Fabrice Vil et l’indignation à géométrie variable

Qui a dit que nous ne sommes pas une société de débats ? La controverse que j’ai allumée en évoquant l’existence de vidéos militantes sur le racisme systémique recommandées par Télé-Québec aux profs et étudiants du secondaire ne s’éteint pas tout à fait. D’ailleurs, elles figurent toujours à l’offre du diffuseur public.

Pour Télé-Québec, les élèves de secondaire 1 à 5 suivant des cours d’éthique et culture religieuse, d’histoire, d’éducation à la citoyenneté et de monde contemporain sont invités à visionner des vidéo où ils apprennent que 1) les concepts de privilège blanc, d’appropriation culturelle et de racisme systémique sont des vérités et que 2) « on raconte que la décision d’annuler une consultation sur le racisme systémique parce que la majorité blanche trouve qu’il n’y a pas de problème ou que ce n’est pas une priorité serait en quelque sorte une manifestation du racisme systémique ».

Un des auteurs de la vidéo, Fabrice Vil, est estomaqué d’apprendre que des personnes qui, comme moi, ont contribué à l’annulation de la commission sur le racisme systémique, proposant à la place l’application immédiate d’une vingtaine de mesures anti-racistes, puissent sincèrement tirer de cette phrase la conclusion qu’on se fait ainsi traiter de racistes. Il l’écrit ce matin dans La Presse. Certain que cette conclusion est fautive, il m’accuse de propager ainsi une « fausse nouvelle». (On peut lire mon texte à ce sujet ici.)

M. Vil écrit aussi que « parce que l’humain est un grand mystère, nous sommes tous condamnés à l’incompréhension mutuelle ». Condamnés, le mot est fort. Mais je lui accorde que l’incompréhension fait ici partie du problème. C’est curieux, car M. Vil est de ceux qui nous invitent à faire très attention à ce qu’on dit (mot commençant en n, micro agressions, etc) et d’avancer à pas feutrés pour ne blesser personne.

Je ne doute pas de sa sincérité, seulement de la cohérence de sa pensée et de son action. Il me reproche dans son texte de ne pas avoir été complet dans l’information que j’ai donnée. J’aurais pu citer la phrase « on raconte » au complet. Ça se discute. Mais dans son texte précédent me rendant responsable des insultes proférés par des trolls intolérants envers une membre de son équipe, il a fait le choix conscient de ne pas informer ses lecteurs du fait que… j’avais immédiatement et vigoureusement dénoncé ces trolls.

Mais revenons à ce que j’estime être son incompréhension de l’accusation de racisme qu’il profère aux détracteurs du concept de racisme systémique. Le mieux est d’utiliser sa formule et de l’insérer dans un autre contexte.

Alors que pensez vous de ceci, dans une vidéo expliquant combien l’indépendance est une chose juste et bonne:

«On raconte que la défaite du Non au référendum de 1995, parce que les gens préfèrent rester au Canada ou que c’est un trop grand risque économique, est en quelque sorte une manifestation de racisme systémique envers les Québécois ».

Toute personne raisonnable pensera que la vidéo accuse les électeurs du Non d’être racistes. C’est complètement inacceptable. Le mot « systémique » ne change rien à l’affaire. Ni de dire que leur racisme n’est pas systématique et peut-être inconscient. Ce serait une insulte à l’intelligence des fédéralistes qui, je vous jure j’en connais, n’en manquent pas.

M. Vil semble penser que l’ajout du mot « systémique » neutralise la charge diffamatoire considérable portée par le mot racisme. Il a tort. Essayons autre chose:

« On raconte que le refus des tribunaux de condamner des Hells Angels à la prison, parce que la preuve est faible et que les délais sont trop longs, est en quelque sorte une manifestation de criminalité systémique.»

Toute personne raisonnable pensera que les juges viennent d’être accusés d’être eux-mêmes parties à la criminalité.

