La crise existentielle de Dominique Anglade

Si vous pensez que les livres écrits par des aspirants premiers ministres sont nécessairement rébarbatifs, vous n’avez pas lu celui de Dominique Anglade. Le récit qu’elle nous offre dans Ce Québec qui m’habite provoquera chez vous des tremblements de coeur, tant elle nous fait vivre l’immense drame vécu lorsque le tremblement de terre haïtien a emporté les siens.

L’essentiel de cette autobiographie sincère et sensible porte, non sur la politique, mais sur l’attachement, l’arrachement, l’immigration, l’exil, l’adaptation et les identités personnelles multiples.

Des parents lettrés, farouchement attachés à leur terre haïtienne et volontaires pour participer à son développement, vivent au Québec un exil forcé, tant la dictature haïtienne voyait en eux, et en beaucoup d’intellectuels, le péril de la connaissance et de la démocratie. Même s’ils n’ont pas choisi de quitter leur pays, leur insertion au Québec est une réussite et on ne trouve dans le récit de la première cheffe de couleur d’un grand parti au Québec aucun baggage attestant d’une vie de racisme ou de discrimination.

Mais on y lit de très beaux passages sur la difficulté d’être à la fois de là-bas et d’ici, comme celui-ci:

« Dans l’esprit de mes parents, il n’y a jamais eu de doute sur le fait que ma soeur Pascale et moi étions québécoises et canadiennes. Ils sont haïtiens, bien sûr, mais leur exil a changé la donne. Ils doivent nous accompagner comme parents dans l’éloignement de leurs propres origines. Ils pourront nous transmettre des valeurs, certes, mais ils ne pourront pas tout nous transmettre. Ce processus laisse souvent une profonde et douloureuse blessure infligée par le fait d’amener ses enfants à être autres. Qu’un parent ne puisse leur offrir son propre pays en héritage ne constitue-il pas l’ultime déchirement, l’ultime trahison de la mère patrie ? »

(Le texte se poursuit après la pub.)

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Elle voit chez certains québécois d’origine haïtienne l’adéquation faite entre leur « fierté inébranlable » envers leur indépendance obtenue en 1804 et la revendication indépendantiste québécoise. Elle n’a personnellement jamais suivi cette logique et elle se présente à nous comme tout évidemment fédéraliste, donc partisane du camp du Non en 1995, sans nous expliquer le cheminement qui l’a conduit à faire ce choix capital pour son avenir politique.

Un passage remarqué, mais bref, à la CAQ

Elle participe aux premières discussions visant la création de la CAQ tout en étant active au sein du Parti libéral du Canada. Elle devient présidente du nouveau parti de Legault qui la présente comme une candidate vedette. Chemin faisant, le grand écart entre le multiculturalisme ambiant au PLC de Justin Trudeau (dont elle appuie la candidature au leadership) et les élans nationalistes de la CAQ la mettent dans une situation précaire.

Il est vrai qu’à sa création la CAQ avait très peu à dire sur la langue, l’identité, l’immigration et, surtout, la laïcité. Mais à mesure que le temps passe et que les controverses sur les accommodements religieux se multiplient, la direction de la CAQ sent qu’elle ne peut laisser passer ce train. Anglade constate qu’un « courant très fort à la CAQ tient absolument à ce que l’on soit de plus en plus identitaires; minimalement autant que le Parti québécois pour les doubler sur cette voie; on essaie aussi de faire en sorte que les gens du PQ viennent à la CAQ en misant sur le thème de l’identité. »

La goutte qui a fait déborder son vase ? La polémique sur le port du turban par un joueur québécois sikh de la Fédération Québec Soccer. La fédération s’y était opposé, la CAQ souhaitait appuyer la décision de la fédération car, rapporte Anglade, « cela passera bien au sein de la population du Québec ». Anglade n’en peut plus, elle débarque.

François Legault a toujours été convaincu que Philippe Couillard avait fait exprès de lui enlever son député économique vedette, Christian Dubé, à qui la Caisse de dépôt avait offert un pont d’or. La proposition faite à la présidente de la CAQ de diriger Montréal International répondait-elle à la même logique ? On peut le penser. Quoiqu’il en soit, un chasseur de tête frappe à la porte de l’ingénieure, qui dit oui.

