Comment Québec solidaire ne fera pas l’indépendance

Manon Massé, Québec SolidaireLes co-porteparoles de Québec solidaire ont encore affirmé pendant leur dernier congrès que leur parti était le seul qui s’engageait à réaliser l’indépendance pendant leur premier mandat, dans l’hypothèse où ils seraient portés au pouvoir.

Si on veut être gentil, il faut dire qu’ils exagèrent considérablement. Si on veut rester neutre, on peut dire qu’ils pratiquent la pensée magique. Si on veut être réaliste, on peut dire qu’ils prennent les électeurs pour des cruches.

Pour en venir à l’une de ces trois conclusions, on n’a qu’à lire leur programme. Nulle part n’est-il écrit qu’un gouvernement solidaire va déclarer l’indépendance du Québec pendant son premier mandat. C’est beaucoup plus compliqué, et incertain, que ça.


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QS propose, après son élection, d’organiser une nouvelle élection au suffrage universel pour élire une toute nouvelle assemblée, appelée constituante. Elle doit être représentative de la société québécoise et aura le mandat d’écrire la constitution d’un Québec indépendant.

C’est le texte de cette constitution qui sera soumis à un référendum. Si la majorité des Québécois dit Oui à cette constitution, alors on serait en route pour une déclaration d’indépendance.

Voici pourquoi ce mécanisme ne peut conduire qu’à un échec retentissant.

L’indépendance ? C’est être ou ne pas être

Il a toujours été compris qu’une fois le Québec devenu souverain, il faudrait lui écrire une constitution. La désignation d’une constituante élue, puis l’adoption de la constitution par voie référendaire, faisaient partie des avenues souvent évoquées. J’ai personnellement toujours été d’avis que la tenue de cette constituante serait un moment clé de la réconciliation des camps du Oui et du Non. La décision de faire du Québec un pays ayant été prise par une majorité référendaire, acceptée et normalisée dans les faits, après une période de calme, ce grand exercice de la constituante réunirait certains des combattants d’hier autour d’une œuvre commune, tournée vers l’avenir, réparatrice. Je n’ai pas changé d’avis.

Mais QS, et d’autres dans le mouvement souverainiste proposent maintenant la tenue d’une constituante qui aurait lieu avant la décision de faire l’indépendance. Ils affirment que les partis politiques n’auront pas le droit de présenter des candidats à la constituante, ce qui empêchera la constitution de groupes organisés au sein de l’assemblée. D’autres proposent même le tirage au sort pour contourner le problème de candidats qui seraient «plantés» par les partis fédéralistes.

Or, si la constituante est représentative de la population québécoise — c’est l’engagement de QS et des promoteurs de l’idée –, alors, dans l’état actuel de l’opinion, une majorité de ses membres sera opposée à l’indépendance. Supposons maintenant que l’évolution de l’opinion fait en sorte que les camps du Oui et du Non redeviennent en équilibre au sein de l’électorat. On trouvera toujours dans la constituante une moitié de gens opposés à ce que le Québec soit souverain. Les sondages récents nous disent qu’un Québécois sur trois est « fortement en désaccord » avec l’indépendance. Ils seraient représentés dans la constituante de QS, dans une proportion significative. Léger a déjà mesuré qu’un tiers des Québécois étaient même en faveur de la partition du Québec. Normalement, ils seront représentés dans la constituante proposée par QS, si elle est représentative.

Maintenant disponible.

Pourquoi des citoyens fortement en désaccord avec une idée participeraient-ils à la rendre plus attrayante en écrivant un texte qui lui donnerait de la crédibilité ? Lors des Commissions régionales sur l’avenir du Québec de 1994-1995, nous avions notamment soumis à la communauté anglophone des dispositions constitutionnelles qui lui permettaient de garantir ses droits dans un Québec souverain. Nous avions invité ses membres et ses organisations à en débattre et à proposer des améliorations. Parmi les 50 000 participants à l’exercice, plusieurs groupes et individus anglophones se sont présentés aux audiences. Aucun n’a offert quelque suggestion que ce soit pour améliorer notre projet, même sur les points les concernant. Aucun. Ils voulaient tout simplement exprimer leur opposition de principe à l’idée même de souveraineté.

On peut réunir tous les groupes représentatifs que l’on veut pour discuter des modalités d’une proposition dont le principe est acquis: les soins de fin de vie, le contrôle des armes à feu, la légalisation d’une drogue.

Mais il est illusoire de penser qu’une assemblée peut s’entendre sur les modalités d’un principe qui n’est pas acquis. Emmenez des pro-vie dans une assemblée délibérative dont l’objectif est de définir la légalisation de l’avortement, ils feront tout en leur pouvoir pour qu’aucun texte ne soit produit. Et les organisateurs n’auront réussi qu’une chose: démontrer l’impossibilité du consensus, donner une caisse de résonance hypermédiatisée aux opposants de l’avortement, aviver les tensions, démontrer l’échec de la démarche, donc nuire à leur cause.

Devenir indépendant, c’est poser la question de Shakespeare: Être ou ne pas être ? On veut soit l’un, soit l’autre. Il est presque indécent de demander à un citoyen québécois, fédéraliste convaincu et fier de son appartenance canadienne, de participer à une démarche dont l’objectif est de le priver de son pays, d’une part essentielle de son identité.

Donner des outils au fédéralistes

Au lendemain du référendum de 1995, j’avais proposé ces mots à Jacques Parizeau pour son premier discours depuis la défaite. Il fut prononcé lors du Conseil national qui a suivi. Extrait:

Il faut reconnaître que l’émotion exprimée par les partisans du Canada pendant la dernière semaine de campagne n’avait rien à voir avec le débat économique ou avec les structures politiques ou linguistiques. Pour les Canadiens, il s’agissait d’un sentiment beaucoup plus profond, beaucoup plus fondamental. Certains d’entre eux avaient mal physiquement. Plusieurs ont pleuré. Ils avaient mal à leur pays. Et leur pays fait partie de leur être même. Ils le sentent dans leurs tripes.

Ils nous ont donné, ces jours-là, une très grande leçon. Ils nous ont fait comprendre qu’un pays, c’est extraordinairement précieux. Avoir un pays à soi, un pays auquel on s’identifie vraiment, un pays dont on est fier… ce n’est pas une abstraction, ce n’est pas une structure, ce n’est pas l’affaire des politiciens. C’est quelque chose qu’on porte en soi. Quelque chose qui fait partie de notre être. C’est quelque chose qui nous donne un petit morceau de certitude, un petit morceau d’identité personnelle autant que collective. C’est quelque chose qui n’a pas de prix.

Il relève donc de l’absolue pensée magique de croire que, par je ne sais quel mécanisme, les représentants élus (ou tirés au sort) de l’importante portion des Québécois qui se sentent fondamentalement canadiens participeraient à l’extinction de leur identité.

Une fois élus, ils se reconnaîtraient, s’organiseraient, seraient fortement sollicités, privément et publiquement, par de puissantes organisations fédéralistes — le Parti libéral du Québec, le Parti libéral du Canada, l’État canadien, Power Corporation qui fut de la partie en 1995 — pour les encourager à faire leur devoir de Canadiens de contribuer à sauver le pays en faisant capoter la constituante.

Est-il besoin de rappeler que l’affable ex-maire de Québec, Jean Pelletier, devenu chef de cabinet du premier ministre canadien Jean Chrétien, a avoué que rien ne l’avait retenu dans sa volonté de vaincre les indépendantistes en 1995: «Quand on est en guerre, on va-tu perdre le pays à cause d’une virgule dans la loi ?» a-t-il admis. On lui aurait organisé une constituante, il s’en serait donné à cœur joie.

Il ne faut pas croire que QS est imperméable à ces arguments. Pour pouvoir intégrer ce qui restait d’Option nationale, le parti a dû modifier son programme. Avant, il proposait une constituante «ouverte», c’est-à-dire qui pourrait décider de proposer autre chose que l’indépendance. Ce qui avait conduit Amir Khadir à avouer que ce serait «l’indépendance si nécessaire, mais pas nécessairement l’indépendance». Pour obtenir l’adhésion d’ON, les solidaires ont dû accepter que la constituante soit «fermée», c’est-à-dire qu’elle ait le mandat d’écrire une constitution indépendantiste et rien d’autre. Ce qui, on l’a vu, ne garantit nullement qu’elle va y arriver.

Pendant la campagne de 2018, Manon Massé a dû admettre que la constituante pourrait réserver des surprises, y compris, si telle était la volonté des constituants, la «partition» du Québec. Et pourquoi pas, dans un élan d’inclusivité angélique, la désignation de l’anglais comme seconde langue officielle du Québec. Pour les fédéralistes présents parmi les constituants, les occasions seraient belles d’inclure des «clauses empoisonnées» dans la proposition de constitution, pour la rendre imbuvable même pour les souverainistes.

