Exagérer avec Bock-Côté

Je veux rassurer tout de suite ceux de mes lecteurs qui souffrent de mathieu-bock-côté- phobie – oui, oui, je sais que vous êtes là : je ne suis pas un admirateur inconditionnel de celui qu’on appelle MBC. Mais voilà, je dois maintenant vous peiner en ajoutant que j’en suis un admirateur conditionnel. En plus, c’est un ami.

Je suis social-démocrate, il est conservateur. J’exècre l’avant-dernier pape, il le vénère. Je suis critique de toutes les religions, il fait l’apologie de la chrétienté. J’applaudis les programmes d’accès à l’égalité, il en rejette le principe même. Je suis inquiet du réchauffement, cela ne lui fait ni chaud ni froid. Je juge essentiel de faire reculer la pauvreté, le sujet l’ennuie. Il m’arrive même de défendre les droits des anglo-québécois. S’il l’a fait, cela m’a échappé. Je suis indépendantiste, lui aussi.

Je viens de terminer son dernier livre, Le totalitarisme sans le goulag (La Cité). Il exagère. C’est bien écrit. Il manie le verbe avec talent, mène sa charge avec élan. On le soupçonne content d’avoir trouvé une habile formule pour trucider tel aspect du régime diversitaire dont il a fait son ennemi personnel, puis en imaginer une seconde, puis une troisième, plus mordante encore, qu’il ne peut s’empêcher de nous faire partager. On voit bien qu’il se répète, mais on pardonne, car c’est goûteux. Mais qu’est-ce qu’il exagère !

Si on suit son raisonnement, nous vivrons bientôt, nous occidentaux, dans un monde où  une banque fermera notre compte, simplement par désaccord avec notre opinion politique, pourtant légale. Un monde où des manifestations seront interdites préventivement, par crainte qu’y soient prononcés des propos haineux. Un monde où utiliser le mauvais prénom pour désigner le genre d’une personne seront un acte criminel. Où on pourrait être déclaré hors-la-loi pour avoir mis en doute le récit victimaire d’une minorité. Un monde où des policiers pourront nous arrêter, simplement parce que nous avons chez nous un livre qui peut être jugé offensant envers une minorité et que nous aurions dû savoir que quelqu’un pourrait l’utiliser pour le montrer à une partie du public et ainsi les inciter à la haine (Mein Kampf ? L’Ancien testament ? Le Coran ? Relations des Jésuites ?). Un monde où nous pourrons être accusés d’inciter à la haine pour des propos tenus en privé, dans notre salon. Un monde où des employés de l’État ou de grandes entreprises seront soumis à des formations les instruisant sur ce qu’ils doivent absolument penser de l’histoire de leur pays. Et où exprimer un désaccord envers une opinion bizarre – le racisme est bien pire au Canada qu’aux États-Unis, par exemple  – peut vous valoir des accusations de suprémacisme, vous plonger dans une dépression, vous conduire au suicide. 

Quand je vous disais qu’il exagérait. On serait dans Orwell, qu’il cite d’ailleurs abondamment. Bon, c’est vrai, une banque a fermé son compte au politicien britannique Nigel Farage pour raisons politiques. Devant le tollé, ils l’ont rouvert. Bon, c’est vrai, des préfets français ont interdit à l’avance des manifestations, parfois de gauche, parfois anti-laïques, parfois de l’ultra-droite, parfois aussi pour interdire de taper sur des casseroles sur la trajectoire du convoi présidentiel. Est-ce si grave ? Penser que le mégenrage soit criminalisé, c’est du délire. Quoique ce soit souhaité par une pluralité de millénariaux aux États-Unis. Idem pour la criminalisation de la discussion sur le génocide autochtone canadien. Ce n’est qu’une recommandation officielle, appuyée par le ministre canadien de la Justice. Pourquoi s’énerver ? Et ce livre odieux que vous avez chez vous, ce n’est qu’en Irlande qu’une loi pourrait vous entraîner en taule pour le posséder, pas ici. Et les propos haineux tenus en privé, ce n’est qu’en Écosse qu’on pourrait vous les reprocher devant un juge. C’est loin, l’Écosse. Quant aux formations obligatoires vous i à croire que nous sommes pire que les Américains, elles ne sont imposées qu’aux employés fédéraux, à ceux des grandes entreprises, pas aux PME. Et, oui, aux directeurs d’école de l’Ontario, dont un a osé dire que c’était inexact, fut accusé d’être un suprémaciste blanc, puis s’est suicidé. Mais n’était-il pas un peu fragile ?

Sérieusement, Bock-Côté trace le portrait de ce qui pourrait nous arriver de pire, si la totalité des assauts recensés contre la liberté d’expression et de conscience devaient s’arrimer et se généraliser. S’avisant qu’il existe un médicament qui semble réduire les opinions racistes, notant que des implants cybernétiques sont en développement, il nous avertit de ne pas écarter la perspective d’utilisation de ces innovations pour contrôler nos élans et nos pensées. Je voudrais lui rétorquer que le pire n’est pas toujours sûr. Je me retiens car ses ouvrages précédents nous avaient souvent prévenus de dérives dont on ne pouvait croire qu’on les vivraient près de chez nous, mais qui, pourtant, sont arrivées.

Évidemment, s’il s’inquiète énormément des outrances issues de la mouvance woke (un mot qu’il n’utilise pas, préférant parler de Régime diversitaire), il est moins disert sur les mouvements de droite qui interdisent des lectures, réforment les programmes pour qu’on ne parle plus d’esclavage aux États-Unis, matent la liberté de la presse en Europe de l’Est. Une partie du livre est destinée à prouver que l’extrême-droite politique n’existe pas en soi (il ne nie pas l’existence de groupuscules néofascistes). Qu’il ne s’agit que d’une étiquette servant à marginaliser les porteurs d’un discours dérangeant. La démonstration va pour la France, où les thèmes du contrôle de l’immigration et de la lutte contre la délinquance, naguère portée par le clan Le Pen, sont désormais au centre de l’action d’un gouvernement qui se dit d’extrême centre. Mathieu n’en parle pas, mais l’utilisation par les conservateurs nord-américain du mot woke pour étiqueter la totalité des positions progressistes et écologistes, même modérées, relève du même phénomène et mérite la même réprobation. Et lorsqu’il défend, sans la nommer, la thèse du “Grand Remplacement” des peuples historiques par les minorités, on cherche en vain dans ses pages les chiffres, l’échéancier, le moment du point de bascule, même si la transformation est visible en France et en Europe dans des cités et des quartiers.

Il y a donc à prendre et à laisser – et beaucoup à ajouter – à l’œuvre que construit énergiquement l’ami Bock-Côté. Je conçois que les avertissements qu’il nous lance peuvent agacer, déranger. J’estime toutefois qu’il est un combattant de la liberté d’expression. Et que c’est à nos risques et périls qu’on refuserait de l’entendre.

(Ce texte fut d’abord publié dans Le Devoir.)

Le bulletin des journalistes

Les journalistes et les chroniqueurs ont l’habitude de distribuer accolades et taloches, en fin d’année, aux personnes qui, dans notre société, ont eu le cran de demander aux citoyens de voter pour eux pour obtenir le privilège de gérer les affaires de la cité et de recevoir, donc, accolades et taloches.

(Ce texte a d’abord été publié dans Le Devoir.)

Ce ne serait qu’un juste retour des choses que des élus publient, chaque année, un bulletin des journalistes. S’ils ne le font pas, c’est qu’ils savent que, comme le veut l’adage, on ne peut jamais avoir le dernier mot lorsqu’on s’en prend à quelqu’un qui achète de l’encre à la tonne. Autrement dit, qui a le contrôle du message.

La politique m’ayant quitté, et possédant une expérience antérieure en journalisme, j’ai pensé être bien placé pour dresser cette liste. L’année 2021 étant derrière nous, je serais parfaitement disposé à recenser les biais, omissions, outrances et erreurs que tout professionnel du métier peut relever au fil des jours. S’il y en avait d’énormes, je vous en ferais part. Mais mon constat est que la presse québécoise a joué en 2021 son rôle avec compétence et rigueur et qu’on a davantage matière à souligner l’excellence que l’indigence. Dans le désordre, et sans prétendre à l’exhaustivité :

Thomas Gerbet, de Radio-Canada, qui avait naguère donné la parole au sonneur d’alerte agricole Louis Robert, a récidivé en 2021 en nous apprenant qu’une commission scolaire ontarienne brûlait des Astérix et des Lucky Luke, et que le ministère de la Santé avait reçu des courriels d’alarme avant l’hécatombe en CHSLD, entre autres trouvailles.

Isabelle Hachey, de La Presse, continue à documenter les affronts à la liberté d’enseignement dans les universités, pas seulement celle d’Ottawa. Son travail a pour beaucoup contribué à donner naissance à la commission présidée par Alexandre Cloutier et à son excellent rapport. Joseph Facal, dans Le Journal de Montréal, verse également avec régularité des pièces au dossier.

J’aurais beaucoup de bien à dire de l’équipe du Devoir, bien sûr, mais je veux souligner particulièrement le travail de Marie-Michèle Sioui et de Jessica Nadeau sur la discrimination envers les Autochtones dans le réseau de la santé, qui ont trouvé des cas que la commission Viens n’avait pas dénichés. À partir des audiences de la coroner sur l’affaire Echaquan, Jessica Nadeau a aussi offert une reconstitution des journées d’hospitalisation, puis du décès, de la tristement célèbre Joyce, avec plus de précision et de nuance que n’en contenait le rapport de la coroner Géhane Kamel elle-même.

