Les bonnes idées d’André Pratte

« L’histoire économique du Québec est jalonnée de grands projets, de la Manic à la Baie-James. Cette fois-ci, tous les experts s’entendent, le grand projet dont le Québec a besoin n’est pas fait de béton et d’acier, mais de productivité et d’innovation. » La citation, de bon sens, est tirée du « nouveau plan économique » déposé — et pour l’essentiel adopté — lors du conseil général du Parti libéral du Québec (PLQ) en fin de semaine.

Le document est le fruit du travail de l’hyperproductif André Pratte, devenu président de la commission politique du PLQ. Il s’agit d’une contribution qui doit, à mon humble avis, nourrir une discussion essentielle : celle de l’économie québécoise de l’après-François Legault et de l’après-Pierre Fitzgibbon.

Un effort colossal a été déployé par le gouvernement caquiste, souvent avec l’appui conséquent d’Ottawa, pour attirer des investissements étrangers de forte taille. La construction d’une filière batterie allant de la mine au produit fini peut devenir un pilier de l’économie québécoise si se développe autour d’elle une constellation de PME innovantes qui peuvent déployer leurs propres ailes et générer leur propre croissance. C’est à voir, mais c’est vraisemblable. L’organisme Montréal international livre aussi chaque année sa récolte parfois multimilliardaire d’investisseurs étrangers attirés par la qualité de notre main-d’oeuvre, par nos ressources, ainsi que par les charmes de notre climat et de notre savoir-vivre.

Ayant grandi avec des surplus de main-d’oeuvre et d’énergie, nous ne sommes pas encore sortis du réflexe de l’applaudissement béat pour chacune de ces annonces. Or, notre petit monde a changé. En pénurie de main-d’oeuvre et d’électricité, chaque implantation étrangère déplace vers elle des salariés et des watts qui pourraient — et qui peuvent — être mieux utilisés par nos propres entreprises. Il y a un point de bascule à partir duquel trop d’investissements étrangers nuisent.

Sans renier ce qui a été fait par l’équipe caquiste, et qui a indubitablement augmenté la richesse québécoise par habitant, le gouvernement qui sera élu en octobre 2026 (vous connaissez ma préférence) sera bien avisé d’opérer pour l’avenir une correction majeure de trajectoire et de favoriser pour cette nouvelle phase l’entreprise locale.

Il est par exemple honteux de constater que l’augmentation des tarifs d’électricité sera de 3,3 % pour la grande industrie l’an prochain, mais de 5,1 % pour les PME. Il s’agit d’une décision consciente de faire porter sur l’entreprise locale les rabais offerts aux grandes entreprises, principalement étrangères.

Un changement de cap s’impose. Le document d’André Pratte reprend des propositions connues, mais jamais complètement appliquées : la revue et la simplification de la fiscalité des petites entreprises, un effort renouvelé, et dirigé par le Conseil exécutif, d’allégement de la paperasse administrative. (Transparence totale : ces éléments faisaient partie de la stratégie Priorité PME que j’avais lancée au Parti québécois en 2016.)

Pratte propose aussi de refaire un diagnostic complet de l’enchevêtrement de programmes d’aide et de crédits d’impôt, dont certains sont contre-productifs ou désuets. Le ministre des Finances, Eric Girard, a annoncé exactement ce processus nécessaire dans le dernier budget, mais malheureusement, il n’a aucune prise sur la propension du fédéral à inventer chaque année de nouveaux programmes dont l’efficience est particulièrement oiseuse. S’il y a trop de paperasse dans le système, c’est peut-être qu’il y a un gouvernement de trop. Ou alors un gouvernement qui s’occupe de ce qui ne le regarde pas.

Pour la nécessaire augmentation de la productivité par heure travaillée, qui constitue l’épine dorsale de la création de richesse, Pratte ajoute un argument massue en citant une toute récente étude de l’Organisation de coopération et de développement économiques, l’OCDE, concluant que, pour l’essor de l’innovation, l’aide fiscale des États à la recherche et développement est plus efficace lorsqu’elle vise les PME plutôt que les grandes entreprises.

Autre piste intéressante : l’investissement plutôt que la subvention. Qu’en échange de son aide, l’État puisse « recouvrer son investissement grâce à une mécanique de participation aux bénéfices futurs de l’innovation, par une redevance sur les futurs produits commercialisés ». Bravo.

On trouve dans le document adopté par le PLQ des éléments audacieux pour ceux qui, dans ce parti, préféraient dans le passé le laisser-faire. On lit : « Les droits d’exploitation, de transformation et d’allocation énergétique seront liés à une obligation de transformation à valeur ajoutée dans les régions ressources. » De plus, on propose qu’un « seuil minimum obligatoire de transformation locale des ressources naturelles du Québec soit déterminé ». On croirait lire du Martine Ouellet. Ce qui se veut, en l’espèce, un compliment.

J’ai particulièrement apprécié la section consacrée à la concertation régionale. On y annonce la création de pôles de concertation régionale, instance décisionnelle responsable d’impliquer l’ensemble des acteurs du milieu et de coordonner le développement économique et social de chaque région.

L’idée est tellement bonne qu’elle ressemble aux Sociétés de développement économique créés à la fin des années soixante, puis aux Conseils régionaux de développement renforcés par le gouvernement de Lucien Bouchard, transformés en conférences régionales des élus par le gouvernement de Jean Charest (qui souhaitait, à la demande des chambres de commerce, en expulser les représentants syndicaux et communautaires), puis abolis par le gouvernement de Philippe Couillard, qui a procédé au démantèlement de toute cette expérience cumulée de concertation, signifiant notamment aux 3000 entrepreneurs locaux engagés dans le mentorat qu’on n’avait pas besoin d’eux.

Il était quand même paradoxal qu’un même conseil général du PLQ célèbre, sans la moindre réserve, l’action du gouvernement de Philippe Couillard et adopte simultanément des propositions économiques et régionales en contradiction totale avec son action. Mais j’insiste, il n’est jamais trop tard pour avoir raison.

(Ce texte a d’abord été publié dans Le Devoir.)

L’amnésie prévisible de Dominique Anglade (intégral)

On ne peut pas dire qu’elle ne donne pas son 110 %. Dominique Anglade joue toutes les touches du clavier politique pour imposer sa présence dans le paysage médiatique. Parfois, elle se fait outrageusement optimiste : « Je vais gagner en 2022 ! » Parfois, elle semble tirer son texte de la pancarte d’un manifestant antivaccin : « Legault a plongé le Québec dans la noirceur ! » Parfois, comme au début janvier, elle réclame qu’on l’écoute et demande un débat d’urgence à l’Assemblée. Parfois, elle affirme qu’on l’écoute, mais qu’on ne l’entend pas, et elle se retire de la consultation hebdomadaire des chefs d’opposition, organisée précisément par le premier ministre pour faire semblant qu’il écoute.

Dimanche, elle a sorti sa planche de surf pour tenter de s’installer sur la vague qui déferle sur le Québec. La vague d’impatience relative aux mesures sanitaires. On comprend la cheffe de ne pas laisser le couple Éric Duhaime-Anne Casabonne occuper seul cette part de marché politique en croissance. Elle nous apprend que sous une première ministre Anglade, on aurait de la prévisibilité. Ah bon ? Dans les lettres de l’alphabet grec, désormais utilisées pour désigner les variants, il y aura, après Omicron, la lettre Pi (qui annonce le titre « Un variant encore, Pi ? »), puis il y aura Rho (et le titre  On en reprend pour son Rhome ! »). Sait-on, au quartier général libéral, si ces variants seront plus ou moins contagieux que les précédents, plus ou moins virulents, nécessiteront un vaccin nouveau, une période de quarantaine différente, s’attaqueront davantage aux enfants qu’aux vieillards ? Je suppose que non.

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Promettre aux Québécois de la prévisibilité libérale, c’est aussi leur rappeler que Jean Charest avait promis (prévu ?) pendant la campagne de 2003 de « faire en sorte que les listes d’attentes disparaissent » rapidement, ou qu’en 2014, Philippe Couillard avait promis (prévu ?) que presque chaque Québécois aurait un médecin de famille avant la fin du mandat. Il serait cruel de rappeler ici où ces prévisions nous ont menés.

Les libéraux auraient fait mieux ?

Lors d’une des nombreuses conférences de presse qu’elle a tenues depuis le début de l’année, Mme Anglade a affirmé que pour la gestion de la pandémie, les libéraux auraient fait mieux. Incrédule, je suis allé lire le verbatim. Il ne s’agit pas de n’importe quels libéraux. Mme Anglade, qui ne prend pas, heureusement, toutes les vessies pour des lanternes, ne dit jamais au grand jamais que le Québec aurait été mieux servi si le Parti libéral avait remporté les dernières élections.

Elle a raison de ne pas vouloir faire surgir dans notre esprit l’image d’un gouvernement Couillard réélu en 2018 et qui serait, en ce moment, à sa huitième année de mandat. Un gouvernement dont l’homme fort serait Gaétan Barrette, passé selon la promesse de M. Couillard de la Santé au Conseil du trésor. Il aurait donc dû renégocier avec les infirmières et les préposés aux bénéficiaires et admettre ne pas avoir été suffisamment généreux avec eux dans le passé. Un gouvernement qui aurait eu le réflexe, avant et pendant la pandémie, de défendre sa réforme de la santé, notamment sa décision de réduire de 30 % les budgets de la Santé publique.