Le leçon australienne

Ce qui nous amène au second grand problème posé par la proposition de constituante. Supposons que, par miracle, tous les obstacles ont été aplanis et qu’une proposition est rédigée et présentée. Des choix auront été faits. Le Québec proposé sera soit une monarchie constitutionnelle (peu probable) soit une république et, si oui, soit à la française, à l’américaine, à l’équatorienne ou autre. Il y aura, ou non, une chambre des régions. Il y aura des principes généraux. Plus ou moins écologistes. Plus ou moins à droite ou à gauche. Plus ou moins laïcs. Des clauses garantissant des droits nouveaux aux Nations autochtones et, pourquoi pas, aux Anglo-Québécois.

Le texte doit alors être soumis à la population par référendum et il doit rassembler plus de 50 % des voix. Je n’ai pas besoin de rappeler qu’il s’agit là d’un énorme degré de difficulté.

Pour l’emporter, il faudra additionner tous les indépendantistes. Françoise David et Richard Martineau. Amir Khadir et Jacques Brassard. Ève Torres et Mathieu Bock-Côté. Les souverainistes écologistes et les climato-sceptiques. Les syndicalistes et, disons, PKP. Les traditionalistes et les avant-gardistes. Chaque choix opéré dans l’offre constitutionnelle est une occasion supplémentaire de dire non. De prendre à rebrousse poil certains des membres de la coalition souverainiste. Choisir, c’est renoncer.

Parlez-en aux Australiens. Ils souhaitaient se débarrasser de la monarchie. S’ils avaient posé la question en référendum: Souhaitez-vous que l’Australie ne soit plus une monarchie ?, la majorité était à portée de la main (51 % pour 35 % contre et 14 % d’indécis). Une fois la victoire acquise sur le principe du remplacement de la monarchie ils auraient pu, dans un deuxième temps, soumettre une ou plusieurs formules de remplacement aux électeurs.

Mais ils ont commis l’erreur de réunir… une constituante (moitié-élue, moitié-nommée). Elle a recommandé une formule de remplacement. C’est cette formule qui a été soumise au peuple par référendum en 1999. Elle a été battue, à 55 %. Un groupe anti-monarchie mais favorable à une autre formule de remplacement a fait campagne pour le Non, ce qui est considéré comme la principale cause de la défaite.

Bref, si on propose de répondre oui ou non à l’indépendance, Être ou ne pas être, il y aura un camp du Oui et un camp du Non. Les électeurs répondront, pour l’essentiel, à la question posée. Mais si on propose plutôt, d’un seul tenant, non seulement l’indépendance, mais la sorte d’indépendance, la couleur, la forme, la texture, il y aura plusieurs camps du Non. Les électeurs pourront répondre non à chacun des détails de la proposition.

L’expérience étrangère

Pas moins de 198 pays siègent désormais aux Nations unies. Combien parmi eux ont obtenu leur indépendance en utilisant le mécanisme d’une assemblée constituante élue au suffrage universel, produisant un projet de constitution ensuite soumis à un référendum ? Aucun.

C’est pourquoi, dans les négociations d’une feuille de route commune avec les autres partis indépendantistes, dont QS, et dans le but de trouver un terrain d’entente, le PQ avait accepté le compromis de réunir une constituante, mais en rejetant l’idée d’y faire entrer des fédéralistes par le suffrage universel et en prévoyant un référendum à deux volets.

Les Québécois pourraient dire Oui au principe de l’indépendance mais non à la constitution proposée s’ils ne l’aimaient pas. On pourrait donc faire l’indépendance quand même, en remettant le projet de constitution sur la table de travail.

Chacun sait maintenant que QS, dont les négociateurs avaient signé cette entente, a tout fait ensuite pour la saboter. J’ai raconté comment dans mon dernier livre.

Je suis sidéré de constater que cette fausse bonne idée fasse tant de progrès dans les rangs indépendantistes. Si j’étais conspirationniste, je dirais qu’elle est promue en sous-main par nos adversaires. Mais je crois qu’elle résulte de deux courants. Un, très sincère, qui estime à tort que la délibération publique est toujours un gage de succès. S’y additionne, au sein de Québec solidaire, un courant pas vraiment indépendantiste qui voit dans cette proposition un compromis permettant à chacun de sauver la face. Les indépendantistes solidaires pensent y trouver un moyen de se rendre à l’objectif. Les non-indépendantistes solidaires nourrissent l’espoir (fondé selon moi) que la constituante ne conduira pas à l’indépendance.

Une chose est sure. Lorsque vous entendrez un porte-parole de QS vous dire que son parti s’engage à réaliser l’indépendance dans un premier mandat, demandez-lui d’arrêter de vous prendre pour un idiot.


La bande annonce de ma dernière balado Lisée101:

La bande annonce d’une récente balado Lisée202:

Laïcité: Seulement un (mais tout un) B- pour la CAQ

François Legault, Simon Jolin-BarretteD’abord les fleurs.

François Legault et son ministre Simon Jolin-Barrette ont choisi le bon moment et le bon point d’équilibre pour cette loi historique qui fait franchir un pas important à la longue marche québécoise vers un État laïc.


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Le moment: il fallait le faire pendant le début du mandat. Pas pour « mettre cette affaire derrière nous » comme l’affirme le premier ministre, mais pour établir le socle politique et législatif de la volonté québécoise. Car le reste de cette affaire est devant nous: les contestations, l’attitude du fédéral, les jugements de Cour. On en a pour quelques années avant de savoir si, oui ou non, le régime canadien permettra au Québec de faire ce choix-là. L’adoption, en juin 2019, de la loi sur la laïcité permettra de connaître ces réponses avant le rendez-vous électoral de 2022, ce qui est essentiel.

Le point d’équilibre. Il y avait plusieurs configurations possibles dans l’interdiction des signes. Une fois établi que les agents de l’État ne doivent pas signaler leurs convictions pendant leurs heures de travail, un principe soutenu par une grande majorité de Québécois, on peut penser qu’il devrait s’appliquer à la totalité des employés de l’État. C’était la bouchée, maximaliste, de la Charte des valeurs du gouvernement Marois (dont je faisais partie).

Mais l’histoire de l’implantation de la laïcité au Québec est marquée par une approche graduelle. François Legault avait fait son lit assez tôt sur son périmètre: agents coercitifs plus enseignants du primaire et du secondaire. Il aurait pu ajouter les membres de la fonction publique proprement dite en contact avec le public. Lorsque l’inspecteur des viandes, du revenu ou du travail passent chez vous, il est en situation d’autorité.

Mais compte-tenu de la difficulté d’application — et des résistances prévisibles, y compris, c’est certain, des manifestations de désobéissance civile, comme on en a vécu après la loi 101 — la dose retenue était à peu près la bonne.

Chapeau aux députés de la CAQ

Bravo aussi aux députés de la CAQ d’avoir accepté deux compromis essentiels. D’abord, la protection des droits acquis des membres du personnel enseignant qui portent déjà des signes religieux. Ils sont peu nombreux. Ils méritent le respect et la reconnaissance de l’État pour leur travail. Les soustraire de l’application de la loi a également un impact important pour la phase d’application/contestation. Les opposants au projet auraient transformé ces personnes en autant de « martyrs » de leur cause. En acceptant d’appliquer la clause de droits acquis — contre la volonté de la majorité des Québécois — les membres du caucus caquiste ont fait preuve de jugement.

Le cas du crucifix au Parlement était aussi intéressant. Là encore, la majorité des Québécois en souhaitait le maintient. Cependant il posait un réel problème de cohérence laïc, constamment soulevé avec raison par les opposants au projet de loi.

En décidant de le retirer au moment de la sanction de la loi, François Legault a posé un geste de compromis important, mais politiquement peu coûteux. On peut penser que les électeurs catholiques les plus conservateurs votent déjà pour la CAQ. Si cette décision les heurte, comme c’est probable, ils n’ont pour ainsi dire nulle part où aller. (On utilise souvent l’expression: Seul Richard Nixon pouvait aller en Chine. À l’époque la reconnaissance du régime communiste chinois était un énorme tabou aux États-Unis et un président démocrate aurait payé cher ce qui aurait été vu comme une abdication face aux communistes. Nixon, un républicain alors jugé conservateur, pouvait mécontenter sa base en posant ce geste. Ils n’avaient nulle part où aller. Idem pour François Legault.)

Les bémols
1) une occasion manquée

Le gouvernement a décidé de présenter simultanément le projet sur les signes religieux et celui sur l’immigration. Il aurait pu saisir cette occasion pour équilibrer son message face à la différence. Il a fait le contraire.