En début d’année, Isabelle Ouimet et Félix Séguin ont livré sur Illico une remarquable série documentaire, La preuve, sur l’époustouflant échec de la tentative des policiers et des procureurs de mettre cent Hells Angels durablement derrière les barreaux en 2009. Tour de force : les Hells qui témoignent nous deviennent sympathiques. C’est la deuxième année qu’Illico nous offre une série documentaire de très grande qualité, la précédente étant Le dernier felquiste. Mention aussi pour La brèche sur l’affaire Huawei et le pillage de Nortel.

L’excellente émission Enquête, animée par Marie-Maude Denis, ne rougit pas devant cette compétition bienvenue. Cette année, des reportages nécessitant un énorme travail ont permis de suivre des millions de dollars de la corruption de l’ère Vaillancourt à Laval à travers le dédale des paradis fiscaux ou de retracer le sans-gêne avec lequel le donneur de leçons Jacques Villeneuve a camouflé son énorme pactole.

ÀTVA, Pierre-Olivier Zappa est l’étoile montante de la vulgarisation économique. Son moment de gloire fut la question qu’il a posée en français au président d’Air Canada, Michael Rousseau. La question et la stupéfiante réponse (in English) ont fait l’événement.

Après cinq ans à la barre de la chronique politique la plus écoutée au pays (oui, au pays), Bernard Drainville a choisi de baisser de régime avant que le manque de sommeil ne finisse par grever son entrain. Il avait le redoutable défi de succéder à l’inimitable Jean Lapierre (et non de le remplacer, ce qui était impossible) au micro de Paul Arcand au 98,5. Il a réussi à occuper le créneau avec brio et à se rendre indispensable. Bonne chance au suivant, Jonathan Trudeau.

On ne peut parler de l’univers médiatique québécois sans souligner l’extraordinaire succès remporté en France par Mathieu Bock-Côté. Il anime le samedi soir Il faut en parler, dont l’audience sur CNews est plus forte que celles, à la même heure, des trois autres chaînes françaises d’info en continu. Il offre un édito quotidien en ondes le reste de la semaine, participe le dimanche matin à la grande entrevue politique sur Europe 1 (tous les futurs candidats présidentiels y passent). Le Point lui a consacré un portrait flatteur, Le Monde, un portrait grinçant et truffé d’erreurs. Au moindre prétexte, il parle, en bien, du Québec. Aussi énergique et polarisant là-bas qu’ici, il occupe une place dans l’Hexagone qu’aucun Québécois non chantant n’y a jamais occupé.

Mention finalement à Stéphan Bureau. On peut penser que son entrevue de juillet avec le sulfureux Didier Raoult manquait de mordant. Mais elle était plus acceptable que le choquant précédent qu’a voulu créer l’ombudsman de Radio-Canada, décrétant qu’à l’avenir, tout intervenant déviant de la pensée consensuelle devait être précédé ou suivi d’un panel de gens bien pensants qui diraient pourquoi il a tort. Bureau a eu raison de dénoncer, en ondes, cette dangereuse tentative de stérilisation de la parole.


MBC: La détresse de l’intellectuel conservateur

Oui, la détresse. On sort de la lecture du dernier ouvrage de Mathieu Bock-Côté avec beaucoup d’empathie pour son auteur. (J’en avais déjà, mais il n’y en a jamais trop !) Bock-Côté est offensif et sûr de lui lorsqu’il pourfend les « diversitaires » qui veulent selon lui vider les nations, les cultures, les individus, de leur essence même. J’y reviendrai. Mais lorsqu’il veut opposer à ce fléau en devenir un projet concurrent, on le sent déboussolé, incertain, changeant. Et il nous entraîne dans un exercice de remue-méninges intérieur qui dure plusieurs chapitres. Les meilleurs. Car, c’est une chose d’être « contre ». Mais être  »pour », là est l’exigence. Bock-Côté explique d’abord que le conservatisme a toujours été vu comme une posture de réaction face à la gauche et à ses projets. Un frein au changement. Il semble d’abord mettre la chose en doute, comme s’il y avait un réel contre-projet conservateur. Sur le ton du reproche, il souligne même que lorsque les conservateurs sont au pouvoir (ce qui arrive quand même assez souvent) il ne leur arrive jamais de renverser une décision de gauche, ou, pire, une décision « diversitaire », prise par la gauche avant eux. Ce qui conforte la thèse voulant que les conservateurs ne soient au fond que des crans d’arrêts qui offrent aux sociétés des « pauses conservatrices » entre deux moments de changement social, économique, politique, propulsés par la gauche/progressiste/diversitaire. Je vais me permettre de le contredire. L’univers politique couvert par Mathieu est le suivant: la France, le Québec et le Canada, les États-Unis. Ben, Cher Mathieu, aux États-Unis, le conservateur Trump a renversé plusieurs décisions progressistes: 1) en excluant les transgenres des armées, contre la recommandation de ses généraux; 2) en faisant reculer, via sa majorité au Congrès, des acquis des droits civils pour l’accès des noirs au vote; 3) en restreignant, par décret, l’assurance-maladie universelle obtenue de justesse par Obama. Il n’a pas fini son travail. Ses nominations à la Cour suprême sont sur le point de mettre en péril le droit à l’avortement. Bock-Côté s’intéresse peu aux aspects économiques du débat gauche-droite. Mais il devrait savoir qu’en France, de nombreuses décisions économiques et de droit du travail de François Mitterrand et de Lionel Jospin ont été renversées par Chirac, Sarkozy et maintenant par Emmanuel Macron. (Nationalisations, 35 heures, retraite à 60 ans, j’en passe). Et, retour aux USA, Bill Clinton, lourdement influencé par ses conseillers néo-libéraux et par Wall Street, a démantelé les très sages lois bancaires du progressiste Franklin Roosevelt, créant ainsi les conditions de la pire crise économique depuis celle des années 30, celle de 2008. (L’Organisation internationale du travail a estimé que 200 millions de travailleurs, surtout au Sud, ont été poussés dans la pauvreté par cette crise.) Les plis et replis de la pensée Mais, et c’est ce qui fait son charme, Mathieu reste principalement au niveau des idées. Il est dans le qualitatif, pas dans le quantitatif. Et on doit reconnaître la qualité de la phrase, le sens de la formule, l’érudition dans les sources (conservatrices, du moins). Il nous conduit avec joie et entrain dans les plis et replis de sa pensée. C’est un beau séjour. Ce qui explique pourquoi Mathieu Bock-Côté est désormais l’intellectuel québécois le plus connu en France. Il est la coqueluche des droites, de ses journaux, l’invité des plateaux de télé branchés (donc diversitaires, Le Quotidien de TF1 en l’espèce). Il débat avec Bernard Henry-Lévi, fait la couverture de Valeurs Actuelles, tient chronique au Figaro. Le Point le compare à Raymond Aron, ce qui est considérable. Ses formules sont fortes, qu’on en juge: « La promotion de l’idéal diversitaire justifie un harcèlement médiatique permanent pour amener les populations à s’y convertir et pour identifier ceux qui résistent à ses sirènes ». Ou encore: « Une campagne d’épuration médiatique permanente est censée nettoyer l’espace public des traces du monde d’hier et de ceux qui y seraient attachés. » Surtout, « rien ne saurait résister au mouvement de la modernité qui refoule sans cesse hors de l’espace du pensable politique ce qui lui est étranger. » Hum. Cette épuration semble avoir quelques ratés car comment expliquer qu’au Québec, les plumes qui peu ou prou sont d’accord avec Mathieu dominent l’empire Québecor, qui lui-même rejoint la majorité de la population ? L’épuration diversitaire semble imparfaite également en France. Sinon,  comment expliquer que Mathieu soit si présent dans l’espace médiatique français ? Mais il a des pièces à conviction. Nombreuses. La censure du débat dans certaines universités. Les affaires SLAV et Kanata. La pression générale exercée sur les participants du débat public pour se conformer aux idées diversitaires montantes: la parité obligatoire, par exemple, la disparition du genre dans les formulaires gouvernementaux, etc. Il sait me trouver à ses côtés dans certains de ces combats, mais pas tous. Mais il ressort du livre l’impression que cette poussée est déferlante, dominante. D’où le titre: « L’empire » du politiquement correct. Mathieu serait un résistant contre l’empire. Et dans certains chapitres, vers la fin, on le sent pessimiste sur la possibilité de tenir bien longtemps face à l’empire diversitaire qui, tel les Borgs de Star Trek, assimilent tout sur leur passage en avisant (en anglais): resistance is futile. Pourtant, on trouve dans ses propres pages des indices que tout n’est pas perdu. Il raconte qu’aiguillonné par une Commission des droits de la personne voulant criminaliser les propos offensants, le gouvernement Couillard a voulu légiférer contre les « propos haineux ». Vrai, mais on les en a empêchés. Nous avons résisté (bravo Agnès Maltais et toute l’équipe péquiste) et nous avons gagné. Il parle du projet de Commission nationale sur le racisme systémique. Oui mais, on l’a bel et bien fait mourir au combat, lui préférant des mesures anti-racistes immédiates. Il parle du projet de la Ville de Montréal d’intervenir dans les conversations virtuelles pour combattre les préjugés. Vrai, mais cette initiative est morte sous le poids de son propre ridicule. Et on peut désormais voir les pièces Slav et Kanata. Mathieu ! Ressaisis-toi ! Il arrive que l’empire perde ! Une cible atteinte Bock-Côté me semble cependant atteindre exactement la cible en diagnostiquant la tension créée par le changement, surtout diversitaire, sur le corps social. C’est vrai, qu’on soit d’accord avec aucun, un peu, beaucoup, ou la totalité des éléments de la revendication diversitaire:
« L’exil en terre étrangère est un déchirement. Le sentiment d’exil sur ses propres terres est un traumatisme encore plus grand », écrit très justement Alexandre Devecchio. La peur de devenir étranger chez soi est certainement l’inquiétude politique la plus profonde, celle à travers laquelle se redéploie la vie politique. On aurait tort d’y voir une peur irrationnelle alimentée par des démagogues sans scrupule. L’immigration massive, conjuguée à la déconstruction de tous les repères anthropologiques et identitaires des nations occidentales, suscite une angoisse existentielle qui se transforme en carburant politique. La mauvaise conscience semble aujourd’hui dominante dans une civilisation qui cultive la haine de soi, qui s’est laissée convaincre qu’il lui fallait moins assumer son histoire que s’en extraire et qui déconstruit sans fin […] »
En moins éloquent, j’évoquais cette tension dans mon livre Nous, en parlant du « moment minoritaire », du redressement des torts, et du « moment majoritaire ». Du fait qu’on ne peut opérer de changements sains et durables (et, contrairement à ce que pense Mathieu, en plusieurs cas souhaitables) sans constamment y intégrer les intérêts et les aspirations de la majorité. Un angle mort L’auteur passe un moment à tenter de réhabiliter la droite. D’abord, dit-il, il est réducteur de l’associer à l’extrême-droite. Bon. Ensuite, parlant de la droite française, il affirme que lorsqu’elle se désinhibe, c’est qu’elle avait auparavant internalisé le discours diversitaire et qu’enfin elle s’en affranchit. Bon. Mais ce faisant, la droite française reprend l’essentiel du discours non-économique du Front National (identité, immigration, sécurité, Jeanne d’Arc) donc de l’extrême droite. Il faudrait plus simplement assumer le fait que les grands partis (de droite et de gauche) ont gravement erré en laissant l’extrême-droite s’emparer de ces thèmes et de ces symboles. Mais il y a le problème de la seconde guerre mondiale. Pourquoi, se lamente-t-il, toujours ramener les nazis et les camps dans le débat ? Restons contemporains. C’est juste. Oui oui. Laissons Hitler et Staline derrière nous, la droite et la gauche actuelle n’ont rien à voir avec eux. Ce qui ne veut pas dire que l’Histoire n’a pas son importance. Les diversitaires voudraient, dit Bock-Côté, l’ignorer (les nations n’existent pas) ou la réécrire (les nations occidentales sont l’histoire d’hommes blancs qui ont opprimé tous les autres humains et les hommes blancs d’aujourd’hui devraient en payer le prix.) Il s’aventure sur la question des statues. Devraient-on les enlever parce qu’elles représentent un passé qui n’est plus, aujourd’hui, politiquement correct ? C’est une vraie question. Au sud des États-Unis, dans l’ancienne Confédération, des statues du général des armées sudistes Robert E. Lee ponctuent le paysage des grandes villes. Mathieu croient qu’elles permettaient au Sud d’accepter la défaite de la guerre de sécession sans se renier complètement. C’est inexact. Ces statues ont été érigées pendant la période de réaffirmation de la ségrégation et du pouvoir blanc. Le problème avec cet exemple, c’est que ce débat a provoqué, en août 2017, dans la charmante ville de Charlottesville en Virginie, une énorme manifestation de suprémacistes blancs, brandissant torches et drapeaux nazis et scandant: « les juifs ne nous remplaceront pas ». Ça casse un peu la ligne voulant qu’on laisse Hitler derrière nous. Je me suis fait remarquer comme un critique assez vif de l’extrême-gauche québécoise. J’ai vu des faucilles et des marteaux dans des manifs, oui. Mais je dois admettre que je ne les ai jamais entendu scander « on veut des goulags, on veut des goulags ! » Bref, je suis évidemment certain que Mathieu réprouve tout ce qu’il y a à réprouver dans cet incident, mais il est étonnant qu’un esprit aussi brillant et informé n’intègre pas ces données dans son argumentaire. Il est très attentif aux dérives diversitaires mais son acuité baisse lorsqu’il s’agit des dérives de la droite de la droite. Conservateur, demain quoi ? Tout ça est bien beau mais, qu’en tirer, au fond pour le conservateur d’aujourd’hui ? Il n’y a pas, écrit Bock-Côté, de « grand soir » conservateur, ni « d’utopie conservatrice ». Pas de « société parfaite à établir une fois pour toutes ». Face à la volonté qu’il perçoit à gauche de vouloir atteindre le grand soir et la société parfaite (une volonté qui, d’après moi, n’existe plus) il rend le conservatisme garant de l’idée qu’il ne faut pas tenter de rendre l’homme ou la société parfaite. Pour le conservateur, cet espoir est vain. Le conservateur se contente de vouloir mieux ancrer l’humain dans son identité, sa nation, son histoire, ses valeurs. Il cite Julien Freud: « quels que soient le groupement et la civilisation, quelles que soient les générations et les circonstances, la perte du sentiment d’identité collective est génératrice et amplificatrice de détresse et d’angoisse. Elle est annonciatrice d’une vie indigente et appauvrie, et, à la longue, d’une dévitalisation, éventuellement de la mort d’un peuple ou d’une civilisation. » Je suis de cet avis. Mais comment l’incarner, dans la vie politique ? Mathieu termine avec un chapitre joliment intitulé « Éloge du conflit civilisé ». Il y appelle, non à un nouvel Empire de la droite, mais au contraire à l’alternance entre progressistes et conservateurs.
« L’imaginaire du conservatisme est celui de l’enracinement, de la limite, de la finitude, et on peut en déduire une conception protectrice du politique. L’imaginaire du progressisme est celui du cosmopolitisme, de la mobilité, de la transgression des évidences établies. »
Il pense que la société doit compter ces deux pôles, les faire cohabiter et alterner. C’est un scénario. Il en exclut un autre. Celui des progressistes nationalistes qui croient à la fois aux causes sociales ET à l’enracinement; à la fois à la transgression de certaines évidences établies ET au respect de l’histoire, de la culture et de l’identité. Mais pour creuser correctement cette possibilité, il faudrait pouvoir tenir un débat, lui et moi, dans une librairie quelque part, sans que les diversitaires nous en empêchent… Pour commander l’ouvrage de Mathieu, c’est ici.