J’ajoute au passage que l’utilisation des formules « on raconte que » ou « des gens disent que » est détestable. Si on veut porter un jugement ou énoncer une affirmation, qu’on le fasse franchement, sans se cacher derrière les « on dits » souvent inventés par l’interlocuteur lui-même.

Finalement M. Vil, que je n’ai jamais rencontré mais que j’ai souvent écouté avec intérêt à la télé et à la radio, suggère que nous nous parlions de vive voix, suggestion que je lui avait transmise plus tôt par une connaissance commune. Alors évidemment c’est oui, cher Fabrice Vil. On s’est assez écrit ces jours derniers pour penser qu’on est dus pour une bonne jase.


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Prêts pour l’inégalité ?

Demandez au citoyen moyen de définir l’expression racisme systémique. Comprenant le mot racisme, il vous parlera d’inégalité :  des gens sont discriminés à cause de la couleur de leur peau. Comprenant le mot systémique il vous dira qu’il doit s’agir des rouages d’un système qui produit de l’inégalité. 

S’il avait raison, ce citoyen moyen, il suffirait de bien diagnostiquer quel article de loi, quel règlement ou protocole, quel aspect de la formation ou de l’organisation du travail produit un effet aussi détestable et le réparer.

(Une version légèrement écourtée de ce texte a été publié dans Le Devoir de samedi.)

Mais il a tort. Car la définition juridique du racisme systémique, bénie par la Cour suprême et appliquée par notre Commission des droits, n’est pas un appel à l’égalité de traitement. C’est au contraire un appel, assumé, à l’inégalité.

Le rapport Viens

Prenez le rapport du juge Viens sur la condition des autochtones au Québec. Contrairement à ce que vous pensez tous, chers lecteurs, il ne conclut nulle part que les institutions québécoises sont coupables de racisme systémique. Il fait exprès de choisir l’expression «discrimination systémique», à la charge symbolique beaucoup moins lourde. C’est déjà grave. La discrimination et le racisme sont cousins, pas synonymes. Le juge Viens dénonce avec raison l’absence de services envers des populations autochtones et réclame que ces lacunes soient corrigées. Il a bien vu, avant même le mépris raciste et probablement criminel dont fut victime Joyce Echaquan, que des pratiques racistes avaient lieu dans des établissements de santé.

Mais pour ce qui est du système, son diagnostic est nuancé. En «dépit de certains efforts d’adaptation et d’une volonté manifeste de favoriser l’égalité des chances », écrit-il, cela ne suffit pas. « Si les problèmes ne sont pas toujours érigés en système, une certitude se dégage: les structures et les processus en place font montre d’une absence de sensibilité évidente aux réalités sociales, géographiques et culturelles des peuples autochtones.» 

Le Rapport Viens est un appel à l’inégalité. Il propose des cliniques autochtones distinctes chaque fois que c’est possible. Il veut que les pratiques autochtones de guérison, de disposition du fœtus et du placenta, soient acceptées et intégrées dans les hôpitaux du service public. Il souhaite créer dans les hôpitaux des espaces culturellement sécuritaires spécifiques aux autochtones. Il propose que les règles limitant le nombre de visiteurs pour les malades soient élargies pour les patients autochtones. Osons le mot : il réclame des accommodements.

Vous me savez réfractaire aux accommodements religieux. Pourtant je suis favorable à ces propositions, puisqu’elles concernent des nations avec lesquelles nous partageons un territoire. Mais soyons rigoureux. Ce qui nous est demandé ici n’est pas de traiter également les citoyens de races différentes. Il nous est demandé, au nom de l’équité, de construire un système inégalitaire. D’ériger, en quelque sorte, un racisme systémique positif permanent.

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François Legault affirme que sa réticence à céder aux pressions multiples pour qu’il s’agenouille devant le concept de racisme systémique tient au caractère non fédérateur, divisif, du concept. Cette raison serait en soi suffisante. Si on veut échouer dans une nécessaire opération de large adhésion des Québécois à des mesures de lutte contre le racisme, la première chose à faire est d’adopter un concept qui braque, accuse, culpabilise. 