Modifier des règles du vivre ensemble qui auront un impact chez des membres de minorités au Québec (la loi sur les signes) aurait dû être équilibré par des mesures qui font reculer la discrimination et le racisme. Le projet de loi sur l’immigration aurait été le véhicule pour le faire.

Le chef du Parti Québécois, Pascal Bérubé, a tenté de convaincre le ministre Jolin-Barrette d’introduire des mesures en ce sens: projets de CV anonymes, fin de l’exigence de travail préalable au Québec pour l’embauche d’immigrants, accès à l’égalité des membres de la diversité sur les CA de l’État et dans la fonction publique.

Le gouvernement avait à sa disposition un bouquet de mesures pour démontrer concrètement qu’il pouvait, en même temps, faire reculer la discrimination et faire avancer la laïcité.

Cette action aurait aussi donné des arguments précieux aux membres de la diversité québécoise, notamment plusieurs femmes d’origine nord-africaines, qui sont ses alliés dans le combat de la laïcité. Le ministre a été sourd à chacune de ces demandes.

Force est de constater que cette action contre la discrimination ne fait pas partie de l’univers mental caquiste. Pire, en mettant à la déchiqueteuse 18 000 dossiers d’immigration, le gouvernement se montre froid et insensible face aux immigrants. C’est donc une occasion manquée. Il pouvait mettre du baume sur la plaie, il y a mis du sel.

2) le problème du bâillon

On compare avec raison cette loi à la loi 101. Dans les deux cas, il s’agit d’une audace folle de la part d’une nation qui ne contrôle ni sa constitution, ni son appareil judiciaire. Dans les deux cas, les libéraux, fédéraux et provinciaux, ont freiné des quatre fers et annoncé des jours sombres.

René Lévesque avait fait le choix de ne pas imposer le bâillon, en fin de session, pour l’adoption de la loi 101. L’opposition libérale n’était pas moins coriace dans son obstruction. Mais Lévesque a prolongé les débats jusqu’à la fin de l’été avant d’y mettre un terme. (Dans ce cas, seuls le ministre et les membres de la commission parlementaire sont privés de vacances, pas toute l’Assemblée, sauf le jour du vote.)

Bâillon ou non, l’opposition s’opposera. Mais s’étant montré modéré dans la conception du projet, le gouvernement Legault se serait montré patient dans son adoption. Aussi, compte tenu de l’appui dont jouit le projet de loi dans l’opinion publique, les prolongations des lamentations libérales et solidaires pendant l’été auraient été mis à leur débit à eux.

Il n’y a pas de doute que l’utilisation combiné de la clause dérogatoire (bonne décision) et du bâillon (mauvaise décision) sera utilisée politiquement par le gouvernement Trudeau, juridiquement par les contestataires et, qui sait, par la Cour suprême au moment de son jugement. En ayant fait preuve de plus de patience, le gouvernement aurait retiré un argument supplémentaire à ses adversaires.

3) pourquoi ne pas additionner ?

Au moment de la loi 101, le ministre Camil Laurin avait évidemment repoussé des dizaines d’amendements libéraux et de l’Union nationale d’alors qui avaient pour but d’édenter son projet. Cependant il avait accepté quelques amendements de l’Union nationale et, au final, deux amendements du Parti libéral. Sur des points mineurs, certes. Mais cela lui permettait de montrer qu’il n’était pas, toujours et en tous points, fermé à la critique.

En mettant fin à la discussion en commission parlementaire dès l’article 6 de son projet de loi, la CAQ n’a pas réussi à identifier un seul amendement des autres partis qu’elle aurait pu reprendre à son compte. C’est dommage.

Dans un débat aussi serré, tous les arguments comptent. Il est particulièrement utile de s’attacher le plus solidement possible à ses alliés. Pourquoi ? Parce qu’il y aura des embûches à venir et qu’on souhaite, dans la tempête, ne pas se retrouver seul, critiqué de toutes parts.

François Legault avait calculé qu’en additionnant les voix obtenues en octobre dernier par la CAQ et le PQ, la loi allait être votée par des députés représentant 54% des voix exprimées (reflétant 70% d’appui dans les sondages). Ce n’est pas anodin. La CAQ ayant bien estimé que le PQ n’aurait d’autre choix que d’appuyer le projet de loi, elle n’a pas tenté de l’impliquer concrètement dans le processus.

Le PQ a déposé plusieurs amendements qui auraient changé le périmètre d’application du projet : y inclure les écoles privées et les éducatrices de garderies installées. Il réclamait aussi le retrait du cours Éthique et culture religieuse.

On comprend la CAQ d’avoir voulu rester sur ses propres rails. Pascal Bérubé n’a réussi à obtenir qu’un engagement verbal du premier ministre pour  »modifier » le cours ECR  »dans le mandat ». C’est peu et c’est vague.

Mais le premier ministre, et son ministre, n’ont aucunement tenté de trouver un amendement significatif qui aurait ajouté à la loi une signature péquiste. C’était pourtant facile, dans deux cas. Il suffisait de faire un compromis en convenant avec le PQ d’assujettir les services de garde en milieu scolaire dans les écoles publiques à l’interdiction des signes. Il y avait là une cohérence sur le lieu d’application.

Le programme du PQ demandait aussi que soit intégré dans la formation éthique existante de l’ensemble des employés de l’État, publics et parapublics, un encouragement au devoir de réserve religieux sur les heures de travail. Pas de coercition ou de calendrier, seulement un encouragement.

Avec ces deux amendements, le PQ aurait eu une raison de plus de s’estimer co-signataire de la loi, donc de se solidariser avec la CAQ pour les étapes à venir. (Le PQ était aussi, avec raison, contre le bâillon).

QS en déficit de légitimité

Le cas de Québec solidaire est encore plus intéressant. Comme l’a bien souligné le ministre Jolin-Barrette, les députés de QS se sont fait élire sur un programme prônant l’interdiction des signes chez les juges, policiers et gardiens de prison. Une fois élu, ils ont changé d’avis et ont jugé « scandaleux » ce qu’ils trouvaient raisonnable et rassembleur la veille. Ayant ainsi trompé leurs électeurs sur la marchandise, ils ont perdu toute légitimité.

Ils avaient cependant une idée sur la laïcité: cesser de subventionner les écoles religieuses. Il y a généralement confusion à ce sujet. La quasi-totalité des anciennes écoles religieuses sont désormais laïques. Il ne doit y avoir en ce moment au Québec pas plus d’une dizaine d’écoles subventionnées qui obligent les élèves à suivre un enseignement religieux dans leur programme régulier. (Les écoles juives non-orthodoxes, par exemple, offrent l’enseignement religieux en option non-obligatoire.)

Il aurait été habile de concevoir avec QS un amendement qui aurait créé un groupe de travail chargé de recenser rigoureusement le financement public de l’enseignement religieux et de produire des recommandations pour son élimination.

Le premier ministre aurait pu brandir cet amendement comme un signe supplémentaire de sa capacité d’écoute, chaque fois que Manon Massé lui poserait une question au sujet de la laïcité.

Finalement les libéraux souhaitaient avec raison que l’interdiction ne s’applique qu’aux signes et objets religieux « visibles », ce que ne précise pas la loi. On comprend qu’il n’y aura pas de fouille, comme l’a dit le ministre. Mais permettre légalement et clairement aux salariés de mettre leurs signes dans leur poche ou sac à main en entrant au travail aurait été simple, concret, et aurait permis de dire que même un amendement libéral a été accepté.

Bien, mais peux mieux faire

Bref, je réagis à l’oeuvre du gouvernement Legault en matière de laïcité comme lorsqu’on sort d’une représentation qui était très bonne, mais à laquelle il manquait quelques petits ajustements pour atteindre l’excellence.

En ce cas,  je donne la note B-. Ce n’est pas A+, non. Mais c’est déjà mieux, en matière de laïcité, que tous les gouvernements québécois depuis le début du siècle.

Alors chapeau !


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Laïcité: Comment répondre aux arguments de la gauche (texte)

CAQ, laïcité, Dupuis-Déri, Manon MasséDe Manon Massé à Charles Taylor en passant par Francis Dupuis-Déri et Francine Pelletier, une certaine gauche québécoise multiplie les arguments pour défendre le droit de porter des signes religieux lorsqu’on travaille pour l’État.

Ces arguments ne sont pas dénués d’intérêt, je les discute un par un.


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Argument #1: Faire reculer le catholicisme dans l’État, c’était bien. Faire reculer les religions « minoritaires », c’est mal

Selon cet argument, avancé entre autres par Francis Dupui-Déri, le combat du Québec pour la laïcité était admirable pendant la Révolution tranquille, car il s’opposait à la religion catholique qui était majoritaire et dominante. La volonté de restreindre les droits des musulmanes à porter des signes religieux dans la fonction publique est au contraire rétrograde, car elle s’attaque à une religion minoritaire, non dominante.