Lire: La Langue de Marc Cassivi est-elle vraiment Mauvaise ?

cassiviAi-je le droit d’aimer à la fois Marc Cassivi et Mathieu Bock-Côté ? J’ai l’impression que l’un et l’autre me l’interdiraient, mais étant un indépendantiste indépendant impénitent, je choisis de ne pas choisir.

J’ai bien trouvé dans Mauvaise langue, le petit essai publié par Cassivi, des points de désaccord. Il juge que la Charte des valeurs était xénophobe, ce qui est à mon avis un point de vue intolérant. Il affirme qu’à chaque retour de l’étranger, il trouve le Québec nombriliste, centré sur ses nouvelles et ses vedettes. Il devrait savoir que c’est vrai de tout citoyen revenant chez lui et qu’au palmarès du nombril, le Québec est loin derrière les États-Unis ou le Canada. Finalement Cassivi répète un poncif élitiste sur l’anti-intellectualisme primaire des Québécois. Moi qui pensais lui avoir fait la démonstration du contraire ici: (Le Québec anti-intello ? Wô Menute !)

Mais pour le reste, j’ai aimé ma lecture. Son récit de francophone transplanté de sa Gaspésie natale dans le No-French-Land que constitue le West Island, puis découvrant au collège la culture québécoise, est une utile contribution qui s’ajoute à celle, discutée ici, du hongrois d’origine Akos Verboczy dans Rhapsodie québécoise.

Je sais que Cassivi donne de l’urticaire à mes amis de la SSJB. Personnellement, je suis plutôt content que ce représentant auto-proclamé de l’anglophilie, des joies du franglais et d’un attachement à la diversité quasi indissociable du trudeauisme soit (rrrroulement de tambour) indépendantiste. Qu’il en explique le sens, qu’il le dise à tous les micros, de façon désinhibée, à sa manière. Car sa manière est celle d’un très grand nombre de Québécois et de Montréalais.

Cassivi est plus Alexandre Cloutier que Bernard Drainville. C’est clair. Et pourquoi pas ? Je suis de ceux qui leur trouve du mérite (et des défauts) à tous les deux. Je ne manque jamais une chronique de Christian Rioux (la bête noire de Cassivi). Pourtant,  j’ai découvert dans Mauvaise Langue des raisons d’apprécier le chroniqueur devenu essayiste.

N’est-ce pas un signe de richesse intellectuelle que d’avoir pour l’indépendance des voix aussi diverses ? Qu’ils se chamaillent à qui mieux mieux, parfait ! Cela nous fait de la bonne lecture et tient nos neurones en éveil. Mais qu’ils entraînent chacun avec leur couleur, leurs lecteurs vers un pays appelé Québec, la fête n’en sera que plus belle.

On peut commander l’ouvrage ici.


 

Cliquez pour vous renseigner et commander.

Dossier Saint-Pierre: soulagement et remerciements

Je suis évidemment soulagé par la tournure des événements et par la décision de Mme Saint-Pierre de retirer promptement les paroles qui pouvaient jeter un doute sur mon intégrité et de s’excuser auprès de ma famille. C’était difficile de sa part, je salue sa décision.