Puisque les libéraux avaient aboli le poste de commissaire à la santé pendant leur premier mandat (M. Barrette dit que c’était « une commande » du bureau du PM), nous n’aurions pas pu prendre connaissance du jugement que porte la commissaire Joanne Castonguay sur l’œuvre libérale. Elle tranche globalement : « des intentions liées à la dernière réforme du système de santé de 2015, telles l’intégration des soins et des services ainsi que l’amélioration des systèmes d’information, n’ont pas généré les résultats espérés ». Dommage. Une réforme pour rien. Mais il y a pire, du moins dans les CHSLD, car, écrit-elle, des problèmes « ont été exacerbés par cette même réforme, notamment la diminution de l’encadrement, la pénurie et la mobilité de la main-d’œuvre ».

Le gouvernement Legault n’avait aucun scrupule à contredire la réforme Couillard-Barrette en redonnant aux CHSLD, en catastrophe dans la première vague, le gestionnaire réservé par établissement que les libéraux avaient dégommé. Un gouvernement libéral aurait montré une réticence beaucoup plus grande à marcher sur la peinture Barrette.

Quelle aurait été la réaction du gouvernement libéral, dont on suppose que Mme Anglade aurait toujours été la vice-première ministre, à la réception du rapport sur la pandémie rédigé par la protectrice du citoyen ? On y lit que la réforme Barrette « a généré une certaine paralysie des milieux de vie, constamment bombardés d’orientations revues et modifiées », et une « désorganisation dans de nombreux CHSLD ». Sans compter un « coup dur pour la gestion et l’expertise en PCI », soit la prévention et le contrôle des infections.

Le rapport Laurent aurait-il existé ?

Puis il y a la jeunesse. Le gouvernement Couillard venait, en 2017, de procéder à une refonte de la loi sur la protection de la jeunesse et en semblait très satisfait. On peut donc s’interroger : le drame de la fillette de Granby l’aurait-il convaincu que son travail n’était pas parfait ? Si oui, il est douteux que Régine Laurent ait été à la barre de la commission sur l’enfance. Une autre aurait-elle écrit comme elle l’a fait cette condamnation sans appel de la réforme Barrette sous la rubrique : « Après la réforme de 2015, des professionnels épuisés et des délais accablants ». On lit : « quelques mois après la fusion » des DPJ avec les CIUSS, des établissements « ont commencé à signaler le déclin de la qualité des services prodigués aux jeunes et à leurs familles, et la détérioration des conditions de travail » . Et ceci: «  En 2017, nos membres [du réseau anglophone de la DPJ] faisaient état d’une situation de crise dans le réseau de la protection de la jeunesse. » Les réformes précédentes, dont la réforme Couillard,  sont aussi pointées du doigt. Mais « la réforme de 2015 est le point de rupture dans la dispensation et l’organisation des services sociaux ».

Voilà pourquoi vous n’entendez jamais Dominique Anglade se désoler de la défaite de son parti en 2018. Vous ne l’entendez jamais dire du bien des actions libérales en santé, pour la jeunesse (ou même pour l’éducation ou la langue et, désormais, du troisième lien). Je ne m’attends pas à la présence de MM. Couillard ou Charest, et surtout pas de Gaétan Barrette, sur les tribunes libérales pendant la campagne qui vient. S’il existe un chemin menant Mme Anglade au poste de première ministre un soir d’octobre prochain, il passe nécessairement par une amnésie collective. Une opération chirurgicale qui sépare le passé libéral de l’avenir, qui dissocie dans nos esprits Mme Anglade du gouvernement qu’elle a servi et qui l’a mise au monde politiquement. Peut-être espère-t-elle que le prochain variant aura cet effet sur notre intelligence collective. Ou qu’à force de la voir pointer le doigt vers l’inaccessible étoile de la prévisibilité sanitaire, nous ne portions plus aucune attention à notre rétroviseur, où on voit tout notre système de santé qui pleure.

(avec mes excuses aux Cowboys Fringants)

(Une version légèrement plus courte de ce texte a été publié dans Le Devoir.)


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La crise existentielle de Dominique Anglade

Si vous pensez que les livres écrits par des aspirants premiers ministres sont nécessairement rébarbatifs, vous n’avez pas lu celui de Dominique Anglade. Le récit qu’elle nous offre dans Ce Québec qui m’habite provoquera chez vous des tremblements de coeur, tant elle nous fait vivre l’immense drame vécu lorsque le tremblement de terre haïtien a emporté les siens.

L’essentiel de cette autobiographie sincère et sensible porte, non sur la politique, mais sur l’attachement, l’arrachement, l’immigration, l’exil, l’adaptation et les identités personnelles multiples.

Des parents lettrés, farouchement attachés à leur terre haïtienne et volontaires pour participer à son développement, vivent au Québec un exil forcé, tant la dictature haïtienne voyait en eux, et en beaucoup d’intellectuels, le péril de la connaissance et de la démocratie. Même s’ils n’ont pas choisi de quitter leur pays, leur insertion au Québec est une réussite et on ne trouve dans le récit de la première cheffe de couleur d’un grand parti au Québec aucun baggage attestant d’une vie de racisme ou de discrimination.

Mais on y lit de très beaux passages sur la difficulté d’être à la fois de là-bas et d’ici, comme celui-ci:

« Dans l’esprit de mes parents, il n’y a jamais eu de doute sur le fait que ma soeur Pascale et moi étions québécoises et canadiennes. Ils sont haïtiens, bien sûr, mais leur exil a changé la donne. Ils doivent nous accompagner comme parents dans l’éloignement de leurs propres origines. Ils pourront nous transmettre des valeurs, certes, mais ils ne pourront pas tout nous transmettre. Ce processus laisse souvent une profonde et douloureuse blessure infligée par le fait d’amener ses enfants à être autres. Qu’un parent ne puisse leur offrir son propre pays en héritage ne constitue-il pas l’ultime déchirement, l’ultime trahison de la mère patrie ? »

(Le texte se poursuit après la pub.)

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Elle voit chez certains québécois d’origine haïtienne l’adéquation faite entre leur « fierté inébranlable » envers leur indépendance obtenue en 1804 et la revendication indépendantiste québécoise. Elle n’a personnellement jamais suivi cette logique et elle se présente à nous comme tout évidemment fédéraliste, donc partisane du camp du Non en 1995, sans nous expliquer le cheminement qui l’a conduit à faire ce choix capital pour son avenir politique.

Un passage remarqué, mais bref, à la CAQ

Elle participe aux premières discussions visant la création de la CAQ tout en étant active au sein du Parti libéral du Canada. Elle devient présidente du nouveau parti de Legault qui la présente comme une candidate vedette. Chemin faisant, le grand écart entre le multiculturalisme ambiant au PLC de Justin Trudeau (dont elle appuie la candidature au leadership) et les élans nationalistes de la CAQ la mettent dans une situation précaire.

Il est vrai qu’à sa création la CAQ avait très peu à dire sur la langue, l’identité, l’immigration et, surtout, la laïcité. Mais à mesure que le temps passe et que les controverses sur les accommodements religieux se multiplient, la direction de la CAQ sent qu’elle ne peut laisser passer ce train. Anglade constate qu’un « courant très fort à la CAQ tient absolument à ce que l’on soit de plus en plus identitaires; minimalement autant que le Parti québécois pour les doubler sur cette voie; on essaie aussi de faire en sorte que les gens du PQ viennent à la CAQ en misant sur le thème de l’identité. »

La goutte qui a fait déborder son vase ? La polémique sur le port du turban par un joueur québécois sikh de la Fédération Québec Soccer. La fédération s’y était opposé, la CAQ souhaitait appuyer la décision de la fédération car, rapporte Anglade, « cela passera bien au sein de la population du Québec ». Anglade n’en peut plus, elle débarque.

François Legault a toujours été convaincu que Philippe Couillard avait fait exprès de lui enlever son député économique vedette, Christian Dubé, à qui la Caisse de dépôt avait offert un pont d’or. La proposition faite à la présidente de la CAQ de diriger Montréal International répondait-elle à la même logique ? On peut le penser. Quoiqu’il en soit, un chasseur de tête frappe à la porte de l’ingénieure, qui dit oui.

Reste qu’Anglade est ravie de trouver une porte de sortie. Ce n’est qu’une porte tournante car le PLQ l’approche pour une partielle dans Saint-Henri-Saint-Jacques en 2015. Elle comprend qu’un poste ministériel l’attend à coup sûr. (Je note qu’elle remporte le vote avec 38,6% du vote, grâce à la division du vote indépendantiste qui, combiné, aurait été de 41,7%. Passons.)

Ni Legault, ni Couillard. Alors qui et quoi ?

On aurait aimé en savoir davantage sur son passage de trois ans au gouvernement Couillard, dont elle fut même la vice-première-ministre. Elle nous raconte quelques passes d’armes intéressantes, notamment sur la question de Bombardier. Elle reste muette sur l’ampleur inqualifiable des coupures budgétaires en santé et en éducation (et en santé publique) alors que d’autres, dont Marwah Risky, qui pense que le PLQ devrait présenter des excuses, n’ont pas cet aveuglement.

