Macron: ingérence et indifférence (Version intégrale)

On doit reconnaître au président français, Emmanuel Macron, un talent hors-normes : il sait se rendre impopulaire. Si les deux élections présidentielles qui l’ont porté et maintenu au pouvoir avaient été des référendums sur ses qualités à lui, il aurait mordu la poussière. Il n’est président que parce que les Français l’estimaient moins dommageable à leur pays que la seule autre option disponible en fin de parcours: Marine Le Pen. En 2022, il avait fédéré, contre elle, 59 % des voix. Qu’a-t-il fait de ce tremplin ? À l’élection législative qu’il a lui-même provoquée, en juin pour obtenir une « clarification », il l’a obtenue : seulement 23% des électeurs ont appuyé son parti.

Il n’avait posé aucun geste, depuis qu’il occupe cette fonction, qui puisse le rendre impopulaire auprès des nationalistes québécois. Il nous avait même envoyé, en mars dernier, un premier ministre, Gabriel Attal, qui avait su montrer à la fois l’importance qu’il accordait au Canada, pays de l’Otan et du G7, et le biais favorable, institutionnel et historique, de son pays envers le cas québécois. À Ottawa, aux côtés de Justin Trudeau, il avait déclaré son appui à la politique de la « non ingérence et de la non indifférence » avec aplomb et sérénité. Le minutage de sa présence en terre fédérale et québécoise était, également, conforme au jeu d’équilibre construit au cours des décennies.

En quelques heures, Emmanuel Macron allait démontrer, par ses paroles et par ses gestes, qu’il n’a rien à cirer de cet équilibre. Il faut savoir gré au collègue Louis Blouin, de Radio-Canada, de lui avoir posé toutes les questions qui comptent, avec des relances de bon aloi.

Des paroles

L’entrevue accordée par le président, lorsqu’on l’écoute dans son intégralité, se déroule comme le parcours de l’éléphant dans le magasin de porcelaine.

Blouin lui demande d’abord, sur la question du français, s’il est d’accord avec le gouvernement québécois qui, dans le contexte nord-américain, prend des mesures contraignantes, sur l’affichage ou sur les inscriptions aux institutions anglophones.

Pas question, répond le président, de se mêler des décisions que prennent souverainement chaque gouvernement. Donc : neutralité stricte. Bien.

Blouin l’interroge ensuite sur la fragilité de son avenir politique, à lui et à Justin Trudeau. Là, le président des Français sort de sa neutralité pour, essentiellement, appeler les Canadiens à voter pour son ami : « j’ai beaucoup d’estime et de respect et de l’amitié pour votre premier ministre et pour tout ce qu’il a fait pour le Canada et moi je crois que le chemin qui est le sien, qu’il vous a proposé et que vous avez validé à plusieurs élections est le bon, c’est-à-dire celui d’une économie ouverte, dynamique, innovante et qui va vers la décarbonation. » Voilà un homme qui parle franchement. On sait à quoi s’en tenir. Pierre Poilièvre aussi.

Le journaliste-à-lunettes cherche ensuite à trouver une clarté semblable au sujet de la non-ingérence et de la non-indifférence.  Macron, d’abord, pense qu’il va s’en tirer en patinant. Blouin le relance en lui faisant remarquer que ses prédécesseurs n’avaient pas eu cette réticence.

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Réponse : « C’est bien que des prédécesseurs aient fait cela, mais ai-je besoin de le faire aujourd’hui ? En vérité, dans un contexte politique qui n’aura échappé à personne je n’ai pas envie d’interférer dans votre contexte politique national, justement par respect et par estime et je pense que le rôle du président Français dans un moment où les esprits s’embrasent, ce n’est pas de venir rajouter de la complexité ou de l’émotion. »

Voilà qui est intéressant. Donc, lorsque tout est calme, on peut afficher son « non indifférence » envers le Québec. Mais quand ça chauffe, alors, non, on ne va pas s’en mêler.  N’est-ce pas justement dans ces moments qu’on teste la valeur de ses vrais amis ?

Mais peut-être qu’Emmanuel Macron n’est pas, justement, un vrai ami du Québec. Blouin lui a demandé, dans sa question, s’il n’était pas, comme Sarkozy (qui, doit on le mentionner, est un conseiller fréquent de son successeur) franchement favorable à l’unité canadienne.

« Pas du tout » répond d’abord Macron. « Moi, je ne suis pas là pour donner aux Canadiens des leçons et leur dire pour quoi je serais ». Ah. On respire. Mais pas longtemps. Le rôle du président, dit-il ensuite en nous donnant une leçon en en nous disant pour quoi il est, est « de dire, au fond, vous avez un modèle qui est le fruit de l’histoire. Il y a toujours une tension constructive. Dans ces tensions, il y a toujours quelque chose de fécond, et la France, elle regarde avec beaucoup – oui – d’amitié, d’affection et aussi de fascination le Canada ». Le rôle du président, ajoute-t-il, « c’est d’expliquer que si chacun s’y retrouve, c’est une bonne solution, dans un monde percuté dans les guerres. »

Oh là là. On n’est effectivement plus du tout dans la non ingérence et la non indifférence. On est carrément dans l’ingérence et dans l’indifférence. Emmanuel Macron vient de nous faire une pub pour le fédéralisme. Il vient de dire à François Legault que le Canada, ce pays des « tensions fécondes », « c’est une bonne solution » car il constate, lui, que « chacun s’y retrouve ».

