Quand Amir Khadir perd les pédales, et son jugement

Amir Khadir avait appuyé l'Ayatollah Khomeini. Pris de remord, il le voit partout !

En 1979, Amir Khadir avait appuyé l’Ayatollah Khomeini. Pris de remords 35 ans plus tard, il le voit encore partout !

Je ne pensais pas écrire deux jours de suite sur les dirigeants de Québec Solidaire. Mais la dérive de leurs propos m’y oblige. Françoise, déjà, avait insulté tous les progressistes qui sont au PQ avec ses affirmations. C’était beaucoup.

Mais voici qu’hier, Amir Khadir est allé encore plus loin, en comparant la direction du PQ à la dictature islamique, liberticide et misogyne de l’Ayatollah Khomeini d’Iran.

Voyons d’abord ce qu’Amir a dit, dans son contexte, avant de commenter. Il est suivi par un journaliste radio de Radio-Canada, micro en mains, dans sa circonscription de Mercier. Il sait donc que ce qu’il va dire sera rendu public. Il entre dans un café et aborde un jeune. Voici l’intégrale de la conversation:

Khadir : « Et puis, M. Péladeau, ça vous sourit? »

Jeune : « Je ne l’aime pas particulièrement personnellement, mais je pense que, pour la souveraineté c’est une bonne chose parce qu’il faut aussi convaincre les gens de droite. Il fallait aller chercher cet appuilà.»

Khadir l’interrompt : « Il faut leur donner les clés de la voiture pour que ce soit eux qui conduisent? S’il est sincère, pourquoi il ne fait pas juste appuyer la souveraineté puis mobiliser son monde. Pourquoi est-ce qu’il faut donner les clés d’un parti social démocrate, au parti de René Lévesque…»

Jeune : « Est-ce qu’elle lui a donné les clés, Mme Marois? »

Khadir : « Ben oui, regardez on a pris ce risque là avec Lucien Bouchard. On a eu le déficit zéro… »

Le jeune l’interrompt : « Je ne pense pas que Daniel Breton est à droite, il y a plusieurs candidats de gauche aussi au PQ »

Khadir : « Ils sont sans pouvoir. C’est que l’indépendance est peut-être promise, mais ce qui est au rendez-vous, certainement, c’est l’austérité, c’est les politiques néo-libérales qui prennent de l’ampleur et ça a des conséquences sur la vie des gens. Moi j’ai fait ce choix là il y a trente ans, une fois. Pour l’indépendance de l’Iran par rapport aux Américains, il y a 35 ans. Des milliers de gens de la gauche à la droite ont appuyé Khomeini. Regardez ce quon récolte aujourd’hui. L’histoire le démontre qu’on y perd son âme, on y perd son objectif.

Vouloir faire une alliance, oui  mais avec l’hégémonie de la gauche, des progressistes comme l’a fait René-Lévesque.

Jeune : « Il y a des décisions avec lesquelles je ne suis pas d’accord, mais moi, mon idéal, c’est de faire du Québec un pays et, en ce sens-là, je suis capable de me rallier, voilà. »

Khadir (qui perd légèrement patience) : « Je dis simplement qu’il y a des dangers là-dedans. Si Pierre-Karl Péladeau, si ce que tu dis, est pour l’indépendance, quel besoin y a-t-il de le mettre au pouvoir ?  Je te pose la question ? Pourquoi ?»

Jeune : « Parce que, Pierre-Karl Péladeau, en étant au pouvoir va pouvoir avoir une plus grande influence… »

Khadir : « Ah! Voilà! »

Jeune : « … sur les gens qui sont à droite et qui vont peut-être appuyer le Parti Québécois et voter pour la souveraineté. »

Khadir : « Tout est dit, c’est là le danger. »

Khadir s’éloigne, n’ayant pas convaincu ce souverainiste de bon sens.

On peut même écouter l’extrait sur le web ici.

Saluons d’abord l’aplomb de ce jeune citoyen de Mercier, qui affronte Khadir et tente de lui faire entendre raison. (Appel à tous: j’aimerais rencontrer ce jeune et voudrais qu’ils s’identifie dans la section commentaire du blogue. Ses coordonnées ne seront pas publiées.)

Maintenant sur Amir. Ce n’est pas PKP qu’il compare à un des pires dictateurs du siècle. C’est Pauline Marois. C’est elle qui réussit à attirer en son sein des ex-syndicalistes et un ancien patron. C’est elle qui dirige ce parti social-démocrate qui a toujours compté en son sein des membres du centre-droit. C’est elle qu’il vise.

Amir admet que, jeune étudiant de gauche, il avait entendu l’appel de Khomeini au rassemblement de tous les Iraniens, de droite et de gauche, opposés au Shah d’Iran, pro-américain, et il s’était rangé derrière Khomeini.

C’est donc la première première ministre du Québec, grande démocrate, l’ex-travailleuse sociale qui a fait les garderies à bas coût, la politique familiale et tant d’autres avancées sociales que le député de QS considère comme comparable à un des despotes les plus méprisables du temps.

Qu’il s’excuse sans délai, c’est la moindre des choses. Dans un parti normal, on le relèverait temporairement de ses fonctions, pour bien marquer le désaccord et prendre de la distance envers un tel manquement au simple savoir-vivre.

Prisonnier de son propre manque de jugement

Mais il y a plus. Amir Khadir semble encore prisonnier de son propre manque de jugement. En 1979, il était dans la rue, à Montréal, à scander des slogans contre le Shah et pour Khomeini.  Il a manqué de jugement. Il s’en repent aujourd’hui.

Mais il n’était pas seul dans la rue. Militant étudiant, j’y étais, avec beaucoup d’autres. Et je me souviens très bien que nous étions plusieurs à refuser de reprendre les slogans pro-Khomeini. Déjà laïcs, il nous semblait hautement risqué de faire confiance à cet Imam moyenâgeux. En 1979, le Parti québécois était déjà au pouvoir, et je ne me souviens pas qu’il ait manifesté la moindre affection pour Khomeini, contrairement à Amir.

Ce qu’Amir Khadir nous révèle dans cet échange surréaliste, c’est qu’il est encore prisonnier de ses propres erreurs de jugement. Ayant succombé à l’attrait de Khomeini il y a 35 ans, et grugé par le remords, il le voit partout. C’est son problème et on lui souhaite de prendre du mieux.

Mais la moindre des choses serait qu’il n’impose pas ses lubies à la discussion publique d’aujourd’hui, à son parti, et aux bons citoyens de Mercier.

Cet écart est également un test de leadership pour Françoise David. Saura-t-elle rabrouer son député et s’en distancier sans réserve ?