Concentrée sur les questions de développement, Anglade admet que « nous avons manqué d’écoute à l’endroit des régions et avons pris parfois des décisions qui les ont desservies ». Elle parle sans les nommer des Centres locaux de développement et des Conférences régionales des élus, organismes de concertation inclusives inestimables que le gouvernement Couillard a mis aux poubelles sans ménagement, renvoyant à la maison pas moins de 3 000 bénévoles, dont beaucoup d’entrepreneurs qui jouaient le rôle de mentors auprès des jeunes pousses.

Ce n’est pas lui faire outrage que de constater que la chefferie du Parti libéral du Québec est tombée dans son escarcelle comme un fruit mûr. L’establishment du parti aurait voulu l’offrir à André Fortin, un homme estimable mais dont je n’ai jamais compris pourquoi il suscitait l’enthousiasme. Sébastien Proulx a soustrait son nom de la liste, Pierre Moreau aussi. Alexandre Cusson n’a fait qu’un petit tour, puis pris la poudre d’escampette. Le reverra-t-on seulement candidat lors de l’élection ?

Le fait que personne ne se bousculait au portillon pour diriger le PLQ post-Couillard donne la mesure du degré de difficulté que Dominique Anglade a accepté de prendre à sa charge. La dégringolade électorale du parti chez les francophones fut terrible en 2018, au point ou la légendaire « prime à l’urne » qui favorisait naguère le PLQ, a basculé en faveur de la CAQ, y compris dans l’électorat âgé.

La reconquête, indispensable pour faire des progrès, d’une partie de l’électorat francophone perdu par l’équipe Couillard, sera rude.

Sur les questions identitaires, on sort de la lecture du Ce Québec qui m’habite avec la conclusion suivante: la CAQ était trop identitaire au goût de Mme Anglade, le PLQ de Philippe Couillard pas suffisamment. Elle tente de se faufiler entre ces deux pôles, comme l’atteste sa décision de marcher sur la peinture libérale précédente en se disant désormais prête à étendre la loi 101 aux petites entreprises et aux entreprises à Charte fédérale ainsi qu’à plafonner les places des Cégeps anglophones et à obliger leurs étudiants à suivre trois cours en français dans leurs domaines d’études.

Son problème est que l’essentiel de ces positions seront probablement reprises par la CAQ et que, l’élection de 2022 venue, sa position linguistique ne sera plus d’ajouter des mesures, mais de soustraire certaines de celles qu’elle n’aimera pas dans l’offensive de Jolin-Barette, dont on sait maintenant qu’elle nécessitera l’utilisation de la clause dérogatoire, pour une raison qu’on brûle de connaître.

Laïcité: une position à la Ponce Pilate

Sur la laïcité, sa position est inconfortable. Sur sa gauche woke, Québec Solidaire promet d’abroger la loi, dans l’hypothèse improbable d’un gouvernement Massé. Anglade ? Non. Mais en retirant à la loi 21 la protection indispensable que lui procure la clause dérogatoire, elle l’offrira en pâture aux tribunaux canadiens qui n’attendent que ça pour lui faire subir un enterrement de première. Une position, donc, qui n’a pas vocation à attirer beaucoup d’enthousiasme d’un côté ou de l’autre.

La vraie crise existentielle que Dominique Anglade doit gérer n’est cependant pas que, ou pas essentiellement, identitaire. Les Québécois ont élu et réélu les libéraux dans le passé car ce parti allait les aider à avoir des Jobs et à faire croître l’économie. François Legault et ses ministres économiques occupent désormais cette place avec une désinhibition qui force l’admiration.

Hier, les Libéraux affirmaient « l’économie, c’est moi ». Ce qui n’était pas tout à fait vrai, la croissance ayant été en moyenne plus forte sous les gouvernements du PQ que ceux du PLQ. Au moins, c’était crédible.

Désormais, le PLQ de Dominique Anglade doit dire : « l’économie, c’est moi aussi », ce qui émousse, avouez-le, la force du message.

Dominique Anglade, comme Paul Saint-Pierre Plamondon au PQ, sait qu’elle s’est engagée dans un marathon, pas dans un sprint. Une victoire à l’élection de 2022 serait surprenante, voire miraculeuse, et on se rassure toujours en politique en se disant que les miracles existent vraiment. Sans eux, ni Barak Obama, ni Justin Trudeau n’auraient pris le pouvoir.

Attendez-vous donc à voir Dominique Anglade dans votre univers politique pour des lustres (ce qui signifie des périodes de cinq ans, cela étant dit à ceux qui confondent avec des lunes qui durent, elles, un mois). Puisqu’elle est avec nous pour longtemps, les quelques heures passées à faire connaissance avec elle dans les pages de son livre sont loin d’être perdues.

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Le vrai message du Bonjour-Hi

Vous me direz que j’ai des passe-temps bizarres mais, je l’avoue, j’aime écouter les entrevues accordées par nos leaders politiques à des médias anglophones. C’est là qu’on avait entendu François Legault affirmer qu’on donnait trop d’importance à la connaissance du français dans la sélection des immigrants. C’est là qu’on a entendu Manon Massé annoncer que dans un Québec indépendant à-la-solidaire, l’anglais serait aussi une langue officielle (elle s’en est excusé, puis l’a répété dans une autre entrevue, s’excusant à nouveau).

(Ce texte a d’abord été publié dans Le Devoir.)


L’entrevue qui m’a le plus retourné fut celle où l’alors premier ministre Philippe Couillard tentait de se dépatouiller de la crise provoquée par le « Bonjour-Hi ». En novembre 2017, je l’avais amené à voter à l’Assemblée nationale une motion rappelant que «Bonjour est un des mots de la langue française les plus connus chez les non-francophones du monde» et qu’il «exprime magnifiquement la convivialité québécoise». Voilà pourquoi, concluait la motion adoptée unanimement, l’Assemblée nationale «invite tous les commerçants et tous les salariés qui sont en contact avec la clientèle locale et internationale à les accueillir chaleureusement avec le mot Bonjour».

Pensant n’avoir qu’enfoncé une porte ouverte, le bon docteur Couillard fut estomaqué de voir ses ministres anglophones se dissocier de la motion et d’entendre les radios anglo-montréalaises monter aux barricades comme si le ciel linguistique leur était tombé sur la tête. « Je ne comprends pas, a-t-confié sur un ton empreint de sincérité sur les ondes de CJAD. Je viens de relire la motion et je la trouve très correcte ». Il s’engageait néanmoins fermement à ne lui donner aucune suite.

Ils ont choisi le Québec

Une information cruciale lui avait échappé. L’immense majorité des Anglos-Montréalais n’ont jamais accepté l’idée que le français devrait être notre langue commune. Je fus pendant 18 mois ministre chargé des relations avec nos Anglos et j’ai pris conscience du fossé conceptuel qui nous sépare. Globalement, nos concitoyens estiment à bon droit avoir consenti depuis 40 ans un effort considérable pour apprendre le français et devenir bilingues (à 70%). Toute conversation sur le sujet débouche rapidement sur une expérience personnelle déterminante : entre 1960 et 1990, environ 600 000 Anglos ont quitté le Québec pour vivre en anglais ailleurs sur le continent. Chaque Anglo-Québécois a des frères, des oncles, des amis qui ont choisi de tourner le dos au Québec d’aujourd’hui. Mais eux sont restés. Malgré ces déchirements, ils ont fait le choix du Québec et estiment n’en retirer, de la part des francophones, aucune reconnaissance.

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Avant, ils disaient Hi. Aujoud’hui, ils disent Bonjour-Hi. Voyez le chemin parcouru ? De l’unilinguisme à la prédominance du français. De leur point de vue, l’étape suivante, le Bonjour seul, équivaut à l’effacement de leur présence. Ça ne passe pas.

Dans l’enquête réalisée par le Journal de Montréal sur l’augmentation des cas où les clients sont reçus en anglais seulement dans des commerces de la métropole, on trouvait cette anecdote très révélatrice. «On est au centre-ville, a expliqué une employée du magasin Victoria’s Secret. Souvent, lorsqu’on accueille des clients en français, certains le prennent personnel et on se fait crier après.» Elle parle évidemment de clients anglophones, outrés qu’on les aborde dans la seule langue de Molière. Par conséquent, poursuit cette employée, certains collègues préfèrent s’adresser aux clients en anglais, par crainte de représailles.

Il est probable que ces cas soient peu nombreux. Suffisamment cependant pour moduler la réponse des commis pour éviter ces esclandres. On peut aussi penser que les clients francophones abordés en anglais ne manifestant pas la même agressivité, la solution coule donc de source. Le Bonjour-Hi est pour le personnel commercial montréalais un bouclier contre la mauvaise humeur de certains Anglos et une façon de savoir en quelle langue ils doivent poursuivre leur conversation. (J’avoue m’amuser parfois en leur répondant moi-même « Bonjour-Hi », ce qui provoque chez l’employé un bref choc synaptique.)

La controverse autour du Bonjour-Hi incarne donc parfaitement le défi auquel est confrontée la santé du français dans la métropole : la profonde résistance à la notion du français langue commune. Il n’est pas inutile de rappeler que selon Statistique Canada, dans ce Québec où, selon la loi 101, le français devrait être la langue normale et habituelle du travail, seulement le quart des Anglos œuvrent dans un lieu de travail principalement francophone (30% n’y utilisent jamais le français) et moins de la moitié des Allophones sont dans une entreprise où ça se passe principalement en français (20% n’y utilisent jamais le français).