Des gestes

On aura évidemment remarqué que sa visite éclair aura été complètement dominée par son volet fédéral. Macron n’est évidemment pas responsable de la volonté d’Ottawa de marginaliser le Québec. De source française, on m’informe que le vœu d’origine de l’équipe Trudeau était que Marcon ne mette tout simplement pas les pieds au Québec. Il a refusé. Bien. Ce qui montre qu’il avait le choix, en dernière instance, et qu’il aurait pu imposer, comme ses prédécesseurs, sa volonté : une fois le volet fédéral terminé, on va au Québec – et la plupart du temps à Québec – en montrant ainsi de façon tangible son amitié et son respect.

Mais l’équipe Trudeau, et ce bien avant que Legault ne réclame son renversement par le Bloc, a déterré une vielle tactique de l’ère de Jean Chrétien qui fait de Montréal une ville fédérale. L’invité étranger est accueilli dans la capitale fédérale, Ottawa, puis on lui organise un dîner d’État dans la métropole fédérale, Montréal.  Voyez comme c’est pratique ? On est au Québec ! Reste à inviter les provinciaux à une rencontre en tête-à-tête dans un hôtel et leur réserver quelques places au dîner, et le tour est joué ! (Ne leur envoyer l’invitation que pendant la nuit est une innovation de Trudeau, je ne me souviens pas que Chrétien soit allé si bas.)

Évidemment, ça ne fonctionne que si l’invité accepte de tomber dans ce panneau. Emmanuel Macron a été parfaitement informé par ses diplomates de la signification de chacun de ces choix. Il a décidé d’afficher clairement son indifférence envers le Québec et son ingérence, pro-Trudeau et pro-fédérale, dans nos affaires internes.

Il a, aussi, fait le choix de se mettre en porte-à-faux avec plusieurs acteurs de la vie politique française. Son ancien premier ministre, Gabriel Attal, candidat à la prochaine présidentielle, pourrait décider de le contredire sur ce point. Son actuel premier ministre, Michel Barnier, un gaulliste qui garde un souvenir ému du discours du balcon, pourrait cette semaine même, lors de sa rencontre avec François Legault, jouer une note détonante. Les chefs des deux partis d’opposition à l’Assemblée nationale, à gauche Jean-Luc Mélenchon et à droite Marine Le Pen, sont également au diapason du discours d’Attal, et non de celui de Macron. Ce sujet n’est évidemment pas au-dessus de la pile de leurs préoccupations, loin de là. Mais si Macron cherchait un sujet d’isolement politique de plus, il vient de le trouver.

Realpolitik

J’entends les railleurs affirmer que toutes ces questions n’ont pas la moindre importance et ne sont que l’expression de frustrations provinciales. Les grandes personnes, elles, comme Macron et Trudeau, ancrent leurs positions dans le réel.

Il est vrai qu’autour de la table du G7 et de l’OTAN, c’est avec le Canada que le président français travaille. À l’époque de Brian Mulroney ou de Jean Chrétien,  on aurait admis que leurs voix pesaient, lorsqu’il était question de bâtir des alliances. Mais peut-il sérieusement nous affirmer que Justin Trudeau est d’une quelconque utilité face à Joe Biden ou à Vladimir Poutine ?

Parlons-en, du réel. Lorsque le président français regarde froidement les chiffres, il sait qu’en matière d’investissement, l’essentiel de l’investissement canadien en France est québécois, et que l’essentiel de l’investissement français au Canada est au Québec. En matière de commerce, l’essentiel des ventes françaises au Canada va au Québec, et l’essentiel des ventes canadiennes en France viennent du Québec. En matière de tourisme, l’essentiel des touristes canadiens en France sont Québécois, et que l’essentiel des touristes français au Canada vont au Québec. Le même constat s’impose en éducation, en recherche, sociale et scientifique.

Je terminerai avec une anecdote. Préparant en 1994 le voyage qu’allait faire Jacques Parizeau à Paris, j’avais demandé à Pierre Bourgault de préparer la portion historique du discours qui serait prononcé à l’Assemblée nationale française. Il me remit sa copie, impeccable. Mais il y avait ce passage, que je ne pouvais utiliser, vous aller voir pourquoi, mais qui ne manquait pas de vérité.