Ma réponse:

Cela ouvre un tout nouveau champ argumentaire. Par exemple, dans le Québec de la Révolution Tranquille, on a fait reculer Et le catholicisme majoritaire Et le protestantisme minoritaire. Problème ? Bon, admettons que le protestantisme était majoritaire dans tout le Canada, donc on pouvait le faire reculer.

Mais les Irlando-Catholiques, eux, étaient clairement minoritaires et ostracisés, à la fois par les protestants et par les catholiques francophones. Aurait-il fallu faire une exception pour eux ? Dilemme.

Et puis, la situation est mouvante. Dans certaines communes belges, dont Molenbeeck, les musulmans sont de plus en plus nombreux. S’ils deviennent majoritaires dans un quartier ou une ville, jusque-là, une loi belge qui interdirait le port de signes religieux dans l’État serait « Islamophobe », car s’en prenant à une minorité. Elle ne le sera plus si les musulmans devienaient majoritaires ? 

Permettez-moi de douter de la valeur de cet argument, surtout à gauche. J’ai, dans ma jeunesse, lu Karl Marx. Il affirmait que « la religion est l’opium du peuple ». Il ne disait pas: « la religion majoritaire est l’opium du peuple ».

Argument #2: Puisque des femmes musulmanes sont stigmatisées dans ce débat, il faudrait que notre compassion pour elles prime sur notre volonté de séparation de l’Église et de l’État

Selon cet argument, l’impact, indéniable, du changement proposé sur un groupe social  minoritaire en particulier devrait nous convaincre de ne pas agir.

Ma réponse:

Tous les changements sociaux qui impliquent des valeurs, l’identité, la langue, la religion, ont des impacts dans la vie de milliers de personnes. C’était encore plus vrai au moment de la Révolution tranquille. Même si la religion catholique était hégémonique et dominante, elle était néanmoins constituée de femmes et d’hommes sincères et dévoués qui ont été plongés dans un grand désarroi pendant les années 60 et 70. Il est difficile de concevoir aujourd’hui l’ampleur du sentiment de rejet qu’ils ont ressenti. Ce n’était pas facile d’être sœur ou curé pendant cette période de mise en accusation, ou du moins de mise au rancart, de ce qui avait été, jusque là, leur raison d’être. 

Le malaise des femmes musulmanes voilées qui sont au centre du débat mérite notre empathie, c’est certain. Mais qu’en est-il des autres ? La majorité des Québécois, et en particulier les femmes québécoises, qui ont connu le combat contre le catholicisme, voient dans le retour des signes religieux, principalement islamiques, une régression, donc un retour du religieux et de ses symboles misogynes dans des services publics qui en avaient été libérés.Elles sentent qu’un combat de toute une vie est en péril.

Pour ceux qui n’étaient pas parmi nous à cette époque, je me permets de citer cet extrait du récent ouvrage de Normand Baillargeon: L’esprit en marche

« Qui au Québec n’a pas dans sa famille une histoire d’horreur mettant en cause un représentant de l’Église ? Ici c’est un curé qui a insisté pour que l’on choisisse la vie de l’enfant plutôt que celle de la mère. Là c’est un autre qui a conseillé à un enfant venu se plaindre de mauvais traitements paternels de se taire et de « respecter son père ». Ailleurs c’est un jeune qu’on a manipulé et qui est devenu, contre son gré, prêtre ou frère. Ailleurs encore, un autre qui l’est devenu parce que c’était sa seule chance de poursuivre des études et qui a ainsi raté sa vie. Ou bien c’est un prêtre pédophile que l’on tolérait dans la famille par crainte des représailles.

Sans compter toutes ces femmes devenues malades, trop tôt vieillies ou même mortes parce que « monsieur le curé » interdisait sous peine d’enfer « d’empêcher la famille ». Et sans parler non plus de ces immondes « prêcheurs » aux cheveux gominés et au discours débile qui sont à la tête d’Églises exemptes d’impôts et qui détroussent sans vergogne de vieilles personnes naïves, fragiles, souvent malades, des économies de toute une vie en leur faisant croire mille sottises, les moindres n’étant pas qu’ils peuvent faire des miracles ou effectuer des guérisons par imposition des mains.

Je l’avoue : tout cela, très sincèrement, me donne la nausée, et je répète que je trouve extrêmement dangereuse l’illusion aujourd’hui trop répandue selon laquelle la religion serait désormais chez nous une chose bénigne. »

Bref, on ne peut évacuer l’empathie dont nous devons faire preuve envers les Québécoises qui ont développé envers la religion, et avec raison, de puissants anti-corps.

Et n’est-il pas absolument éclairant de voir le grand nombre de Québécoises musulmanes, ou d’Afrique du Nord, intervenir dans le débat actuel pour, non seulement appuyer le projet de loi, mais demander qu’il aille encore plus loin ?

Pourquoi leur parole, et parfois leur angoisse face à la normalisation de signes religieux qu’elles estiment misogynes, dans l’État, serait-elle de moindre valeur que la parole des femmes musulmanes affirmant que leur droit à porter des signes religieux pendant les heures de travail est plus important que tout principe collectif de laïcité ? 

Argument #3: Vouloir interdire les signes religieux dans l’État aujourd’hui, c’est comme dire aux gais et lesbiennes de cacher leur orientation sexuelle.

L’argument fut avancé par Manon Massé, porte-parole de Québec Solidaire, en ces termes: «À l’époque [dans les années 1980], une large partie de la population était convaincue que nous, les gais et lesbiennes, on ne pouvait pas enseigner ou s’occuper des enfants, parce qu’on allait les contaminer avec nos différences. Une chance que les politiciens de l’époque et ceux qui ont suivi n’ont pas appuyé leur seul jugement sur les qu’en-dira-t-on, parce qu’aujourd’hui, il manquerait bien des profs!» 

Ma réponse:

Mme Massé mélange tout. Elle dénonce avec raison le refus d’embaucher des profs gais et lesbiennes. Aucune discrimination ne doit avoir lieu à l’embauche sur la base des convictions ou orientations de chacun et chacune. Mais le débat porte, non sur l’embauche, mais sur l’affichage des convictions.

Personne ne propose de ne pas embaucher de musulmans dans la fonction publique. On demainde simplement qu’ils se conforment à la norme actuelle qui interdit aux employés de l’État d’afficher toutes leurs convictions, politiques, sociales, féministes, d’orientation sexuelle ou autre, pendant leurs heures de travail.

Nous sommes d’ailleurs ici dans l’angle-mort absolu de la gauche pro-signes religieux. Pourquoi insistent-ils pour le droit à porter des signes religieux mais non pour le droit à porter les autres signes ? 

Argument #4: Cette volonté d’interdire les signes religieux n’existerait pas sans la peur irraisonnée de l’Islam, donc l »Islamophobie »

D’abord il faut noter que Québec Solidaire, le Parti libéral du Canada et plusieurs autres ont réussi à normaliser le terme « Islamophobie », désormais utilisé couramment, notamment à Radio-Canada. Le terme est cependant très chargé. Il n’est devenu courant qu’après avoir été popularisé après 1979 par les dictateurs obscurantistes d’Iran pour faire taire toute critique de l’Islam. L’expression non polémique, et tout aussi utile, est « sentiment anti-musulman ». C’est celui que je choisis d’employer.

Cela dit, il faudrait être aveugle pour ne pas admettre que la phase actuelle de la marche des Québécois vers un État plus laïque est alimentée par l’irruption récente dans l’espace public, et des services publics, de l’affichage islamique.

Mais il faudrait aussi être aveugle pour ne pas constater que les musulmanes québécoises (et occidentales) ne portaient presque jamais le voile jusqu’à ce que s’installe depuis 30 ans une version plus radicale et politique de l’Islam, alimentée par l’Iran, l’Arabie Saoudite et le Qatar.

Il s’agit donc d’une actualisation, dans ce nouveau contexte, du principe de séparation de l’Église et de l’État qui est devenu dominant pendant la Révolution tranquille. Si demain, une autre religion connaissait une forte croissance — l’hindouisme, au hasard — et voulait s’imposer dans le service public, la majorité québécoise aurait le même, sain, réflexe.

Argument # 5: Ceux qui veulent interdire les signes religieux sont aussi  »Islamophobes » aujourd’hui que ceux qui refusaient d’embaucher des juifs étaient antisémites dans les années 30.

C’est l’argument central de François Dupuis-Déri un texte du Devoir. Il rappelle les années noires de l’antisémitisme au Québec et la stigmatisation d’une religion minoritaire, juive, pour refuser une embauche d’un médecin juif dans un hôpital francophone.