Reste qu’Anglade est ravie de trouver une porte de sortie. Ce n’est qu’une porte tournante car le PLQ l’approche pour une partielle dans Saint-Henri-Saint-Jacques en 2015. Elle comprend qu’un poste ministériel l’attend à coup sûr. (Je note qu’elle remporte le vote avec 38,6% du vote, grâce à la division du vote indépendantiste qui, combiné, aurait été de 41,7%. Passons.)

Ni Legault, ni Couillard. Alors qui et quoi ?

On aurait aimé en savoir davantage sur son passage de trois ans au gouvernement Couillard, dont elle fut même la vice-première-ministre. Elle nous raconte quelques passes d’armes intéressantes, notamment sur la question de Bombardier. Elle reste muette sur l’ampleur inqualifiable des coupures budgétaires en santé et en éducation (et en santé publique) alors que d’autres, dont Marwah Risky, qui pense que le PLQ devrait présenter des excuses, n’ont pas cet aveuglement.

Concentrée sur les questions de développement, Anglade admet que « nous avons manqué d’écoute à l’endroit des régions et avons pris parfois des décisions qui les ont desservies ». Elle parle sans les nommer des Centres locaux de développement et des Conférences régionales des élus, organismes de concertation inclusives inestimables que le gouvernement Couillard a mis aux poubelles sans ménagement, renvoyant à la maison pas moins de 3 000 bénévoles, dont beaucoup d’entrepreneurs qui jouaient le rôle de mentors auprès des jeunes pousses.

Ce n’est pas lui faire outrage que de constater que la chefferie du Parti libéral du Québec est tombée dans son escarcelle comme un fruit mûr. L’establishment du parti aurait voulu l’offrir à André Fortin, un homme estimable mais dont je n’ai jamais compris pourquoi il suscitait l’enthousiasme. Sébastien Proulx a soustrait son nom de la liste, Pierre Moreau aussi. Alexandre Cusson n’a fait qu’un petit tour, puis pris la poudre d’escampette. Le reverra-t-on seulement candidat lors de l’élection ?

Le fait que personne ne se bousculait au portillon pour diriger le PLQ post-Couillard donne la mesure du degré de difficulté que Dominique Anglade a accepté de prendre à sa charge. La dégringolade électorale du parti chez les francophones fut terrible en 2018, au point ou la légendaire « prime à l’urne » qui favorisait naguère le PLQ, a basculé en faveur de la CAQ, y compris dans l’électorat âgé.

La reconquête, indispensable pour faire des progrès, d’une partie de l’électorat francophone perdu par l’équipe Couillard, sera rude.

Sur les questions identitaires, on sort de la lecture du Ce Québec qui m’habite avec la conclusion suivante: la CAQ était trop identitaire au goût de Mme Anglade, le PLQ de Philippe Couillard pas suffisamment. Elle tente de se faufiler entre ces deux pôles, comme l’atteste sa décision de marcher sur la peinture libérale précédente en se disant désormais prête à étendre la loi 101 aux petites entreprises et aux entreprises à Charte fédérale ainsi qu’à plafonner les places des Cégeps anglophones et à obliger leurs étudiants à suivre trois cours en français dans leurs domaines d’études.

Son problème est que l’essentiel de ces positions seront probablement reprises par la CAQ et que, l’élection de 2022 venue, sa position linguistique ne sera plus d’ajouter des mesures, mais de soustraire certaines de celles qu’elle n’aimera pas dans l’offensive de Jolin-Barette, dont on sait maintenant qu’elle nécessitera l’utilisation de la clause dérogatoire, pour une raison qu’on brûle de connaître.

Laïcité: une position à la Ponce Pilate

Sur la laïcité, sa position est inconfortable. Sur sa gauche woke, Québec Solidaire promet d’abroger la loi, dans l’hypothèse improbable d’un gouvernement Massé. Anglade ? Non. Mais en retirant à la loi 21 la protection indispensable que lui procure la clause dérogatoire, elle l’offrira en pâture aux tribunaux canadiens qui n’attendent que ça pour lui faire subir un enterrement de première. Une position, donc, qui n’a pas vocation à attirer beaucoup d’enthousiasme d’un côté ou de l’autre.

