La gifle de Pierre Foglia à Québec Solidaire

Comme vous, je suis un lecteur assidu de Pierre Foglia. Son ton, son style, son irrévérence, sa non-rectitude politique le rendent simplement indispensable dans le dialogue québécois.

Il est (était?) un fidèle compagnon de route de Québec solidaire. Depuis le début. Il a une affection forte pour Françoise et Amir. Indépendantiste de gauche, voilà où il loge.

Jusqu’à ce matin. Jusqu’à PKP.

Ce matin, dans sa chronique de La Presse, il remet les priorités dans l’ordre: indépendance d’abord, idéologie ensuite. Qu’Amir et Françoise se le tiennent pour dit.

Extraits:

l’indépendance était sinon morte, moribonde, quand l’autre dimanche arriva M. Péladeau.

M. Péladeau que je déteste de tout mon coeur de journaliste.
Mais mon coeur de souverainiste, lui?

Il n’a fait qu’un tour, mon coeur de souverainiste. Voilà celui qui peut vaincre ce qui reste de peur. Celui qui par ses premiers mots comme politicien – mon adhésion au PQ est une adhésion à mes valeurs les plus profondes, les plus intimes, c’est-à-dire faire du Québec un pays – venait d’associer indépendance à réussite.

Et vous voudriez me ramener à la question que me posait [le futur felquiste et marxiste] Charles Gagnon il y a 50 ans? Oui mais quelle indépendance?

M’en crisse. Fait assez longtemps qu’on désespère d’une dernière vraie tentative. Parce que ce sera la dernière, n’en doutez pas.

Personne ne m’a rien demandé mais je signe quand même à deux mains la lettre d’appui à Péladeau. Une petite gêne? Pouvez aller jusqu’à une courte honte. Je ne suis quand même pas en si mauvaise compagnie avec Lise Payette, Louise Harel, Gérald Larose, Gilles Duceppe, Marc Laviolette, Vivian Barbot, Jean-Paul L’Allier…

Il vaut la peine de le lire en entier, mais l’essentiel est ici.

Sa référence à Charles Gagnon est particulièrement dure pour Québec solidaire et sa chef. Car Gagnon a fondé le groupe marxiste-léniniste En Lutte, dont Françoise David était membre. Elle en est revenue depuis, évidemment, comme plusieurs maoistes du temps.

Je sais de quoi je parle. Mais Foglia envoie un message à ses amis de QS. Gagnon avait tort à l’époque de mettre l’idéologie avant l’indépendance. Vous avez tort aujourd’hui de commettre la même erreur.

Amir et David n’écouteront pas Foglia, c’est sur. Ils continueront de traiter Véronique Hivon, Martine Ouellet et Pauline Marois de « néo-libéraux » sinon de « Khomeini ».

Mais ils savent que leurs électeurs, eux, n’ont pas les oeillères dogmatiques que les Charles Gagnon d’hier avaient fait pousser sur leurs têtes.

Les électeurs de QS, du moins beaucoup d’entre eux, sont comme Foglia. Ils ont les idées claires et les priorités à la bonne place.

La lutte des classes ? « M’en crisse » ! Donnons nous un pays, même avec PKP puisqu’il peut nous aider. Ensuite, on se chicanera, mais entre nous.