Il faut savoir se battre pour sa réputation, son intégrité, sa famille. Il faut savoir accepter les excuses lorsqu’elles sont offertes, comme je l’ai expliqué ici:


 

Et je remercie les centaines de personnes, amis, parents, internautes, signataires d’une pétition spontanée, qui m’on manifesté leur appui et prodigué leurs conseils pendant cette semaine difficile.

Merci aussi à Stéphane Bédard et à toute l’équipe de soutien de l’aile parlementaire, à mes anciens conseillers aussi, notamment Christophe Fortier-Guay, qui m’ont aidé à reconstitué les agendas pour déposer le document synthèse de mardi retraçant toutes les dates et les résultats de chacune des missions.

Mes pensées vont vers les artisans de la présence internationale du Québec, les quelques 600 personnes qui, au MRI au commerce extérieur et dans le réseau, offrent aux Québécois un rendement remarquable et sous-estimé, et dont le travail fut mis à mal par des déclarations malheureuses.

Dans les interventions que j’ai faites, j’ai été content de pouvoir dire que pour chaque dollar investi dans le MRI et le commerce extérieur, trois dollars d’exportation étaient générée pour les entreprises québécoises. Un des meilleurs rendements économiques du gouvernement.

J’étais heureux de pouvoir faire savoir que les 600 salariés du MRI et du commerce extérieur avaient, en 2012-2013, accompagné et facilité la conclusion d’ententes générant 2500 emplois au Québec. Sans parler des milliers d’artistes, stagiaires, étudiants, scientifiques, organisations de coopération, pour lesquels le MRI est la colonne vertébrale logistique, l’ouvreur de porte, le garant de leur sérieux.

Des commentaires reçus, je remercie tous ceux qui ont soupesé les pour et les contre, les avantages et les inconvénients d’une intervention publique de défense de mon intégrité qui impliquait, bien sûr, de répéter les accusations pour pouvoir y répondre.

De tous les commentaires reçus et lus, le député de Rosemont que je suis a apprécié celui-ci, de Louise Savoie le 11 juillet, qui n’était pas complètement hors sujet:

Moi qui habite le comté de Jean-François Lisée, je peux témoigner de son intérêt pour ses électeurs. Les gens de mon secteur étaient aux prises avec un problème de bruit en provenance d’une école de métier et il nous a beaucoup aidé à régler ce dossier. Nous l’apprécions beaucoup.

Merci Mme Savoie. Cela nous ramène sur le terrain et indique qu’on peut, simultanément, aider Bombardier à vendre des avions au Sénégal et résoudre des cas de comtés. C’est d’ailleurs ce qui me passionne dans ce travail: aider, au quotidien, des citoyens à régler des problèmes immédiats et faire aussi bouger les choses au niveau métropolitain, national et international, pour le bien collectif québécois.

Un mot pour les chroniqueurs qui ont soutenu ma position. Les commentaires de Liza Frulla et d’Antoine Robitaille, du Devoir, et de Guy Simard, du 98,5 FM, entre autres, m’ont touché. L’appui sur Twitter d’Yves Boisvert de La Presse — souvent très critique à mon endroit — était important. Merci aussi à Tommy Schnurmacher, de CJAD.

Mais je dois donner la palme à celui qui, le premier et avec sa verve inimitable, a soutenu mon combat: Mathieu Bock-Côté du Journal de Montréal sur son blogue.

Merci surtout à Sandrine, qui est monté à la barricade avec moi et qui a réalisé son premier point de presse en carrière avec un aplomb et une détermination dont chacun a pu être témoin. Et chacun comprend maintenant pourquoi je ne laisse pas un océan nous séparer trop longtemps.

Le PQ post-7 avril: La plus vivante des idées mortes !

Il n’y a pas que les candidats, défaits ou élus, du PQ qui participent au débat. Plusieurs voix importantes du mouvement souverainiste se sont fait entendre depuis bientôt trois semaines.

Parmi les plus passionnants et vivants, il faut compter sur l’intervention du sociologue souverainiste Mathieu-Bock Côté à Tout le monde en parle, il y a deux semaines:

Louis Bernard: La fin du bon gouvernement

Louis Bernard est un des vieux routiers du PQ, adjoint de René Lévesque aux premières heures et candidat lors de la course au leadership de 2005 qui couronna André Boisclair. Il défendait à l’époque l’idée que le PQ devait concentrer tous ses efforts sur la promotion de la souveraineté. Il a refait ce plaidoyer dans Le Devoir du 11 avril. Extraits:

C’est la deuxième fois que, comme un cardiaque qui fait un nouvel infarctus, le Parti québécois reçoit un avertissement que, s’il ne change pas radicalement sa façon de vivre, il est en danger sérieux de mort prochaine. […] Il lui serait désormais fatal d’ignorer encore une fois le message pourtant clair que lui donne à nouveau l’électorat.

Louis Bernard.

Ce message est le suivant : le PQ ne peut plus continuer à jouer, en même temps, sur deux tableaux à la fois, celui de la souveraineté et celui du bon gouvernement. Cette stratégie a pu être valable dans les premières années, alors que le PQ était un nouveau parti qui devait se faire connaître, mais elle ne l’est plus aujourd’hui. Il doit maintenant choisir quel est celui des deux qui est l’objectif principal de son action politique. Ou bien il met définitivement en sourdine son projet de pays et vise franchement et simplement à former le gouvernement, ou bien il opte pour être le promoteur du projet de pays en renonçant à gouverner tant qu’il ne pourra pas proposer aux Québécois de devenir souverains dans des conditions où il a toutes les raisons de croire que la réponse sera positive. […] Dans chacune de ces deux hypothèses, le chemin sera long et ardu.

Claude Morin: Redéfinir la souveraineté comme un moyen, pas une fin

Un autre vieux routier de l’ère Lévesque, le père de l’étapisme, Claude Morin, prend le contre-pied de la proposition Bernard en proposant, aussi dans Le Devoir du 15 avril, une piste de réflexion. Extrait:

Au long des années, les porte-parole du Parti québécois ont de bonne foi expliqué que la souveraineté était en même temps objectif et moyen. C’est-à-dire le but à atteindre aussi bien que la clef qui permettra aux Québécois d’accéder à la maîtrise des instruments politiques et autres dont ils sont actuellement privés.

Claude Morin

Cette façon de décrire les choses s’est à la longue révélée piégée. Utilisés comme synonymes, les mots objectif et moyen ont entretenu la confusion sur la véritable raison d’être du Parti québécois et, de là, sur le sens de son action et les modalités de sa démarche. […]

Si la souveraineté est présentée et perçue comme étant à la fois objectif et moyen, il devient en effet très inconfortable pour le PQ de tracer sa ligne de conduite quand elle se trouve hors de portée. Par exemple, lorsque la population le rejette par référendum ou que les circonstances forcent à en renvoyer l’atteinte à un avenir indéfini comme c’est devenu le cas à la suite de la défaite électorale du 7 avril. La souveraineté devenant inaccessible à court et moyen terme, le parti perd-il du coup sa justification ? […]

En revanche, les contradictions se résolvent si on considère que l’objectif du PQ est la sauvegarde et l’épanouissement de l’identité québécoise et que la souveraineté est le moyen qu’il privilégie à cette fin. Ce qui signifie en pratique ceci : si les circonstances empêchent le recours au moyen privilégié qu’est la souveraineté, l’objectif lié à l’identité demeure et, par rapport à lui, d’autres moyens restent en réserve.

Guillaume Rousseau: Deux options, deux stratégies

Le juriste et ex-conseiller de Pauline Marois Guillaume Rousseau va plus en détails dans une contribution à deux volets, dans Le Devoir du 10 avril. Extraits:

Cela pourrait se traduire par une promesse de tenir un référendum non pas dans un premier mandat, où il n’y en aurait pas, mais dans un deuxième. Le premier mandat serait consacré entre autres à la rédaction d’un livre blanc sur l’avenir du Québec, à la réalisation ou à la mise à jour d’études sur les questions afférentes à l’accession à la souveraineté, à un débat interne sur l’association avec le Canada, à des consultations publiques, etc.   Bref, il s’agirait de prendre quatre ans non pas pour attendre les conditions gagnantes, mais pour préparer le Québec et les Québécois à l’heure du choix.[…]

Guillaume Rousseau

Une autre possibilité, plus radicale, consisterait à fixer un objectif beaucoup plus modeste : non plus réaliser la souveraineté à court terme, mais simplement la rendre à nouveau possible à moyen ou long terme. Cette option se baserait sur une analyse selon laquelle à force de perdre des élections en attendant le grand soir, le Parti québécois ne participerait pas seulement à perpétuer le statu quo, mais il contribuerait à le solidifier.[…]

La solution consisterait alors à faire de la souveraineté non plus un projet à court terme, mais un objectif à long terme, voire un simple idéal à maintenir en vie, ou encore une police d’assurance à conserver et à invoquer en cas d’offensive canadienne contre l’autonomie québécoise ou de refus du Canada d’accommoder le Québec. Entre-temps, des politiques nationalistes, qui contribueraient à rendre la souveraineté ou un autre projet d’émancipation nationale comparable réellement envisageable à nouveau, seraient au coeur de la proposition du Parti québécois : extension considérable de la loi 101, amélioration de l’enseignement de l’histoire nationale, nationalisme économique, etc.

Au-delà des différences de modalités, ces deux options traduisent en fait des choix existentiels. La première équivaudrait à réclamer un troisième tour, après ceux de 1980 et de 1995. La deuxième signifierait tourner la page. La première supposerait un rapprochement pré ou postélectoral avec Option nationale et Québec solidaire. La deuxième poserait l’hypothèse d’un rapprochement avec la CAQ.