La vraie crise existentielle que Dominique Anglade doit gérer n’est cependant pas que, ou pas essentiellement, identitaire. Les Québécois ont élu et réélu les libéraux dans le passé car ce parti allait les aider à avoir des Jobs et à faire croître l’économie. François Legault et ses ministres économiques occupent désormais cette place avec une désinhibition qui force l’admiration.

Hier, les Libéraux affirmaient « l’économie, c’est moi ». Ce qui n’était pas tout à fait vrai, la croissance ayant été en moyenne plus forte sous les gouvernements du PQ que ceux du PLQ. Au moins, c’était crédible.

Désormais, le PLQ de Dominique Anglade doit dire : « l’économie, c’est moi aussi », ce qui émousse, avouez-le, la force du message.

Dominique Anglade, comme Paul Saint-Pierre Plamondon au PQ, sait qu’elle s’est engagée dans un marathon, pas dans un sprint. Une victoire à l’élection de 2022 serait surprenante, voire miraculeuse, et on se rassure toujours en politique en se disant que les miracles existent vraiment. Sans eux, ni Barak Obama, ni Justin Trudeau n’auraient pris le pouvoir.

Attendez-vous donc à voir Dominique Anglade dans votre univers politique pour des lustres (ce qui signifie des périodes de cinq ans, cela étant dit à ceux qui confondent avec des lunes qui durent, elles, un mois). Puisqu’elle est avec nous pour longtemps, les quelques heures passées à faire connaissance avec elle dans les pages de son livre sont loin d’être perdues.

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St-Pierre et Heurtel: Lectures libérales

Longtemps, seuls les anciens ministres péquistes répandaient leurs souvenirs et leurs secrets dans des ouvrages rétrospectifs. Plus récemment, des libéraux ont accepté de coucher sur papier leur expérience. C’est heureux, car ces récits forment un des matériau de l’histoire. Je n’aurais pu écrire mon récent bouquin sur Octobre 1970 sans les ouvrages publiés par des ministres de Robert Bourassa: Claude Castonguay, qui vient de nous quitter, Raymond Garneau, qui a livré un des meilleurs ouvrages d’ex-ministres libéraux, Jean-Paul L’allier et William Tetley.

Je suis donc toujours à l’affut. Les libéraux étant moins bavards que les péquistes, chaque porte entrouverte sur leur univers est bonne à prendre. C’est ainsi que j’ai abordé la lecture du récent ouvrage intitulé Ici Christine Saint-Pierre – de l’école de rang au rang de ministre.

Je n’avais pas vraiment connu Mme Saint-Pierre lorsqu’elle était journaliste, j’ai donc été très étonné de la hargne partisane dont elle a souvent fait preuve, lorsque devenue députée et ministre. Chacun est partisan dans le jeu politique, c’est certain. Mais on remarque rapidement ceux qui ne font que le service minimum (Pierre Arcand, au hasard) et ceux qui en rajoutent. Les téléspectateurs se souviendront de la caricature de pourfendeuse de péquisse qu’en a fait Chapleau dans sa série Et Dieu Créa Laflaque. Il exagérait à peine. (Transparence totale: je fus une de ses victimes. Elle s’en est excusée publiquement. Alors passons.) On est donc extrêmement surpris d’apprendre qu’elle a voté OUI au référendum de 1995.

Peut-être trouve-t-on dans les toutes premières pages de cet ouvrage écrit avec clarté et énergie (avec l’aide de Marc Gilbert) la source de cette férocité. St-Pierre était d’une famille notoirement pro-Duplessis du Kamouraska. Le jour de l’élection de l’équipe de Jean Lesage en 1960, les « rouges » du coin déposent devant la maison familiale plusieurs pneus, les arrosent de gazoline et y mettent le feu. J’apprends que c’était là une coutume politique d’antan. On venait souiller le terrain des partisans du parti vaincu. Belle entrée en matière. (Cela venait aussi avec les pertes de contrats de voirie et autres emplois publics.)

Il ne faut attendre du récit de la députée/ministre de Jean Charest et de Philippe Couillard aucun remords et aucune critique. La fait que Charest ait construit la plus grande machine de financement politique illégal de l’histoire moderne n’est pas dans son champ de vision. Le caractère inacceptable des compressions budgétaires de Couillard dans l’éducation et la santé non plus. Il ne faut pas trop en demander.

