignés l’un de l’autre.

On retrouve dans les pages de son livre publié cette semaine, De combats et d’amour (Éditions de l’Homme), la description d’un conjoint aimant, disponible malgré ses responsabilités, attentionné, protecteur, friand de sorties avec son épouse à l’opéra, au musée, aux bonnes tables, aux escapades et aux voyages.

1995, Le mur porteur du château de cartes

Si on veut savoir pourquoi le Non l’a emporté, le 30 octobre 1995, le mieux n’est-il pas de le demander au vainqueur ? Le premier ministre canadien de l’époque, Jean Chrétien, est heureux de nous éclairer sur ce point. Dans ses Mémoires, Passion politique, publiées en  2007, il raconte posément comment il s’y est pris. Il avait décidé qu’il refuserait de reconnaître une éventuelle victoire du Oui. Ce soir-là, il affirmerait plutôt qu’il avait le mandat de défendre la constitution qui, elle, ne permet pas l’indépendance d’une province. Sa conviction était si forte que ses adjoints avaient empêché la présidente du comité fédéral du Oui, la ministre Lucienne Robillard, d’être présente devant les micros le soir des résultats. Ils craignaient qu’elle commette un irréparable impair: reconnaître la légitimité d’une victoire du Oui.

Préparant son discours à la nation, il ne voulait pas « me piéger moi-même” écrit-il. S’il disait la vérité, ne risquait-il pas de pousser davantage de gens à voter Oui ? Il souhaitait au contraire « encourager les nationalistes mous et les indécis à voter Non en leur signalant les dangers tangibles d’un Oui ». 

La piastre à Parizeau

Dessin du Syndicat des fonctionnaires, lors d’une négociation en 1979.

Régis Labeaume est sorti du placard. Il est indépendantiste. Bon, on savait qu’il fut naguère candidat du Parti québécois à Québec. Mais le temps passe et les convictions fluctuent. Pas pour Régis. Dans sa chronique de La Presse, il met les choses au clair. Mais il a pris en grippe Paul St-Pierre Plamondon. Ce qui est son droit le plus strict. Régis a la dent dure généreuse. Il a entamé une chronique sur le Parti libéral du Québec en annonçant : « Je serai sans coeur, mal avenant et condescendant. » Promesse tenue. Geneviève Guilbault est une de ses têtes de Turc : GG, écrit-il, « ne se prend pas pour un 7-Up flat ». Ceux qui lient la crise du logement à la vague d’immigration, comme PSPP (et les banques canadiennes), écrivait-il le 22 janvier, créent des « métastases xénophobes » et nous préparent une campagne électorale où « ça va roter du vieux sûr ».

Dans son dernier texte, Labeaume rage que St-Pierre Plamondon ose évoquer la création d’une monnaie québécoise alors que René Lévesque en 1980 et Jacques Parizeau en 1995 tenaient à conserver la canadienne. Il imagine Parizeau « expliquer les mystères de la vie à l’inconvenant », ajoute-t-il, « les deux doigts dans le nez ». Ah, mais voici, cher Régis. Et si Parizeau avait, dans l’intervalle, changé d’avis ?

D’abord, qu’est-ce qui s’est produit depuis 1995 pour qu’on puisse raisonnablement pencher pour la monnaie québécoise ? Lorsque j’ai lancé ma course au leadership en 2015, j’avais l’intuition que nos circonvolutions sur le passeport commun, la double citoyenneté, le dollar commun nuisaient, plus qu’elles n’aidaient, à notre cause. Ces questions ont chacune du mérite, mais donnaient l’impression que nous étions des indépendantistes timorés, à temps partiel.

Généraliste, j’avais constaté combien l’euro était entré en crise et ne faisait le jeu que de la locomotive allemande au détriment des pays limitrophes, incapables d’user du levier monétaire pour protéger leur économie. Bruxelles (en fait Berlin) a serré les boulons. Les ministres des Finances de chaque pays membre doivent désormais soumettre leurs budgets à la Commission européenne. Voit-on demain le ministre des Finances d’un Québec souverain faire revoir son budget à Ottawa au nom de la monnaie commune ?

On a vu aussi comment des spéculateurs se sont déchaînés pour empêcher des États d’utiliser la monnaie d’un autre, ou d’aligner la leur au dollar américain. Dans ce nouveau contexte implacable, un Québec doté du dollar canadien serait une alléchante cible. Les spéculateurs dévalueraient ses obligations pour le forcer, dans la précipitation, à créer sa monnaie. Ne serait-il pas plus sûr de suivre l’exemple de la majorité des pays du monde — dont la plupart des économies sont moins fortes que la nôtre — et d’asseoir durablement notre monnaie sur notre propre force et notre propre diversité économique ?

Au début, le scepticisme des marchés sous-évaluerait notre devise, ouvrant une période faste pour nos exportations et notre tourisme. Il n’y aurait pas que des avantages. Il faudrait surpayer pour notre part d’intérêts sur la dette canadienne. Nos importations, dont le pétrole, seraient temporairement plus chères. Avec le temps, notre monnaie se stabiliserait à sa vraie valeur.

J’avais discuté de ces questions avec deux économistes québécois de renom que je ne peux pas nommer ici (je les invite à se manifester), mais qui avait, pour l’un, tiré ces conclusions, pour l’autre, estimé que, dans le nouveau contexte, les deux options s’équivalaient. Ainsi informé, je me suis empressé de tester cette hypothèse avec M. Parizeau. Si j’annonçais publiquement cette position, puis que mon ancien patron me faisait publiquement la leçon, disons, « les deux doigts dans le nez », je serais dans de beaux draps.

Soulagement ! Il était du même avis. Il évoqua un argument de calendrier. L’Irlande, m’expliqua-t-il, avait fait son indépendance en 1922 en gardant la livre anglaise mais avait annoncé qu’elle créerait, en 1928, sa propre monnaie. Ce qui fut fait. (Sa valeur, flottante, a suivi de facto celle de la livre anglaise jusqu’en 1979.)

Il s’en était aussi ouvert à Jean-Martin Aussant, de qui il était très proche. « Nous avons discuté en long et en large de ce dossier, Monsieur et moi, quand j’écrivais la plateforme d’Option nationale en 2011 », m’a raconté Jean-Martin. Comme avec moi, M. Parizeau insistait pour procéder par étapes. « Il suggérait simplement de conserver le dollar canadien à court terme afin d’assurer une certaine continuité des affaires pendant que le Québec se concentrerait au départ à restructurer sa machine gouvernementale » en absorbant les ministères et fonctionnaires fédéraux, se souvient Jean-Martin. « Mais il laissait très clairement la porte ouverte (grande ouverte) à un État souverain qui déciderait ensuite de se doter de sa propre banque centrale, donc de sa propre monnaie. »

M. Parizeau citait les Prix Nobel James Meade (qui fut son professeur à la London School of Economics) et Robert Mundell sur les optimal currency areas (zones monétaires optimales). Pour lui, le Canada n’en était pas une pour le Québec. C’est en effet après 1995, et surtout entre 2005 et 2015, que le dollar canadien fut dopé à l’or noir, provoquant une hausse artificielle des prix des produits québécois exportés, détruisant en cinq ans 55 000 de nos emplois manufacturiers, un désastre que l’existence d’une monnaie québécoise nous aurait épargné. Parizeau, féru de politique monétaire, en était parfaitement conscient.