De tous les indicateurs pointant vers une bilinguisation du réel, le pire, et rarement cité, est celui-ci. Selon Statistique Canada le nombre d’entreprises montréalaises qui opèrent de façon intégralement bilingue est passé de 9% en 2006 à 15% en 2016. C’est la bande-annonce du Montréal de demain.

René Lévesque et Camille Laurin ont opéré des changements titanesques en 1977, notamment en éducation et dans l’affichage, pour freiner le déclin. Après une brève embellie (due pour beaucoup à une immigration modérée en nombre et encline au français), le déclin est de retour. L’effort à déployer pour renverser à nouveau la tendance et établir pour la prochaine génération le français langue commune, doit être du même ordre. Comme on le dit de plus en plus dans nos entreprises montréalaises : Go Big or Go Home.


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Bombardier : La pire décision possible…encore une fois

Monsieur le premier ministre,

comme chef de l’opposition officielle, je suis pour ainsi dire payé pour m’opposer à vous. Je vous écris cependant aujourd’hui, non pour m’opposer, mais pour supplier. Arrêtez. Arrêtez de nous faire honte au sujet de Bombardier. Ne faites plus rien. Ne dites plus rien. Nous n’en pouvons plus.

Le comble a été atteint ce mardi. Vous étiez aux côtés du PDG d’Airbus auquel, dans un moment de panique injustifiée, vous avez accepté de donner – oui de donner – 50,01 % du joyau de technologie québécoise qu’est la Série C. Ce PDG, qui a reçu gratuitement la perle technologique des avions mi-courrier et qui peut désormais en piller la technologie pour ses propres appareils, n’était pas rassasié. Il en a rajouté en affirmant devant vous que les fournisseurs québécois de Bombardier devaient se serrer la vis pour que lui, qui sera le grand gagnant de toute l’affaire, fasse encore davantage de profits !

On vous sait généralement calme en toutes circonstances et on ne s’attendait pas à vous entendre l’interrompre pour lancer : « Ben là, ça va faire ! ». Mais vous entendre dire au contraire que la prise de contrôle de la Série C par Airbus est l’une « des meilleures nouvelles depuis presque des décennies » dépasse les bornes.

Vous savez très bien que le don de 50,01 % à Airbus en octobre dernier était un geste désespéré posé alors que vous avez présumé à tort que la Commission du commerce international des États-Unis allait confirmer l’imposition de droits compensateurs de 300 % sur les appareils, nous fermant ainsi le marché américain.

Erreur gigantesque, puisque trois mois plus tard, la menace était complètement écartée. Il aurait suffi d’être patient. Vous ne l’avez pas été. Et vous nous avez fait perdre gros.

Le mal est fait. Dans cette entente grotesque, Bombardier s’est engagée à éponger 700 millions supplémentaires pour garder l’entreprise à flot si nécessaire. En contrepartie, Airbus avance… 0 $.

Pire : alors que sans cette entente, la totalité des avions commandés par Delta seraient construits à Mirabel, nous devons en ce moment financer la construction d’une usine d’assemblage d’Airbus à Mobile, Alabama, qui coûtera 300 millions. Bombardier en finance la moitié et nous, M. le premier ministre, 19 % – la hauteur de ce qui reste de notre participation dans l’aventure.

Donc, dans cette « meilleure nouvelle depuis presque des décennies » nous avons donné notre technologie, nous avons délocalisé nous-mêmes la production de nos propres avions et nous contribuons à financer l’usine où nous délocalisons.

En fait, vous avez pris quatre fois en quatre ans la pire décision possible au sujet de Bombardier. Celle d’Airbus, celle de l’investissement initial, celle de la rémunération des dirigeants de Bombardier et celle du contenu local dans le train du REM.

Nous étions nombreux à vous dire dès le tout premier épisode de cette comédie d’erreurs à l’automne 2015 qu’il ne fallait pas investir dans une compagnie dédiée à un seul appareil, ce que vous avez fait, mais dans la compagnie mère. Avec le recul, on constate que ç’aurait été le bon choix, car notre investissement, au lieu de perdre de sa valeur, aurait doublé.

Votre attitude au moment où la haute direction de Bombardier s’est voté des hausses de rémunération scandaleuses de 50 % fut lamentable. Vous aviez la légitimité morale pour modérer leurs transports, à l’heure où ce type de rémunération est remis en cause à Londres, Paris, Berlin et même aux États-Unis. Vous vous êtes rangés du côté des gloutons.

Finalement, il y a ce gâchis dont vous êtes encore plus personnellement responsable : celui d’avoir écarté la condition de contenu local dans l’achat du train électrique du REM, votre bébé. Je vous ai entendu dire, il y a deux semaines, que si le gouvernement avait à lancer un appel d’offres sur du matériel roulant, il fixerait le plancher minimum de contenu québécois à 25 %. C’est ce qu’on vous demandait de faire, dès l’adoption de la loi qui a créé CDPQ-Infra spécifiquement pour réaliser le REM, en 2015. Insérer cette condition dans la loi n’aurait pas été de l’ingérence dans le fonctionnement de la Caisse, mais un élément parmi d’autres de son encadrement législatif. Vous avez refusé – et François Legault a voté la loi avec vous. On vous l’a redemandé avec insistance pour la seconde loi du REM, en 2017. C’était encore le temps. Vous avez refusé – et François Legault a voté la loi avec vous.

Ce seuil n’aurait pas garanti que Bombardier décroche le contrat, mais aurait fait en sorte de donner un avantage comparatif à Bombardier et aux installations locales d’Alstom, face à leurs concurrents étrangers. Mais non, n’écoutant que votre naïveté économique, vous avez refusé d’agir, avec pour résultat d’exporter en Inde – oui, en Inde ! – la construction du train électrique qui est censé être votre legs.

Non, monsieur le premier ministre. Arrêtez. On a honte pour vous.

Je vous en supplie.

Le bilan de fin de session de Philippe Couillard – Revu et corrigé

Voici le texte lu par notre Premier ministre hier, et présentant l’éclatant bilan de la session. Je me permets de le commenter:

M. Couillard: Je voudrais faire un retour aujourd’hui sur le chemin que nous avons parcouru au cours des derniers mois. Il y a beaucoup de bonnes nouvelles au Québec. On a une vision, un plan, une équipe solide…

Mon commentaire: Bon, là, « équipe solide », à sa place j’aurais pas dit ça. Sam Hamad sur le banc des punitions, Lise Thériault qui a eu une maladie bizarre, le ministre de la culture qui a eu un burn-out dès sa nomination, et un joueur étoile (Pierre Moreau) toujours hors-jeu (prompt rétablissement, Pierre !), c’est pas solide solide. Et remarquez que je n’ai même pas mentionné Jacques Daoust. Ou Rita de Santis. Ou David Heurtel. Etc.

bilan

 

M. Couillard:  …et surtout des résultats concrets qui font avancer le Québec. Je dirais, tout commence par la base, par la fondation, tout commence par nos finances publiques. On se souvient qu’en mai 2014, deux rapports avaient montré la présence d’une impasse budgétaire de plus de 7 G$ au Québec.

Mon commentaire: Wo ! Alerte mensonge maximale ! Ces deux rapports n’existent pas. Il n’existe aucun document non signé par le PLQ qui fasse état d’une impasse budgétaire de 7 milliards. C’est une invention pure, dénoncée à répétition par les chroniqueurs économiques et par des économistes.

M. Couillard: Deux ans plus tard, voici le portrait de la situation : on a présenté notre deuxième budget équilibré.

Mon commentaire: Wo ! C’est faux. Le dernier budget présentait un déficit, le nouveau budget n’en présente pas. C’est pas deux ça, M. Couillard, c’est un.

M. Couillard: En soi, c’est une bonne nouvelle. Ça fait longtemps que ce n’était pas arrivé.

Mon commentaire: C’est vrai ça. Mais pourquoi le PM omet-t-il de dire depujis quand ? Depuis Lucien Bouchard et Bernard Landry, dont la ministre des Finances était Pauline Marois ! Puis, pouf !, les Libéraux sont arrivés et on est retombé en déficit. Donc, c’est la première fois depuis les péquistes !

M. Couillard: En fait, depuis 2008, le gouvernement du Québec n’avait pas présenté de budget équilibre consécutif.

Mon commentaire: C’est ça. 2008, qui était premier ministre donc ? Ah oui ! Jean Charest. Et son ministre de la santé ? Un certain Philippe Couillard !

M. Couillard: C’est l’accomplissement,

Mon commentaire: Alerte anglicisme ! Accomplissement, c’est accomplishment prononcé à la française. On dit « réalisation », monsieur le « Premier ministre de l’éducation ».

M. Couillard: …pas uniquement du gouvernement, mais de l’ensemble des Québécoises et Québécois, des gens des services publics qui ont participé à cet exercice

Mon commentaire: Vrai ! Les Québécois ont payé cher en hausses de tarif de toutes sortes, les enfants ont perdu 400 professionnels pour les aider à réussir, les CPE ont mis à pied des éducatrices (et c’est pas fini), les budgets de développement régional ont été sabrés. Au moins, M. Couillard a eu le bon sens de ne pas dire que les médecins ont participé à l’effort.