Je cite de mémoire : « On a trop dit que la France avait abandonné le Québec au moment de la conquête. Elle était occupée à plusieurs conflits simultanés et on peut comprendre les difficiles décisions prises à l’époque.  Mais si demain les Québécois décidaient de se donner un pays, et que la France n’était pas à ses côtés en ce moment crucial, on ne le dirait jamais assez ! »

Emmanuel Macron a choisi son camp. C’est son droit. Baigner dans l’impopularité lui sied bien. Pour le Québec, ce n’est qu’un bref mauvais moment à passer.

(Une version courte de ce texte a été publiée dans Le Devoir et dans Le Figaro.)

Comment faire des milliards à la mode Albert Frère et Desmarais ?

Comment s’enrichir, lorsqu’on est déjà riche, en siphonnant des centaines de millions à des institutions publiques ? Denis Robert (qui a mis au jour le scandale Clearstream) et Catherine Le Gall démontent patiemment le mécanisme privilégié par Albert Frère (principalement) et son partenaire de longue date Paul Desmarais.

À travers quatre transactions économiquement inexplicables réalisées pendant les années 2000, les journalistes d’enquête ouvrent le sac à outils de ceux qu’ils appellent des prédateurs – car ils ne créent pas de produit, de service, de valeur, seulement des échafaudages financiers qui leur rapportent gros et qui vident les caisses d’institutions publiques.

Des questions sans réponse

Pourquoi l’équivalent français de la Caisse de dépôts achète-t-elle à Albert Frère sa chaîne de fast-food Quick et, surtout, pourquoi l’achète-t-elle plus de deux fois sa valeur ?

Pourquoi la brésilienne Pétrobras achète-t-elle pour 1,5 milliards de dollars US une raffinerie texane vétuste achetée peu avant par Albert Frère pour… 42 millions ? Une culbute de 1590% ?

Pourquoi la compagnie publique française de l’uranium Areva achète-t-elle pour 2,5 milliards d’euros une nouvelle entreprise d’uranium qui ne possède que des terrains inexploitables ? Mais dont les financiers sont liés à Frère et Desmarais ?

Pourquoi, finalement, le gouvernement français pousse-t-il le joyaux public Gaz de France dans les bras de l’entreprise chevrotante Suez, contrôlée par le couple Frère-Desmarais ?

Ces États en avaient-ils vraiment besoin ?

La logique économique est complètement absente de chacune de ces transactions. Chaque fois, il s’agit de colossaux transferts de richesse d’institutions publiques vers des coffres privés.

Chaque fois, les bénéficiaires des transactions ont placé au sein des institutions publiques visées des gens qui leur sont proches et qui vont diriger la manœuvre de l’intérieur. Chaque fois, des consultants externes, parfois anonymes et toujours opaques, vont grossièrement surévaluer l’entreprise sur le point d’être achetée à prix d’or. Chaque fois, des clauses étranges sont placées dans les contrats pour faire pencher la balance en faveur des spoliateurs.

Impossible que ces transactions aient lieu sans que plusieurs acteurs politiques ferment les yeux.

Dans le cas de Pétrobras, il est avéré que Frère a généreusement contribué à la caisse électorale de Dilma Roussef, alors présidente du CA de Pétrobras, future présidente brésilienne qui sera accusée de corruption et destituée.

Dans le cas de l’uranium, la présence de la présidente du CA de la compagnie publique Areva sur des CA de compagnies de Frère et Desmarais est notable.

Dans le cas de GDF, l’ami intime des Frère et Desmarais, Nicolas Sarkozy, hier défavorable à la privatisation, en est devenu un des principaux héraults !

Touffu mais loufoque

À travers ces récits parfois touffus et techniques, on voit aussi comment la justice (sauf brésilienne) est parfois hésitante à remonter les filières de ces scandales et semble muselée à des moments cruciaux.

On voit surtout comment ceux qui tirent les ficelles, en haut de la pyramide de la prédation, semblent parfaitement intouchables, tellement ils manipulent avec talent les rouages compliqués des montages financiers, des corporations écrans, des consultants conciliants et des avocats aguerris.

L’enquête n’est pas seulement une accusation contre les prédateurs mais une mise en cause de tous les facilitateurs et de l’échec des garde-fous qui auraient du, qui auraient pu, dans chaque cas, faire échec à la prédation.

Un livre très très éclairant.

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Lui, Président de la République, vraiment

Quel Président de la république sera François Hollande. Trop tôt pour le dire. Mais on sait à partir de quel canevas lui donner ses notes, bonnes ou mauvaises. Car il en a lui-même donné les contours, lors de sa maintenant fameuse tirade « Moi Président de la République » lors du débat face à Nicolas Sarkozy. La revoici, avec un peu de musique:

Devine qui ne vient pas dîner avec Hollande ce soir?

S’il y a des drapeaux français à Sagard, le Versailles-en-Charlevoix de la famille Desmarais, ils sont en berne ce soir. Le grand ami et fréquent visiteur, Nicolas Sarkozy, a mordu la poussière ce dimanche et devra bientôt quitter l’Élysée.