Ma réponse:

Tout refus d’embaucher quelqu’un sur la base de ses convictions est condamnable. Les Québécois en savent quelque chose car dès après la conquête, les Anglais leur imposaient de dénoncer spécifiquement le Pape, sans quoi ils ne pouvaient avoir d’emploi public (le « Serment du test »). 

Il faut condamner de même tout refus d’embaucher un musulman, un hindou, un juif, un gai, un indépendantiste, un fan des sables bitumineux. Là n’est pas la question. On discute ici du devoir de réserve de toutes ces personnes. Elles ont droit d’être embauchées mais devraient ne pas afficher leurs convictions sur leurs heures de travail.

Mais il est bien d’évoquer l’antisémitisme, qui est un poison. Le Québec en fut notamment infecté dans les années 1930, oui, ni plus ni moins que le reste de l’Amérique du Nord. Jusqu’à Vatican II, le catholicisme fut le grand vecteur de diffusion de l’antisémitisme en Occident.

Peut-on désormais ignorer que l’Islam radicalisé par l’Arabie Saoudite, l’Iran et le Qatar est aujourd’hui le principal propagateur d’antisémitisme ?

C’est vrai à Téhéran et à Riyad mais aussi à Ville Saint-Laurent. Un imam y a été entendu il y a quatre ans parler des « Juifs maudits », qu’Allah devrait «tuer un par un» et «rendre leurs enfants orphelins et leurs femmes veuves».

Ma question: nos concitoyens juifs qui interagissent avec l’État et qui se retrouvent face à une personne qui choisit d’afficher son appartenance à l’Islam devrait-il avoir à se demander si cette personne est d’accord avec l’antisémitisme ambiant dans certains secteurs de l’Islam montréalais ?

De même, nos concitoyens arabes et pro-palestiniens qui interagissent avec l’État et se retrouvent face à une personne qui choisit d’afficher son appartenance à la religion juive devrait-il avoir à se demander si cette personne est d’accord avec les politiques anti-palestiniennes de certains courants du judaïsme prônant le « grand Israël » ?

Ma réponse est que l’affichage des convictions n’a pas sa place dans les services de l’État, justement par respect pour les convictions de chaque citoyen, y compris de nos concitoyens musulmans et juifs.

Argument # 6: Le nationalisme québécois d’aujourd’hui est  »ratatiné » beaucoup plus qu’auparavant et la question de l’identité n’est qu’une tactique pour attirer des votes

C’est d’abord l’argument de la nostalgie. Les nationalistes d’avant, René Lévesque, Gérald Godin, étaient plus « ouverts » et « inclusifs ». Ceux d’aujourd’hui sont fermés. Et comme ils ne peuvent pas vraiment croire ce qu’ils disent sur les signes religieux, ils font semblant dans le seul but de se faire élire.

Ma réponse:

Le Parti Québécois est né avec la volonté de sécularisation de la société. Il en a été un des porteurs. Les discours de René Lévesque sur l’immigration et sur les Anglo-québécois sont impubliables aujourd’hui, tant ils sont politiquement incorrects. La mesure phare du nationalisme de Lévesque et Godin, la loi 101, fut comparée à l’époque aux pires moment du nazisme. Pierre Trudeau affirmait que cette loi allait nous conduire à  »l’âge des ténébres! » 

La constante dans le nationalisme est qu’on l’a accusé constamment d’encourager « la peur, la méfiance et la haine de l’Autre ». Ce discours, repris par la gauche de QS aujourd’hui, était celle de l’extrême-gauche maoïste des années 1970 qui rejetaient la loi 101 comme discriminatoire et l’indépendance comme une stratégie de la bourgeoisie de diviser la classe ouvrière canadienne. Rien de neuf sous ce soleil.

En fait c’est le « nationalisme civique » de la fin des années 1990, niant l’importance de l’identité dans la nation et internalisant brièvement le multiculturalisme, qui fut l’exception.

Quant à l’accusation d’électoralisme laïc, il ne résiste pas à l’analyse. La volonté de garder la religion hors du cercle de l’État est une conviction réelle, profonde, qui mérite le respect. 


Résumé des épisodes précédents:

  1. Le lundi 29 avril, le politologue de l’UQAM Francis Dupuis-Déri a publié dans Le Devoir un texte qui associe un geste antisémite posé au Québec dans les années 30 au projet de loi actuel sur les signes religieux.
  2. Le mercredi 1er mai, sur ce blogue et dans Le Devoir, je réplique sur le ton de l’ironie en associant la marche du Québec vers la laïcité depuis 1960 à un vilain combat chrstianophobe.
  3. Le mardi 7 mai, M. Dupuy-Déri publie sur le site de gauche Ricochet, une réplique intitulée: Le ratatinement : Réponse à Jean-François Lisée et aux défenseurs du PL 21
  4. J’ai aussi spécifiquement répondu aux arguments de Charles Taylor ici.

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Le futur chemin de croix vert de la CAQ

En voici un extrait:

 

L’étrange racisme non-systémique des Québécois (texte)

La ville de Montréal examine notre racisme systémique. J’ai des données à leur fournir !

C’est un mystère. Je parle de la relation entre les Québécois et « les races ». Un mystère sur lequel se penchera sous peu la ville de Montréal qui organise des consultations sur le racisme et la discrimination systémique pendant ce beau moi de mai.


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Québec Solidaire, aussi, créera sous peu un Collectif antiraciste décolonial dont une des co-porte-paroles est Eve Torrès. Vous savez, la dame qui avait fait une blague anti-coloniale au moment de l’incendie de Notre-Dame-de-Paris. Elle affirmait qu’Allah avait voulu se venger des Français qui ont interdit le port de signes religieux par les employés de l’État il y a… 100 ans. Disons qu’elle n’a pas mis beaucoup de rieurs de son côté. Eh bien oui, Mme Torrès va nous enseigner comment les Québécois, qui sont devenus contre leur gré une colonie britannique, sont devenus des colonialistes systémiquement racistes. J’ai hâte d’entendre les blagues de Mme Torrès sur ce sujet tordant.

Feu le gouvernement Couillard avait aussi voulu se lancer dans une consultation sur le racisme systémique, avec l’appui de gens de bonne volonté bien sûr, mais aussi de Québec solidaire et de quelques organisations issues de l’Islam politique voulant restreindre le droit des Québécois à critiquer les religions, ce qui était moins vendeur.

Cela n’avait pas marché. J’en prends une partie du crédit car j’avais fermement dénoncé, au nom du PQ, cette volonté de faire un procès aux Québécois. À mon avis, ces consultations ne font que raviver les tensions au lieu de trouver de vraies solutions pour faire reculer le racisme et la discrimination présents au Québec comme partout ailleurs.

Je préférais proposer 20 mesures d’application immédiate pour assurer une meilleure intégration des minorités au travail, au logement et dans l’État. Je n’ai jamais compris pourquoi le gouvernement libéral n’a pas voulu les appliquer.

Je reproche aujourd’hui au gouvernement Legault d’être complètement sourd aux problèmes réels de discrimination raciale au Québec. Notre volonté, au Parti Québécois, était d’agir simultanément pour la laïcité et contre la discrimination et le racisme. Ce sont les deux faces du même combat pour le vivre-ensemble.

Le mystère québécois

Mais pourquoi est-ce que je parle de mystère ? Parce que d’une part, les Québécois sont, de tous les Canadiens et Nord-américains, les plus fervents défenseurs de la laïcité de l’État, même si cela heurte des minorités visibles.

Et pourtant, dans les sondages, les Québécois sont les plus ouverts à l’immigration et aux minorités visibles.

Vous ne me croyez pas ?

À la mi-avril, pas il y a deux ans, là, à la mi-avril, un sondage Ekos a posé aux Canadiens et Canadienne la questions suivante:

« Parmi les les immigrants qui arrivent, diriez vous qu’il y a trop peu, trop, ou la bonne quantité de membres des minorités visibles ? »

Vous me croirez si vous voulez, mais 40% des Canadiens ont dit qu’il y en avait trop, de ces non-blancs qui arrivent au pays de Trudeau. En Ontario, ils étaient 46% à le penser. En Alberta, 56%. Oui madame, 56% des Albertains trouvent que trop de non-blancs arrivent au pays chaque année.

Et c’est grave ça, monsieur. Les analystes de la maison de sondage Ekos affirment que cette attitude de « discrimination raciale » devient de plus en plus forte au Canada et est un indicateur de la montée de ce qu’ils appellent le « populisme autoritaire ».

Alors. Normalement, ce devrait être bien pire au Québec. Nous qui sommes à l’avant garde, selon les gazettes anglophones, de la xénophobie planétaire.