Les taux d’intérêt ne se décident pas en vase clos et ceux du Canada et des États-Unis influeraient sur les nôtres. M. Parizeau expliquait que notre banque centrale pourrait décider de se coller aux taux de ses voisins lorsque ce serait bon pour le Québec, ou de prendre ses distances lorsque nécessaire. C’est ce qu’on appelle, au fond, cher Régis, l’indépendance.

1995: Le discours jamais lu : « Si proche, et pourtant si loin ! »

Avec la sortie du documentaire Jacques Parizeau et son pays imaginé, la question de ses discours de victoire et de défaite reviennent dans l’actualité. On peut lire ici le discours que je lui avais préparé en cas de victoire, et qu’il avait enregistré pendant la journée (on en voit plusieurs extraits, en anglais, dans le documentaire) précédé du décodage que je fais de ce discours pour les intéressés.

Mais comment devait-on réagir à la défaite référendaire ? Cela dépendait de son ampleur. Si on se retrouvait, comme en 1980, avec 60% de Non, il faudrait prendre une tonalité très grave. Si on avait progressé, à 45% de Oui, on pourrait se montrer philosophe dans la défaite.

Mais à 49,4%, ne devions-nous pas clamer sur tous les toits que nous venions de faire un pas de géant vers l’indépendance ? C’était mon opinion. Monsieur Parizeau n’avait pas à la partager. Le scribe est au service du décideur. C’est lui qui assume. Il a fait un autre choix.

Voici tout de même, pour les curieux, le petit texte que j’avais rédigé ce soir-là pour le premier ministre. Avant de monter sur scène, il l’a parcouru, l’a mis dans sa poche. Puis l’a laissé là.

Texte non lu pour la courte victoire du Non

Un extraordinaire événement s’est déroulé aujourd’hui.

Un peuple s’est levé debout. Un peuple a voulu prendre en main sa destinée. Un peuple a touché son avenir, et il lui a manqué un tout petit souffle, un tout petit élan, pour y arriver.

Vous savez, les Québécois n’ont jamais rien fait comme les autres. Et le monde entier nous regarde ce soir, et le monde entier partage notre tristesse. Si proche, et pourtant si loin.

Mes amis, René Lévesque serait fier de nous ce soir. Il serait fier de vous.

Vous avez créé la plus vaste coalition que le Québec ait connu.

Vous avez fait faire à la souveraineté du Québec un énorme pas en avant. UN ÉNORME PAS EN AVANT.

Aujourd’hui, mes amis, la victoire nous échappe, mais tous les espoirs sont permis.

Aujourd’hui, mes amis, le peuple du Québec a donné avis : jamais il n’acceptera autre chose que d’être considéré comme un peuple. Jamais il n’acceptera d’être une province égale et normalisée.

La souveraineté du Québec n’est pas tout à fait née aujourd’hui. Mais le statut quo canadien est définitivement mort.

Je n’ai pas reçu aujourd’hui, le mandat de modifier le statut du Québec. Mais je n’ai pas reçu aujourd’hui, le mandat de me contenter du statut du Québec.

Si près du but, grâce à vous.

À vous les militants du Parti québécois, le navire amiral de la coalition du changement. Sans vous, rien n’aurait été possible. Mme Monique Simard, merci. Merci à vous et à toute votre équipe.

À vous les militants du Bloc québécois et de l’Action démocratique, à vous les partenaires qui avez donné  du coffre et de la diversité à cette coalition.

À vous les dizaines de milliers de Québécois qui avez participé avec votre cœur et votre tête à la plus grande campagne de conviction que nous ayons connu.

À vous les membres du caucus québécois, et les membres du Conseil des ministres.

Je devrais les nommer tous, j’en nommerai que quelques-uns. Camille Laurin, qui était à nos côtés quand personne n’y  croyait.

Pauline Marois et Guy Chevrette, qui ont donné leur sensibilité et leur fougue à cette campagne.

Et Bernard Landry qui a fait une campagne exemplaire. Merci.

Merci aussi aux deux autres chefs du camp du changement : M. Lucien Bouchard et M. Mario Dumont, qui ont formé avec nous une équipe sans pareille.

Ce soir mes amis, plusieurs seront tristes, à bon droit.

Mais si nous n’avons pas emporté la victoire, nous ne pouvons pas parler d’échec.

Nous pouvons parler d’une étape, l’avant-dernière, sur le chemin de notre indépendance.

M. Lévesque nous avait dit : à la prochaine. Il a fallu attendre quinze ans.

Aujourd’hui je sais que le temps ne sera pas aussi long. Ce soir je sais qu’aucun peuple ne mérite davantage un pays que les Québécois.

C’est pourquoi ce soir, je sais que notre avenir est à portée de la main.

Je vous invite à inventer, dès demain, la nouvelle route qui nous mènera à notre pays.

Merci


Voici le discours qu’il a prononcé. Avec la distance, si on soustrait la phrase sur « des votes ethniques » et la définition qu’il donne de « nous », (qui évidemment changeaient tout) la tonalité n’est pas si éloignée de ce que je lui avais écrit, les remerciements en moins.


Pour en savoir plus sur les coulisses du référendum de 1995, tant du côté du Oui que du Non, et réfléchir à ce qui se serait produit en cas de victoire du Oui, avec les meilleurs informations disponibles depuis, j’ai publié ce petit ouvrage qui pourrait vous intéresser.

1996 – Perdre en supplémentaire

Nous sommes le 21 novembre 1995. Le référendum est derrière nous. Monsieur Parizeau a annoncé sa démission. Nous sommes quelques conseillers de Monsieur, réunis dans le bureau de son chef de cabinet Jean Royer. Nous assistons à l’ouverture de la période supplémentaire : l’annonce télévisée de l’arrivée de Lucien Bouchard comme prochain chef du Parti québécois, prochain premier ministre, prochain leader de la grande coalition souverainiste.

M. Bouchard fait une surprenante déclaration. Je ne peux m’empêcher de réagir: « nous venons de perdre le référendum ». Un collègue demande : « le dernier ou le prochain ? » Je réponds : « le prochain ». Celui de la période supplémentaire.

(Ceci est une version légèrement allongée de ma chronique du samedi dans Le Devoir.)

Supplémentaire, oui. Jacques Parizeau avait marqué les esprits avec son « autoroute de la souveraineté ».  Suivant la flambée souverainiste issue de l’humiliant échec de l’Accord du lac Meech en 1990, lorsque le Canada refusa même de nous considérer comme une « société distincte ». Cette année-là, les Québécois étaient plus de 65% à vouloir un pays. Les Libéraux de Robert Bourassa barrant ce chemin, il fallait emprunter la longue autoroute imaginée par Monsieur. Les Québécois diraient d’abord non, à 56%,  à l’imbuvable concoction constitutionnelle de Charlottetown en 1992. Ils éliraient ensuite en 1993 à Ottawa, à 49%, un énorme contingent d’indépendantistes. Ils choisiraient dans la troisième étape, en 1994, le gouvernement qui allait préparer le référendum, à 44%. Malgré ces rendements décroissants, ils devaient ensuite, en 1995, ouvrir la porte du pays.