Chacun se souvient qu’au soir de son élection, il y a cinq ans, Sarkozy avait célébré au célèbre restaurant le Fouquet’s des Champs-Élysée avec les grands de ce monde, y compris Paul Desmarais qui l’avait couvé pendant sa traversée du désert politique à la fin des années 90. Devenu président, Sarkozy récompenserait son bienfaiteur en lui accordant la plus haute distinction française, la Grand’Croix de la Légion d’Honneur, lors d’une touchante cérémonie.

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La fin d’un formidable trio !

Ce qui ne signifie pas que les Desmarais n’ont pas, aussi, leurs entrées chez les socialistes. Après tout, François Mitterrand lui avait naguère accordé la légion d’honneur, en présence de l’alors ambassadeur du Canada Lucien Bouchard.

Ce dimanche soir, à Paris, Paul Desmarais sera-t-il de la fête ? Pas question, affirme Patrick Bloche, député proche du nouveau président. Interrogé pendant la campagne par François Bugingo, de QMI, Bloche n’a pas fait dans la langue de bois:

«Un gouvernement de François Hollande s’engage à restaurer les relations historiques entre la France et le Québec. Car la charge de Sarkozy contre les souverainistes québécois (…) est indigne d’un chef d’État français. En fait, il aura infligé à la Belle Province les mêmes dégâts qu’à la France durant son quinquennat : il a voulu opposer les Québécois entre eux comme il l’a fait avec les Français.»

Et puis:

« M. Paul Desmarais ne recevra pas d’invitation de François Hollande pour la fête du 6 mai. C’est après tout, un ami personnel de Sarkozy, dont il partage la vision du Québec. Qui n’est pas la nôtre.»

Alors, que se passe-t-il à Sagard, sous les drapeaux français en berne ? Je ne serais pas surpris qu’on tente de dénicher, dans les décombres d’une droite française en implosion appréhendée, la figure oubliée que l’on pourrait maintenant couver pour obtenir encore, un prochain soir de présidentielle, une invitation au Fouquet’s.

Sarkozy, les frontières et l’enfermement

quebec.1224351773-150x150Je ne peux m’empêcher de faire ce parallèle. En février 2009, le président Sarkozy avait fait la leçon aux souverainistes Québécois. Affirmant qu’ils étaient coupables de « sectarisme », d »enfermement sur soi », de vouloir définir leur « identité par opposition féroce à l’autre », alors que « si notre identité est forte, on n’a pas besoin d’être agressifs ».

« De qui parlez-vous ? » avaient rétorqué dans une missive carabinée Pauline Marois et Gilles Duceppe, faisant le détail des gestes d’ouverture posés par les gouvernements souverainistes. La question prend un sens encore plus fort aujourd’hui.

Peut-être le Nicolas Sarkozy de février 2009 parlait-il, en le semonçant à l’avance, le Nicolas Sarkozy d’avril 2012.

Car le terme « repli sur soi » pullulent sur les manchettes des quotidiens français depuis que le président-candidat mène campagne contre l’immigration en soi et fait l’apologie, lui le grand européen d’hier, des « frontières », dans un discours ce dimanche:

La frontière est au coeur du problème de l’immigration, au coeur du problème économique, au coeur du problème de la réciprocité, au coeur de la lutte contre les dumpings, au coeur du problème fiscal, au coeur de la lutte contre les trafics.

Son communiqué de campagne présente cet extrait:

Pour Nicolas Sarkozy, l’effacement des frontières quelles qu’elles soient – économiques, culturelles, morales – a été une grave erreur car « sans frontières, il n’y a pas de Nation, pas d’Etat, pas de République, pas de civilisation ».

« La frontière, c’est l’affirmation que tout ne se vaut pas, qu’entre le dedans et le dehors ce n’est pas la même chose, tracer une frontière entre les cultures, le vrai et la faux, la beauté et laideur, c’est le long travail de la civilisation ».

« L’Europe a trop cédé à la religion du libre-échange et de la déréglementation au nom de l’abaissement des frontières, trop cédé à une conception d’un monde sans État » a-t-il défendu.

Pour mémoire, voici comment Infoman avait superbement couvert, et agrémenté, la sortie sarkozyste de 2009:

Pour les mordus, voici le discours intégral de Toulouse de Nicolas Sarkozy:

Le pari risqué (perdu?) de Nicolas Sarkozy

312801_des-affiches-electorales-de-marine-le-pen-et-de-nicolas-sarkozy-le-26-avril-2012-dans-le-nord-de-la-france-300x245Jusqu’où le président Sarkozy doit-il se déporter à droite pour remonter la pente et rester président dimanche prochain ? Un sondage publié ce lundi nous donne un début de réponse. Elle n’est pas très bonne pour le Président.

C’est pourtant toute la question de l’entre-deux-tours. Et il faut dire que Sarko y met toute la gomme, annonçant ce dimanche que la question de « la frontière » sera au cœur de son hypothétique second quinquennat.