C’est là que réside le mystère. Car seulement 30% des Québécois pensent qu’il y a trop de minorités visibles chez les immigrants. Dans le palmarès canadien de la discrimination raciale, nous sommes à la cave ! Loin derrière les Albertains et les Ontariens. Derrière même la Colombie Britannique !

En plus, 13% d’entre nous pensons qu’il n’y a pas suffisamment de membres des minorités visibles parmi les immigrants. C’est fou ! Seuls nos voisins des provinces maritimes nous battent dans la course à l’ouverture aux autres.

L’aspect le plus étonnant de ce sondage est qu »on a demandé aux minorités visibles elles-mêmes si elles estimaient qu’il y avait trop de non-blancs parmi les nouveaux immigrants. Elles le pensent. Concentrez-vous pour ce chiffre: 43% des non-blancs trouvent que ça suffit d’avoir tous ces non-blancs chez les immigrants. Ils sont plus fermés à la différence que les Québécois. J’espère qu’il y aura un chapitre sur ce phénomène étonnant dans le rapport de la consultation montréalaise sur le racisme systémique. Je propose ce titre: « Les Québécois sont plus ouverts aux immigrants racisés que les immigrants racisés eux-mêmes. »

J’attends avec impatience le commentaire d’Ève Torres.

On pourrait penser que tous les résultats dont je viens de parler sont une erreur. Vous savez, quand on dit qu’un sondage a raison 19 fois sur 20. Ben celui-ci doit être le 20ème, celui qui se trompe. Les Québécois ne peuvent pas être moins racistes que les Canadiens, non ?

Ce qui est troublant, c’est cet autre sondage publié fin avril par Environics dans le Globe and Mail. Pas il y a deux ans, là, fin avril !

À la question « Y a-t-il trop d’immigrants » les Québécois ont certes dit oui à 31%, mais c’est moins que la moyenne des canadiens (34%), moins que les Ontariens (35%) ou que les prairies (39%) et l’Alberta (44%).

Les réfugiés imposent-ils un grand poids sur nos services sociaux ? Les Québécois disent oui à 43%, moins que les Canadiens à 46%, les Ontariens et les Albertains à 50%. Pourtant la moitié des réfugiés sont arrivés au Québec.

Interrogés à savoir si les immigrants commettent plus de crimes que les autres citoyens (ce qui est faux), les Québécois sont 18% à dire oui, contre 20% des Ontariens, 21% des Canadiens et 34% des Albertains.

L’arrivée de ces immigrants fait-il du Canada un endroit meilleur ou pire ? Seuls 7% des Québécois disent « pire », contre 15% des Canadiens, 16% des Ontariens et 26% des Albertains.

Les Québécois se distinguent sur un point. Les valeurs. À 56%, ils sont plus nombreux que les autres Canadiens (51%, tout de même) à se plaindre que trop d’immigrants n’acceptent pas les valeurs du pays d’accueil. Les Québécois y tiennent. Ce n’est pas du racisme, c’est de la volonté d’intégration.

Oui mais, le Québec n’est-il pas le lieu de la montée des meutes et du nationalisme blanc ?

Ce qui est troublant c’est cet autre sondage réalisé en mars,pas il y a deux ans, là, en mars juste après l’attaque sur la mosquée de Nouvelle-Zélande par un suprémaciste blanc. L’Association des études canadiennes a voulu savoir si les Canadiens pensaient que les groupes haineux sont devenus ces dernières années une menace plus grave ?

Eh bien la moyenne des Canadiens était moins préoccupés par la question que les Québécois. Donc, de tous les Canadiens, les Québécois sont, avec cette fois-ci les gens de Colombie-Britannique, les plus nombreux à s’inquiéter de la menace des groupes haineux. C’est fort, non ?

Les opinions et les actes

Mais laissons de côté les opinions et parlons des actes racistes. Les chiffres les plus récents sur les crimes haineux répertoriés par Statistiques Canada datent de 2017, l’année de la tuerie à la mosquée de Québec.

C’était une année de forte augmentation de crimes haineux partout au Canada. Statistiques Canada comptabilise les crimes suivants:

  • l’encouragement au génocide;
  • l’incitation publique à la haine;
  • la fomentation volontaire de la haine;
  • le méfait motivé par la haine à l’égard d’un bien utilisé par un groupe identifiable.

Chaque crime haineux est un crime de trop. Mais même en cette année trouble 2017, et même en ajustant pour la grosseur de la population, il y a eu au delà de deux fois plus de crimes haineux en Ontario, qu’on nous présente comme l’étalon-or du multiculturalisme, qu’au Québec. Au delà de deux fois plus.

Les actes anti-musulmans ont augmenté et il faut le dénoncer sans arrêt. Les actes anti-sémites aussi. Le B’nai Brith vient tout juste de rendre public son audit 2018 des gestes anti-sémites au Canada.

On constate que les menaces anti-sémites verbales ou sur internet sont nettement plus élevées au Québec qu’en Ontario, ce qui est inacceptable. Mais pour la violence elle-même, le passage à l’acte comme le vandalisme ou l’agression physique, on en compte au delà de deux fois plus en Ontario qu’au Québec. C’est quand même étrange.

Qu’en conclure ?

On peut en tirer quelques grandes conclusions. D’abord que le multiculturalisme à la Trudeau père et fils et saint-esprit n’empêche pas le reste du Canada d’être à plusieurs égards moins ouvert à la diversité que le Québec. Je répète: moins ouvert à la diversité que le Québec.

Je ne suis pas de ceux qui disent que le racisme systémique n’existe nulle part dans nos institutions et traditions, ici comme partout sur la planète. Je crois plus utile d’agir pour le faire reculer que de constamment examiner le bobo.

Mais j’invite ses partisans à accepter ce grand constat. Les Québécois en grande majorité n’ont pas d’aversion systémique envers l’immigration et la diversité.

Surtout, le racisme n’est pas le moteur de la volonté québécoise d’interdire les signes religieux. Si c’était le cas, et puisque plusieurs indicateurs montrent qu’il y a davantage de racisme au Canada qu’au Québec, c’est chez eux que la volonté d’interdire les signes devrait être plus fort.

Or ce sondage Angus Reid de décembre dernier montre le contraire. La question porte sur l’interdiction des signes religieux mentionnés pour tous les employés du secteur public: Intéressant de noter que le voile intégral ne passe pas, très clairement. Mais ailleurs qu’au Québec, le voile (hijab) oui, ainsi que les autres signes. Pourquoi ?

Les Québécois ont une attitude plus négative que le reste du Canada envers les accommodements religieux, mais pas envers les groupes minoritaires. Une récente étude de l’Université de Montréal le démontrait clairement. Anti-religieux, oui. Raciste, non.

Malheureusement, je sens chez les opposants au projet de loi 21, qu’ils soient à Ottawa ou au Québec, un refus systémique de reconnaître cette énorme distinction

Ça, ça mériterait une bonne consultation.


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Enfance: L’insondable sans-gêne des Libéraux

 

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Laïcité: mes échanges avec Gabriel Nadeau-Dubois et André Pratte

Il est possible d’avoir des discussions éclairantes sur Twitter, si on prend trois décisions: 1) rester toujours courtois; 2) respecter le point de vue de son interlocuteur; 3) argumenter sérieusement.

C’est ce qui s’est passé cette fin de semaine dans deux conversations avec deux critiques de l’interdiction des signes religieux, unis sur ce point, le porte-parole masculin de Québec Solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois, et le Sénateur libéral (indépendant) et conseiller de Power Corporation André Pratte. Voici le fil des échanges:

QS et le voile intégral chez les agents de l’État: dans quels cas ?

Indépendance et PQ: Petit cours d’autodéfense intellectuelle

Chacun a droit à sa propre opinion. C’est entendu. Mais chacun n’a pas le droit à ses propres faits. Dans le débat qui s’ouvre sur l’avenir du Parti québécois et de l’indépendance, rien ne me semble plus utile que de faire la guerre aux clichés et aux fausses perceptions, qui,  malheureusement, semblent dominer le discours.

Les indépendantistes ont un devoir de ténacité : il est très difficile de faire du Québec un pays, je ne vous l’apprends pas. Mais la difficulté n’altère en rien la justesse du combat. Ils ont aussi un devoir de lucidité. Les innombrables commentateurs de la chose politique gagneraient également à se débarrasser d’un certain nombre d’idées aussi courantes que fausses.

Idée fausse #1: Si on ne parlait que d’indépendance, on aurait 35% du vote, car c’est le nombre d’indépendantiste au Québec.

