Vidéo: l’emmerdeur et les contributeurs du PLQ

Les sources libérales sont formelles: tout le tapage fait par Marc Bellemarre (que ce blogueur appelle affectueusement l’emmerdeur, en souvenir de Jacques Brel dans le film du même nom) autour du financement du PLQ fait littéralement fuir les contributeurs du parti. Ils ne veulent plus être vus donnant des sous, signant un chèque, participant à un cocktail, serrant la main à un libéral.

L’impact de l’emmerdeur sur les bons vieux contributeurs a d’ailleurs été capté sur image. On le voit dans cette vidéo abordant personnellement des libéraux pour les mettre de mauvaise humeur. (Soyez attentifs: Fava est celui qui tente de monter dans l’autobus de campagne)

Cette vidéo n’existe plus

Devant le désastre annoncé de la prochaine campagne de financement, les libéraux ont imaginé une nouvelle approche qui fait du judo avec le problème:

* Celui qui donnera seulement 500 $ au parti aura son nom et son don inscrit dans le registre, donc mis à la portée d’Alain Gravel.

* Celui qui donnera 1000 $ sera enregistré dans le registre avec un nom d’emprunt

* Celui qui donnera 2000 $ne recevra plus de carte de Noël de Jean Charest

* Celui qui donnera 3 000$ aura le droit de ne plus venir aux cocktails de financement libéraux

* Celui qui donnera 5000 $ et plus aura le droit de ne plus être membre du PLQ

* Celui qui donnera 10 000 $ et plus verra son nom et ses photos effacés de toutes les archives du PLQ

* Celui qui donnera 15 000 $ et plus recevra un affidavit du PLQ affirmant qu’il n’a jamais été vu de près ou de loin par quelque ministre, député, organisateur ou militant libéral que ce soit…

(Note en petits caractères: Suite à quelques commentaires d’inalertes internautes, je me vois contraint de rappeler que l’image de 15h15 est un GAG ! Toute ressemblance avec des personnes vivantes ou vivotantes serait, quoique non fortuite, évoquée pour le simple plaisir de ne pas tout prendre au tragique.)

L’image: la résilience de l’emmerdeur

L’emmerdeur est un des personnages préférés de cette rubrique. Il a fait une première apparition dans le bilan de santé du premier ministre, le 17 mai, puis il est revenu hanter Jean Charest lors de son départ en vacances le 15 juin.

Évidemment on ne parle que de lui depuis le début des audiences de la commission Bastarache. Mais on croyait qu’une fois son témoignage terminé, il disparaîtrait. Mais comme cette photo en atteste, il s’incruste. Et s’invite maintenant parmi les avocats en costume cravates pour poser des questions pendant toutes les semaines qui viennent. On le voit, hilare, en bas à droite.

LhROr

Bellemare-Charest : pourquoi je ne les crois pas !

194874-jean-charest-tenu-point-presse-150x150Nous avions tout faux. C’est ce que je tire comme conclusion des premiers jours d’audience de la Commission Bastarache.

Tout faux, lorsque nous pensions qu’il faudrait — qu’il suffirait — de déterminer si Jean Charest ou si Marc Bellemare disait vrai.

Or, à les entendre, j’ai acquis la conviction qu’ils cachent tous les deux la vérité. Pourquoi ? L’instinct. Et la pratique du journalisme et de la politique.

Versant Bellemare

Vous voyez, en journalisme, on cherche toujours la phrase-choc. Or il est rare que l’on trouve une citation parfaite. Des mots qui tuent ou plutôt qui, lorsque prononcés en privé par un personnage important, l’incriminent absolument.

C’est pourquoi j’ai d’abord tiqué, mardi, lorsque M. Bellemare a affirmé avoir entendu de la part de Jean Charest les mots:

«Franco Fava est un ami personnel, c’est un collecteur influent du parti, on a besoin de ces gars-là, il faut les écouter, c’est un professionnel du financement. S’il te dit de nommer Bisson et Simard, nomme-les.»

En admettant que les faits soient vrais, la conversation sonne faux. Voici un premier ministre expérimenté devant gérer un ministre inexpérimenté et qu’on soupçonne déjà un peu incontrôlable. Admettons qu’il ait voulu le convaincre de procéder aux nominations voulues par Fava. Après tout, on connaît le résultat: les nominations ont été faites.

À moins d’être un idiot — ce qu’il n’est pas — Charest aurait dit:

«Écoute Marc, c’est toi qui décide, c’est toi le ministre. Maintenant, Bisson et Simard sont compétents, c’est entendu. C’est peut-être vrai que c’est leur tour, après tout. Ce ne sont pas les péquistes qui les auraient nommés, depuis neuf ans, malgré leur compétence, non ? Tes candidats aussi sont compétents, c’est sûr. Mais il y aura d’autres nominations, plus tard. Alors, moi, je me fie à ton jugement. Je pense que tu peux voir toutes les facettes du problème. Réfléchis encore.»