L’enjeu est le suivant: convaincre suffisamment d’électeurs du Front National de Marine Le Pen, ils étaient 19% au premier tour, de se reporter sur lui. Mme Le Pen annoncera ce mardi quelle est sa consigne, mais on comprend que l’abstention est son intérêt premier: abstention signifie échec de Sarkozy, donc droite recomposée dans laquelle Marine Le Pen aurait une place privilégiée.

Mais qu’en disent ses électeurs ? Dans le sondage LH2 Nouvel Obs, seulement 39% des votants du Front National jugent que Sarkozy est « juste comme il faut » dans son virage à droite. 29% jugent qu’il ne l’est « pas assez » (et, bizarrement, 14% trouvent qu’il l’est trop).

Bref, avec son grand virage, Sarko pourrait attirer 7 des 19 points de pourcentage de Le Pen. Comme il avait fait 27% au premier tour, on ajoute 7, cela lui donne 34 %. (Il en faut, bien sûr, 50%.)

Cependant pour gagner, Sarkozy avait besoin de presque tous les électeurs FN et de presque tous les électeurs centristes.

Mais les électeurs de François Bayrou, du centre, ne le voient pas ainsi. Il avait 9% des électeurs avec lui au premier tour. Le sondage nous informe que 45% d’entre eux estiment Sarko désormais « trop à droite ». Et que 41% le jugent « juste comme il faut ». Le président ne peut donc charmer que 4 des 9 %.

Donc 34% + 4% = 38%

Bon, c’est la base. Les 13 sondages d’intention de vote publiés depuis le premier tour donnent Hollande gagnant entre 53 et 56%, contre Sarkozy entre 44 et 47%.

Interrogés directement sur le report de leurs voix, on note qu’effectivement moins de la moitié des électeurs FN annoncent qu’ils choisissent Sarko et on note que cette proportion ne bouge pas depuis le une semaine. L’opération de charme est donc… inopérante.

Les électeurs de Bayrou, eux, sont de moins en moins enclins à voter Sarko. Ils étaient 35% (3,2 points) à penser le faire il y a une semaine… ils ne sont plus que 27% (2,4 points).

Reste le débat, de mercredi soir, pour grapiller les points qui manquent.

Je vous offre en prime un pré-débat, monté par Libération à partir des prestations séparées des deux candidats lors d’une émission diffusée ce dimanche:

 

Villepin c. Sarkozy, une belle chicane !

Un français sur deux souhaite que Dominique de Villepin se présente à la prochaine présidentielle française, en 2012, contre Nicolas Sarkozy. Ils le veulent comme président ? Vous voulez rire ? Ils ne sont que 10% à le souhaiter vainqueur. Alors pourquoi le veulent-ils dans la course ? Parce qu’ils aiment la lutte, la boxe, la méchanceté et la mesquinerie.

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Le récit de la chicane, sur Planète Terre. (photo: origine inconnue)

Et qu’ils en veulent, gratuitement, tous les soirs au journal télévisé. Ce sont d’ailleurs surtout les socialistes (58%), ces fauteurs de trouble, qui souhaitent l’entrée en lice de l’ex-premier ministre à l’abondante chevelure et au parler fleuri.

La rivalité Villepin/Sarkozy vaut bien Dallas. Martial Foucault nous en fait le récit dans le dernier Planète Terre. Ah, il faut connaître les épisodes précédents, si on veut savourer les suivants. Surtout que de Villepin ne cache pas son intention d’être présent lors du prochain scrutin. Si — ou lorsque — cela se produira, la mauvaise humeur de Sarkozy dépassera de loin la caricature à-la-de-Funès que nous en présente Et Dieu créa Laflaque.

Sarkozy, l’emmerdeur !

C’est une grande tradition française. De Gaulle emmerdait Lyndon Johnson sur l’OTAN et le Viêt Nam. Mitterrand emmerdait Ronald Reagan sur les rapports Est-Ouest. Chirac emmerdait Georges W. Bush sur l’Irak. Maintenant, Sarkozy emmerde Obama sur le climat.

obama-sarko«Tu m’emmerdes !» «Qui, moi ?» (Photo, mais pas dialogue, Elysee)

«Quand on est un leader, on est pas un suiveur!» a-t-il déclaré hier (mardi) à l’adresse du président américain, avec le ton et le vocabulaire franc et direct qui lui valent tant d’amis. «Lorsqu’on est le premier pays du monde» a-t-il ajouté, cela impose «des contraintes». Et, tournant le fer dans la plaie, lui qui venait d’annoncer une aide écologique à l’Afrique, il appelle le fils d’africain qu’est le président actuel à démontrer qu’il veut vraiment, lui aussi, aider l’Afrique.

Que vaut la politique française d’emmerdement ? C’est la politique du porc-épic. À force de se faire piquer, on finit par faire attention, contourner, ou donner le morceau demandé par la bête. Bref, il arrive assez souvent que cela ait un impact sur la décision. Les Français ont ainsi parfois rendu service au monde en se rendant si abrasif auprès de la Maison Blanche. Vous me direz, ils n’ont même pas à le faire exprès, ce rôle leur va à ravir. N’empêche.