Mais n’ayant été, officiellement, que 49,4% à le faire, nous n’avions pas tout à fait atteint la destination. J’étais de ceux qui pensaient que ce résultat avait mis le Canada en déséquilibre. Et ouvrait la voie à une prometteuse prolongation.

Pour s’y engager, il fallait une qualité maîtresse : le cran. Jacques Parizeau en avait à revendre. Sans lui, il n’y aurait pas eu de référendum en 1995. Mario Dumont fut certes exemplaire, et indispensable, pendant la campagne du Oui. Mais sa position de départ était de ne pas tenir de référendum avant d’avoir assaini les finances de l’État. L’apport de Lucien Bouchard fut évidemment décisif. Mais depuis le résultat décevant de l’élection de 1994 jusqu’à la signature de l’entente tripartite Bloc-PQ-ADQ de juin 1995, son pied était fermement sur le frein, non sur l’accélérateur.  C’était aussi le cas de Bernard Landry. Seule la formidable capacité de Parizeau de forcer le jeu, contre les tentatives incessantes de le convaincre du contraire, a permis la tenue de ce référendum.

Le soir du 30 octobre, il nous manquait donc un millimètre pour franchir le pas.  Jusque-là, Monsieur Parizeau avait manifesté un sens stratégique en tous points remarquable. J’étais donc complètement renversé de constater qu’il était incapable de se projeter dans l’après-référendum. Cette défaite, il n’arrivait pas à la voir comme transitoire. Il y avait pourtant cent façons de rebondir sur ce match quasi-nul. Il faudrait, à nouveau, forcer le jeu. Et rassembler encore un peu plus, pour passer le chiffre magique du 50%.

Cautériser la plaie

Plus on  prend du champ, plus on constate combien tragique fut sa déclaration malheureuse. Pour toutes les raisons qu’on a dit (il suffisait que les beaucerons et les gens de Québec votent comme les autres francophones pour gagner – aucune de nos simulations de victoire ne s’appuyait sur les ou des votes ethniques).  Mais surtout parce sa déclaration le disqualifiait du rôle essentiel de rassemblement qui devait dominer la supplémentaire. Lui qui avait si bien su rassembler dans l’étape précédente, devenait repoussoir pour l’étape suivante.

L’idée même de l’emmener à annoncer sa démission le lendemain du vote ne devait servir qu’un objectif : cautériser immédiatement la plaie (les appels publics à la démission avaient commencé, des rangs souverainistes, le matin même) pour mieux prendre  la mesure du progrès enregistré la veille et pour mieux organiser l’offensive finale.

D’autant que nous avions un capitaine de rechange. Au rayon du rassemblement, on ne trouverait pas mieux. Mais au rayon du volontarisme ? À sa conférence de presse du 21 novembre 1995, M. Bouchard annonçait qu’il allait concentrer ses efforts sur le rétablissement de l’économie et des finances. Normal, nous avions constaté que les craintes concernant l’économie, la dette et le déficit nous avaient volé notre marge de victoire. Mais il s’engagea aussi à ne pas tenir de référendum sans tenir d’abord une élection, qu’il ne comptait pas déclencher dans l’immédiat. (La Loi sur les consultations populaires prévoit qu’on ne peut tenir deux référendums sur le même sujet dans un même mandat. C’est une loi. Elle s’amende à la majorité simple.) M. Bouchard annonçait qu’il allait prendre son temps.

D’où ma remarque citée plus haut. Je lui expliquai dans un long memo que nous n’avions qu’un an, 18 mois tout au plus, pour profiter de la fenêtre post-référendaire. Un phénomène rarissime se produisit dans la foulée du vote. Dès décembre 1995 une majorité de Québécois (56%) se déclaraient désormais prêts à voter Oui, un niveau jamais atteint pendant la campagne, et une majorité souhaitait un référendum-revanche. C’était comme si les Québécois avaient été surpris de se trouver si nombreux à avoir voté Oui en octobre 1995 et que ce vote provoquait un effet d’entrainement.

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Des conditions gagnantes

Une condition nouvelle s’ajoutait. Négative pour le fédéral: l’incapacité de Jean Chrétien à « livrer la marchandise » promise aux Québécois pendant la campagne. Début décembre 1995, M. Chrétien ne put offrir aucun changement à la constitution, seulement une motion purement symbolique sur le caractère distinct du Québec, un droit de véto non-constitutionnel pour des changements éventuels et un transfert incomplet au Québec de la responsabilité de la main-d’œuvre. C’était loin de « toutes les voies de changement, administratives et constitutionnelles » évoquées par M. Chrétien en campagne.

Mon témoin à charge à ce sujet est Alain Dubuc, alors éditorialiste en chef à La Presse, qui écrivait dès décembre 1995: « Soyons clairs: si M. Chrétien avait dit, en campagne référendaire, que les perspectives de changement que pourrait offrir le Canada se limiteraient aux trois propositions qu’il a déposées lundi, le Oui l’aurait emporté. »

Je me souviendrai toujours d’une rencontre à huis-clos avec l’exécutif du Conseil du Patronat début 1996 où des patrons hyper-fédéralistes se plaignaient du fait qu’on était sur le point de « sortir du Canada » seulement à cause de la popularité de M. Bouchard et de l’impopularité de M. Chrétien. Ils en étaient attristés mais décidés: « faites le référendum le plus tôt possible, qu’on sorte de l’incertitude! » lança un des membres influents du Conseil. Il n’avait aucun doute sur le résultat: ce serait Oui. Mais on passerait à autre chose. (Ghislain Dufour, président du Conseil, était livide.)

À Ottawa, où des experts savent lire la conjoncture, la certitude que le référendum revanche était imminent a alimenté la plus grande offensive pro-canadienne de notre histoire.

À sa décharge, M. Bouchard a bien testé l’idée, au printemps 1996, de déclencher une élection hâtive qui se serait transformée en raz-de-marée (il avait environ 48% d’intention de vote). L’élection aurait porté sur la récente volonté fédérale de nier le droit du Québec à l’autodétermination. La victoire – certaine – aurait mis la table pour un référendum. Son conseil des ministres, son caucus et le Bureau national du Parti québécois lui ont indiqué que les troupes étaient épuisées par quatre ans de scrutins ininterrompus. Mais que s’il donnait le signal du départ, ministres députés et militants le suivraient. C’était le moment de forcer le jeu. C’est ce que Parizeau aurait fait. (C’est d’ailleurs ce que Jean Chrétien aurait fait, lui qui a forcé une élection fédérale gagnante en 1993 contre le vœu de ses députés et ministres, puis forcé l’adoption de la loi C-20 dite sur la clarté contre une forte opposition interne).

En 1997, la volonté souverainiste s’était repliée sous la barre des 50%. Le Canada, remis en équilibre, a déployé son offensive.

J’ai écouté avec attention la très intéressante entrevue donnée par MM. Bouchard et Dumont au Devoir.  À les voir ainsi, nostalgiques, chaleureux, souverainistes, je n’ai pu m’empêcher de tirer une conclusion que je sais terrible, mais que l’écoulement du temps rend incontournable.

En se retirant, au lendemain du référendum, Jacques Parizeau leur a donné, à eux deux, la responsabilité de franchir la distance qui restait. La conjoncture leur souriait. Ils étaient, ensemble, plus rassembleurs que l’homme qui les avait conduits jusque-là.  C’était leur moment. Leur rendez-vous avec l’histoire. Qu’en ont-ils fait ?

