Chaque jour, au Québec, 227 signalements sont faits à la direction de la protection de la jeunesse, 227 enfants potentiellement à risque de négligence, de maltraitance, de violence. Le nombre de signalements augmente chaque année.
Quelle est la réponse du gouvernement libéral? Est-ce de soutenir les intervenants de la DPJ dont la charge de travail augmente? Non. La réponse libérale est de réduire de 20 millions de dollars le budget. Jamais la DPJ n’avait subi une coupure aussi importante.
Il y a 10 jours, les directeurs régionaux de la DPJ ont réagi. Leur constat est troublant:
Caroline Brown, directrice de la DPJ de Chaudière-Appalaches (dans La Presse):
Le Québec doit placer ses enfants au sommet de ses priorités, réclame Mme Brown. «Ce sont les êtres les plus vulnérables de notre société.» L’amaigrissement des subsides étatiques engendrera d’autres dépenses pour la collectivité, selon elle. «On est confronté à des coupes importantes. On est préoccupé.» Moins de services dans les garderies, moins de budget dans les centres de santé, moins d’argent pour les organismes communautaires, moins de fonds pour les centres jeunesse. Si les enfants et les adolescents des familles dysfonctionnelles ne sont plus supportés par ces organisations tout au long de leur cheminement, il y aura inévitablement une augmentation des signalements à la DPJ, analyse Caroline Brown. «Il faut s’assurer que les enfants n’en payent pas le prix.»
Jacques Dubé, directeur de la DPJ de Laval (dans La Presse):
Les impacts des diminutions des services chez les jeunes se font sentir pendant des années, selon Jacques Dubé. «Chaque dollar investi dans l’enfance apporte 4$ à la société à long terme», a-t-il illustré, avant de souligner que la clientèle des centres jeunesse subit des compressions en double, étant donné les coupes budgétaires prévues dans l’aide alimentaire et l’aide aux devoirs. «Les plus vulnérables sont les plus touchés», s’est désolé Jacques Dubé.
Danielle Tremblay, directrice de la DPJ du Saguenay-Lac-Saint-Jean (à Radio-Can):
« Pour la première année, je me présente lors du bilan des DPJ en manifestant cette inquiétude-là face à ce qui s’en vient. »
Elle craint particulièrement l’impact des réformes à venir sur les liens établis entre le Centre jeunesse, les Commissions scolaires et les CLSC.
Line Beaulieu, de la Fédération de la santé et des services sociaux de la CSN (à La Presse):
Les DPJ et leurs employés souhaitent que le gouvernement «comprenne» les nombreux impacts de ces compressions, sur les employés comme sur les enfants. «Près d’un employé sur trois quitte son travail après un an en centre jeunesse», a déploré Line Beaulieu, en évoquant des conditions de travail difficiles. Résultat: les enfants vivent des changements d’intervenants «de manière continue», a-t-elle poursuivi. «Leur situation se détériore, ils finissent dans des ressources qui ne sont pas adaptées à eux. Il y a plus d’itinérance, de fugues, d’exposition à la prostitution.»
J’ai interrogé le ministre Barrette ce mercredi à l’Assemblée nationale. Pour lui, les directeurs régionaux de la DPJ ne connaissent pas le sujet !
Voici la vidéo de la FSSS de la CSN qui jette un bon éclairage sur la question:
Je vous laisse sur un extrait de l’opinion publiée ce dimanche dans Le Soleil par Marie-Hélène Gagné, titulaire à l’Université Laval de la Chaire de partenariat en prévention de la maltraitance:
La recherche montre que le fait d’investir dans les services aux enfants et aux parents en difficulté est associé à une réduction du taux de maltraitance et à des économies importantes. À l’heure actuelle, on connaît des interventions non seulement efficaces, mais qui présentent en plus un rapport coûts-bénéfices intéressant. Par exemple, le programme de soutien au rôle parental Triple P, actuellement expérimenté au Québec grâce à la collaboration de nombreux partenaires du domaine enfance-famille (centres de la petite enfance (CPE), commissions scolaires et écoles, organismes communautaires, centres de santé et de services sociaux (CSSS / CLSC) et centres jeunesse) s’est avéré efficace à prévenir la maltraitance et permettrait d’économiser six dollars pour chaque dollar investi. En matière de retour sur l’investissement, c’est majeur!
Pourtant, cette innovation sociale est fragilisée par l’austérité budgétaire annoncée, parce que les partenaires impliqués font face à une incertitude financière sans précédent. Ils ne voient plus comment ils vont arriver à maintenir la qualité de leurs services, quoi que nos dirigeants en disent. Au cours des dernières années, j’ai eu le privilège de les côtoyer sur leur terrain. J’ai été témoin de la tension qu’ils vivent entre leur désir d’innover, de collaborer et de perfectionner leurs pratiques, et leur réflexe de se replier sur leurs bases pour faire face à l’adversité. J’ai une immense admiration pour ces personnes et ces organisations qui choisissent de persévérer malgré ce qui s’annonce.
On ne saurait mieux dire.