M. Couillard: …qui était essentiel et qui nous a permis de réussir là où plusieurs avaient échoué.

Mon commentaire: Des noms, des noms ! Robert Bourassa avait échoué, votre grand ami Daniel Johnson avait échoué, et votre pas si grand ami Jean Charest aussi.

M. Couillard: C’est un engagement que tous les partis avaient pris à la dernière élection et nous sommes ceux et celles qui ont été choisis pour le mener à bien et on a accompli cet engagement.

Mon commentaire: Enfin, à mon avis, vous avez été choisi parce que vous promettiez de ne pas tenir de référendum. Mais bon, on aura peut-être une occasion, dans 24 mois, de tester ma théorie.

M. Couillard: Il y a deux choix dans la vie : on accepte les choses telles qu’elles sont, ou on accepte la responsabilité de les changer.

Mon commentaire: Ben oui. C’est comme l’idée de faire réintégrer le Québec dans la constitution du Canada l’an prochain, année du 150e. Il faut accepter les choses telles qu’elles sont. On est exclu, ils veulent pas nous inclure, c’est tout !

M. Couillard: Ce principe s’applique dans plusieurs secteurs, mais certainement à question des finances publiques et de l’avenir du Québec. On a pris nos responsabilités, on tient nos engagements et on le confirme. L’agence Standard’s & Poors a renouvelé la perspective de crédit de notre cote pour la première fois depuis la récession de 2008-2009. Plusieurs observateurs, dont le journaliste Francis Vailles note que ça fait très longtemps que ce n’était pas arrivé.

Mon commentaire: C’est vrai. Et si au lieu de couper 400 professionnels de l’éducation, on en avait coupé 800, ou 1200, et si on avait augmenté encore plus les tarifs de garderie, et si on avait éliminé complètement les budgets de développement régional, Standard’s & Poors aurait été encore plus contente !

M. Couillard: Notre situation financière s’améliore, mais si on a l’a fait, c’est pour nous donner les moyens de réinvestir dans des secteurs qui nous tiennent à cœur : l’éducation, la santé,

Mon commentaire: Oh boy ! Donc, si on a coupé plus d’un milliard dans l’éducation et presque autant dans la santé, c’est précisément pour avoir des sous pour… réinvestir des sommes nettement moindres dans l’éducation et la santé…

M. Couillard: …l’économie, la création d’emploi.

Mon commentaire: Oups ! Le PM a complètement oublié de nous parler de sa promesse de créer 250 000 emplois. Pourquoi ? Manque de temps, sûrement !

M. Couillard: Au cours des prochaines semaines, je rencontrerai M. Trudeau

Mon commentaire: Bon, il va parler au vrai patron !

M. Couillard: …pour discuter des grands projets de transport collectif. Outre le projet de Montréal, il y a celui du SRB Québec-Lévis.

Mon commentaire: Quand même dommage que ces projets aient été complètement omis du budget fédéral, qui avait cependant de la place pour aider l’Alberta souffrant d’un dégonflement du prix du baril.

M. Couillard: On va faire la promotion de notre stratégie aérospatiale en Angleterre avec nos PME et nos grandes entreprises.

Mon commentaire: Oups ! Rewind ! Vous allez voir M. Trudeau mais sans lui parler de Bombardier ? Ni du scandaleux traitement fait au chantier naval de Lévis, qui ne recevra que 700 millions des 100 MILLIARDS de dollars de contrats fédéraux ? Allo !

M. Couillard : On sera en Allemagne pour parler de la stratégie maritime avec une délégation économique, on sera au Conseil de la fédération au Yukon.

Mon commentaire: OK, voyages en perspective. C’est la saison.

M. Couillard: Cet automne, Sébastien lance les consultations pour la première politique gouvernementale pour la réussite éducative.

Mon commentaire: La réussite ? Pourquoi ne pas y avoir pensé avant ! Bilan du mandat: deux ans pour nuire à la réussite, suivi d’un sommet pour se dire que ce serait une bonne chose, puis un an et demie pour tenter de réparer les pots cassés. Mamma mia !

M. Couillard: On aura un sommet sur l’emploi avec nos partenaires gouvernement, patronaux et syndicaux, et un sommet sur la forêt.

Mon commentaire: Excellent lien. Parce qu’en termes de création d’emploi, avec les Libéraux, on n’est pas sortis du bois !

M. Couillard: On avait dit ce qu’on ferait et on a fait ce qu’on avait dit qu’on ferait.

Mon commentaire: Ben non ! Vous aviez dit que ce n’était pas nécessaire de tenir un sommet économique quand Pierre Karl n’arrêtait pas de le demander. Il aurait fallu dire « On avait dit le contraire de ce qu’on ferait et on fera ce qu’on avait dit qu’on ne ferait pas ».

M. Couillard: Ce n’a pas été facile.

Mon commentaire: À qui le dites-vous !

M. Couillard: On sait qu’il faut reconnaitre la volonté profonde du gouvernement et de tous les Québécois d’aller de façon encore plus dynamique vers la prospérité pendant que d’autres cherchent d’autres moyens de se définir,

Mon commentaire: Bon, le rédacteur du discours fatigue, là, ça paraît !

M. Couillard: …que ce soit par la question référendaire ou d’autres questions qui témoignent d’une difficulté à trouver son identité, comme la CAQ, par exemple.

Mon commentaire: Non mais, personne n’a relu le texte avant de le donner au PM ? Ou la bonne version a-t-elle été effacée avec les courriels de Mme Boily dans la clé USB (par Jacques Daoust qui essayait de comprendre comment fonctionne Word ?)

M. Couillard: Dans les deux cas, il est de bon ton de mettre de l’ombre sur les bonnes nouvelles que je viens de vous signaler.

Mon commentaire: C’est la pire chute de discours de toute l’histoire des discours de Phillippe Couillard.

UPAC et intégrité: Mes 12 questions à Philippe Couillard

Pendant la campagne électorale de 2014, je posais 12 questions à Philippe Couillard en matière d’intégrité. Aujourd’hui que l’UPAC a procédé à la mise en accusation de la fraude systémique ayant eu cours au PLQ alors que M. Couillard en était ministre, j’ai cru bon retourner voir ces questions et constater s’il s’était passé quelque chose depuis.

Billet publié le 25 mars 2014 (et quelques ajouts de ce jour)

Phillipe Couillard a dit deux choses au sujet du passé trouble de son parti en matière éthique. Pour être poli. je dirai qu’il a été paradoxal.

PC_130317_ih9hf_couillard-charest_sn635Interrogé dimanche dernier à savoir s’il était « à l’aise avec l’héritage de Jean Charest » il a répondu: « je suis à l’aise avec tout l’héritage du PLQ ». Donc: c’est oui.

Mais il ne semble pas parfaitement à l’aise avec le passé car il a cru bon de dire aussi, la veille, que le PLQ, « c’est mon parti maintenant ». Ce qui peut laisser croire qu’il fait une distinction claire entre « son » parti et celui de son prédécesseur.

Toujours prêt à rendre service, je voudrais aider M. Couillard à tirer les choses au clair sur ces questions d’intégrité en lui posant des questions précises qui ne concernent que lui et son propre jugement éthique. Les voici:

1. Les méthodes de financement de Charest: Lorsque vous étiez ministre de Jean Charest, et que ce dernier vous obligeait à récolter 100 000 $ par année pour la caisse électorale du parti, une pratique inédite qui vous mettait, vous et vos collègues, en position éthique très équivoque, avez vous obtempéré ? Avez vous protesté ? Lorsque cette pratique fut rendue publique, pourquoi n’avez vous pas exprimé de réserves ? En aviez-vous ?

(Il n’a à ma connaissance jamais répondu à cette question depuis.)

2. La Clause Couillard. Lorsque vous avez démissionné du gouvernement en mai 2008, vous êtes allé travailler pour une société privée de santé avec laquelle vous aviez eu des rencontres peu avant votre démission. Vous aviez suivi les règles éthiques en vigueur à l’époque, dites-vous. Depuis, cette pratique est interdite par une nouvelle clause du code d’éthique surnommée « Clause Couillard ». Rétrospectivement, admettez-vous que vous auriez du être exemplaire et ne pas négocier votre emploi dans le secteur de la santé alors même que vous étiez ministre de la santé, même si cela était permis à l’époque ? Si vous êtes élu, comptez-vous modifier la Clause Couillard ?

(Même commentaire.)

3. Le silence sur le salaire secret. Vous avez démissionné en juin 2008, soit trois mois après que le public eut appris que votre chef, Jean Charest, recevait depuis dix ans un salaire secret du PLQ, tiré à même les généreuses donations, de 75 000 $ par an. On ne vous a jamais entendu à ce sujet. Approuviez-vous cette pratique ? Quand l’avez vous apprise ? Êtes-vous intervenu pour qu’elle cesse ? Après votre démission, pourquoi n’en avez vous jamais parlé ? Lorsque vous dites que vous êtes `à l’aise`avec tout l’héritage du PLQ, cela inclut-il le fait d’avoir caché ce salaire aux Québécois pendant 10 ans ?

(Même commentaire.)