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En 1995, Jacques Chirac avait choisi son camp: le Québec

Jacques Chirac, Jacques Parizeau

Avec Jacques Parizeau et Philippe Séguin en janvier 1995, Chirac annonce aux journalistes que la France sera la première à reconnaître une victoire du Oui.

On dira ce qu’on voudra de Jacques Chirac. Et il y a beaucoup à dire. Mais sa fidélité au Québec aux moments cruciaux du référendum de 1995 fut en tous points remarquable. Objet d’énormes pressions de la part d’Ottawa, il a résisté et a choisi son camp: le Québec !

Son intervention prévue pour le soir du 30 octobre aurait eu un impact considérable sur la suite des choses.

C’est connu, Chirac était très ami avec Jean Pelletier, ex-maire de Québec devenu chef de cabinet de l’alors premier ministre Jean Chrétien.

Il était aussi en contact fréquent avec Paul Desmarais, qui lui annonçait alors la défaite certaine des souverainistes au référendum à venir. Lors de la visite de Jacques Parizeau à Paris en janvier 1995, Jacques Chirac nous racontait qu’il contredisait gentiment son ami Desmarais, estimant plutôt que les indépendantistes allaient surprendre.

Notre stratégie référendaire prévoyait qu’en cas de victoire du Oui, le Québec n’allait pas immédiatement proclamer son indépendance. Donc n’allait pas demander que d’autres pays « reconnaissent l’indépendance » du Québec. Ce ne serait qu’après un an, à la suite d’une tentative, fructueuse ou non, de négociations avec Ottawa, que nous allions déclarer l’indépendance et vouloir une reconnaissance.

Pour l’heure, nous demandions que les pays amis reconnaissent la décision politique de devenir indépendant.

Chirac avait bien compris. En janvier 1995, il nous avait beaucoup surpris. Dans notre rencontre privée, il avait assuré M. Parizeau qu’en cas de victoire du Oui, la France serait la première à reconnaître la décision, entraînant à sa suite plusieurs pays de la Francophonie. Préparant le point de presse qui allait suivre, il fut convenu qu’il allait publiquement rester vague à ce sujet alors hypothétique. Mais au micro, dès les premières questions, il déclara que, bien sûr, la France dirait oui au oui québécois, sans hésitation. «Les nations francophones […] et en particulier la France devraient être immédiatement aux côtés des Québécois et soutenir et reconnaître cette nouvelle situation». Nous étions aux anges !

Chirac n’était alors que maire de Paris et candidat potentiel à la présidentielle qui allait avoir lieu quatre mois plus tard, en mai. Les sondages le donnaient perdant. Le lendemain de sa déclaration, Jean Chrétien cru faire un bon mot en disant que « le Québec a autant de chance de devenir indépendant que Jacques Chirac de devenir président de la France! »  Chirac fut élu.

Arrivé à l’Élysée, allait-il changer de position ? C’est ce que voulait Ottawa. Mais à quelques jours du vote, le 23 octobre 1995, Chirac répondit aux questions de Larry King, sur CNN, à ce sujet. Il affirma avec aplomb que son pays allait reconnaître « le fait » que les Québécois ont choisi l’indépendance. Ce qui a rendu Jean Chrétien furieux.

Un rôle essentiel

La position française était essentielle car nous prédisions que Jean Chrétien, le soir d’une victoire du Oui, allait refuser d’admettre que les Québécois avaient choisi l’indépendance, par leur vote majoritaire. Chrétien a confirmé par la suite que telle aurait été son attitude.

L’opinion publique québécoise et canadienne, les réseaux diplomatiques n’avaient absolument pas été préparés à l’éventualité d’un tel refus de la part d’Ottawa. D’autant que dans deux discours prononcés au cours des derniers jours de la campagne référendaire, Chrétien avait donné un avis contraire: « Demeurer Canadiens ou ne plus l’être, rester ou partir, voilà l’enjeu du référendum ». Il avait ajouté: « d’un bout à l’autre du Canada, les gens savent que cette décision est entre les mains de leurs concitoyens du Québec. »  Il a parlé finalement d’une décision « sérieuse et irréversible ».

Nous avions donc un scénario où, le soir de la victoire du Oui, les électeurs québécois et les observateurs étrangers entendraient : 1) Monsieur Parizeau dans son discours préenregistré très décidé mais très digne et pragmatique, confirmant chaque étape de la voie à suivre; 2) Jean Chrétien refusant de reconnaître la décision, surprenant tout le monde.

Qui le contredirait immédiatement ?

La France, quatrième puissance mondiale, membre de l’OTAN et du G7, membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU.

Depuis plusieurs jours je coordonnais, côté québécois, la négociation du texte que l’Élysée allait émettre. L’ex-ministre Jacques-Yvan Morin était notre envoyé spécial, travaillant avec notre délégué général Claude Roquet en collaboration serrée avec le président de l’Assemblée nationale Philippe Séguin, ami de Chirac et indépendantiste déclaré.

Nous savions que l’ambassade canadienne et le bureau du premier ministre Chrétien tentaient par tous les moyens d’intervenir. On nous avisa même qu’un diplomate canadien évoqua la possibilité d’une rupture des relations diplomatiques Canada-France en cas d’appui français au Oui québécois.

Un texte audacieux de l’Élysée

La négociation ne fut pas ardue. Nous étions en présence, à Paris comme à Québec, de gens qui souhaitaient s’entendre sur un libellé mutuellement satisfaisant. J’ai même fait savoir que nous n’aurions aucune objection à ce que le communiqué évoque la volonté française de maintenir de bons liens d’amitié avec Ottawa par la suite. Nous voulions nous-mêmes un partenariat Québec-Canada. Alors…

Tel que rédigé, le texte nous allait parfaitement. Le voici:

« La France prend acte de la volonté démocratiquement exprimée par le peuple du Québec, le 30 octobre 1995, de devenir souverain après avoir formellement offert au Canada un nouveau partenariat économique et politique. Lorsque l’Assemblée nationale du Québec en viendra à proclamer la souveraineté du Québec selon la démarche prévue par la question référendaire et maintenant entérinée majoritairement par le peuple québécois, la France en tirera amicalement les conséquences.

Soucieuse que ce processus se déroule dans les meilleures conditions, la France tient à réaffirmer son amitié au Canada et à son gouvernement. Ils peuvent être assurés de notre volonté de maintenir et d’approfondir les excellentes relations qui nous lient. »

Il faut noter l’audace. La France ne se limite pas ici à reconnaître la décision démocratique, sachant qu’elle déplaira puissamment au Canada, pays du G7 et de l’OTAN. Elle prend même un engagement envers un événement hypothétique. Lorsque le Québec proclamera la souveraineté, elle « en tirera amicalement les conséquences ». . L’hypothèse sous-entendue est que le Canada, lui, pourrait ne pas reconnaître la déclaration du Québec. La France signale à l’avance que, dans tous les cas de figure, son « amitié » ira au Québec. Subsiste, ici le volontarisme gaulliste. C’est Vive le Québec libre ! deuxième acte.