Voilà une citation crédible. Un message qui passe, mais avec des gants blancs.

Mercredi, Marc Bellemare a enfoncé le clou avec une seconde citation, qu’un Jean Charest imprudent comme un puceau aurait émise le jour de la démission de celui qui, c’était maintenant certain, était incontrôlable:

«Tu sais que tu as un serment ministériel. Fava, Rondeau, les juges, l’argent… cela n’existe pas. Tu n’as pas le droit de parler de ça.»

L’ex-ministre veut nous faire croire que le Premier ministre a pris la peine, en le quittant, de lui faire la liste de tout ce qui pouvait lui nuire. C’est politiquement incroyable. Une version crédible est que Charest ne lui ait rien dit et lui fasse savoir par un non-élu — le secrétaire général du gouvernement — l’importance du serment ministériel. Puis, au maximum, lui fasse savoir par un conseiller l’importance de garder le linge sale, pour peu qu’il y en ait, dans la famille libérale.

Versant Charest

Lorsque vous êtes empêtré dans une situation embarrassante et que le respect de la vérité n’est pas votre vertu cardinale, la meilleure défense est de nier en bloc. D’affirmer n’avoir jamais été dans l’endroit en question et n’avoir jamais été empêtré.

Ce mensonge est plus gros mais surtout plus lisse, donne moins prise aux questions, qu’une vérité complexe.

La défense de Jean Charest tient en ces mots:

«M. Bellemare n’a pas soulevé avec moi la question d’influences indues dans la nomination des juges. J’ai encore moins dit à M. Bellemare d’accepter une nomination parce qu’il était sous pression de qui que ce soit»

Je l’ai dit, je crois que Bellemare embellit le dialogue avec le PM. Mais je serais surpris qu’il invente du tout au tout. Il est plus probable qu’il ait en effet discuté de la question avec Charest (surtout qu’il avait son propre candidat en remplacement du juge Simard). Qu’a répondu Charest ? On ne le sait pas. Mais on connaît, je l’ai dit, le résultat: les nominations ont eu lieu.

Je pose l’hypothèse que la discussion a eu lieu, mais que les propos qu’a effectivement tenus le Premier ministre étaient, disons, ambigus. Suffisamment pour que M. Charest les estime difficile à défendre. Mieux valait choisir la négation totale de l’existence de la conversation. Ainsi, il n’y a rien à expliquer.

Cela ne veut pas dire qu’il soit crédible et cru (je ne suis pas des 13% de Québécois qui le croient). Mais cela est plus facile à gérer avec la presse, et devant la commission. Puisque, dans cette version, l’événement n’a pas eu lieu, il y a peu à dire.

Cela dit, cher commissaire Bastarache, je vous souhaite une excellente journée.

Pas content. Pas crédible. (Photo PC)

Bellemare : la question qu’il faut poser

bellemare1-150x150Deux fois, hier, lors de son témoignage, l’ex-ministre Marc Bellemare a voulu élaborer sur le second de trois sujets qu’il dit avoir abordé, le 2 septembre 2003, avec Jean Charest.

Deux fois, le procureur de la commission a indiqué que ce sujet excède le mandat de la commission Bastarache. Il a tort.

L’ex-ministre n’a eu que le temps de dire qu’il avait dénoncé auprès de Jean Charest une demande «inacceptable» d’intervention dans un procès criminel. La demande provenait de Denis Roy, alors conseiller du Premier ministre.

Le «cas» Denis Roy, s’il existe, n’est peut-être pas couvert dans le mandat de la commission. Mais la réponse de Jean Charest aux reproches évoqués devant lui par Marc Bellemare l’est, indubitablement. Le sérieux — ou la désinvolture — avec laquelle le Premier ministre a réagi à ce cas nous informerait sur l’importance qu’il accorde — ou non — à l’indépendance de la magistrature québécoise.

Car, au final, la décision de croire la version de l’ex-ministre ou celle du premier ministre sur l’existence de trafic d’influence dans la désignation de trois juges repose sur la crédibilité de l’un ou de l’autre.

Puisque l’ex-ministre Bellemare n’a pas eu la présence d’esprit, après sa rencontre du 2 septembre, de se confier à un proche, à un collègue avocat, qui aurait pris des notes détaillées sous le sceau du secret, ce qui nous donnerait un élément de corroboration contemporaine des faits, nous voilà renvoyés à la crédibilité presque nue.

Tout ce qui peux confirmer ou infirmer la pratique de l’un ou de l’autre est donc bon à prendre.

– Marc Bellemare a-t-il l’habitude (ou non) d’inventer de toutes pièces des accusations que rien n’étaye ?

– Jean Charest se fiche-t-il (ou non) de l’indépendance judiciaire et accepte-t-il (ou non) les interventions politiques ?

Alors, de grâce, qu’on laisse Marc Bellemare nous raconter le cas Denis Roy et relater, surtout, la réponse du Premier ministre.