Racisme systémique, laîcité et inégalité

Mais cette raison ne doit pas être la seule. La définition juridique du racisme systémique pose problème. Elle suppose qu’on constate une discrimination d’un groupe minoritaire qui soit le résultat 1) de préjugés peut-être inconscients et 2)  des « politiques et pratiques généralement adoptées sans tenir compte des caractéristiques des membres du groupe visé».  Il n’est donc pas question de corriger la discrimination en établissant une égalité de traitement. Il faut au contraire que les politiques et pratiques soient ajustées en fonction du groupe visé. Et s’il y a plusieurs groupes, il doit y avoir plusieurs ajustements. La discrimination dont sont victimes les Québécois d’origine maghrébine n’a rien à voir avec celle subie par les autochtones.

On a noté que les membres des minorités sont sous-représentés parmi les cadres de la ville de Montréal. Notons que les blancs défavorisés de l’Est de Montréal y sont aussi sous-représentés. Mais, puisqu’ils ne sont pas une minorité protégée par les Chartes, ils n’ont pas accès au redressement offert par le concept de racisme systémique. Tant pis pour eux.

Je me permets un détour pour noter que la loi 21 sur la laïcité serait évidemment dans la mire du concept légal de racisme systémique. Il suppose en effet que lorsqu’on constate une discrimination visant une minorité et qu’une loi a un impact sur cette minorité, on déclenche l’alarme. Ce qui fait que lorsque l’État québécois a retiré des droits acquis aux catholiques et protestants dans la gestion de leurs écoles et de leurs hôpitaux, il ne s’exposait à aucun blâme car il agissait contre des religions majoritaires. Mais si son pas de plus visant l’interdiction de signes religieux en classe s’applique de façon disproportionnée à une minorité religieuse plus attachée à ces symboles religieux, cela devient ipso facto du racisme systémique. Fin de la parenthèse.

Valérie Plante a souscrit aux recommandations d’un récent rapport sur la question. Elle doit donc atteindre des cibles contraignantes pour correctement représenter cinq groupes: minorités visibles, ethnoculturelles (ni anglos ni francos), autochtones, femmes et personnes en situation de handicap. (Je m’étonne de l’absence des LGBTQ.) Elle n’a pas le droit d’y arriver « en moyenne». Non. Elle doit y arriver distinctement dans la ville-centre et dans chaque arrondissement et autant chez les employés que chez les professionnels et les cadres.

Rien ne dit qu’ensuite, des sous-groupes ne s’ajoutent à sa tâche. Les Noirs issus des Caraïbes ont des caractéristiques différentes de ceux venus d’Afrique ou des États-Unis. Et comment oser mettre dans une même catégorie Indiens et Pakistanais ? Je n’invente pas cette revendication, elle existe déjà.

Cela signifie qu’il faut assurer aux membres des minorités, non l’égalité des chances, mais l’égalité de résultats. C’est une garantie qu’on n’offre pas aux Québécois venant de milieux défavorisés ou aux membres des minorités invisibles, comme un belge ou un roumain francophone. Pour contrer une injustice, on en érige donc une autre. C’est fâcheux.  On doit pouvoir trouver mieux.

Comme moi, vous détestez le racisme. Comme moi, vous souhaitez des actions fortes. Mais soyez francs. Si vous étiez François Legault, mettriez-vous votre doigt dans l’engrenage du racisme systémique ?