Notre propre travail de défrichage auprès des pays membres de la Francophonie, coordonné par notre infatigable sherpa Michel Lucier, nous donnait à penser que, dans les 48 heures qui suivraient et compte tenu de coup de tonnerre de Jacques Chirac (qui probablement en rajouterait en parlant aux médias le lendemain), plus d’une dizaine de pays de la Francophonie reprendraient à leur compte les mots du communiqué Élyséen.

Le sort de la souveraineté du Québec allait bien sûr se jouer au Québec et au Canada. Mais l’intervention de Chirac aurait énormément compliqué le travail de sape prévu — mais non préparé — de Jean Chrétien. J’ai raconté dans mon ouvrage « Octobre 1995 – Tous les espoirs, Tous les chagrins », comment ni Washington, ni Londres, n’étaient avisés d’un possible refus de Chrétien de reconnaître la victoire du Oui.

L’irruption très précoce de la France dans le débat allait avoir un effet refroidissant sur les capitales européennes, au premier chef l’Allemagne. Probablement invités, par Ottawa, à appuyer la position canadienne, la plupart de ces pays auraient choisi le mutisme le plus complet.

Au Québec, le refus démocratique de Chrétien aurait créé un ressac fort et nous avions prévu la sortie rapide d’un bon nombre de partisans du Non qui allaient réclamer le respect de la décision démocratique québécoise. L’appui du président de la France allait leur donner une caution utile.

La partie n’était pas jouée. Nous savions qu’après avoir gagné le référendum, il nous faudrait ensuite gagner la souveraineté. Mais, beaucoup grâce à Chirac, au soir du 30 octobre 1995, la partie se serait ouverte à 1 à 0 pour le Oui.


Ma dernière balado vous attend. En voici la bande annonce:

Hommage à Monsieur Parizeau

Il nous a quittés il y a quatre ans. Il habite encore notre détermination à faire du Québec un pays.

En rappel, l’hommage que je lui ai rendu à l’assemblée nationale au lendemain de son décès.

De René Lévesque, Camille Laurin écrivait ceci : «[Il] me paraît comprendre et ressentir dans [ses chairs] ces contradictions de l’homme québécois qui tout à la fois lui imposent de se libérer et l’empêchent d’y parvenir. C’est pourquoi [Lévesque] oscille lui-même entre la nuit et la lumière… Il est pour chacun un signe de contradiction. »

Le bon Dr Laurin aurait dû tirer un diagnostic complètement opposé de l’autre incarnation du mouvement indépendantiste. Jacques Parizeau ne reflétait pas, comme Lévesque, les Québécois tels qu’ils étaient. Il les représentait tel qu’il voulait qu’ils deviennent, désinhibés, décomplexés, déjà indépendants dans leur tête et dans le monde.

C’est parce qu’il était né dans l’argent que Jacques Parizeau n’était pas intimidé par les forces de l’argent. C’est parce qu’il avait obtenu — premier Canadien français, disait-on alors — un doctorat de la London School qu’il ne s’en faisait pas imposer par les financiers anglo-montréalais de la colonie, de l’empire, finalement. Ceux-là entendaient-ils bloquer depuis ce qu’on appelait à l’époque la rue Saint-James le financement de la nationalisation de l’hydroélectricité, l’économiste Parizeau allait forcer le blocus en parlant directement aux vrais argentiers à Wall Street.

Jacques Parizeau avait l’assurance qu’il fallait, l’audace qu’il fallait pour faire lever de terre les grands instruments de développement économique de la Révolution tranquille. Il avait la confiance qu’il fallait envers les siens pour les initier à l’aube des années 80 aux actions en bourse grâce au Régime d’épargne-actions, qui allait transformer les actions des moyennes entreprises québécoises en géants mondiaux. C’était pour lui une grande fierté, 10 ans plus tard, de constater qu’on désignait spontanément le lieu où se brassent les affaires à Montréal la rue Saint-Jacques plutôt que la Saint-James. C’était beaucoup plus qu’un symbole, c’était le marqueur d’une transformation dont il avait été l’accoucheur.

Référendum octobre 1995

Pour en savoir plus sur l’homme et son plus grand combat, ce livre est disponible sur laboitealisee.com en cliquant sur l’image.

Mais ses empreintes digitales sont aussi visibles partout ailleurs sur le territoire. Le projet de loi sur l’équité salariale, c’est lui; la perception automatique des pensions alimentaires, c’est lui; la reconnaissance des groupes communautaires, la création des carrefours jeunesse-emploi, c’est lui; la réintroduction des cours de métier dans les écoles secondaires, la formation professionnelle en entreprise, c’est lui; l’embellissement spectaculaire du pourtour de l’Assemblée nationale, c’est lui, le grand amant de la ville de Québec. La plus grande coalition politique de notre histoire, en 1995, c’est aussi Jacques Parizeau. Porter une nation à quelques millimètres de la souveraineté, ce ne pouvait être que Jacques Parizeau.

J’emprunte à Guy Breton, le recteur de l’Université de Montréal, les mots qu’il a employés en novembre dernier, lors du dernier hommage public rendu à M. Parizeau de son vivant, lors de la remise d’un doctorat honoris causa : «Par votre engagement universitaire, politique, patriotique, vous avez été, Jacques Parizeau, dans le poste de pilotage du Québec pendant plus de 60 ans. Vous avez été de ceux qui ont guidé le Québec depuis la « grande noirceur » jusqu’à la mondialisation. Le Québec n’est pas encore le pays dont vous rêvez, mais, beaucoup grâce à vous, les Québécois savent qu’ils peuvent le faire, ce pays. Une chose est sûre, M. Parizeau, très cher M. Parizeau, vous avez amené les Québécois à l’indépendance d’esprit.»

Merci.


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Le futur chemin de croix vert de la CAQ

En voici un extrait:

Sortir, voir, lire : Agatha, Monsieur par VLB, une bonne série SF et Bond en DVD

Comme chaque semaine je vous fait part de mes suggestions culturelles.

Sortir: Suivre les traces de la dame du suspense

AgathaChristieJe n’étais pas porté sur Agatha Christie jusqu’à ce que Pierre Vallières (oui, le Pierre Vallières de Nègres blancs d’Amérique) me conseille de lire le « génial », disait-il, Meurtre de Roger Akroyd. C’est effectivement assez songé. L’expo présentée en première mondiale par le Musée Pointe-à-Callière ravira les fans de la grande dame du roman policier et amusera les autres.
Parmi les curiosités: la réplique d’un wagon de l’Orient Express, les règles que doivent suivre les auteurs qui respectent leurs lecteurs. Notamment: TOUS les indices menant au meurtrier doivent être présents dans le livre. (Avis à Gaston Leroux dont la clé du Mystère de la chambre jaune réside sur un autre continent, à l’insu du lecteur berné.)
On y passe une heure agréable, baignant dans des atmosphères tantôt britanniques, tantôt moyen-orientales.