L’angle mort le plus imposant concerne le printemps érable. Saint-Pierre en donne une version complètement univoque. Mais elle n’est pas seule. Elle a rencontré pour son livre certains des protagonistes, dont Jean Charest, qui offre ce commentaire qui vaut le détour:

À propos des carrés rouges, Jean Charest en est convaincu: « de toute évidence c’était soigneusement planifié, préparé, financé par les syndicats. Le niveau de violence déployé par les anarchistes nous a surpris. Ce groupe-là était délibérément violent et le fait que Gabriel Nadeau-Dubois refuse de dénoncer la violence, pour moi, ça dépassait l’entendement. On cherchait la bonne façon de régler ça, mais ceux qu’on appelait les carrés rouges ne voulaient pas régler. C’était un mouvement qui était fait pour renverser le gouvernement.»

Vous avez bien lu. Selon Charest, le printemps érable était une opération syndicale visant à renverser le gouvernement. Cela fait bien sourire, quand on sait combien la direction de la FTQ de l’époque était copain-copain avec Charest. Soupirs.

La ministre et le français

Mais concentrons-nous sur ce que l’auteure révèle d’intéressant. D’abord, elle témoigne d’un phénomène très particulier lorsque les journalistes deviennent politiciens. Ils sont très peu préparés à subir le traitement qu’ils infligent eux-mêmes dans les mêlées de presse. Saint-Pierre raconte qu’une foi nommée ministre, c’est l’alors conseillère Isabelle Melançon qui joue le rôle des médias et qui la bombarde des pires questions possibles, pour bien la préparer aux assauts à venir. « Ses questions sont tellement vaches que je commence à pleurer comme une Madeleine.» C’est classique, les questions des journalistes sont rarement aussi choquantes que celles des conseillers au moment de la préparation.

Elle apprend aussi qu’il y a une réelle prime à s’installer juste derrière le premier ministre lors d’événements publics, pour que l’électorat voit sa binette à la télé. Mais elle révèle que la championne du positionnement est Lise Thériault. « Pour elle, c’est vital !»

Plus sérieusement, Saint-Pierre nous raconte que, responsable du dossier de la langue et de l’épineuse question des écoles passerelles pour laquelle il fallait amender la loi 101, et mise sur la défensive par le PQ et un Pierre Curzi théâtral, elle imagine une réforme plus large. S’inspirant de la commission Larose de 2001 sur la langue, elle propose de faire désigner aux deux-tiers par l’Assemblée nationale les membres d’une nouvelle «Commission de protection de la langue française», fusionnant l’OQLF et le Conseil supérieur sur la langue, et détenant désormais le statut conféré à la Commission des droits de la personne. Dans la foulée, pourquoi ne pas protéger le statut de la langue française dans le préambule de la Charte des droits et libertés de la personne.

Ces propositions ne permettraient en rien de renverser le déclin de la langue, que le gouvernement refuse de reconnaître, mais introduiraient des gestes positifs et feraient en sorte que le PLQ occupe un peu le terrain.

St-Pierre obtient l’appui de collègue ministres femmes au projet (la moitié du conseil des ministres est féminin et on les appelle les Charest’s Angels) dont Michelle Courchesne et Line Beauchamp. Mais l’appui refroidit à mesure qu’elle poursuit sa tournée auprès des poids lourds du parti. « Pour ces collègues, le parti a déjà avalé une grosse bouchée en acceptant la loi 101. Pour eux, on peut accepter de la défendre, mais pas question d’aller plus loin.» Fin de l’initiative.

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L’ex-journaliste et ministre aussi chargée des communications comprend assez tôt la crise dans laquelle les GAFAM sont en train de plonger les médias et commande à Dominique Payette un rapport qui pourrait poser les bases d’un appui de l’État aux journalistes qui auraient un statut professionnel. Elle mène ce combat sans l’appui de ses collègues ministres, qui estiment que « les journalistes font toujours preuve de mauvaise foi lorsqu’il s’agit de notre gouvernement ». La décision de la Fédération des journalistes de s’opposer à la création d’un statut professionnel de journaliste met fin à son projet, explique-t-elle. On ne peut que constater que des gouvernements subséquents ont trouvé les moyens de soutenir les médias sans passer par ce mécanisme.