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Non à la cyberintimidation et à la diffamation

La lettre publiée ce vendredi dans La Presse par les artisans du documentaire et des capsules vidéo Briser le code soulève plusieurs questions importantes qui méritent débat. Réglons d’abord les plus désagréables. J’ai critiqué le fait que les capsules portant sur le racisme systémique et le privilège blanc (j’aurais pu ajouter celles sur l’appropriation culturelle et les micro-agressions) soient recommandées aux professeurs du secondaire par la section pédagogique de Télé-Québec. Le diffuseur a acquis au fil des ans une crédibilité considérable dans le domaine de l’éducation. L’imprimatur qu’il donne ainsi à ces vidéos militantes et à leur utilisation en classe est pour le moins troublante.

(on peut lire la lettre ici. Ce texte est aussi publié dans LaPresse+.)

Les auteurs de la lettre affirment qu’il n’appartient pas au parti au pouvoir de décider des contenus pédagogiques. Exact. Mais cela n’appartient pas non plus aux groupes militants. La question reste posée : qui, à Télé-Québec, a validé le choix pédagogique de présenter comme vérités aux étudiants des concepts qui font débat, sans contrepartie ?

Un visionnement attentif de la vidéo sur le racisme systémique aurait dû faire sonner une cloche. On y affirme que ceux qui se sont opposés à une consultation sur le racisme systémique sont… racistes. Chef du Parti québécois à l’époque j’étais parmi les opposants à cette consultation et proposais à la place avec insistance l’application immédiate de 20 mesures anti-racistes.

Les auteurs des vidéos, qui appellent dans leur lettre à «une plus grande cohésion sociale», ont-ils estimé que cette diffamation des participants à un débat légitime est une bonne façon d’y arriver ? Surtout, comment les responsables de Télé-Québec ont-ils jugé qu’il y avait là un exemple de débat respectueux à donner à nos ados. Vous n’êtes pas d’accord avec l’autre ? Traitez-le de raciste !

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Notez, avoir su que Télé-Québec acceptait de relayer pour les écoles des contenus militants, j’aurais produit des vidéos éducatives faisant la promotion de l’indépendance du Québec, dénonçant le privilège anglophone, les micro-agressions subies par les clients francophones sur la Catherine Ouest et l’immense appropriation culturelle qu’a constitué le rapt, par le Canada, de notre hymne nationaliste Ô Canada et de la feuille d’érable. Mais je m’égare.

Plusieurs catégories d’acteurs ?

Les auteurs souhaitent me rendre personnellement responsable de la cyberintimidation dont fut victime Maïté Saganash sur les réseaux sociaux depuis que j’ai attiré l’attention sur une vidéo dont elle est la principale protagoniste. J’aurais le tort d’avoir illustré mon tweet d’une capture d’écran où on la voit avec le titre de la capsule. J’ai aussi fait un renvoi vers la vidéo et noté que « si on extrait le prêche pour le dogme du #racismesystémique la vidéo, écrite par @judithlussier, présente un excellent portrait de la discrimination raciale au Québec et de la nécessité de la combattre.» Mme Lussier m’a d’ailleurs remercié sur Facebook pour la publicité que j’ai ainsi procurée à la vidéo, lui permettant une plus grande diffusion. Je lui ai répondu que tout le plaisir était pour moi.

La violence qui a cours sur les réseaux sociaux est une des plaies de notre époque. Tous ceux qui participent au débat public en font les frais quotidiennement. Les signataires ont choisi d’omettre dans leur missive le fait que, dès que j’en ai été informé, j’ai immédiatement dénoncé ces attaques sur les réseaux, dans ces termes : « On m’informe que des trolls haineux s’en prennent à @MaiteeSaganash, que j’ai en haute estime. C’est complètement inacceptable. Je ne les vois pas sur mon fil, même s’ils me taguent, car je bloque les personnes haineuses et vulgaires. Je vous invite tous à faire de même.»

Les auteurs écrivent que « les personnalités publiques et médiatiques doivent savoir que leurs propos peuvent susciter de violentes réactions, particulièrement envers les personnes issues de groupes marginalisés ». Ils ajoutent : « Les attaques dirigées à l’endroit de Mme Labrecque-Saganash sont un exemple de ce phénomène auquel participe la classe politique même sans en avoir l’intention explicite.»