En l’espèce (non, ce n’est pas une insulte) Sarkozy a déjà fait honte à Obama qui n’avait pas, à l’origine, l’intention de se rendre à Copenhague pendant la phase finale, soulignant que son absence équivaudrait à un manque de respect aux dizaines de chefs d’État qui y seraient. Obama s’est ravisé. Auparavant encore, Sarkozy avait menacé de quitter la réunion du G20 de Londres si les Américains refusaient de bouger sur des réformes financières pourtant mineures.

Il faut voir le reportage de France 2 de mardi pour prendre la mesure de l’irritant ambulant que Sarkozy est devenu pour Obama:

En cliquant ici et en allant à 11’47 »

En cliquant ici et en ouvrant votre lecteur vidéo, c’est à 11’47 »

Les relations ne sont déjà pas très bonnes. Toutes les caméras seront braquées sur le prochain échange Obama/Sarkozy. Vont-ils se serrer la main, ou se gifler ? On s’en fiche (en fait, non, on a très hâte de voir). Mais l’important est l’impact sur la négociation finale. Ces négos se font rarement dans la bonne humeur générale. Sarko a l’inclination, le cran, (l’inconscience, la jalousie?) voulue pour dire son fait au plus populaire des présidents américains ? Ce sera productif ou contreproductif ? Difficile à dire. Mais je préfère qu’il y ait un emmerdeur dans la pièce, juste au cas où ça aiderait…

Quand Sarkozy enterre De Gaulle

(Une version écourtée de ce texte fut publiée dans le quotidien Le Monde le 25 octobre 2008 et dans le quotidien Le Devoir. La version longue a été publiée sur le site du CÉRIUM et sur Vigile.net.)

Il ne pouvait pas se taire. C’était plus fort que lui. C’est en répondant à un journaliste et en affirmant son amitié constante envers le Canada que le président a affirmé que, « franchement, s’il y a quelqu’un qui vient me dire que le monde aujourd’hui a besoin d’une division supplémentaire, c’est qu’on n’a pas la même lecture du monde ». Une division supplémentaire, donc l’indépendance du Québec.

On a bien vu que la question posée, sur l’intensité de la relation France-Québec, l’agaçait. Impatient, il a affirmé avoir suivi « de très près » les évolutions récentes au Québec et au Canada. Lâchant le morceau, se libérant du carcan diplomatique que lui avait imposé ses conseillers et son aile gaulliste, il a ajouté que la France « est un pays qui rassemble et non pas qui divise ». Puis, pour se conforter avant de remercier, tout bien considéré, le journaliste de lui avoir posé la question lui permettant de se soulager, il ajouta : « je ne dois pas être le seul à penser ce que je viens de vous dire ».

Le Québec a donc goûté à la méthode Sarkozy en affaires internationales. Un mélange d’impulsivité et d’opinions nourries par ses amis des milieux d’affaires. Une propension à sacrifier les équilibres stratégiques à long terme au profit du gain tactique immédiat. Car le remplacement du « vive le Québec libre ! » du Général de Gaulle par le « non à la division du Canada » de Nicolas Sarkozy s’est produit alors que ce dernier tentait de convaincre son hôte, le premier ministre conservateur Stephen Harper, de se joindre à lui dans son projet de sommet mondial sur la refondation du capitalisme. C’était sa tâche du moment. L’appui de Harper lui donnerait un argument supplémentaire, le lendemain, lors de sa rencontre avec George Bush. Or Harper, que le président Sarkozy tutoyait et appelait par son prénom pendant le point de presse, ne lui rendait pas sa politesse et restait rétif à toute idée de réformer le système international. Alors les états d’âme du Québec ne faisaient pas le poids dans la balance.

C’est le fond de sa pensée. Mais d’où vient ce fond ? Chacun au Québec tourne son regard vers le financier Paul Demarais, un des invités au Fouquet’s le soir de la présidentielle. Nicolas Sarkozy en a dit, lui remettant la grand-croix de la Légion d’honneur en février : « si je suis aujourd’hui président, c’est en partie grâce à Paul Desmarais ». Le milliardaire québécois a résumé en juin à l’hebdomadaire Le Point son analyse du sujet québécois par ce non sequitur : « si le Québec se sépare ce sera sa fin, moi je crois à la liberté et à la démocratie ». Reste que M. Desmarais était également proche de Mitterrand et de Chirac, qui ont su chacun, malgré cette relation, bien jouer l’équilibre dans les rapports avec le Québec et le Canada.