Compressions et abandons

Saint-Pierre confirme que, sous Philippe Couillard, le ministère des relations internationales (MRI) a bien failli passer à la moulinette. La rumeur court que dans la recherche de compressions budgétaires, on pense ramener le MRI au rang de Secrétariat, comme ceux des Autochtones et des Affaires intergouvernementales. La honte ! (Je me souviens, j’étais alors au CÉRIUM et un ex-ambassadeur canadien de haut rang était scandalisé que Québec songe ainsi à saper sa réputation internationale). La ministre conclut que l’idée vient de l’alors président du Conseil du Trésor Martin Coiteux qui lui dit dans un souper « À quoi ça sert, un ministère des relations internationales ?» Il se demande, écrit-elle, ce que fait le Québec dans la diplomatie. Cela revient à Ottawa, selon lui. Heureusement, l’idée meurt de sa belle mort.

Les derniers mois de l’ère Couillard sont difficiles à vivre. Saint-Pierre note le nombre de ses collègues qui quittent le navire, un à un. « Les abandons, quand ce ne sont pas des trahisons,» écrit-elle. Le plus beau cas est celui de Robert Poeti. Elle raconte:

« Nous sommes à quelques jours de la fin de la session, réunis en caucus. Robert demande à la présidence d’intervenir, prétextant vouloir présenter une vidéo sur une nouvelle technologie. Quand la présidence lui donne la parole, Philippe Couillard est présent, on tamise les lumières et la vidéo est lancée. Il n’est pas question de technologie, mais du message de Poeti qui nous annonce qu’il ne sera pas candidat, même s’il a déjà été investi dans son comté. Au bout d’une minute, pendant que nous sommes tous tétanisés, un député se lève et crie à Poeti, « Arrète ça, c’t’affaire-là ».» […] Je n’oublierai jamais la tête du chef. Il est devenu pâle, le coup de poignard a pénétré très profondément.»

Pour le reste, l’ouvrage donne à la fois une bonne idée de l’ampleur de la vie ministérielle, de l’importance de la diplomatie culturelle et politique québécoise. Les premiers chapitres sont consacrés à la jeunesse puis à la carrière journalistique de Mme Saint-Pierre, ce qui, sans être exceptionnel, ne manque pas d’intérêt et est assez bien mené.

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Pourquoi, sur la couverture de son bref ouvrage, l’ex-ministre David Heurtel a-t-il les yeux fermés ? Réponse: parce qu’il nous confie n’avoir dormi que six heures par nuit pendant tout le temps où il était aux affaires.

C’est un livre très niché. Il ne répond qu’à une question: de quoi sont faites les Journées de ministre ? Il livre cette marchandise: on travaille, on lit, on s’active, on se pratique à répondre aux questions, on voyage, on négocie, on dort peu. Vous souhaitez savoir quels furent les tenants et aboutissants de l’aspect écologique des décisions du gouvernement Couillard sur Anticosti, Energie Est, McGinnis, le REM ? Circulez, il n’y a rien à lire. Mais le ministre travaille fort, c’est certain, et il n’en est pas encore revenu. Potentiel candidat à la mairie de Montréal, David Heurtel a cependant la bougeotte. Un mandat lui suffirait amplement.

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Course au PLQ: Cusson et Anglade dans les sables mouvants du débat éthique

Pour moi, le moment le plus intéressant de la semaine, dans la course au leadership du Parti libéral du Québec, ne s’est pas produit lorsque le candidat Alexandre Cusson a annoncé qu’il fallait admettre que les problèmes éthiques continuaient à nuire à son parti.

Il ne s’est pas produit quand sa collègue Marwha Risquy a accusé Dominique Anglade de vivre dans le déni à ce sujet.


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Non, le moment le plus intéressant est intervenu quand le journaliste Patrick Lagacé a demandé à M. Cusson s’il pourrait envisager d’exclure Jean Charest du Parti libéral du Québec pour bien illustrer sa rupture avec le passé.