Je comprends de ces remarques qu’au sein du débat public, il devrait y avoir plusieurs catégories d’acteurs. Les porte-parole issus des groupes marginalisés devraient ainsi être préventivement protégés des trolls. Donc, ces porte-parole peuvent choisir d’apparaître dans des vidéos et des documentaires, dans des assemblées et dans des débats publics, mais leur image ne devrait pas être insérée dans un texte critique. Je suppose qu’on pourrait  l’utiliser par contre dans un texte élogieux. Merci de m’envoyer le mode d’emploi.

En tant qu’homme blanc hétérosexuel nationaliste et ancien chef de parti, je suis la cible quotidienne d’accusations de toutes sortes, y compris ces derniers jours de la mouvance militante que représentent les auteurs de la lettre. On me traite de suprémaciste blanc et on me dit de me fermer la gueule. Avec mes amis souverainistes, j’ai été qualifié de nazi, bien sûr, mais aussi de zombie et de vampire, et ce dans les pages du Globe and Mail. J’étais, au Métropolis le 4 septembre 2012, parmi ceux que Richard Henry Bain souhaitait assassiner.

Qu’en conclure ? Que tous les participants au débat public, surtout ceux qui souhaitent opérer un changement social qui dérange – l’anti-racisme, le féminisme, les droits trans et LGTBQ+, la lutte pour le respect du français et, oui, l’indépendance du Québec – seront ciblés par les excités, les haineux, les intolérants. C’est pire pour ceux et celles qui cumulent les combats. Maïté est à la fois femme, autochtone et indépendantiste. Si elle choisit de prêter son intelligence, son image et sa voix à une cause controversée, et je salue son courage de le faire, j’estime qu’il ne faut pas la diminuer en plaidant pour qu’elle soit soustraite au débat. Il faut au contraire la défendre trois fois plus fort.  


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Vidéo de Télé-Québec sur le racisme systémique: la saga twitter

Ma découverte, sur le site pédagogique de Télé-Québec, d’une vidéo destinée aux élèves et faisant la promotion du concept de racisme systémique a fait chauffer la twittosphère, y compris dans un échange de fin de soirée avec mon collègue et ami Patrick Lagacé.

J’ai pensé vous faire profiter de ce débat en le remettant en ordre ici, surtout pour tous ceux qui ne vont jamais sur twitter ce qui, franchement, est une assez bonne décision de votre part.

Je le reprends au début avec mes tweets d’origine:

Si vous êtes intéressés à voir la vidéo, elle est ici.

La question a été soulevée à l’Assemblée nationale, la ministre responsable de Télé-Québec, Nathalie Roy, s’est dissociée de la vidéo mais a choisi de ne pas faire d’intervention auprès du diffuseur. QS a défendu la décision de TQ. Le PQ l’a critiquée. Télé-Québec a défendu son choix.

S’en est suivi plusieurs discussions croisées sur le thème même du racisme systémique – donc sur le fond – et sur le fait qu’il s’agisse de vidéos éducatives destinés aux ados.

Mercredi soir, Patrick a produit cette enfilade:

Ce à quoi j’ai répondu ceci (avec des fautes, grrrr)

Note: Ça continue après la pub !

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Puis on s’est mis à échanger:

Ça s’est terminé là. Il était tard. Il y a eu aussi ce commentaire:

Un autre échange, avec un médecin.

Sur le fond des choses, il y a eu cet échange avec un médecin. Ça commence raide, mais lisez jusqu’au bout…

Pour lire le texte auquel je fais référence, c’est ici.

Pour lire le texte cité plus haut, c’est ici.

Ça s’est terminé comme ça.


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Une semaine au pays du racisme systémique

Commencez-vous à y prendre goût, chers lecteurs, à la grande série politique de la décennie Voyage dans le labyrinthe du racisme systémique ?