Les autres interlocuteurs canadiens du président – le premier ministre Harper, le premier ministre québécois Jean Charest – lui disent depuis deux ans que le projet indépendantiste est moribond pour ne pas dire trépassé, même si une majorité de francophones disent toujours, dans les sondages, y être favorable. Nul doute que le président a succombé à cette version des faits. On espère que les services diplomatiques français l’ont informé que les annonces du décès du mouvement indépendantiste jonchent l’histoire politique locale des 40 dernières années et sont souvent signes de sa prochaine résurgence. Pas plus tard qu’en 2005, une majorité de Québécois se disaient prêts à appuyer la souveraineté du Québec et l’éditorialiste fédéraliste le plus écouté, André Pratte, écrivait que « le Canada est toujours à une crise près de l’indépendance du Québec ».

D’autant que le président est arrivé au Québec trois jours après une élection pancanadienne où les Québécois, pour la sixième fois consécutive, avaient élus une majorité de parlementaires indépendantistes. Reste que le gouvernement québécois du libéral Jean Charest, seul habilité à déclencher un référendum, est résolument pro-canadien et en début de mandat. La question de l’indépendance n’est donc pas d’actualité et le président savait que personne ne l’interrogerait directement sur la question. Son degré de difficulté était donc plus faible que celui qu’avaient du satisfaire ses prédécesseurs Giscard, Mitterrand et Chirac devant composer, eux, avec des gouvernements québécois indépendantistes. Sa déclaration a donc surpris tous les protagonistes.

Le lendemain, les manchettes étaient assassines, déclinant le thème : « Sarkozy choisit l’unité canadienne ». La réaction des leaders canadiens était à l’avenant. « On est triomphants ! » a clamé le ministre conservateur Lawrence Cannon, heureux que M. Sarkozy ait donné une victoire diplomatique historique à son camp, lui qui pansait encore les plaies de sa récente déconfiture électorale (par leur vote, les Québécois ont privé les conservateurs d’une majorité au parlement fédéral). Le leader historique du mouvement indépendantiste, l’ancien premier ministre Jacques Parizeau, notait très justement qu’en exprimant ouvertement sa préférence, le président Sarkozy, l’élu le plus puissant du monde francophone, était allé plus loin dans le rejet de l’indépendance du Québec que ne l’avait fait le président américain Bill Clinton, l’élu le plus puissant du monde anglophone.

Pendant la campagne référendaire sur la souveraineté en 1995, Clinton avait certes fait l’éloge du Canada et de la bonne relation canado-américaine mais, préservant l’avenir et résistant aux pressions d’Ottawa, il s’était gardé de dénoncer le projet indépendantiste. Surtout, il avait affirmé ce que M. Sarkozy a omis d’ajouter, c’est-à-dire que la décision revenait aux Québécois.

Amant, comme il l’a dit devant l’Assemblée nationale québécoise, de « la rupture », Nicolas Sarkozy a en effet rompu avec une tradition patiemment entretenue depuis 40 ans. De Gaulle avait appuyé avec fracas l’avènement du « Québec libre », on le sait. Pompidou et ses successeurs ne se sont plus engagés sur ce terrain, en érigeant d’abord l’utile coupe-feu de la « non-ingérence ». En clair : nous n’exprimerons plus de préférence. Ils l’avaient complété par la « non-indifférence », euphémisme suggérant une affinité politique avec le parcours québécois. Puis, devant la menace croissante qu’un choix québécois pour l’indépendance se heurte à un refus de reconnaissance par le Canada, Giscard et ses successeurs ont poussé la non-indifférence jusqu’à indiquer quelle serait la posture française dans cette hypothèse. La France, ont-ils dit, « accompagnerait le Québec dans ses choix ».

Le test serait survenu au soir du référendum de 1995, si les Québécois avaient voté majoritairement Oui – ils furent 49,4% à le faire, un résultat aujourd’hui contesté par de nombreux indépendantistes, puisqu’il est maintenant établi que le camp pro-canadien a alors enfreint l’esprit et la lettre de la législation sur le financement des campagnes. Le premier ministre canadien a révélé depuis qu’en cas de oui, il aurait immédiatement refusé de reconnaître ce choix. On sait aussi que le président Chirac aurait simultanément, par voie de communiqué, reconnu la décision québécoise, donc « accompagné le Québec dans ses choix ».

On voit l’importance de cette police d’assurance. Elle donne du poids au Québec, même s’il décide de ne pas quitter le Canada. D’autant que sa position démographique au sein du Canada est en train de se rétrécir et que le premier ministre canadien actuel propose des réformes institutionnelles qui réduiront son poids politique dans la fédération. En improvisant donc sa réponse à Québec vendredi, Nicolas Sarkozy a cumulé « ingérence et indifférence ». C’est ce que titrait le lendemain le chevronné chroniqueur du quotidien Le Devoir, Michel David.