Côté sombre: Gilles Vigneault et Camil Bouchard

Au-delà des propositions de nature stratégique, il y a des coups de gueule. Certains broient du noir. D’abord notre poète national, Gilles Vigneault, dans une entrevue avec Sylvain Cormier, encore et toujours dans Le Devoir. Extraits:

Triste, il l’est. C’est dans ses yeux. « On regarde tout ça, et on se dit que c’est un grand coup de balai sur le mouvement souverainiste et sur le PQ, et c’est extrêmement dur pour madame Marois. Ça n’a qu’une vertu : c’est clair. Y a pas d’équivoque. C’est pas, si on avait fait ci ou si on avait fait ça, c’est toute la jeunesse qui a donné ce coup de balai. Je ne vais pas le leur reprocher, leur faire la leçon à 85 ans. Je vais simplement constater… » Encore un silence. «… Et m’interroger : est-ce que ça va renaître de ses cendres ? » […]

Vigneault, avec Pauline

Quand on a survécu à deux référendums, lui dis-je, on doit pourtant être bardé, préparé. Solennel, pesant chaque mot, il répond : « Moi, je suis plus démoli qu’aux deux référendums. » J’accuse le coup. Vraiment ? « Oui. C’est peut-être parce que je suis plus démolissable. J’ai 85 ans. J’ai 34 ans de plus pour l’un, 19 ans de plus pour l’autre. Je ne vois pas comment envisager un autre référendum avant… » Il calcule. «… 2025? Je ne serai peut-être plus là, à 96 ans ! » Il rit.

L’ex-député péquiste de Vachon Camil Bouchard pose une question existentielle dans son texte Tout cela, dans Le Devoir du 16 avril. Extraits:

Le doute s’est installé, peut-être depuis longtemps déjà, mais il me saute soudainement aux yeux, clairement : se pourrait-il que cette culture, notre culture, ne soit déjà plus aux yeux de la majorité ? Se pourrait-il que la langue que nous parlons soit en voie d’extinction, qu’elle apparaisse désormais à trop d’entre nous simplement comme une trace de l’histoire, comme un témoignage sympathique, comme un sédiment encore touchant, mais enfoui, de la résistance d’ancêtres pas encore tout à fait morts ? […]

Camil Bouchard

Se pourrait-il que notre quête d’identité nationale soit remplacée par une quête d’identité personnelle que l’on achète à crédit dans les grandes surfaces ? Se pourrait-il que le refus de débattre de la question nationale soit en réalité le refus de contribuer à la construction d’un destin collectif tout occupés que nous sommes à joindre les deux bouts de la journée, de la semaine, du mois ? […]

Alors, pourquoi se battre pour défendre une identité dont les contours seraient devenus flous ? Pourquoi renforcer une culture qui rayonnerait sur les scènes internationales ou dans nos maisons de la culture comme la lumière d’une étoile en train de refroidir ? Pourquoi revendiquer un pouvoir décisionnel pour nous-mêmes et par nous-mêmes si nous pensons être comme les autres ?

À moins que ce flou ne soit qu’un banc de brume déposé sur notre conscience historique et citoyenne, une brume opaque mais possible à dissiper si nous nous y mettons vraiment et pour longtemps

Côté clair: Christian Rioux – « Les tempêtes passent, les peuples restent »

Il y a, heureusement, d’autres voix.Je note d’abord l’intéressant gazouillis de Louise Harel le surlendemain de l’élection :

Le chroniqueur parisien du Devoir Christian Rioux a aussi donné un tout autre son de cloche, le 11 avril. Extraits:

Faut-il pour autant sombrer dans une nostalgie mortifère ? Les tempêtes passent, mais les peuples restent. N’avons-nous pas l’habitude des pires tempêtes de neige ? Ces jugements définitifs, on les a entendus en 1980 et 1995. Les voilà de retour. […]

Prenons un exemple. Si les Catalans avaient écouté leurs oiseaux de malheur, ils auraient depuis longtemps liquidé leur seul grand parti indépendantiste et républicain, Esquerra Republicana. Né en 1931 au moment de la seconde République espagnole, le parti a traversé 41 ans de répression franquiste. Ses militants ont été emprisonnés, torturés et parfois fusillés.

Manif monstre pour l’indépendance catalane.

Avec le retour de la démocratie, ERC a participé à toutes les coalitions imaginables jusqu’à faire adopter, 83 ans après sa naissance et à la face de Madrid, son projet de référendum sur l’indépendance au Parlement catalan. Rien n’est encore écrit bien sûr, ce référendum n’aura peut-être pas lieu, il ne sera peut-être pas victorieux, mais qui pourrait avoir la malhonnêteté de dire que ce parti qui a traversé le siècle n’avait pas de raison d’être, et ne l’a pas encore ?

Je termine avec cette phrase de Victor Levy-Beaulieu, tiré de son texte La flèche zen, du 9 avril:

Victor-Lévy Beaulieu se désole de la dernière campagne.

Victor-Lévy Beaulieu

Je ne suis pas doué par-devers le découragement : l’histoire nous enseigne qu’elle va par-ci par-là, souvent à reculons, mais que même malgré elle, elle est comme une flèche zen — résolument portée par-devant.[…]

Je termine en vous faisant part du leitmotiv qui m’a accompagné tout au long de ma vie :
«
 Il n’y a pas d’entreprises désespérées, il n’y a que des désespoirs entreprenants. »

Bock-Coté et la solitude du Gaulliste québécois

fin-de-cycleQuelle joie de lire Fin de cycle, de Mathieu Bock-Coté ! Joie d’être mis en présence d’une intelligence vive, au verbe précis, aux concepts assumés. Joie de retrouver sur la page un interlocuteur engagé, engageant, inquiet pour son peuple et son pays rêvé, soucieux de son passé comme de son avenir. L’exact contraire du cynique.

On voudrait débattre avec lui, page après page, car sa prose mobilise l’émotion autant que l’intellect. Et suscite, chez ce lecteur-ci en tout cas, moins d’approbations que de désaccords. Ce billet ne fera donc pas justice à l’ensemble des questions qu’il soulève.

Le problème avec les Fins

Fukuyama, qui avait fameusement prédit en 1992 la « Fin de l’histoire » s’en mord sûrement encore les doigts. Et lorsque Mathieu Bock-Coté a remis son manuscrit, l’an dernier, le Parti québécois semblait en lambeaux, l’appui a la souveraineté avait quitté les 40% pour s’aventurer dans les 30% et on trouvait des députés péquistes pour craindre la disparition prochaine de leur parti – prédiction reprise par Mathieu dans son ouvrage.

La conjoncture politique étant une maîtresse cruelle, Mathieu publie son livre au moment ou le PQ, tel un phœnix, renaît de ses cendres, mobilise une pluralité des électeurs qui pourraient, demain lui donner un gouvernement majoritaire, redonne a son chef le titre de ‘meilleure premier ministre’, renvoie la souveraineté dans ses 40e dessus et fait dire au fils de Pierre Trudeau qu’une surdose de conservatisme-à-la-Harper pourrait faire de lui un séparatiste.

Que s’est-il passé, a demandé Guy-A Lepage a Bock-Coté, excellent lors de son récent passage à Tout le Monde en Parle.  « Il y a parfois des miracles en politique » a-t-il du répondre dans un sourire qu’a du souvent utiliser Fukuyama.

Je suis le dernier à lui en tenir rigueur, ayant déjà donné moi-même dans la fin de cycle. J’ai d’ailleurs droit dans son livre à une citation en exergue : « La fin est proche. Elle est juste derrière nous. » C’étaient les premiers mots de Sortie de Secours, publié en 2000. J’y déclarais aussi la fin du cycle politique pouvant mener à l’indépendance et prophétisais, à moins d’un sursaut marqué au coin du réalisme, un engourdissement durable de la volonté souverainiste. En 2005, le scandale des commandites venait me contredire en repoussant dans la zone majoritaire la volonté de souveraineté.

On sait la réalité terrible avec les optimistes, ces cocus du réel. Mais elle l’est aussi souvent avec les pessimistes. C’est bien ainsi.

La prise d’otages progressiste

Comme il l’avait fait dans son ouvrage précédent, La dénationalisation tranquille, Mathieu fait le procès de la dérive post-référendaire des souverainistes. Il s’agit de la période ouverte lors discours de Jacques Parizeau du soir du référendum en 1995 et qui connut son apogée sous la direction péquiste d’André Boisclair, exprimant la volonté de remplacer le nationalisme identitaire par le nationalisme civique, fondé sur les chartes.

Il fut donc mis complètement en porte-à-faux de l’opinion, lors de la crise des accommodements raisonnables, sur laquelle Mario Dumont eut, lui, les bons instincts, sinon les bonnes solutions.

Bock-Côté a quatre bêtes noires dans cette évolution post-95 : le remplacement de l’identité nationale par la sacralisation des chartes (ce que l’historien Éric Bédard avait aussi bien diagnostiqué dans son excellent texte « La Trudeauisation des esprits »), l’introduction du cours Éthique et culture religieuse comme une volonté d’enseigner au peuple les bienfaits du multiculturalisme; la nouvelle mouture de l’enseignement de l’histoire, visant également à javelliser l’histoire nationale de tout ce qu’elle a de singulière par rapport à l’évolution des autres peuples; la réforme pédagogique dites des compétences transversales.