Le dernier épisode se déroule à l’Université d’Ottawa. L’établissement est évidemment coupable, a priori, de racisme systémique puisque le premier ministre, Justin Trudeau, a déclaré que toutes les institutions du pays en étaient infectées. Le recteur du lieu, Jacques Frémont, est d’accord. Il nous informe que « les membres des groupes dominants n’ont tout simplement pas la légitimité pour décider ce qui constitue une micro-agression ».

(Cet article a d’abord été publié dans Le Devoir du samedi.)

Cette déclaration est capitale pour la compréhension de l’intrigue. Les « groupes dominants » sont, de toute évidence, les Blancs. Si on était en Afrique ou dans un État majoritairement noir du sud des États-Unis, on pourrait imaginer une conclusion satisfaisante : les Noirs, majoritaires, finissent par renverser la classe dominante minoritaire et par prendre leur juste place au pouvoir, transformant la situation.

Cette voie de sortie n’est pas possible à l’Université d’Ottawa ni dans aucune institution du secteur public canadien ou québécois. Malgré une progression forte de la proportion de minorités visibles au Canada ces dernières décennies, la « classe dominante » blanche forme toujours 80 % de la population, plus encore au Québec. C’est fâcheux. Cela fait beaucoup de monde à n’avoir aucune légitimité pour déterminer ce qui est acceptable ou inacceptable dans le débat universitaire, ou ce qui constitue une injustice raciale.

La volonté de faire reculer le racisme et ses nombreuses manifestations est très répandue au Canada et au Québec. Pour les réformistes antiracistes pragmatiques, dont je suis, le concept du racisme systémique pose un problème de fond. Au moment de se relever les manches et de multiplier les actions réparatrices, on cherche à savoir à partir de quel critère, de quelle balise, on pourra observer que des avancées significatives ont été accomplies, à partir de quel moment on pourra déclarer victoire. La réponse du concept de racisme systémique est : jamais.

Aucun gestionnaire blanc, aucun conseil d’administration ou gouvernement majoritairement blanc, aucun électorat majoritairement blanc n’aura de légitimité pour constater un progrès. Dans l’univers du racisme systémique, ils sont le problème. Tant qu’ils sont majoritaires, ils dominent. Même une juste représentation des minorités visibles — souhaitable — dans tous les lieux de pouvoir et dans toutes les manifestations culturelles n’arrivera pas à terrasser le problème racial central du pays : l’existence d’une majorité de Blancs. On aura beau les culpabiliser, les infantiliser, les rééduquer, leur présence même fait tache. Ils sont le système.

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Si on nous parlait de racisme structurel, on pourrait démonter telle ou telle structure pour trouver le rouage, l’équation, l’algorithme qui induisent le racisme, puis le réparer. Idem si on nous parlait de racisme institutionnel. Il s’agirait de faire un diagnostic de l’institution suspectée pour trouver quelle formation, quel biais à l’embauche ou à la promotion nécessitent un redressement. En prêtant évidemment une attention centrale au vécu et aux témoignages des minorités visées, toutes les personnes compétentes de bonne volonté, y compris, oui, les blanches, auraient la légitimité requise pour inventer les remèdes.

Malheureusement, le mal étant systémique, le virus étant présent dans chaque pore de notre organisme social, et cela, depuis qu’on a mis le pied sur un continent habité par d’autres, nous sommes face à un problème insoluble. Les tenants du racisme systémique veulent nous faire entrer dans un labyrinthe sans issue.

Entre sociaux-démocrates, on a longtemps pensé que notre tâche principale était de corriger les inégalités que la vie impose à certains citoyens — pauvreté, handicap, immigration récente, discrimination raciale ou de genre — en corrigeant l’échelle de l’égalité des chances. Leur rendre, à eux, l’éducation plus accessible. Financer le logement social et abordable. Aider toutes les familles pauvres de cent façons différentes. Aborder globalement le problème de l’itinérance. Les Autochtones formant des nations, leur situation a toujours requis une approche distincte. Nous avons adopté des mesures d’accélération de l’accès à l’égalité pour les femmes et il est certain qu’il faut en adopter davantage encore pour les minorités visibles.