Jusqu’au 17 avril au Musée Pointe-à-Caillère

Lire: Monsieur par VLB et un non-docteur ausculte notre système de santé

MonsieurVictor-Lévy Beaulieu est un grand admirateur de Jacques Parizeau. Mais il a choisi de ne pas assister à ses funérailles. Dans ce livre qu’il présente comme la manifestation de son « Recueillement« , il entrelace ses souvenirs et réflexions avec son travail quotidien à sa ferme, notamment son combat pour sauver d’une mort probable sa petite jument Marie-Loupe.
Le talent de conteur de Beaulieu, la richesse de sa langue ancrée dans le terroir, lui permette de relever cet étonnant défi. Il parle beaucoup du père de Monsieur Parizeau, de ses deux épouses, puis du grand homme lui-même qu’il a finalement très peu connu. On sort de cette lecture comme si on s’était, avec l’auteur, recueilli au chevet du regretté disparu.

Levine Pour ceux qui s’intéressent aux débats en cours sur la réforme du système de santé québécois, ce livre apportera beaucoup. David Levine a gravi les échelons en dirigeant successivement un CLSC, un hôpital local (Verdun) un grand hôpital universitaire (Notre-Dame) la fusion d’un méga-hôpital (Ottawa) puis l’Agence de la santé de Montréal, sans compter un bref séjour comme ministre délégué à la santé. Il en tire un récit riche en leçons de quelqu’un qui a vécu le système de l’intérieur.

Le livre est assez récent pour que Levine pose un regard mesuré mais sévère sur les réformes en cours du Dr Barrette (il pense qu’elle va étouffer l’innovation), fait la liste des écueils et propose des solutions.
Une contribution salutaire.

Voir: Demain, nos ennemies nos colonies spatiales

800x600_TheExpanse_S1_Keyart1Des critiques nous ont présenté la nouvelle série SF The Expanse comme l’équivalent de Game of Thrones dans l’espace. C’était placer la barre un peu haut. Les humains habitent Mars et la Ceinture d’astéroïdes et ces trois pôles sont en tension. D’étranges attaques de vaisseaux furtifs poussent les uns contre les autres, allez savoir pourquoi. Le fan de SF comme moi passera un bon moment, mais pas autant qu’à la découverte en 2004 de la première saison du remake de Battlestar Galactica, d’une qualité narrative toujours inégalée.

On peut voir The Expanse sur Space et les épisodes en ligne ici. On peut commander Battlestar sur iTunes ou trouver les saisons en DVD.

Sortie DVD: Bond avec Craig, le dernier mais le moindre

spectre(Attention, ce texte est divulgâcheur – traduction de spoiler) Évidemment, il n’est jamais question de ne pas écouter le nouveau James Bond. C’est comme les Bye Bye, on peut les critiquer, on ne peut les manquer. D’autant que je suis partisan de Daniel Craig dans le rôle. Cette dernière mouture commence bien, mais finit dans des zones encore inexplorées d’invraisemblance (cela dit dans le monde de suspension de la vraisemblance auquel on se soumet en entrant dans l’univers Monde). Non, franchement, les dernières 30 minutes n’ont aucun sens: James se livre à son ennemi pieds et poings, son évasion est loufoque, son histoire d’amour instantanée avec la belle Léa Seydoux ne tient pas debout. Le scénario tente d’attacher en un seul bouquet les intrigues des quatre derniers films, mais le ruban est pour le moins ténu.

Si vous n’êtes pas accroc à chaque Bond, je vous suggère plutôt Casino Royale et Skyfall, les meilleurs Bond/Craig.

à votre tour

Dites moi ce que vous en avez pensé !

(Vous pouvez lire les précédents billets de cette série ici.)

Sport politique extrême: contredire (un peu) Jacques Parizeau

Les textes de Jacques Parizeau sur la stratégie souverainiste sont des lectures obligées. Son parcours, sa stature, sa droiture sur la question de la souveraineté le justifient amplement.

Cependant faut-il prendre à la lettre tout ce qu’il écrit ? La réalité est complexe et, dans le débat qui s’ouvre sur les chemins que le Parti québécois doit prendre pour retrouver la faveur des Québécois, il est parfois bon de multiplier les points de vue.

1310847129672_ORIGINALJe suis comme chacun déboussolé par l’ampleur de la défaite du 7 avril et j’ai l’esprit ouvert à toutes les options pour la suite des choses — sans toutefois remettre en cause l’identité d’un PQ indépendantiste et social-démocrate.

La contribution de Jacques Parizeau est donc bienvenue mais, comme je le faisais lorsque j’étais son conseiller, je vais me permettre de le contredire sur certains points. Je reproduis donc des extraits de son texte du Journal de Montréal, en y ajoutant quelques commentaires.
Le Parti québécois à la croisée des chemins, par Jacques Parizeau

Extraits:

En 1988 […] je deviens chef du Parti québécois. Un changement radical s’opère, symbolisé par le slogan: «Le Parti québécois est souverainiste avant, pendant et après les élections.»

Les années qui suivent, jusqu’en 1992, donnent lieu à plusieurs tentatives de redéfinir la place du Québec dans le Canada et de réformer la constitution canadienne.

Oups. Monsieur Parizeau saute l’étape de sa première élection comme chef, en 1989. On pourrait croire qu’il s’est présenté devant l’électorat en promettant de conduire les Québécois à la souveraineté s’il était élu. Il n’en est rien. La campagne de 1989 de Jacques Parizeau, sous le slogan On prend le parti du Québec, a beaucoup porté sur la santé (le début de la grogne sur les listes d’attente sur fond de grève des infirmières), l’environnement (avec le scandale des BPC).

M. Parizeau se disait, évidemment, ouvertement souverainiste et il en parlait volontiers. Mais en 1989, il ne prenait nullement l’engagement de conduire le Québec à la souveraineté pendant le mandat, il promettait seulement de consulter les Québécois sur l’obtention de pouvoirs sectoriels.

Pourquoi ? Parce que le sentiment souverainiste était alors, dans l’opinion,  faible.

Plusieurs comités, commissions d’étude ou d’enquête, à Québec et à Ottawa, explorent le renouvellement du fédéralisme et la souveraineté du Québec. En 1992, un référendum est tenu sur un projet de renouvellement de la constitution canadienne. Le projet est rejeté au Québec, dans le reste du Canada et chez les nations autochtones.

En effet. Ces échecs du renouvellement du fédéralisme ont propulsé la volonté souverainiste à un niveau historiquement inégalé.

« J’ai basé toute ma stratégie sur l’échec de l’accord du lac Meech » a alors confié M. Parizeau.

L’action pro-souverainiste de M. Parizeau à l’époque n’est qu’un élément, mineur, d’un contexte qui est, lui, soudainement très porteur pour la souveraineté.

On ne retrouve d’ailleurs pas, dans ces années d’un PQ dirigé par M. Parizeau, d’effort particulier de promotion de la souveraineté auprès de l’opinion, par des publications, tournées, blitz ou autres. C’est la personnalité de M. Parizeau qui fait la différence.

Il est aussi intéressant de noter que, lors du référendum de 1992 sur l’offre constitutionnelle, la campagne du NON, dirigée par M. Parizeau avec une large coalition, ne portait pas sur la souveraineté, mais était ciblée sur le rejet de la proposition.

Ce sont les fédéralistes qui affirmaient alors que le rejet de l’accord conduirait à la souveraineté.

Dans ce nouveau contexte où la souveraineté est majoritaire, M. Parizeau fait modifier le programme du parti pour proposer, dans le mandat suivant, une accession rapide à la souveraineté.

L’élection de 1994 et le référendum de 1995

Le Parti québécois se sert de toutes les études réalisées pour mieux définir ce que serait un Québec indépendant. Quand la campagne électorale est déclenchée, en 1994, on est prêt.