En fait: Ce chiffre de 35% est juste. Mais il est comme les 70% de Québécois qui souhaitent abolir la monarchie. Un parti qui ferait de cette abolition son thème central n’obtiendrait pas 70% du vote. C’est une opinion parmi d’autres. Elle ne détermine pas le choix électoral. Les dernières données disponibles indiquent qu’environ 16% des Québécois appuient  »fortement » l’indépendance. Pierre Alain-Cotnoir, analyste-sondeur, disait un jour que les autres souverainistes, les « mous », « s’intéressent à l’indépendance comme vous et moi nous intéressons au curling ».

Bref, le PQ peut décider de tout miser sur l’indépendance. Ce serait un choix respectable. Mais alors il doit savoir qu’il renoncerait ainsi à tout espoir raisonnable de prendre le pouvoir dans l’avenir prévisible. Il priverait surtout les Québécois de la capacité de s’offrir un gouvernement écologiste et de justice sociale. Dit plus crûment, ce choix donnerait à la CAQ un passeport pour un second mandat.

Idée fausse #2: Si on parlait d’indépendance tous les jours, on pourrait faire bouger l’opinion publique.

En fait: Même à l’ère d’Instagram, l’immense majorité de l’information politique transite par les grands médias. Or ces médias détestent la répétition. Ils ne la répercutent presque jamais. Ces deux dernières années, nous avons concrètement parlé d’indépendance au sujet de la Davie, de la légalisation de la mari, des délais de justice, de la langue, de l’immigration, du pétrole et de l’environnement, plusieurs fois par semaine. Vous l’apprenez ici. Normal, les médias n’estiment pas que l’argumentaire souverainiste, même mis au goût du jour, répond à leur définition de ce qu’est une « nouvelle ». (Ils sont aussi imperméables à l’argumentaire fédéraliste, soit dit en passant, et nous font grâce des odes au Canada entonnés quotidiennement par Justin Trudeau). Et même lorsqu’on réussit à traverser l’écran, il faut savoir qu’en période non-électorale, seulement un électeur sur deux suit la politique.

Le travail de conviction militant est essentiel pour constamment former et aguerrir les troupes qui seront actives au moment des grands événements — changements sociaux, crises politiques, campagnes électorales ou référendaires — qui, eux, font évoluer l’opinion.

Idées fausse #3: De toute façon, les jeunes sont désormais à Québec Solidaire.

En fait: La seule mesure disponible pour le premier octobre dernier indique que 65% des francophones de 18-35 ans n’ont pas (je répète, pas) voté QS. Le tout dernier coup de sonde de Léger montre que, même chez les 18-25 ans francophones, 62% n’ont toujours pas (je répète pas) l’intention de voter QS. Il n’y a pas « une » jeunesse. Il y a « des » jeunesses.

Idée fausse #4 : Les jeunes pensent que laïcité, c’est du racisme. Donc que le PQ est raciste.

En fait :
Le dernier sondage sur le sujet (Crop, novembre 2018) confirme tous les précédents : près de 60% des 18-34 veulent interdire les signes religieux chez les juges et policiers, 50% veulent aussi les interdire chez les enseignants[1] (43% contre). Ces éléments, les plus controversés du combat pour la laïcité, sont donc majoritaires chez les jeunes. Trop, même, à mon avis, car ils sont 40% à vouloir que les récalcitrants soient congédiés. C’est dire que le PQ a un avenir chez les jeunes s’il assume son engagement laïque, pas s’il tente de le camoufler ou de ressembler à QS.

[1] Comme 51% des électeurs de QS.

Idée fausse #5 : La dernière tentative de rénovation du PQ a été un échec. Le PQ n’écoute pas les milléniaux.

En fait : L’opération « Oser repenser le PQ » de Paul Saint-Pierre Plamondon a produit des propositions dont 90% ont été adoptées lors d’un Conseil national de 2017. Une proposition voulant réserver un quota de sièges électifs aux membres de la diversité a fait grand bruit car elle été rejetée à la demande… d’une déléguée milléniale issue de la diversité ! Les délégués réunis ont suivi son conseil.

Reste que des milliers de nouveaux milléniaux sont entrés dans le parti grâce à l’opération, leur poids à tous les étages des instances du parti a augmenté significativement. On peut donc parler d’un succès organisationnel certain, qui n’a malheureusement pas eu d’effet électoral.

Idée fausse #6 : Le Parti québécois est le parti d’une génération.

En fait : Les têtes fondatrices du parti, Lévesque, Laurin, Grégoire, Parizeau, étaient de la Grande génération, celle des parents des baby-boomers. Le gouvernement Lévesque de 1976 a été formé par ces deux générations. Le premier X, André Boisclair, a fait son apparition dans le gouvernement Parizeau en 1994. Ministre senior (Environnement, Affaires municipales) il deviendra chef en 2005. Puis, 11 des 24 ministres du gouvernement Marois furent des X, à des postes de grande responsabilité (Finances, Trésor, Santé, etc). Les Y font leur apparition après 2014 avec une rapidité telle qu’ils forment 20% des candidats péquistes. Ensemble, les X et les Y constituaient 66% des candidats. Même avec le départ de Catherine Fournier, les X et Y dominent le caucus des députés (7/9). Ils forment 100% de l’exécutif du PQ.

Bien qu’il soit exact de dire que l’attractivité électorale du PQ envers les jeunes est en déclin, il faut enfin reconnaître que les baby-boomers ont formé le facteur principal, mais jamais unique, de l’électorat péquiste, qui a toujours mordu dans les autres générations. Alors chaque fois que vous entendrez un journaliste, un chroniqueur (ou un démissionnaire) affirmer que le PQ est le parti d’une génération, sachez que, volontairement ou non, il vous désinforme. La vérité est qu’aujourd’hui le PQ est dirigé par ses 3e et 4e générations.

C’est notamment pourquoi, malgré l’amoncellement de pierres tombales qu’on veut empiler sur lui, le Parti québécois n’est pas tuable. Toute stratégie visant à l’exclure de l’équation, ou à souhaiter son décès, tient de la pensée magique. Est vouée à l’échec. Comme QS et la CAQ, le PQ est là pour durer. Au lieu de tirer dessus, il faut en tirer le maximum.


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Plusieurs des éléments de cet article sont développés dans « Qui veut la peau du Parti Québécois ? » disponible sur laboitealisee.com

Ce texte est également publié dans Le Devoir.

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Leadership – Indépendance : Compte à rebours 2022 !

Proposition #9 du candidat Jean-François Lisée

Ma proposition #1 (Chasser les Libéraux. Réussir l’indépendance. Dans cet ordre.) a suscité énormément d’intérêt et on en a surtout retenu mon intention de ne pas tenir de référendum dans le premier mandat (2018-2022) d’un gouvernement du Parti québécois. C’est le volet « Chasser les Libéraux ».

Mais qu’en est-il du volet « Réussir l’indépendance » ? C’est ce que je veux développer dans ce texte et dans trois vidéos qui sont maintenant disponibles. J’aborderai trois aspects. D’abord ce que je propose comme action indépendantiste pendant ces six ans, ensuite comment je propose de financer cette animation, finalement quelle place j’y vois pour la convergence.

1 – Six années de préparation et d’animation

Si je suis élu chef du Parti québécois en octobre, je proposerai aux autres membres de la famille indépendantiste d’utiliser méthodiquement ce calendrier pour se rendre, ensemble, au rendez-vous électoral d’octobre 2022.

D’abord, je proposerai au Congrès du Parti québécois de 2017 d’inscrire clairement dans l’article 1 du programme :

« Le Parti québécois et ses partenaires indépendantistes demanderont aux électeurs, en octobre 2022, le mandat de réaliser l’indépendance du Québec au cours des quatre années suivantes. »

Je proposerai aussi qu’un gouvernement du Parti québécois élu en 2018 procède à une réforme consensuelle du mode de scrutin pour introduire, dès l’élection de 2022, l’élection proportionnelle mixte (soit environ 75 sièges de circonscription et 50 sièges de liste, pour se rapprocher de la réelle répartition des voix entre partis). Je dis consensuelle car le PQ, la CAQ, QS et ON peuvent s’entendre sur ce mode. La collaboration du PLQ serait souhaitable, mais son refus ne nous empêchera pas de procéder avec cette réforme nécessaire.

L’élection du chef du PQ se fera début octobre 2016. Si je suis choisi, je ferai en sorte que 2017, l’année du 150e anniversaire du Canada, soit une année de grande pédagogie sur les coûts historiques du fédéralisme. En tout respect pour le Canada et les Canadiens, je voudrai utiliser les commémorations pour illustrer concrètement comment le Québec fut systématiquement desservi, appauvri, marginalisé, par les décisions canadiennes, du début jusqu’à aujourd’hui.  Ce n’est pas la matière qui manque. Notre objectif doit être que les Québécois.e.s terminent l’année en se demandant si ce serait vraiment une bonne idée de re-signer le contrat canadien pour un autre 150 ans.