L’auteur est ici en terrain solide. Mais il le quitte pour faire un procès plus général de l’évolution du mouvement souverainiste, affirmant que le PQ était dès son origine « porteur du virus idéologique qui le fera mourir progressivement en confondant l’émancipation nationale et l’émancipation sociale ». Pour lui, la volonté de modernité en soi et le progressisme a « kidnappé » le combat national.

Mathieu tente de faire la synthèse entre le procès plus général fait contre la Révolution tranquille comme rupture et rejet du passé duplessiste dont il faudrait, selon lui, penser plus de bien et l’évolution du souverainisme.

C’est net, Mathieu Bock-Côté est un conservateur et, pour lui, l’identification du PQ et du Bloc avec les causes progressistes (quête d’égalité, mariages gai, jeunes contrevenants) – mais Mathieu fait une importante exception pour les droits des femmes – arrache le PQ de la tradition conservatrice d’une partie de l’électorat, qui s’est donc cherché à l’ADQ, aujourd’hui à la CAQ, en mai dernier au…. NPD ?

sourcesIl y des vérités et des problèmes avec cette analyse. Mathieu admet que René Lévesque a beaucoup fait pour accompagner le vote conservateur vers la coalition péquiste. (Ici encore Éric Bédard en fait un excellent récit dans son livre Recours aux sources (Boréal) qu’il faut lire seul ou en tandem avec Fin de cycle.)

Mais il omet de signaler combien Lévesque et ses successeurs ont été pragmatiques envers les conservateurs, mettant l’émancipation nationale au premier plan face à l’émancipation sociale, chaque fois que nécessaire.

Ainsi de l’alliance entre le PQ et le parti de Brian Mulroney à l’élection de 1984, donnant aux libéraux de Trudeau une raclée historique, pour avoir imposé une constitution au Québec. Ainsi de l’alliance de Jacques Parizeau et de Bernard Landry avec le même Mulroney en faveur du libre-échange avec les États-Unis.

Parizeau a mené ensuite deux campagnes, celle de 1992 contre Charlottetown et celle de 1995 pour la souveraineté, en ménageant des alliances avec un ex-ministre conservateur, Lucien Bouchard, et le chef de l’ADQ, Mario Dumont.

Dans la période post-95, la pire selon Bock-Côté, les péquistes ont fait le plus grand sacrifice idéologique de tous, pour le bien, pensaient-ils, de la cause nationale, en choisissant comme chef un ancien conservateur : Lucien Bouchard. Ils l’ont suivi dans son virage pour le déficit zéro, ce qui demandait une abnégation considérable.

Mathieu (et Éric Bédard) en veulent beaucoup au Bloc Québécois d’avoir fait alliance avec le NPD et le Parti libéral pour une tentative de coalition en  décembre 2008 pour empêcher Harper, minoritaire, de faire un brusque virage à droite. Mathieu affirme qu’il s’agissait d’une « alliance centralisatrice ». La présence de Stéphane Dion dans le portrait pouvait sembler l’indiquer. Mais la lecture du texte de l’entente révélait qu’au contraire le Québec y faisait un gain majeur recherché depuis 40 ans : celui du droit de retrait avec compensation de tout nouveau programme fédéral. Trudeau et Chrétien (et Dion) s’étaient battus bec et ongles pour que jamais cette clause n’apparaisse où que ce soit.

L’absence, dans Fin de cycle, de toute référence à la tentative précédente de coalition entre le Bloc, le NPD et… Stephen Harper, lorsque les libéraux étaient minoritaires, mérite qu’un reproche soit fait à l’auteur.

La nouvelle époque

Que le mouvement souverainiste, de 1995 à 2007, ait connu des errances, c’est indubitable. Mais on aurait aimé que Mathieu donne plus d’importance aux changements opérés au cours des cinq dernières années.

Lorsque à l’été 2007, Pauline Marois réintroduit le « Nous », elle sonne la fin de la récréation, la fin de la trudeauisation des esprits. Lorsqu’en 2008, elle propose son projet de loi sur l’identité (transparence totale : j’ai participé à cette démarche), lorsqu’elle approuve une charte de la laïcité mais veut respecter le patrimoine historique québécois – donc son marquage historique religieux, donc le respect du « déjà là » que réclame l’auteur – lorsqu’elle donne le feu vert pour un renforcement du dispositif linguistique, lorsqu’elle le fait en opposition à des forces encore engoncées dans la dérive chartiste; lorsqu’elle promet de remettre le cours Éthique et culture religieuse en débat, de ramener une véritable lecture de l’histoire nationale dans les classes, lorsque son parti l’appuie massivement dans cette voie…

…cela mérite, il me semble, davantage qu’un paragraphe. Le mouvement souverainiste a changé d’époque.

Il reste, c’est évident, trop social-démocrate pour Mathieu Bock-Côté.  Il doit, c’est certain, pouvoir aussi s’adresser aux électeurs conservateurs. Encore faudrait-il savoir ce que cela signifie, en 2012.

Cela ne signifie certainement pas les libertariens. Mathieu en fait, dans la conclusion de son ouvrage, une critique acide. Deux extraits :

[Cette droite libertarienne] se réclame de l’ypermodernité et entend parachever la Révolution tranquille en livrant les Québécois à un individualisme libertaire, technocratique et mondialisé.

La droite entend ainsi faire concurrence à la gauche dans le registre du progressisme, en faisant du droit de choisir de l’individu, de son droit de se désaffilier de toutes les institutions sociales, le seul horizon légitime de l’action politique.

Mathieu Bock-Côté est révulsé par cet individualisme à outrance, qui scinde l’individu de son groupe social, de ses réseaux, de sa nation. Et par cette critique, Mathieu révèle un aspect de sa position politique qu’il fait bon de lire, en fin d’ouvrage :

[La nouvelle droite] si elle vise juste lorsqu’elle dénonce la bureaucratisation abusive des rapports sociaux ou lorsqu’elle critique le gonflement irresponsable de la dette publique, elle erre gravement lorsqu’elle fait le procès de la solidarité sociale mise en forme politiquement par l’État, comme si l’individualisme ne devait pas équilibrer son indispensable appel à la responsabilité individuelle par un souci de justice envers les moins favorisés, qui ne sont pas nécessairement des irresponsables, mais des victimes de restructurations économiques ou sociales qui se calculent à l’échelle mondiale mais qui dévastent des vies bien réelles, qui ont peu d’emprise sur les circonstances qui s’abattent sur elles.

L’auteur de Fin de cycle n’est donc pas un libertarien. Il cherche une définition du mot conservateur qui lui soit propre. Au fond, c’est un Gaulliste. Un Gaulliste québécois. Respect pour l’histoire, pour la Nation, pour le rôle de l’État, scepticisme face aux idéologues du changement. Un Gaulliste un peu seul. Heureusement pour lui, le nationalisme québécois n’est peut-être pas en fin de cycle. Une coalition gagnante est toujours possible. Lui, le Gaulliste québécois, pourra y trouver sa place.

On peut commander Fin de cycle ici.

On peut commander Recours aux sources ici.

 

Cliquez sur commander. Versions numériques disponibles.

Bock-Coté et la solitude du Gaulliste québécois

fin-de-cycleQuelle joie de lire Fin de cycle, de Mathieu Bock-Coté ! Joie d’être mis en présence d’une intelligence vive, au verbe précis, aux concepts assumés. Joie de retrouver sur la page un interlocuteur engagé, engageant, inquiet pour son peuple et son pays rêvé, soucieux de son passé comme de son avenir. L’exact contraire du cynique.

On voudrait débattre avec lui, page après page, car sa prose mobilise l’émotion autant que l’intellect. Et suscite, chez ce lecteur-ci en tout cas, moins d’approbations que de désaccords. Ce billet ne fera donc pas justice à l’ensemble des questions qu’il soulève.

Le problème avec les Fins

Fukuyama, qui avait fameusement prédit en 1992 la « Fin de l’histoire » s’en mord sûrement encore les doigts. Et lorsque Mathieu Bock-Coté a remis son manuscrit, l’an dernier, le Parti québécois semblait en lambeaux, l’appui a la souveraineté avait quitté les 40% pour s’aventurer dans les 30% et on trouvait des députés péquistes pour craindre la disparition prochaine de leur parti – prédiction reprise par Mathieu dans son ouvrage.

La conjoncture politique étant une maîtresse cruelle, Mathieu publie son livre au moment ou le PQ, tel un phœnix, renaît de ses cendres, mobilise une pluralité des électeurs qui pourraient, demain lui donner un gouvernement majoritaire, redonne a son chef le titre de ‘meilleure premier ministre’, renvoie la souveraineté dans ses 40e dessus et fait dire au fils de Pierre Trudeau qu’une surdose de conservatisme-à-la-Harper pourrait faire de lui un séparatiste.

Que s’est-il passé, a demandé Guy-A Lepage a Bock-Coté, excellent lors de son récent passage à Tout le Monde en Parle.  « Il y a parfois des miracles en politique » a-t-il du répondre dans un sourire qu’a du souvent utiliser Fukuyama.

Je suis le dernier à lui en tenir rigueur, ayant déjà donné moi-même dans la fin de cycle. J’ai d’ailleurs droit dans son livre à une citation en exergue : « La fin est proche. Elle est juste derrière nous. » C’étaient les premiers mots de Sortie de Secours, publié en 2000. J’y déclarais aussi la fin du cycle politique pouvant mener à l’indépendance et prophétisais, à moins d’un sursaut marqué au coin du réalisme, un engourdissement durable de la volonté souverainiste. En 2005, le scandale des commandites venait me contredire en repoussant dans la zone majoritaire la volonté de souveraineté.