4. Le silence sur la commission d’enquête. Au moment de votre démission en 2008, vous reprenez votre droit de parole et vous bénéficiez dans l’opinion publique d’un très grand ascendant moral. Courant 2009, de révélations en révélations, le public prend conscience d’un très grave problème de corruption au Québec. L’ADQ, puis le PQ, les éditorialistes, puis les policiers, le barreau, les ingénieurs et même les syndicats (même la FTQ construction, c’est dire!) réclament la tenue d’une commission d’enquête publique. C’est aussi le cas de quelques figures libérales, dont l’ex-député et président du PLQ, Robert Benoît, dénonçant en 2010 le fait que son parti soit devenu « une machine à ramasser de l’argent ».

Vous ? Non. Il n’existe pas de trace de prise de position publique de votre part en faveur de cette enquête. Au moment où le Québec avait besoin de leaders d’opinion, vous êtes resté muet. La plus grande question d’intégrité de l’histoire récente du Québec ne vous intéressait pas ? Pourquoi ?

(Il ne s’est jamais expliqué là-dessus.)

5. L’absence de rupture. Le 17 mars 2013, vous êtes élu chef du PLQ, au premier tour de scrutin, avec 58,5 % des voix. Une victoire décisive. De plus, votre absence de l’Assemblée nationale entre 2008 et 2012 vous a évité d’être vu en train d’applaudir le ministre Tony Tomassi — maintenant accusé au criminel — ou de voter 11 fois contre la création d’une commission d’enquête, comme vos collègues.

Vous êtes donc superbement placé pour poser des gestes de rupture avec votre prédécesseur Jean Charest et ses pratiques. Au minimum, vous pourriez, pour utiliser une expression française, vous permettre un « droit d’inventaire » sur ce qui vous a précédé, applaudissant certains gestes, en rejetant d’autres. Il y a d’ailleurs un précédent. En 1977, devenu chef libéral, Claude Ryan — d’une totale intégrité — fut très dur envers son prédécesseur Robert Bourassa, dont les dernières années au pouvoir avaient été entachées de soupçons d’irrégularités. Ryan procéda à une purge sévère et établit des règles sans précédent de probité dans le PLQ.

Vous avez choisi de ne rien faire de la sorte. Vous n’avez dénoncé ni M. Tomassi, ni l’usage de Post-its pour la nomination de juges sous Charest, ni la décision de ce dernier de protéger Gilles Vaillancourt, le maire de Laval, aujourd’hui accusé de gangstérisme (protection rapportée en entrevue par votre ex-collègue ministre Thomas Mulcair).

Pourquoi avez-vous choisi de ne pas utiliser votre position de force, au lendemain de votre élection, pour marquer une rupture dans l’histoire du PLQ ? C’est sans doute la plus grande énigme de votre carrière politique.

(C’est toujours une énigme.)

6. Le silence sur la perquisition. Quatre mois après votre élection comme chef du PLQ, l’UPAC a procédé à une perquisition au quartier général de votre parti. Cela ne s’était jamais vu. De toute évidence, la perquisition devait porter sur des faits antérieurs à votre arrivée. Pourquoi avez-vous alors décidé de cacher la vérité aux Québécois sur cette affaire pendant deux longs mois ? N’aurait-il pas été plus sage de dévoiler cette vérité vous-mêmes, immédiatement, pour bien montrer qu’il y avait un avant-Couillard et un après-Couillard ? Que les salaires secrets et contrats secrets et cocktails organisés par des compagnies en secret étaient choses du passé ?

(Toujours une énigme.)

7. Le bris de la promesse de transparence. Les médias ayant eu vent de cette perquisition dont vous taisiez l’existence, vous avez pris l’engagement d’être désormais « transparent ». Promesse immédiatement brisée car vous n’avez pas révélé que l’ex-ministre et responsable du financement dans votre parti, Violette Trépanier, avait également été interrogée par l’UPAC pendant l’été 2013. Ce n’est qu’en novembre, quatre mois après les faits et deux mois après votre promesse, que l’information a été rendue publique. Pourquoi ce silence ? Et pourquoi avoir gardé Mme Trépanier en poste, alors que l’UPAC était très intéressée à ses activités, jusqu’à sa retraite en septembre 2013, soit cinq mois après être devenu chef ? Pourquoi n’avez vous pas immédiatement après votre élection procédé, par simple prudence, à un changement complet de personnel dans l’équipe de financement du parti ?

(Le mystère reste entier, comme le fait, souligné par mon collègue Pascal Bérubé, que M. Couillard ait maintenu le membership libéral de Marc-Yvan Côté, alors que le Parti libéral canadien, lui, l’avait « banni à vie ».)

8. La non-recherche des « fabulous 11« . Le 1er novembre 2013, vous apprenez par des documents de cour cités dans les médias que l’UPAC enquête sur un système de financement occulte en échange de contrats publics au PLQ visant au moins 11 personnes et impliquant « des millions de dollars ». Cela survient alors même que vous affirmez publiquement vous préparer pour une élection générale et que vous constituez votre équipe de conseillers et de candidats.

Cette nouvelle est extrêmement problématique pour vous car, en homme intègre, il vous faut absolument savoir qui sont ces 11 personnes pour vous assurer de couper tout contact avec elles et de ne pas les retrouver dans vos équipes. Malheureusement, il n’existe aucune trace publique que vous ayez lancé une enquête interne, ayez écarté des personnes, ayez retiré des cartes du PLQ à qui que ce soit, ayez érigé un cordon sanitaire éthique autour de vous. Pourquoi ?

(La question est toujours d’actualité.)

9. L’échec du code d’éthique. Il faut être de bon compte. Candidat au leadership du PLQ, vous aviez proposé que votre parti se dote d’un code d’éthique. Compte-tenu de l’intérêt porté par l’UPAC à votre formation, vous avez voulu proposer ce code au Conseil général de votre parti réuni le 10 novembre 2013. Malheureusement, des « dissensions internes » vous ont empêché de déposer le code souhaité et vous vous êtes contenté d’une déclaration générale peu contraignante.

Puisque vous aviez fait de cette question une priorité et que les policiers sont aux trousses d’au moins 11 responsables de votre parti pour, justement, grave manquements à l’éthique, comment devrait-on qualifier votre incapacité à imposer vos vues sur ce sujet crucial entre tous ?

D’autant qu’il s’agit de convaincre un parti généralement extrêmement discipliné et loyal à son chef. Ne vous souvenez-vous pas de cet autre conseil général, trois ans plus tôt en novembre 2010, où un délégué, Martin Drapeau, avait proposé un débat sur une enquête publique et où il n’avait trouvé absolument personne pour seconder sa motion — alors que 80% du public réclamait cette commission ? Tous les délégués sauf un étaient d’accord avec le chef !

Maintenant que vous êtes le chef de ce parti hyper-malléable, vous êtes incapable de trouver une simple majorité pour un code d’éthique ? Avez-vous vraiment essayé ?

(Il faut être de bon compte. Le PLQ a finalement adopté un code d’éthique en novembre 2015. Ça a été long et ardu !)

10. Le silence sur les écoutes compromettantes. Vous êtes chef depuis quelques mois lorsque la Commission Charbonneau entend, à l’automne 2013, un enregistrement selon lequel un lobbyiste aurait remis un chèque de 3000 $ à Jean Charest lorsqu’il était premier ministre. L’avocat du PLQ, donc votre avocat qui agit selon vos instructions, a fait en sorte que cette information soit cachée au public jusqu’à la fin janvier 2014. Pourquoi lui avoir donné cette instruction ? Pourquoi ne pas choisir la transparence ? Pourquoi briser encore votre promesse ?

(C’est toujours un mystère.)

11. À la défense de Jean Charest. Au moment de la divulgation de ces informations, Jean Charest clame son innocence par voie de communiqué. Vous avez le choix d’affirmer que ces affaires ne vous regardent pas et que M. Charest peut bien se défendre tout seul. Vous décidez de faire le contraire. Vous vous présentez devant les journalistes, affirmez avoir parlé à M. Charest, et clamez son innocence.

C’est très bizarre, car ce jour-là, vous saviez que deux mois plus tôt l’UPAC avait perquisitionné l’entreprise Shockbéton, liée à M. Marc Bibeau, qui est le proche ami et qui fut le proche conseiller et ramasseur de fonds pour M. Charest depuis de longues années. L’UPAC, qui a aussi visité la soeur de M. Bibeau et une autre de ses entreprises, est donc à un battement de coeur de votre prédécesseur. Le simple sens politique — la prudence élémentaire — voudrait que vous preniez vos distances. Vous choisissez au contraire de vous placer en défenseur de M. Charest. Vous êtes volontaire pour lui servir de bouclier-politique. Pourquoi ?

(Rien n’indique que l’UPAC a clos son enquête sur M. Bibeau. La réaction protectrice de M. Couillard envers Jean Charest est toujours mystérieuse.)

12. A la défense du cynisme. Vous le savez, le cynisme des électeurs envers les élites politiques est à son zénith. Il sera collectivement très difficile de rétablir durablement le lien de confiance, mais nous n’avons d’autre choix que de tout tenter pour y arriver. Un des projets présentés par le gouvernement Marois jouit d’un énorme appui dans l’opinion: il s’agit de ne pas récompenser les députés qui quittent leurs fonctions en cours de mandat, pour des simples raisons de carrière. Nous pensons que ces démissionnaires doivent quitter sans obtenir la somme forfaitaire à laquelle ils auraient eu droit s’ils avaient terminé leur mandat.