L’année 2017 sera aussi celle du Congrès du Parti québécois et, à l’été, de la première « Souveraine tournée », où des jeunes créateurs, chanteurs, humoristes indépendantistes iront partout au Québec à la rencontre de la jeunesse pour faire de l’animation politique, du recrutement et brancher l’indépendance sur les tendances de la jeunesse. Je voudrai rééditer cette « Souveraine tournée » chaque été.

L’année 2018 sera consacrée à Chasser les Libéraux, à parfaire notre organisation sur le terrain, à élargir notre coalition, pour obtenir la plus grande majorité possible à l’élection d’octobre 2018. J’ai indiqué, en privé et en public, que, si je suis chef, ma porte sera grande ouverte pour des discussions de parti à parti avec Québec Solidaire pour maximiser notre impact sur le terrain et s’entendre sur quelques propositions communes pour offrir aux Québécois.e.s un gouvernement progressiste en 2018.

Je proposerai qu’on élabore de concert un calendrier de discussion et de décision sur les éléments essentiels d’un Québec souverain entre 2018 et 2022. À titre d’exemple: on pourrait décider qu’à l’hiver 2019, le mouvement indépendantiste statue sur la monnaie d’un Québec souverain. Au printemps, sur la défense. À l’automne, sur Radio-Canada et le CRTC. À l’hiver 2020, sur la Voie maritime du Saint-Laurent, ainsi de suite jusqu’à ce qu’on se soit doté, début 2022, d’un programme et d’une feuille de route complets. Chaque étape serait l’occasion de discussion de fond, de rassemblement, puis de dissémination de cette information.

Je suis un communicateur. J’ai fait de la radio, de la télé, du journalisme écrit et tenu un blogue. Je crois qu’il faudrait, dès 2017, habituer les Québécois.e.s à entendre des messages radio et web chaque fois qu’une politique fédérale nous empêche de prendre une décision. Ottawa a le dernier mot dans la construction d’un pipeline sur notre territoire ? Qu’on illustre dans une pub radio/web le fait que seule l’indépendance nous permettrait de décider nous-mêmes. Que ce soit la monarchie anachronique, le scandaleux Sénat, le surfinancement fédéral des chantiers naval du Nouveau-Brunswick et l’abandon des nôtres, les cadeaux donnés aux chômeurs albertains que nos sans-emploi n’ont jamais obtenu, autant d’occasions de montrer, concrètement et simplement, que sans l’indépendance, on est perdants.

Cette campagne serait continue, de mon élection comme chef jusqu’en 2022 et au-delà.

2 – Comment financer une telle animation ?

Ma proposition de ne pas utiliser d’argent public pour faire la promotion de l’indépendance dans le mandat qui va de 2018 à 2022 est ferme. Elle est fondée sur plusieurs arguments. D’abord, la tolérance des électeurs pour l’utilisation de fonds publics pour autre chose que la promotion de programmes gouvernementaux ciblés et utiles (Rénovation, tabagisme, etc) est de plus en plus basse.  Ensuite, je veux enlever aux Libéraux et aux Caquistes tout argument qui pourrait les aider à garder des sièges de députés que nous voulons leur ravir. Plus la majorité péquiste sera grande en 2018, mieux ce sera pour l’avenir. La discussion ne doit donc pas porter sur notre utilisation, ou non, de fonds publics, mais bien sur l’incompétence des Libéraux d’abord, sur la faiblesse de l’équipe caquiste et de ses propositions, ensuite.

On pose souvent la question de la mise à jour des études sur l’indépendance. D’abord je rappelle qu’en 1994-1995, ces études ont été commandées et réalisées pendant les 14 mois qui ont séparé la prise du pouvoir par M. Parizeau et la tenue du référendum. Il n’est ni compliqué ni très couteux de les faire mettre à jour.

Surtout, notre militant désormais le plus célèbre, Pierre Karl Péladeau, s’est engagé à financer un instrument précieux, l’Institut de recherche sur l’autodétermination des peuples et les indépendances nationales (IRAI). De nouvelles études seront ainsi produites et rendues disponibles au cours des saisons qui viennent.

Mais cela ne règle pas notre problème de financement d’une campagne d’animation indépendantiste. Vrai, comme l’Idée fédérale et le Conseil pour l’unité canadienne pendant de longues années, il n’y a aucune raison de penser que l’Institut sur l’indépendance de Pierre Karl Péladeau ne sera pas traité équitablement d’ici peu à cet égard.

Pour financer la Souveraine Tournée, les campagnes de pub radio/web et les autres initiatives, je lancerai, dès fin 2016 début 2017, la plus grande campagne de souscription de l’histoire de notre mouvement. Je m’entourerai de personnalités fortes pour inviter les Québécois qui ont des poches un peu profondes à y puiser pour qu’on dispose d’un million de dollars par an pendant chacune des six années qui nous séparent de 2022. Un million par an pour l’indépendance, ça me semble à la fois ambitieux et réaliste, justement parce que nous avons un projet clair, un compte à rebours précis, un objectif mobilisateur.

3 – L’indispensable convergence

J’ai appuyé depuis le début la proposition de Pierre Karl et l’action de Véronique Hivon pour enclencher une réelle convergence entre le Parti québécois et les autres acteurs du mouvement souverainiste.

J’étais, auprès de Jacques Parizeau, celui qu’on surnommait « le conseiller de l’ouverture » et je fus le négociateur de M. Parizeau pour la conclusion de l’entente entre le PQ, l’ADQ de Mario Dumont et le Bloc Québécois de Lucien Bouchard pour une proposition référendaire commune.

J’estime donc qu’il faut construire, d’ici 2022, une coalition encore plus large et encore plus robuste que celle qui nous a conduit à un cheveu de l’indépendance en 1995.

Il est vrai que les travaux de la convergence étaient, jusqu’à la démission de Pierre Karl, axés vers un projet commun pour 2018. Mon élection à la direction du PQ modifierait le calendrier, c’est sûr.

J’espère pouvoir convaincre nos collègues de Québec Solidaire de centrer leur action, à nos côtés, pour Chasser les Libéraux en 2018. Mais il est probable que nos amis d’Option Nationale insistent pour présenter, en 2018, des candidats qui proposeront la tenue immédiate d’un référendum. S’ils gagnent une majorité parlementaire à l’élection de 2018, nous serons à leur côté pour les aider, ensuite, à réussir !

Mais s’ils perdent — ce qui n’est pas complètement impossible, convenons-en — et que le PQ forme la majorité parlementaire comme je le souhaite, alors la porte de la convergence leur sera toujours ouverte et nous pourrons travailler ensemble pour le rendez-vous de 2022. (Idem pour QS s’ils font ce choix.)

Dans un des premiers discours que j’avais écrit pour Jacques Parizeau en 1994, je lui avais fait dire que le mouvement indépendantiste était formé de beaucoup d’anciens fédéralistes et de gens de tous les horizons. Le pire réflexe était de faire passer des test de pureté indépendantiste, de rejeter la diversité des opinions.

« Que le dernier entré laisse la porte ouverte, s’il vous plaît » avait-il dit. Pour la convergence, comme pour le reste, c’est ma propre devise !

Vous êtes plutôt d’accord ?
Joignez-vous à ma campagne

Voici les propositions que j’ai mise de l’avant
depuis mon entrée dans la campagne, le 16 mai dernier.

Proposition #1: Chasser les libéraux. Réussir l’indépendance. Dans cet ordre.

Proposition #2: Immigration : Le chemin du succès

Proposition #3: Santé : Gel de l’enveloppe de rémunération des médecins

Proposition #4: Inégalités sociales : Un Québec riche de son équité

Proposition #5: Sièges sociaux : Miser sur la Caisse de dépôt et le développement régional

Proposition #6: Identité : La concordance culturelle

Proposition #7: Priorité PME : Moins de paperasse, plus d’entrepreneuriat

Proposition #8: Laïcité – une approche résolue et responsable

Proposition #9: Compte à rebours 2022 !

Proposition #10: Anticosti – Enfin sortir des faux-fuyants !

Proposition #11: Incarner la laïcité et l’ouverture

Proposition #12: Le pipeline Énergie Est: Pourquoi il faut dire Non et Non !

Proposition #13 : Pour un processus d’évaluation et de consultation « digne du 21e siècle »

Proposition #14 : Développement régional : rétablir les budgets et reconstruire les outils de développement dans le respect des régions

Proposition # 21: Pour une vraie culture de la culture au Québec

Proposition # 22: 8 propositions pour oser réussir la Métropole

Proposition # 23: L’information, un service essentiel