On sait la réalité terrible avec les optimistes, ces cocus du réel. Mais elle l’est aussi souvent avec les pessimistes. C’est bien ainsi.

La prise d’otages progressiste

Comme il l’avait fait dans son ouvrage précédent, La dénationalisation tranquille, Mathieu fait le procès de la dérive post-référendaire des souverainistes. Il s’agit de la période ouverte lors discours de Jacques Parizeau du soir du référendum en 1995 et qui connut son apogée sous la direction péquiste d’André Boisclair, exprimant la volonté de remplacer le nationalisme identitaire par le nationalisme civique, fondé sur les chartes.

Il fut donc mis complètement en porte-à-faux de l’opinion, lors de la crise des accommodements raisonnables, sur laquelle Mario Dumont eut, lui, les bons instincts, sinon les bonnes solutions.

Bock-Côté a quatre bêtes noires dans cette évolution post-95 : le remplacement de l’identité nationale par la sacralisation des chartes (ce que l’historien Éric Bédard avait aussi bien diagnostiqué dans son excellent texte « La Trudeauisation des esprits »), l’introduction du cours Éthique et culture religieuse comme une volonté d’enseigner au peuple les bienfaits du multiculturalisme; la nouvelle mouture de l’enseignement de l’histoire, visant également à javelliser l’histoire nationale de tout ce qu’elle a de singulière par rapport à l’évolution des autres peuples; la réforme pédagogique dites des compétences transversales.

L’auteur est ici en terrain solide. Mais il le quitte pour faire un procès plus général de l’évolution du mouvement souverainiste, affirmant que le PQ était dès son origine « porteur du virus idéologique qui le fera mourir progressivement en confondant l’émancipation nationale et l’émancipation sociale ». Pour lui, la volonté de modernité en soi et le progressisme a « kidnappé » le combat national.

Mathieu tente de faire la synthèse entre le procès plus général fait contre la Révolution tranquille comme rupture et rejet du passé duplessiste dont il faudrait, selon lui, penser plus de bien et l’évolution du souverainisme.

C’est net, Mathieu Bock-Côté est un conservateur et, pour lui, l’identification du PQ et du Bloc avec les causes progressistes (quête d’égalité, mariages gai, jeunes contrevenants) – mais Mathieu fait une importante exception pour les droits des femmes – arrache le PQ de la tradition conservatrice d’une partie de l’électorat, qui s’est donc cherché à l’ADQ, aujourd’hui à la CAQ, en mai dernier au…. NPD ?

sources

Il y des vérités et des problèmes avec cette analyse. Mathieu admet que René Lévesque a beaucoup fait pour accompagner le vote conservateur vers la coalition péquiste. (Ici encore Éric Bédard en fait un excellent récit dans son livre Recours aux sources (Boréal) qu’il faut lire seul ou en tandem avec Fin de cycle.)

Mais il omet de signaler combien Lévesque et ses successeurs ont été pragmatiques envers les conservateurs, mettant l’émancipation nationale au premier plan face à l’émancipation sociale, chaque fois que nécessaire.

Ainsi de l’alliance entre le PQ et le parti de Brian Mulroney à l’élection de 1984, donnant aux libéraux de Trudeau une raclée historique, pour avoir imposé une constitution au Québec. Ainsi de l’alliance de Jacques Parizeau et de Bernard Landry avec le même Mulroney en faveur du libre-échange avec les États-Unis.

Parizeau a mené ensuite deux campagnes, celle de 1992 contre Charlottetown et celle de 1995 pour la souveraineté, en ménageant des alliances avec un ex-ministre conservateur, Lucien Bouchard, et le chef de l’ADQ, Mario Dumont.

Dans la période post-95, la pire selon Bock-Côté, les péquistes ont fait le plus grand sacrifice idéologique de tous, pour le bien, pensaient-ils, de la cause nationale, en choisissant comme chef un ancien conservateur : Lucien Bouchard. Ils l’ont suivi dans son virage pour le déficit zéro, ce qui demandait une abnégation considérable.

Mathieu (et Éric Bédard) en veulent beaucoup au Bloc Québécois d’avoir fait alliance avec le NPD et le Parti libéral pour une tentative de coalition en  décembre 2008 pour empêcher Harper, minoritaire, de faire un brusque virage à droite. Mathieu affirme qu’il s’agissait d’une « alliance centralisatrice ». La présence de Stéphane Dion dans le portrait pouvait sembler l’indiquer. Mais la lecture du texte de l’entente révélait qu’au contraire le Québec y faisait un gain majeur recherché depuis 40 ans : celui du droit de retrait avec compensation de tout nouveau programme fédéral. Trudeau et Chrétien (et Dion) s’étaient battus bec et ongles pour que jamais cette clause n’apparaisse où que ce soit.

L’absence, dans Fin de cycle, de toute référence à la tentative précédente de coalition entre le Bloc, le NPD et… Stephen Harper, lorsque les libéraux étaient minoritaires, mérite qu’un reproche soit fait à l’auteur.

La nouvelle époque

Que le mouvement souverainiste, de 1995 à 2007, ait connu des errances, c’est indubitable. Mais on aurait aimé que Mathieu donne plus d’importance aux changements opérés au cours des cinq dernières années.

Lorsque à l’été 2007, Pauline Marois réintroduit le « Nous », elle sonne la fin de la récréation, la fin de la trudeauisation des esprits. Lorsqu’en 2008, elle propose son projet de loi sur l’identité (transparence totale : j’ai participé à cette démarche), lorsqu’elle approuve une charte de la laïcité mais veut respecter le patrimoine historique québécois – donc son marquage historique religieux, donc le respect du « déjà là » que réclame l’auteur – lorsqu’elle donne le feu vert pour un renforcement du dispositif linguistique, lorsqu’elle le fait en opposition à des forces encore engoncées dans la dérive chartiste; lorsqu’elle promet de remettre le cours Éthique et culture religieuse en débat, de ramener une véritable lecture de l’histoire nationale dans les classes, lorsque son parti l’appuie massivement dans cette voie…

…cela mérite, il me semble, davantage qu’un paragraphe. Le mouvement souverainiste a changé d’époque.

Il reste, c’est évident, trop social-démocrate pour Mathieu Bock-Côté.  Il doit, c’est certain, pouvoir aussi s’adresser aux électeurs conservateurs. Encore faudrait-il savoir ce que cela signifie, en 2012.

Cela ne signifie certainement pas les libertariens. Mathieu en fait, dans la conclusion de son ouvrage, une critique acide. Deux extraits :

[Cette droite libertarienne] se réclame de l’ypermodernité et entend parachever la Révolution tranquille en livrant les Québécois à un individualisme libertaire, technocratique et mondialisé.

La droite entend ainsi faire concurrence à la gauche dans le registre du progressisme, en faisant du droit de choisir de l’individu, de son droit de se désaffilier de toutes les institutions sociales, le seul horizon légitime de l’action politique.

Mathieu Bock-Côté est révulsé par cet individualisme à outrance, qui scinde l’individu de son groupe social, de ses réseaux, de sa nation. Et par cette critique, Mathieu révèle un aspect de sa position politique qu’il fait bon de lire, en fin d’ouvrage :

[La nouvelle droite] si elle vise juste lorsqu’elle dénonce la bureaucratisation abusive des rapports sociaux ou lorsqu’elle critique le gonflement irresponsable de la dette publique, elle erre gravement lorsqu’elle fait le procès de la solidarité sociale mise en forme politiquement par l’État, comme si l’individualisme ne devait pas équilibrer son indispensable appel à la responsabilité individuelle par un souci de justice envers les moins favorisés, qui ne sont pas nécessairement des irresponsables, mais des victimes de restructurations économiques ou sociales qui se calculent à l’échelle mondiale mais qui dévastent des vies bien réelles, qui ont peu d’emprise sur les circonstances qui s’abattent sur elles.

L’auteur de Fin de cycle n’est donc pas un libertarien. Il cherche une définition du mot conservateur qui lui soit propre. Au fond, c’est un Gaulliste. Un Gaulliste québécois. Respect pour l’histoire, pour la Nation, pour le rôle de l’État, scepticisme face aux idéologues du changement. Un Gaulliste un peu seul. Heureusement pour lui, le nationalisme québécois n’est peut-être pas en fin de cycle. Une coalition gagnante est toujours possible. Lui, le Gaulliste québécois, pourra y trouver sa place.

Demain: Que conserver du conservatisme ?

Avenir du PQ: Bock-Côté et Lisée passent à table !

C’est le rédacteur-en-chef du journal Échos Montréal qui nous a obligés à croiser le fer, sur les questions — lourdes — de l’avenir du Québec, de la langue, de la CAQ et du PQ. Dans son commentaire (voir plus bas) Carl Bergeron nous présente comme des « gaullistes par défaut ». Je ne sais pas ce que Mathieu en pense, mais j’ai décidé que c’était un compliment.

Voici ce que ça donne:

Avec la fin d’une année et le début d’une autre, l’exercice de la prospective succède à celui du bilan. Que nous réserve la politique québécoise en 2012 ? Échos Montréal a eu l’idée d’inviter le journaliste Jean-François Lisée à se joindre à son chroniqueur politique Mathieu Bock-Côté pour une table éditoriale sur les tendances lourdes du moment. Étincelles.

***

Échos : Caisse de dépôt et de placement, Banque nationale, Canadiens de Montréal. Les symptômes d’une crise linguistique s’accumulent, surtout à Montréal. Pourquoi ?