Il n’y a aucun doute que cette nouvelle règle serait un pas de plus dans le rétablissement du lien de confiance. Devenu chef du PLQ, vous vous y êtes opposé avec la dernière énergie. Vous aviez, disiez-vous, des arguments de principes. Ils auraient été plus crédibles si vous n’aviez pas dans vos rangs deux démissionnaires potentiels — Raymond Bachand et Emmanuel Dubourg — qui ont quitté leurs postes moins d’un an après avoir entamé leur mandat pour des raisons strictement carriéristes.

Voilà un cas où vous aviez. comme nouveau chef, le choix d’envoyer un signal de renouveau et de probité qui allait, de surcroît, protéger le portefeuille des Québécois. Vous avez plutôt choisi de protéger deux libéraux (un rival et un poids léger) et leurs portefeuilles. Et d’alimenter le cynisme. Pourquoi ?

(Après avoir laissé partir trois autres députés libéraux avec leurs primes — Marguerite Blais, Gilles Ouimet et Robert Dutil — il a finalement cédé à la pression à l’automne 2015 et adopté la loi interdisant les primes. Ce fut long, ardu, et coûteux !)

Conclusion

Comme vous le voyez, je me suis limité dans ces questions aux seuls faits et gestes personnels du chef actuel du PLQ. Puisqu’il s’est dit à l’aise avec l’ensemble de l’histoire du PLQ, j’aurais pu l’interroger sur la crise d’octobre, le scandale des garderies, bien d’autres choses encore. Mais il faut savoir être clément.

M. Couillard est devenu chef du PLQ il y a presque exactement un an, en mars 2013. Il est déjà remarquable qu’en 12 mois il prête flanc à 12 questions épineuses sur son propre sens de l’éthique.

Nous attendons les réponses avec impatience.

*** *** ***

De nouvelles questions se posent évidemment aujourd’hui, le jour de la grande rafle libérale.

Mes collègues Agnès Maltais et Pascal Bérubé ont résumé les choses ainsi:

Mme Maltais :  Ces accusations démontrent un lien entre le financement du Parti libéral et les contrats du gouvernement. C’est l’UPAC elle-même qui a utilisé le mot «systémique». Ils ont trouvé un système. La police nous dit donc qu’il y avait un système libéral de financement politique en échange de contrats. Les accusations portent sur un système organisé de corruption au sein d’un gouvernement pendant des années, cinq ans. C’est très grave, c’est extrêmement important. Le premier ministre Couillard prétend que ça date d’une autre époque et que ce n’est plus le même Parti libéral. Pourtant, il a déjà déclaré qu’il était à l’aise avec le retour de Mme Normandeau en 2014, très récemment. Philippe Couillard a siégé à ses côtés pendant cinq ans à l’Assemblée nationale et au Conseil des ministres. En tant que chef du Parti libéral, Philippe Couillard, doit dès maintenant d’abord, première chose, cesser de balayer ces questions sous le tapis, deuxièmement, prendre ses responsabilités pour les gestes qui ont été commis par les de son parti.

M. Bérubé : Nous interpellons Philippe Couillard à titre de chef du parti libéral, il doit cesser le déni, cesser de banaliser une situation extrêmement grave. Il doit cesser de nier l’existence d’un système au sein de son propre parti. Il doit déclarer publiquement que le Parti libéral du Québec va collaborer pour faciliter les enquêtes toujours en cours de l’UPAC portant sur le Parti libéral et en conclusion, nous posons la question suivante : Qui est à l’origine du système qui a été démontré par l’UPAC aujourd’hui?

On attend, à nouveau, des réponses !

La faute de français de Philippe Couillard

Vous l’avez vu, non ?, l’extraordinaire message Facebook envoyé par la ministre libérale Francine Charbonneau à sa collègue démissionnaire Marguerite Blais. Sinon, le voici:

Source: Journal de Montréal

Source: Journal de Montréal

On ne sait s’il faut rire ou pleurer. Je choisis les deux. À cette lecture, j’ai craint pour l’avenir politique de la ministre, d’autant qu’elle est récidiviste (elle avait re-Twitté en mars une image intitulée ’’Martine étudit sans faire chier le Québec’’). Mais je me suis souvenu de l’intransigeance de Philippe Couillard sur la qualité du français.

Ce printemps à l’assemblée nationale, il avait à mot couvert accusé Stéphane Bédard de s’exprimer dans un français imparfait:

Dans la même période, il s’est lui-même lui-même pris en flagrant délit de commettre une faute:

Être à cheval sur la qualité du français est d’autant plus important pour Phillippe Couillard, car il s’interdit par ailleurs de faire avancer le français dans les moyennes entreprises ou dans les 10% des entreprises québécoises non couvertes par la loi 101 car soumises à la législation fédérale :

Bref, je m’attendais à ce que notre chantre de la rectitude linguistique tombe comme une tonne de brique sur sa ministre. Or voici ce qu’il a dit:

«Il ne faut pas être condescendant ou paternaliste. On n’a pas tous eu les mêmes occasions de se perfectionner et d’avoir une orthographe idéale.»

Wow ! Quelle mansuétude !

Et il faut savoir que le premier ministre défend ainsi une ministre de la famille qui a créé un incroyable précédent en février dernier: toutes les associations de garderies, CPE et privées, ont réclamé sa tête.

Il vaut la peine de relire la dépêche de Radio-Canada:

Le milieu des garderies fait front commun pour exiger la tête de la ministre de la Famille, Francine Charbonneau, jugée inapte à occuper ses fonctions.

Dans un geste rare, l’Association des CPE et l’Association des garderies privées ont mis de côté leurs rivalités, mercredi, pour demander instamment au premier ministre Philippe Couillard de remplacer Mme Charbonneau, une ministre qui a perdu la confiance du milieu.

En conférence de presse, les porte-parole des regroupements de garderies ont émis un jugement très dur sur la ministre. On lui reproche de ne pas connaître ses dossiers, de ne jamais les avoir consultés, en somme de ne pas être à la hauteur de la situation.

Surtout, on l’accuse de ne jamais avoir défendu les intérêts du réseau et des familles auprès du gouvernement, notamment en ce qui a trait à la modulation annoncée des frais de garde en fonction du revenu des parents, une mesure fort contestée.

Le désaveu semble total et définitif.

La question a rebondi en chambre, où le député du Parti québécois Stéphane Bédard a interpellé le gouvernement à ce sujet. « Les gens du milieu n’ont plus confiance en leur ministre [de la Famille], a martelé M. Bédard. Elle ne rappelle même plus ceux qui lui téléphonent. Elle dit qu’elle va les rencontrer, mais elle ne leur parle même plus, M. le président. Les ponts sont coupés avec elle et son ministère. »

Même l’ex-ministre de la famille, condamné depuis pour fraude, Tony Tomassi n’avait pas réussi à se faire détester autant par le milieu des garderies.

Facteur aggravant: Mme Charbonneau est aussi ministre responsable des aînés. Cependant elle ne répond presque jamais, en chambre, aux questions portant sur les aînés. C’est Gaétan Barrette ou un autre ministre qui prend le relais, comme si les collègues de la ministre savaient qu’il ne faut pas lui laisser la parole.

Or il y avait, dans la députation libérale, un ex-ministre des aînés, compétente et disponible et — qui plus est — maîtrisant le français: Marguerite Blais.

En excusant sa ministre qui fait pourtant des fautes à la vitesse d’une mitraillette, Philippe Couillard indique à Marguerite et au Québec entier qu’il est plus important pour lui de maintenir en poste une ministre incompétente que de défendre correctement les enfants en garderie, les aînés et la qualité du français.

Et ça, c’est une faute.

 

Encore la schizophrénie canadienne de Philippe Couillard,

Ce samedi à Québec, le premier ministre Couillard a plongé tête baissée dans la piscine constitutionnelle. «À l’aube du 150e anniversaire du Canada, les Québécois souhaitent que le pacte qui lui a donné naissance soit réaffirmé» a-t-il dit devant un Stephen Harper impassible.

Que voulait-il dire ? Ses conseillers ont ainsi traduit sa pensée, selon ce qu’en a rapporté La Presse:

Dans l’entourage de M. Couillard, on confirme que cette «réaffirmation» fait référence à la signature par le Québec de l’acte constitutionnel de 1982. On indique aussi que c’est la première fois que le M. Couillard exposait cette volonté devant le premier ministre du Canada.

Signer la constitution d’ici 3 ans ? M. Couillard n’a pas vérifié avant de plonger, mais la piscine est vide. Le bureau de Stephen Harper a immédiatement indiqué aux journalistes qu’il n’était pas question de reparler de constitution.

C’était samedi. Qu’a-t-il dit dimanche ? Le contraire !

La constitution ? a-t-il dit, « ce n’est pas une priorité quotidienne du tout ». D’ailleurs il était très fâché. Selon La Presse Canadienne, M. Couillard s’est même « indigné de l’interprétation que les observateurs et adversaires ont voulu donner à ses propos. »

En effet. Tous ces rustres qui ont pu croire que le premier ministre fédéraliste du Québec souhaitait que sa province soit enfin signataire de la loi fondamentale du Canada devraient aller à l’asile ! C’est quand même effarant qu’on puisse songer que, pour son 150e anniversaire, le Canada veuille réparer une erreur historique envers un de ses peuples fondateurs !