Sur le continent, malgré mille écueils et imperfections, les Québécois forment la nation qui a le mieux assuré, jusqu’ici, une plus grande égalité des chances. Elle l’a fait en mobilisant positivement toutes les forces de progrès. Elle l’a fait en évitant la culpabilisation, le dogmatisme et le jusqu’au-boutisme. Surtout, elle l’a fait en résistant à ceux qui, presque à chaque étape de son existence, ont remis en cause sa légitimité. Hors de l’église orwellienne du racisme systémique, elle est aujourd’hui appelée à faire la démonstration que sa méthode est la bonne pour faire reculer l’injustice et le racisme.

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Les déconvenues d’un antiraciste

En appui à nos 20 mesures contre le racisme et la discrimination, avec Maka Kotto et des représentants de communautés noire, nord-africaine et hispanique.

J’ai entendu ce jeudi à l’émission Tout un matin de Radio-Canada la chroniqueuse du Devoir, Émilie Nicolas, fondatrice d’un Québec inclusif, me prendre à partie. Elle a décrété que sur les questions de racisme, je ne faisais « pas partie de la solution », puisque je m’étais opposé à la tenue d’une consultation nationale sur le racisme systémique. J’estimais en effet que cette consultation allait être instrumentalisée par les libéraux et leurs alliés pour en faire une croisade anti-laïcité et serait contre-productive. Je proposais à la place l’application immédiate de nombreuses mesures antiracistes. Le hasard faisant bien les choses, c’était le sujet de ma balado de la semaine. Voici le texte, dont Le Devoir a publié une version plus courte ce samedi..

Il est certain que la tâche de rédaction de discours de premiers ministres est parfois ardue, contraignante, répétitive. Mais lorsqu’on est à la fois conseiller et rédacteur, cela vous donne un réel avantage. Celui d’insérer, au détour d’une phrase ou d’un développement, une proposition que vous aviez évoquée lors de discussions antérieures, mais qui n’avait été ni complètement reçue ni complètement rejetée.

En 1999, j’étais très choqué de l’absolue sous-représentation des minorités visibles parmi les employés de l’État. Pour les seules minorités visibles, dont les noirs et les nord-africains, leur nombre devrait atteindre 10% des salariés pour refléter la réalité sociale. En 1999 il n’y en avait même pas, si je me souviens bien, 2%.

Depuis l’arrivée au pouvoir du PQ en 1994, avec un climat économique maussade et la recherche du déficit zéro, l’État avait très peu embauché. Mais en 1999, on ouvrait enfin les vannes et il me semblait que le moment était venu.

Dans un des discours préparé pour le premier ministre Lucien Bouchard, j’ai décidé de frapper un grand coup. D’habitude, on se contente de fixer des objectifs, plus ou moins lointains, pour combler ce type de retard. Mais j’ai toujours détesté ces propositions en eau de vaisselle. Je cherche du concret.

J’ai donc inséré dans le texte du premier ministre que le Québec allait consacrer 25% de toutes les nouvelles embauches à des membres des minorités. À ce rythme, on devrait atteindre la cible en quelques années seulement. J’attendais la réaction.

Lorsque M. Bouchard a vu la proposition, il était enthousiaste. Pourquoi pas 50% m’a-t-il demandé ? Je sais qu’il y a une réelle difficulté de recrutement, surtout en région et à Québec, de membres des minorités, concentrés à Montréal. Un nouvel employé sur quatre serait déjà une tâche herculéenne. J’ai suggéré de commencer par 25% puis de voir si on pouvait pousser la machine davantage un an ou deux plus tard.