On a toujours exagéré le niveau de préparation de l’équipe péquiste sur la question indépendantiste avant 1994. M. Parizeau avait personnellement clarifié la position sur le dollar, la dette, le commerce et les frontières et avait ramené l’association Québec-Canada à sa plus simple et réaliste expression. Au-delà de cette clarification, cependant, j’ai pu constater en septembre 1994 qu’il n’y avait pas de travaux préparatoires pour l’indépendance dans les cartons lors de la prise du pouvoir.

On peut dire aux électeurs: «Si vous nous élisez, nous tiendrons un référendum dans les 8 à 10 mois après l’élection.»

C’est vrai. Mais, encore une fois, le Parti québécois de Jacques Parizeau n’a pas fait sa campagne électorale, en 1994, sur le thème de la souveraineté. Son slogan était L’autre façon de gouverner et, Pas de promesses, des solutions. La question de la santé était, encore, essentielle dans la campagne. C’est davantage l’opposition libérale qui ramenait constamment sur le tapis le sujet de « l’enclenchisme » c’est-à-dire de l’engagement péquiste d’enclencher le processus référendaire au lendemain de l’élection.

Le Parti québécois prend le pouvoir avec 45 % des voix et 77 sièges.

On doit à la vérité d’indiquer que ce résultat, de 45%, a été reçu comme une douche froide chez des leaders souverainistes, car chacun s’attendait à un résultat qui aurait frôlé, sinon dépassé les 50%, et donné ainsi une forte impulsion au référendum à venir.

Deux ans plus tôt le référendum de 1992 avait réuni, autour de la coalition dirigée par le PQ, 56% de NON puis le  Bloc québécois avait récolté, en 1993 moins d’un an avant, 49% des voix.

Le nouveau gouvernement, avec un mandat aussi clair, est tout à fait justifié d’utiliser tous les moyens à sa disposition pour réaliser son objectif. Un ministère de la Restructuration est créé pour examiner les modifications qu’apporterait l’indépendance à l’organisation politique, administrative, financière et budgétaire et à l’élaboration des politiques économiques et sociales.

C’est vrai. M. Parizeau semble indiquer que ce travail du ministère de la Restructuration a eu un impact positif pour préparer l’opinion publique à adhérer à la souveraineté.

En fait, la crédibilité du porteur de ballon choisi par M. Parizeau, Richard Le Hir, fut immédiatement disqualifiée dans l’opinion, dès l’automne 1994. (J’avais proposé à M. Parizeau de le remplacer rapidement, mais en vain.)

Les études Le Hir avaient une réelle valeur et auraient été utiles pour la réalisation de la souveraineté, mais la controverse les entourant leur enlevèrent tout impact positif dans l’opinion publique. A l’aube du référendum, un scandale sur la gestion des fonds du ministère par un haut-fonctionnaire nous entraînèrent au plus bas dans les sondages.

Des commissions formées de citoyens, sans aucun député ni ministre, sont organisées dans toutes les régions pour examiner l’avenir du Québec. Cinquante-cinq mille personnes participent aux travaux de ces commissions!

Oui. En fait les députés, péquistes et bloquistes, y participaient activement. Les Commissions furent utiles pour mobiliser des leaders locaux ensuite très actifs dans la campagne référendaire, mais eurent essentiellement pour impact de nous révéler la grande réticence populaire, y compris parmi les souverainistes, à adhérer à une indépendance non assortie d’une association conséquente avec le Canada.

Les Commissions n’eurent aucun effet sur la hausse de la volonté souverainiste dans l’opinion.

Un projet de loi, simple et clair (six pages) fut rédigé pour établir comment la souveraineté serait réalisée. Immédiatement après le référendum (si le oui l’emportait), le gouvernement du Québec offrirait au gouvernement fédéral un projet de partenariat politique et économique (élaboré conjointement par le chef du Parti québécois, le chef du

La campagne du Oui

La campagne du Oui

Bloc québécois et le chef de l’Action démocratique du Québec). On se donnait le temps qu’il fallait pour faire aboutir les négociations. Si elles échouaient ou n’allaient nulle part, alors, au plus tard un an après le dépôt du projet de partenariat, l’Assemblée nationale avait le pouvoir de décréter l’indépendance du Québec. Le projet de loi et le projet de partenariat furent publiés sous la forme d’une petite brochure qui fut distribuée à toutes les portes du Québec.Puis on passa à la campagne référendaire.

Tout à fait. Cet effort fut amplifié par les publicités du Conseil de la souveraineté et l’action combinée des Partenaires de la souveraineté. Sous l’impulsion volontariste de M. Parizeau, fut formée la plus large et la plus active coalition politique de l’histoire du Québec. Les outils de pédagogie étaient nombreux et efficaces. On parlait de souveraineté sans arrêt.

Il faut quand même indiquer que, malgré ces efforts, dans le mois précédant le déclenchement du référendum, la perspective d’une victoire était si lointaine que certains souverainistes nous imploraient d’en annuler la tenue.

La dynamique de la campagne, d’abord très mauvaise, nous poussa à désigner Lucien Bouchard négociateur en chef en cas de victoire du Oui, ce qui n’était pas qu’une modification de tête d’affiche, mais une crédibilisation de notre volonté de négocier une entente avec notre voisin canadien.

Le taux de participation atteignit le niveau prodigieux de 94,5 %. On ne se demanda pas si les jeunes avaient voté moins que les vieux ou les femmes plus que les hommes; tout le monde était allé voter! En dépit de tout le travail de préparation et de promotion et de l’apport remarquable du chef du Bloc québécois, le oui ne reçut que 49,4 % d’appui. Plus tard, on eut la confirmation que le référendum avait été volé, mais cela est une autre histoire… En tout cas, le gouvernement fédéral et les fédéralistes québécois eurent très peur. On comprend pourquoi, ils ne veulent aujourd’hui à aucun prix un nouveau référendum.

Les deux voies

Après la défaite du 7 avril dernier, le Parti québécois a le choix entre deux voies. Il peut considérer que ce qui lui arrive est un accident de parcours, le fruit d’une mauvaise stratégie électorale et continuer de penser que de s’engager clairement à réaliser la souveraineté du Québec n’est pas payant politiquement. […]Le Parti québécois peut, au contraire, retrouver sa raison d’être, son objectif. Ce ne serait pas irréaliste. Au cours de la campagne électorale, on a posé la question habituelle, du genre: si un référendum sur la souveraineté du Québec avait lieu aujourd’hui, voteriez-vous oui ou non? 41 % des répondants auraient voté oui, alors que le Parti québécois n’a obtenu que 25 % des voix le jour de l’élection… On ne repartirait donc pas à zéro.

Il est tentant mais très dangereux de penser que 41% des Québécois sont souverainistes. Comme je l’ai expliqué ici sur la base des études du Groupe de recherche sur l’opinion publique, la proportion des Québécois qui croient réellement à la souveraineté n’est plus que de 28%. On peut penser que c’est le résultat d’une trop longue absence de pédagogie souverainiste, mais on ne peut tabler aujourd’hui sur le fait que 41% des électeurs n’attendent qu’un signal de ferveur souverainiste pour se regrouper autour du PQ.