La sortie-catastrophe du chef libéral québécois n’est que le dernier épisode d’une triste saga, entreprise plus tôt cette année, pendant la campagne électorale. J’en avais fait état dans ce billet, que je vous présente en rappel:

La schizophrénie canadienne de Philippe Couillard (16 mars 2014)

Je ne vous souhaite pas d’être dans la tête de Philippe Couillard par les temps qui courent. Une guerre civile semble déclenchée entre son hémisphère droit et son hémisphère gauche. Ou plutôt, entre son hémisphère canadien et son hémisphère, euh, comment dire?, ben, l’autre !

Je n’invente rien. En 48 heures, nous avons assisté à une disjonction synaptique majeure:

Vendredi en Abitibi:

« Dans les premiers jours de notre gouvernement, on va parcourir le pays pour rencontrer les provinces, les territoires canadiens, le gouvernement fédéral, en indiquant à chaque fois notre espoir que le caractère spécifique du Québec soit reconnu dans la Constitution ».

Puis il ajoute, solennel:

« C’est le devoir d’un premier ministre. »

On sent ici la volonté du chef de faire avancer ce dossier en priorité « dans les premiers jours » et l’évoquant « à chaque fois ». Une bonne chose car lors de sa campagne au leadership du PLQ il avait affirmé vouloir signer la constitution du Canada (que le Québec n’a jamais acceptée) d’ici 2017. C’est court, ça. Dans trois ans. Alors il faut s’y mettre. C’est son devoir.

Samedi à Sept-Iles:

Sur la constitution, « Il n’y a aucune urgence »
Ah bon ?
 » Lorsque je vais parcourir le Québec, le Canada, le monde, dans les premières semaines de mon mandat de premier ministre, ça va être avant tout pour parler d’économie et d’emploi. »
Ok, mais, hier, il a dit qu’il parlerait du statut du Québec chaque fois, il n’a pas oublié ?
 » Si d’autres veulent nous parler de leur intérêt d’ouvrir cette question, on répondra à leurs questions. »
Oui mais, si personne ne pose de question, vous n’en parlerez pas ? Comment faire alors pour signer la constitution d’ici trois ans ?
« Au bout de quatre ans » répond-il, si « vous me demandez de choisir entre 250 000 jobs et la Constitution, rapidement je tasse la Constitution »
Et le devoir ?
« le chien l’a mangé » (non, il a pas dit ça. c’est — à peine — pour rire)


Élucider le « Mystère Couillard »

Que s’est-il passé dans la tête du neurochirurgien pour que ce qui était prioritaire le vendredi puisse être tassé sans ménagement le samedi ?

Plusieurs réponses sont possibles:

1) Un conseiller l’a convaincu qu’il était impossible de réformer la constitution canadienne;
2) Il a changé d’avis;
3) Il s’est rendu compte que s’il voulait parler de la place du Québec dans le Canada, il serait obligé de définir cette place;
4) Il a reçu un appel de Justin Trudeau lui disant que s’il soulevait cette question, son père reviendrait à la vie pour le gifler publiquement.

Moi je dis: aucune de ces réponses.

J’en offre une autre: l’incompétence de Philippe Couillard sur ces questions.

L’ensemble de ses déclarations sur la question du Québec dans le Canada depuis un an témoigne d’une incompréhension du dossier, de son degré de difficulté, de son importance.

Pour un fédéraliste canadien comme Couillard, il est évidemment invraisemblable que ce pays qu’il chérit ait adopté, il y a 30 ans, une constitution contre les vœux du Québec et que rien ne soit fait pour réparer ce désastre.

Mais il faut du courage, dans le Canada de 2014, pour soulever cette question. Les derniers sondages montrent que plus de 80% des Canadiens hors-Québec sont complètement réfractaires à reconnaître l’existence du Québec comme nation dans la constitution. Les élites politiques savent qu’il n’y a rien à gagner, pour eux, de s’engager sur ce terrain.

Mais je connais plusieurs fédéralistes québécois conséquents qui se cherchent un héraut de la cause, d’abord parce qu’ils ont mal à leur Canada et voudraient que leur pays reconnaisse l’existence de la nation québécoise dans son texte fondamental, ensuite parce qu’ils jugent que l’absence de la signature du Québec sur le document est tellement une « vraie affaire » qu’elle alimente constamment la flamme souverainiste — qu’ils voudraient éteindre.

C’est ce qu’a déclaré l’ex ministre de Trudeau et sénateur libéral Francis Fox, en quittant son siège de sénateur en décembre 2011:

«L’absence du Québec comme signataire de notre Constitution constitue le symbole d’un clivage profond dans l’esprit de plusieurs dont la portée ne saurait nous échapper. Depuis bientôt trente ans, cette situation colore le paysage politique de notre pays et est invoquée par plusieurs pour freiner la mise en place d’assises nationales encore plus solides»

L’effet Couillard sur l’affaire constitutionnelle

En changeant de position aussi fréquemment sur cette question, Philippe Couillard fait plusieurs choses:

Il attire l’attention des Québécois sur l’injustice commise il y a 30 ans et admet que cette vraie affaire ne peut se résoudre qu’en demandant la permission des autres. C’est un cas patent de l’impuissance d’une province dans le Canada. Le coût de la non-indépendance.

Ensuite, il attire l’attention sur sa propre inconstance. Un jour il se présente en matamore qui va plaider avec les autres, le lendemain il n’est plus que le larbin qui voudra bien répondre aux questions sur l’injustice commise, mais seulement si les puissants daignent lui poser la question.

Troisièmement, il démontre aux fédéralistes québécois sincères qu’ils ne peuvent un seul instant se fier sur lui pour les représenter.

Finalement, il signale aux autres membres de la fédération qu’un futur premier ministre Philippe Couillard est indécis, inconstant et, par conséquent, insignifiant sur la question des droits du Québec dans la fédération.

Ils doivent l’attendre avec impatience.

Ligne bleue du métro et SLR: Pour Couillard, c’est « avant moi le déluge » !

Dans l’épisode précédent, le gouvernement Couillard avait tenté de nous faire vivre une amnésie collective. Il tentait de nous faire oublier que, unanimement, les élus de Montréal et de la Rive-Sud avait choisi le Système léger sur rail comme mode de transport sur le Pont Champlain et que, unanimement, les députés de l’Assemblée nationale en avait fait autant il y a six mois à peine.

Mais le premier ministre Couillard a frappé encore plus fort en affirmant que toutes les grandes décisions sur le transport à Montréal étaient à revoir. Il faut le lire pour le croire, voici ce qu’il a déclaré aux journalistes:

« Il y a le SLR, le train de l’Ouest, le prolongement du métro vers l’Est, des voies réservées, le boulevard Notre-Dame, le prolongement du métro à Laval. On veut favoriser le transport collectif, mais il faut s’assurer d’avoir les bonnes priorités. »

Le Premier ministre remet donc en cause le prolongement de la ligne bleue du métro. Il fait semblant que c’est un choix parmi d’autres. Mais c’était au contraire le fruit d’un consensus de la Communauté métropolitaine de Montréal, de privilégier le prolongement de la ligne bleue sur les autres options.

La décision du gouvernement du Parti québécois d’aller de l’avant avec la construction de la ligne bleue, et l’annonce d’un bureau de projet sur la ligne jaune, avait été bien accueillie par les élus Montréalais.

Il n’a jamais été question de mettre en balance la ligne bleue avec le train de l’Ouest et encore moins avec le prolongement du métro à Laval.

Qui décide des priorités ? Les « créatures » ou le Premier ministre ?

La semaine dernière, dans son discours d’ouverture, le Premier ministre s’est fait le champion du respect de l’autorité locale de la Métropole:

Nous donnerons à la métropole et à la capitale nationale les moyens de jouer pleinement leur rôle tout en revoyant en profondeur la relation entre Québec et les municipalités, dans l’esprit de la pleine reconnaissance de ce palier local de gouvernance. […]  Nous désirons refonder le partenariat entre Québec et les municipalités, bannir le terme «créature» et envisager l’avenir sur la base de deux ordres de gouvernement qui ont leurs responsabilités propres et qui travaillent ensemble au service du même contribuable.

Cette semaine, il fait le contraire. Il fait comme si toutes les discussions qu’ont eues entre eux les « créatures » de Montréal pour identifier leurs priorités en transport — ligne bleue et SLR — n’étaient que du vent, n’avaient aucun poids.

Bravo le climat de confiance !

Le 20 mars dernier, la Communauté Métropolitaine de Montréal faisait connaître ses priorités aux partis politiques engagés dans la campagne électorale. Elle commençait par noter que les choses allaient mieux, depuis l’arrivée d’un gouvernement du Parti québécois:

Depuis quelques mois, un nouvel élan se met en place pour améliorer la compétitivité et l’attractivité du Grand Montréal. Un climat de confiance s’est installé qui permet une plus grande collaboration avec le gouvernement du Québec. Il faut maintenir ce climat et cette collaboration essentielle pour que le Grand Montréal soit concurrentiel par rapport aux régions nord-américaines et internationales.

Puis la CMM indiquait ses priorités, dont la seconde portait sur… le SLR.

Depuis l’élection, le gouvernement Couillard envoie des signaux de plus en plus contradictoires. Il fait comme si rien n’avait existé avant lui, comme si ses engagements de campagne électorale ne comptaient pas, comme si l’élection était l’année zéro du Québec.

Ce n’est pas comme ça qu’on établit un climat de confiance avec la Métropole et avec les Québécois.