Credit-Sébastien-Côté-Échos-Montréal1

 

 

L’optimiste et le pessimiste. Décidez qui est qui. Photo Sébastien Côté, Échos Montréal

Jean-François Lisée : C’est la résultante d’une dizaine d’années de démission politique, économique et publique. Des dirigeants canadien-français de grandes institutions se sont fait happer par la mondialisation anglophone et, s’ils avaient auparavant des réflexes de protection du français, ils les ont délaissés au cours des dix dernières années. Chez toute une partie de l’élite montréalaise, c’est donc l’esprit même de la loi 101 qui a été perdu. Certains, habitués à ne pas sortir de leur milieu, s’étonnent que leurs propres employés trouvent anormal le fait d’avoir à travailler en anglais à l’interne. C’est une situation qui s’est aggravée avec la démission politique ambiante, dont le gouvernement de Jean Charest est l’un des grands responsables. Démission publique, enfin, parce que les gens ne réclament plus avec la même force d’être servis en français, ils se sont un peu déresponsabilisés. Ils s’attendent à ce que ce soit l’État seul qui se charge de la protection du français.

Mathieu Bock-Côté : C’est le coût de l’échec de l’indépendance que nous sommes en train de payer. L’héritage politique associé la Révolution tranquille, avec son modèle de nationalisme linguistique, est en train de se fissurer. Au milieu de ce nouveau cycle politique, d’anciennes pathologies culturelles, comme le complexe d’infériorité relié à la langue, sont en train de resurgir. La droite de Québec en est un bon exemple : elle revendique le bilinguisme et rejette l’idée d’une société québécoise qui ferait du français la norme légitime des rapports sociaux et économiques. À Montréal, les symptômes d’affaissement du référent national se retrouvent chez la gauche multiculturelle. Au nom de la diversité, de la mondialisation, on cherche à affranchir la métropole de l’espace québécois.

Échos : Jean-François Lisée, vous dites qu’il y a déresponsabilisation de la société, que les gens hésitent à faire respecter leurs droits. Mathieu Bock-Côté parle de fin de cycle. Le Québec est-il épuisé culturellement ? Est-il sous le coup d’une « fatigue culturelle » ?

J.-F. Lisée : Il y a peut-être un cycle, mais il n’y a pas d’épuisement culturel. La période de 1977 à 1995 a été l’occasion de gains réels, surtout politiques et économiques. Depuis, nous assistons à un relâchement de l’effort. Mais je ne suis pas fataliste. La situation pourrait très bien se retourner. La résistance de la société civile francophone est très grande. Selon tous les sondages, les Québécois croient que le français est en péril à Montréal et cette préoccupation chez eux est constante, elle ne fléchit pas. Ça montre bien que le corps social québécois refuse la démission, qu’il est en train de se remobiliser. Est-ce que ça va se traduire par une majorité parlementaire lors des prochaines élections ? C’est là qu’est toute la question.

M. Bock-Côté : Je crois que l’épuisement se remarque au fait que le sentiment national est devenu une affaire de classe sociale : celle des baby-boomers. Leur principal véhicule politique, c’est le Parti québécois. Or, le PQ est en voie de déclassement depuis quelques années. Il est en train de subir le sort de l’Union nationale (NDLR : l’Union nationale, naguère un véhicule politique nationaliste important, a été marginalisé par l’arrivée du Parti québécois). Pour moi, la question est de savoir comment le nationalisme linguistique et identitaire peut survivre au déclassement du souverainisme tel qu’on le connaît. La capacité de porter les préoccupations identitaires au niveau politique me paraît extrêmement réduite dans les circonstances actuelles. Jean-François, permets-moi de te poser la question : est-ce que tu es prêt à envisager la disparition du PQ ? Est-ce que dans ta lecture des choses, c’est quelque chose de possible ?

J.-F. Lisée : Non… Absolument pas. Si des élections avaient lieu aujourd’hui, peut-être. Mais je ne crois pas que le PQ connaîtra le sort du Bloc québécois, par exemple. Daniel Johnson père disait : « Tout Québécois est séparatiste une heure par jour. » Quand Claude Garcia dit : « les souverainistes, il faut non seulement les vaincre, il faut les écraser », les Québécois se rebiffent et ne l’acceptent pas. Jean Charest l’a parfaitement compris : il fait bien attention de montrer du respect pour les souverainistes. Le revers du 2 mai dernier était majeur, mais le coeur du souverainisme est à Québec, pas à Ottawa. Les Québécois ne souhaitent pas que les souverainistes soient écrasés.

Échos : Le souverainisme rappelle aux Québécois leur parcours historique, il recèle une dignité particulière que n’ont pas les autres partis.

M. Bock-Côté : La souveraineté est en tout cas en train de redevenir une simple carte dans notre jeu, qu’on peut utiliser comme un idéal lointain mais qui ne figure plus dans un horizon rapproché.

J.-F. Lisée : De toute façon, la situation n’est pas prévisible en ce moment. Je sais que M. Charest espère ouvrir une fenêtre électorale pour ce printemps, il va travailler très fort pour ça, mais à mon avis il va échouer. Et donc, elles risquent d’être reportées à l’an prochain. L’an prochain, pensez-y, c’est une éternité. Une éternité dans un Canada conservateur, qui agit de plus en plus comme repoussoir, avec Harper, le Jubilé de la Reine, le débat sur l’avortement, la construction de nouvelles prisons. Si vous ajoutez les accommodements raisonnables, les conflits linguistiques, ce sont tous des thèmes sur lesquels le PQ a le monopole et qui pourraient changer la donne d’ici un an.

Échos : Et François Legault ?

M. Bock-Côté : Legault me semble avoir compris un point essentiel, à savoir que le Québec actuel n’est pas à rêver, mais à réparer. C’est un sentiment qui prédomine dans la population. Avec son diagnostic d’une société en délabrement, il porte donc quelque chose de réel, un désir de dépasser pour le meilleur mais surtout pour le pire, je crois, la coalition nationale telle qu’on l’a connue ces dernières décennies. Il est un nationaliste passif, qui accepte la notion de « Québec d’abord » mais qui n’assume pas les combats du Québec identitaire. C’est le parti du Québec inc., pas celui des PME. Il lui manque un enracinement dans le Québec réel, qu’on trouvait par exemple dans l’ADQ de Mario Dumont. La synthèse qu’il opère n’est pas optimale. Mais son souci de s’élever au-dessus des étiquettes et de réparer le Québec est en phase avec l’électorat.

J.-F. Lisée : Sur la question identitaire, si elle continue à être saillante, et je crois qu’elle va continuer à l’être, les gens vont tranquillement se rendre compte que François Legault ne fait pas le poids. Parce que ça ne l’intéresse pas. Ce qu’il dit là-dessus, c’est de la décoration.

M. Bock-Côté : Je suis d’accord. Reste à voir s’il peut faire la preuve du contraire.

J.-F. Lisée : Il croit que l’économie est importante mais il ne croit pas à l’importance de l’identité. Pour lui, l’identité, ça ne fait pas partie des « vraies affaires ». Il y a seulement le Parti québécois et Québec solidaire qui disent le contraire. Si le PQ est habile, il peut reprendre le pôle ; s’il est malhabile, il ne le reprendra pas. Dans ce dernier cas, on se retrouverait avec la CAQ quatre ans au pouvoir ou, pis, avec Jean Charest.

Propos recueillis par Carl Bergeron

Le commentaire du rédacteur-en-chef:

Billet

L’optimiste et le pessimiste

Carl Bergeron

L’un est journaliste, l’autre sociologue. Les deux partagent néanmoins le même sentiment régalien du destin du Québec. Jean-François Lisée et Mathieu Bock-Côté ont le patriotisme tranquille et obstiné des hommes qui croient au rôle déterminant du politique dans l’action humaine. Les mettre en débat, c’est ouvrir une fenêtre sur un Québec que trop d’entre nous avons tendance à oublier. Un Québec qui conjuguerait l’intelligence de son intérêt et l’espérance d’un destin.

Ce qui réunit Lisée et Bock-Côté, c’est le sens de l’État. Mais les penseurs des petites nations ne sont-ils pas gaullistes par défaut ? Hantés par la fragilité de leur société, ainsi que par l’urgence de convaincre et de gouverner, tout leur discours ne dit au fond qu’une chose : le pouvoir québécois existe. Il est légitime et porte une responsabilité historique. Il doit être exercé dans les meilleurs intérêts du Québec.

Et pourtant, si les idées rapprochent les deux hommes, le caractère les sépare. Ces souverainistes qui ont par ailleurs tant de choses en commun ont une sensibilité opposée. Lisée est un optimiste, Bock-Côté, un pessimiste. Les deux sont volontaristes mais à leur manière bien personnelle.

Un mot qu’on retrouve peu chez Lisée est celui « d’Occident » ou de « civilisation ». Il est en revanche omniprésent chez Bock-Côté, plus sensible aux phénomènes d’essoufflement culturel. D’où une vision du monde peut-être plus sombre, plus crépusculaire. La société québécoise n’échappe pas à son histoire, non plus qu’à sa perte de pouvoir dans l’ensemble canadien. Elle est également soumise aux grands courants occidentaux, qui vont dans le sens d’une désaffection pour la chose publique.

 

Bock-Côté comme Lisée sont à tout le moins d’accord sur un point capital : en politique, tout peut se retourner. C’est en définitive aux hommes de décider de leur avenir. 2012 sera-t-il le théâtre d’une riposte civique ? Optimistes ou pessimistes, les acteurs sont prêts !

Reproduit avec la permission d’Échos Montréal, vol.19, no1, janvier 2012, p.8-9