D’ailleurs, le formidable succès de Jean-Martin Aussant qui, en 2012, lance, sans ressources, un nouveau parti, Option nationale, ouvertement indépendantiste et, en un an, recrute au-delà de 6000 membres, à peu près tous des jeunes, devrait faire réfléchir.

Justement. La chute d’appui populaire à Option Nationale en avril 2014 doit nous faire réfléchir et nous conduire à la conclusion inverse. Normalement, s’il existait un bassin important d’indépendantistes déçus du PQ et motivés principalement par le projet, on aurait du voir une augmentation du vote ON en avril. Or, Option Nationale a perdu les 5/8e de son vote de 2012.

En tout état de cause, le Parti québécois devra se transformer radicalement. Depuis 1995, le Québec a beaucoup changé; le monde aussi. Le pays à construire sera différent de celui auquel on aspirait il y a 20 ou 30 ans et le parcours pour y arriver ne sera probablement pas le même non plus.

Pour M. Parizeau, la voie référendaire n’a toujours été qu’un pis-aller pour réaliser l’indépendance. Il aurait préféré la voie parlementaire ou, lors de débats en 2004, un référendum sur une constitution.

L’histoire moderne ne lui donne pas raison. La norme internationale exige maintenant dans tous les cas la tenue d’un référendum pour que s’exprime la volonté populaire et que la reconnaissance internationale puisse en découler. Le Parti québécois a été un précurseur sur cette voie. Il ne peut qu’être cohérent à l’avenir.

Cela va demander beaucoup d’études et de préparation, d’explications et de promotion. Il faudra faire face à des campagnes de peur, mais aussi à des débats ardus si on veut proposer un projet de société qui soit plus intéressant et plus emballant qu’un simple engagement de bien gérer les affaires publiques.

Il y en aura pour plusieurs années. Le Parti québécois, ses dirigeants et ses militants doivent prendre le temps de réfléchir. La campagne à la chefferie devrait nous donner une bonne indication quant à la voie qui sera choisie.

(Fin du texte de M. Parizeau)

Ma conclusion

Mon respect pour M. Parizeau est total. Cependant, au moment où on sent une forte volonté militante de recentrer l’action du parti sur le thème de la souveraineté — qui serait à prendre où à laisser par l’électorat — il faut se garder de croire au mythe d’une période bénie où les succès passés du PQ auraient été liés à cette promotion, y compris lorsque M. Parizeau était aux commandes.

Lorsque l’idée indépendantiste était neuve, dans les années 1960 et 1970, la promotion de la souveraineté a certes permis des progrès considérables pour en établir l’assise dans l’opinion. Mais dès l’élection de 1973 et à chaque rendez-vous électoral par la suite — sauf aux référendums de 1980 et 1995 — les leaders successifs du PQ ont du composer avec les limites de la promotion de la souveraineté comme outil de mobilisation de l’électorat. Ce fut l’attitude de M. Parizeau lors des scrutins de 1989 et 1994, et lors du référendum de 1992 sur l’accord de Charlottetown. Et même en 1995, M. Parizeau a du adoucir sa position indépendantiste pour élargir son attrait, en acceptant la proposition d’offre de partenariat.

Il est courant de dire aujourd’hui que rien n’a été fait pour promouvoir la souveraineté depuis 1995. C’est excessif. Tout est question de degré et j’ai moi-même milité, pendant ces années, pour des initiatives supplémentaires à ce qui était fait, notamment auprès des jeunes.

Cependant il faut reconnaître à Pauline Marois le fait d’avoir moussé la tournée L’ABCD de la souveraineté- mettant en avant les députés Aussant, Blanchet, Cloutier, Drainville – pour parler de souveraineté dans tout le Québec en 2009 et 2010. Puis, au pouvoir, elle a dégagé dans le parti les sommes nécessaires pour une campagne active de promotion sur les réseaux sociaux (au succès mitigé, mais l’effort y était). Chaque Conseil national était consacré à une facette de la vie sous un Québec souverain et la campagne de promotion y était liée.

Le PQ a de plus contribué à la tournée de 13 régions québécoises des États-Généraux de la Souveraineté en 2012, participe aux Semaines de la souveraineté dans plusieurs Cégeps et universités (où on ne trouve nulle part de « semaine du fédéralisme »). On dira que ce n’est pas assez. Mais ce n’est pas rien.

Il serait intéressant d’imaginer ce que serait, entre 2014 et 2018, un nouvel effort de pédagogie souverainiste qui pourrait avoir un impact significatif dans l’opinion — sachant que rien de ce que le PQ et ses militants pourront faire n’aura de relais dans les médias.

Il est possible d’affirmer, aujourd’hui, que puisque tout a été tenté, ne reste plus que la promotion pure de la souveraineté. Mais ce ne serait pas un retour à une époque bénie et révolue. Ce serait ouvrir une nouvelle époque.

C’est tout.

Wow ! Parizeau, Duceppe, Lisette, Landry unis pour un candidat du PQ! Ça, c’est du rassemblement !

Voici le texte intégral du texte collectif diffusé aujourd’hui par plusieurs souverainistes influents, au sujet de PKP

Saluons l’engagement politique

par Jacques Parizeau, Lisette Lapointe, Bernard Landry, Gilles Duceppe, Louise Harel, Lise Payette, Viviane Barbot, Gérald Larose, Jean-Paul Lallier, Jean Doré

L’exercice de la démocratie s’incarne dans l’engagement de femmes et d’hommes prêts à consacrer une part de leur vie pour servir l’intérêt public. Souvent ingrate, toujours exigeante, la vie politique rebute nombre de citoyens qui auraient pourtant une contribution de grande valeur à offrir au Québec.

En ce sens, la décision de Pierre-Karl Péladeau de faire le saut en politique envoie un puissant signal à toutes celles et à tous ceux qui hésitent encore à se mettre au service de la démocratie. Il y a là une valeur d’exemple qui inspirera sans aucun doute d’autres vocations.

Toute partisanerie mise à part, nous croyons qu’il faut saluer la décision de l’ancien dirigeant de Québécor, de même que celle de toutes les femmes et de tous les hommes qui font ce choix.

Bien sûr, dans ce cas précis des inquiétudes bien légitimes ont fait surface au sujet de l’indépendance des médias d’information. M.Péladeau a quitté toutes ses fonctions, il s’est engagé à placer ses avoirs dans une fiducie sans droit de regard et à respecter les lignes directrices du code d’éthique de l’Assemblée nationale.

De leur côté, les dirigeants des médias concernés ont réaffirmé leur indépendance vis-à-vis des acteurs politiques. Pour ce qui est des professionnels de l’information, il nous semble que laisser entendre qu’ils ne seraient pas en mesure d’agir en toute objectivité fait peu de cas de leur professionnalisme

Exiger de Pierre-Karl Péladeau qu’il vende ses parts d’une entreprise fondée par son père nous semble excessif, d’autant plus qu’un tel scénario déboucherait sans doute sur la perte de contrôle, par le Québec, d’un fleuron de notre industrie culturelle et par le fait même, du siège social d’une entreprise à l’importance vitale

Tout en demeurant vigilants, nous invitons tout le monde à faire confiance aux institutions et, au lieu de s’attaquer à un homme ayant choisi l’engagement politique, saluons son geste!