M. Cusson ne s’y attendait pas. C’était probablement la pire question à lui poser. Car si, oui, Jean Charest est pour l’opinion publique québécoise le symbole incarné de l’absence d’éthique, il reste une idole parmi les membres du parti libéral, chez ceux, donc, qui doivent élire le nouveau chef.

Pour parler franchement, si Jean Charest était candidat à la direction du PLQ aujourd’hui, il remporterait la course haut la main. Ce serait un triomphe !

Alors imaginez ce pauvre Alexandre Cusson, sommé à la radio de s’engager à larguer le libéral le plus populaire qui soit. Il a navigué comme un pro, affirmant n’avoir pas été présent à l’époque où M. Charest était aux affaires et ne pas vouloir se substituer aux tribunaux.

Une proposition forte ?

Mais il a une proposition forte. Nommer au sein du PLQ — écoutez bien — une direction de l’éthique et de la conformité. Proposer désormais un parti éthique et transparent.

Mais pourquoi ses prédécesseurs n’y avaient-ils pas pensé plus tôt, vous demandez-vous ? En fait, ils y ont pensé.

Lors de la course au leadership de 2013, les candidats misaient sur le retour de l’intégrité au PLQ. Pierre Moreau se présentait comme « M. Éthique », son idée était de rendre permanente la commission Charbonneau. L’idée de Philippe Couillard était de doter le parti d’un code d’éthique, ce qu’il a fait.

M. Cusson promet de la transparence, M. Couillard s’engageait encore plus clairement à faire du Québec « le gouvernement le plus transparent de notre histoire ». Ça n’est pas vraiment arrivé.

Bref, la question de l’intégrité, ce qui est un euphémisme pour parler de corruption, est collée au Parti libéral comme la rouille sur le Pont de Québec.

Un problème insoluble sur le court terme

On peut, comme Alexandre Cusson, dire qu’on va attaquer le problème de front. On l’a vu, ça a déjà été essayé. Et ça n’a rien fait pour éloigner le nuage noir qui assombrit la réputation du parti.

On peut, comme Dominique Anglade, centrer le message sur un autre sujet , parler d’autre chose. Mais je vous jure, c’est exactement ce que les libéraux de Couillard ont tenté de faire pendant quatre ans. Ils ont échoué.

La vérité est que ça ne dépend pas d’eux. Cela dépend d’événements qui les dépassent. Tout le mandat de Philippe Couillard a été ponctué de révélations sur des affaires de corruption qui dataient de l’ère Charest, mais qui leur collaient à la peau.

Si les enquêtes et les procès issus de l’ère Charest étaient conclus, on pourrait commencer — je dis bien commencer — à passer à autre chose. Mais ils ne sont pas conclus.

À supposer même que le procès de Nathalie Normandeau, la vice-première ministre de Jean Charest, tombe à l’eau, ce qui est possible, qui peut jurer que des accusations ne seront pas déposées contre Marc Bibeau d’ici la fin de l’année ? Contrairement à ce que disait Jean Charest dans son entrevue avec Patrice Roy, les nombreux témoignages de témoins réunis par l’UPAC constituent une solide base pour étayer une accusation.

On peut compter sur les avocats de M. Bibeau pour faire traîner les procédures pendant des années, donc pour occuper à répétition les pages des journaux, rappelant chaque fois aux électeurs les raisons pour lesquelles ils ne font pas confiance aux libéraux.

J’ai beaucoup de respect pour la décision de Mme Anglade et de M Cusson de s’embarquer dans ce qui m’apparaît comme un immense champ de sables mouvants, qui s’étend jusque bien après l’échéance électorale de 2022. L’autre grand problème du PLQ est que sa marque de commerce économique est en train d’être vampirisée par le gouvernement de la CAQ. On comprend que l’ancien ministre libéral des Finances Carlos Leitao fasse brûler des lampions en espérant qu’une récession vienne ternir l’image économique de la CAQ, mais on voit mal comment ils vont reprendre le dessus sur ce thème.

L’avenir du PLQ est-il à ce point bouché que rien ne pourra les sortir de leur condition actuelle ? En politique, rien n’est jamais terminé.

L’exemple des cousins fédéraux

L’exemple le plus pertinent se trouve juste à côté, chez les cousins fédéraux du PLQ, le Parti libéral du Canada.