Démontrant plus de tact que le président, la chef du Parti Québécois, donc leader des indépendantistes, l’ancienne vice-première ministre Pauline Marois, a voulu lui donner le bénéfice du doute et lui a envoyé le signal de rectifier le tir. Le président – en colère contre la presse québécoise plutôt que contre son propre écart, nous rapporte-t-on –aurait pu clore le débat en affirmant lui-même, avant de quitter le sol québécois, avoir été mal compris. Il aurait fallu qu’il jette du lest en reprenant la formule de ses prédécesseurs voulant qu’évidemment, la France accompagnerait le Québec dans ses choix. Ce conseil fut acheminé à son entourage, mais le président n’en avait cure. Il avait livré le fond de sa pensée. Avait effectué sa rupture. Que chacun se débrouille.

Nul doute que le président Sarkozy, dont la priorité est le rapprochement avec le gouvernement canadien, voit d’un bon œil, dans ce cadre, la multiplication d’initiatives franco-québécoise. La signature, pendant sa présence, d’un accord inédit de reconnaissance réciproque des compétences entre professions en est une preuve tangible. On nous rapporte qu’en privé, M Sarkozy a averti Jean Charest qu’il était prêt à faire beaucoup pour le Québec, « mais sans antagoniser le Canada ». Or l’essentiel de la place aujourd’hui occupée par le Québec dans le monde, notamment son droit de siéger aux Sommets de l’Organisation internationale de la Francophonie, découle précisément du fait que les présidents Giscard, Mitterrand et Chirac ont prix le risque de refroidissements ponctuels avec le Canada pour élargir l’assise du Québec.

Samedi et dimanche, il fallut que d’abord le sherpa du président, Christian Philippe, puis Alain Joyandet, secrétaire d’État chargé de la Francophonie, visiblement embarrassés par la controverse, tentent de recadrer les propos présidentiels, affirmant sans rire que les journalistes l’avaient mal compris. Puis, François Fillon lui-même fut mis à la tâche de réparer une partie des pots cassés, affirmant sur TV5 que la France ne serait « jamais indifférente au Québec ».

A la décharge de ses conseillers, il faut dire qu’il n’était nullement question que le président aille aussi loin. Dans le texte qui lui avait été savamment préparé par Henri Guaino pour son allocution devant l’Assemblée nationale québécoise, il allait multiplier les déclarations d’amour pour le Québec, affirmant la nature « fraternelle » des rapports entre les peuples français et québécois, plus liants donc que la nature « amicale » de la relation franco-canadienne. Une gradation que lui avait soufflée Alain Juppé, inquiet au printemps dernier de la dérive pro-canadienne de M. Sarkozy. Les indépendantistes, dont l’auteur de ces lignes dans une lettre ouverte au président, s’étaient dits à l’avance satisfaits de cette reformulation, sachant qu’on atteignait probablement avec cette riche nuance la frontière de ce qu’on pouvait attendre de lui.

Le président avait tout de même placé deux allusions transparentes dans le texte qu’il a livré aux parlementaires québécois. S’adressant à une assemblée dont, par exemple, la politique d’immigration est plus généreuse que la sienne, il a lourdement insisté sur l’erreur que constitue « le repliement sur soi ». Il est certain qu’il croyait parler ainsi des indépendantistes, dont les gouvernements ont pourtant été les principaux vecteurs de la présence internationale et du métissage du Québec. En conclusion, il a averti que la relation entre la France et le Québec ne peut être féconde qu’à « une condition, c’est qu’on la tourne vers l’avenir, cette alliance, et pas vers le passé. » Que de Gaulle se le tienne pour dit. Dans une entrevue au quotidien La Presse publiée le même jour, il avait conjugué au passé « l’époque des référendums sur la souveraineté du Québec », affirmant que « le contexte avait changé ».

Il est intéressant de noter que, donneur de leçon sur le repliement sur soi, il n’avait eu aucun reproche à faire au premier ministre canadien et à son pays, dont la constitution réduit depuis un quart de siècle l’autonomie québécoise, notamment en matière d’éducation et de langue, contre le vœu et sans la signature de tous les gouvernements québécois successifs. Ceci n’expliquant pas cela, le verdict du président français fut net, le Canada est un grand pays qui, « par son fédéralisme, a décliné un message de respect de la diversité et d’ouverture ».

Cette phrase a été reprise en par l’éditorialiste Pratte, déjà cité, dans un quotidien dont Paul Desmarais est propriétaire. Lucide, Pratte écrit pour s’en désoler que « peu de Québécois partagent l’enthousiasme exprimé par Nicolas Sarkozy pour le projet canadien » notamment parce qu’il existe peu de leaders pro-canadiens éloquents. « C’est peut-être cette absence de porte-parole forts qui explique la réaction dithyrambique des fédéralistes à la bombe lancée par M. Sarkozy : en quelques mots, il a mieux défendu l’idée fédérale que les fédéralistes québécois eux-mêmes ne l’avaient fait depuis belle lurette. »

Mais tout cela n’est qu’effet secondaire. L’essentiel, pour le président, n’était pas que le Québec fut « libre » ou plus simplement « libre de ses choix ». L’essentiel était que Nicolas Sarkozy soit libre de donner son opinion, quelles qu’en soient les conséquences pour le rapport de force du peuple du Québec.