À partir de 2004, les libéraux fédéraux ont été frappés de plein fouet par une très divertissante affaire de corruption, appelée le scandale des commandites, qui a donné lieu à une commission d’enquête alors très suivie. À l’élection suivante, le PLC a perdu 32 sièges, et le pouvoir. À l’élection suivante, le PLC a perdu 26 sièges supplémentaire. À l’élection suivante, le PLC a perdu 43 sièges supplémentaires et avec eux le statut d’opposition officielle.

Que s’est-il passé pour que les électeurs tournent la page sur l’image d’un parti corrompu ? Simplement expliqué: il s’est passé 10 ans. Il a fallu une décennie et trois changements de chef avant qu’une nouvelle conversation puisse avoir lieu entre le parti et l’électorat. Il a fallu l’oubli. Il a fallu un long purgatoire, au sens propre autant que figuré.

Il a fallu aussi l’usure du gouvernement de Stephen Harper, le renouveau et la fraîcheur alors représentés par Justin Trudeau.

Il se trouve que j’ai eu l’occasion d’échanger avec Dominique Anglade et avec Alexandre Cusson ces dernières années. Nous avons des désaccords politiques profonds, bien sûr, mais je n’ai aucun doute que ce sont de bonnes personnes. Rien à voir avec Jean Charest.

Un miracle est toujours possible. Mais fondamentalement, ils arrivent trop tôt. Peut-être 10 ans trop tôt.



La bande annonce de ma dernière balado Lisée101:

La bande annonce d’une récente balado Lisée202:

 

Le PLQ met en péril la survie des centres de désintox – La Semaine du Député de Rosemont

Le discours de M. Parizeau

Discours du 30 oct

Suite à la diffusion de la cassette du discours du «oui» de M. Parizeau lors de la revue de l’année de l’émission d’Infoman, j’ai tenu à décoder le discours d’outre-tombe de Monsieur. Je ne peux pas dire que c’était un discours difficile à écrire. Il coulait de source. Il devait réitérer, le soir de la victoire, exactement ce que nous avions promis de faire. Surtout, il devait convaincre de notre calme détermination à faire exactement ce que nous voulions faire. J’en ai d’ailleurs parlé cette semaine, à la radio, avec Robert Pilott du 106,9 Mauricie.


Fermeture du centre Mélaric: 75 personnes à la rue

Les inquiétudes soulevées depuis un an se sont concrétisées mardi, avec la fermeture du centre d’intervention en dépendance Mélaric. J’ai interpellé 5 fois le gouvernement libéral à ce sujet en 2015, mais le ministre Sam Hammad fait semblant de ne pas comprendre l’ampleur du problème qu’il a créé.

Les coupes à l’aide sociale effectuées par le gouvernement sont complètement illogiques et compromettent la réhabilitation de 7000 personnes séjournant dans un centre d’intervention, leurs prestations ayant été coupées de 80 %. Et la ministre Charlebois ose parler de mauvaise gestion des centres! Dans trois rapports distincts sur la situation financière et la gestion des centres, commandés par le MTESS et dont nous avons obtenu copie, il est indiqué que la mauvaise gestion n’est pas la cause de leurs problèmes financiers, mais que ce sont bel et bien les coupes à l’aide sociale qui les ont placés dans une situation de grande précarité! Le gouvernement se doit d’intervenir dès maintenant pour empêcher la fermeture du centre Mélaric et celle de 40 autres centres qui sont menacés par les compressions libérales. Voici le point de presse que j’ai donné, vendredi midi, afin de dénoncer la situation:

5@7 de la CDC pour bien commencer l’année 2016!

C’est avec plaisir que j’ai participé au traditionnel 5@7 de bonne année de la Corporation de développement communautaire de Rosemont. Ce fut également l’occasion de rencontrer les nouveaux intervenants du quartier. Bonne année 2016 à toutes et à tous!

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Soirée Solidarité à Raif Badawi

Pour souligner l’anniversaire de Raif, la Fondation Raif Badawi  a tenu une soirée de lectures publiques de textes provenant de son blogue. Plusieurs artistes étaient présents afin d’exprimer leur solidarité à Raif et à sa famille. Je vous invite d’ailleurs à visiter la page Facebook de la fondation ainsi que le site web.

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Bonne semaine !