Le ministre responsable de ces questions, Robert Perreault, était aux anges. Il n’avait pas osé en demander autant. Il a préparé, pour adoption dès l’année suivante, une loi sur l’accès à l’égalité en emploi dans la fonction publique.

J’ai quitté mes fonctions au gouvernement à l’automne 1999 avec le sentiment d’avoir posé un bon geste. Dans les années suivantes, comme citoyen, j’étais un peu curieux de constater que, sous le gouvernement Charest, les chiffres bougeaient assez peu. C’était ma première déconvenue.

Personne n’est imputable. Comment y remédier ?

Devenu député et ministre à l’automne 2012, notamment responsable de Montréal, j’ai été estomaqué de constater que notre engagement pris 13 ans plus tôt n’avait aucunement été respecté. La proportion de membres des minorités visibles n’était que de 2,9%, une progression insignifiante sur la période. En comparaison, lorsque le gouvernement a décidé que les conseils d’administration des organismes d’État devraient compter autant de femmes que d’hommes, l’objectif fut atteint en moins de cinq ans. Pourquoi ? Parce que le conseil des ministres fait un suivi hebdomadaire de cette progression, au moment de décider des nominations.

Que s’était-il passé, en 13 ans, pour que le vœu formulé en 1999 ait donné si peu de résultats? Les rapports publiés tous les trois ans par la Commission des droits de la personne sur le sujet donnent la réponse :

Je cite : « il n’y a aucune disposition précise dans la Loi reliée à l’imputabilité des organismes publics, l’engagement de la haute direction ou de leurs dirigeants et l’atteinte des résultats du programme ». Bref, la loi n’a pas de dents. Il n’y a aucune obligation de résultat.

Il fallait y remédier. Avec la ministre de l’Immigration Diane de Courcy, j’allais insérer cette proposition dans notre offre électorale de 2014 : faire de l’atteinte des cibles d’embauche de minorités une obligation, en en rendant imputable les directions des ressources humaines et les responsables de ministères et d’organismes. C’était le principe. J’avais une petite idée de la manière de procéder : lier les primes existantes de rendement et l’avancement de ces cadres à l’atteinte de cibles précises. Il n’y a rien de plus motivant.

Comme ministre des Relations internationales, je disposais d’un autre levier pour améliorer la condition d’une partie des minorités visibles. Nous venions de terminer de négocier plus de 70 ententes de reconnaissance de compétences professionnelles avec la France. Cela avait un impact rétroactif sur les Français installés chez nous. Grâce à une des ententes, plusieurs centaines d’infirmières françaises implantées au Québec obtiendraient un relèvement de leur statut, donc de leur salaire.

Or le groupe de Québécois issus de l’immigration où l’on trouve le plus de diplômés se trouve chez les Nord-africains. Négocier avec la Tunisie, l’Algérie et le Maroc des ententes de reconnaissance de diplômes ou de compétences aurait donc des impacts concrets positifs et rétroactifs sur des milliers de ces Québécois d’adoption. Début 2014, nous avons donc contacté ces trois pays pour ouvrir la démarche.

Malheureusement nous avons perdu l’élection de septembre 2014 et avons constaté que le gouvernement libéral de Philippe Couillard n’avait aucun intérêt pour nos propositions et ne faisait aucun suivi de nos contacts avec l’Afrique du Nord. C’était ma deuxième déconvenue.

Je ne veux pas noircir le tableau.  Certaines actions ont eu des impacts réels. Lorsque des milliers de réfugiés du séisme haïtien étaient menacés de déportation par Ottawa, nous avons réussi à prolonger leur séjour et à leur offrir des certificats de sélection. J’ai été très touché par l’expression de la reconnaissance de la communauté haïtienne à mon endroit, notamment pour avoir joué un rôle dans la réalisation de la Maison d’Haïti dans le quartier Saint-Michel.


La bande annonce d’une récente balado:

Il voulait être le Premier ministre de l’économie. Il est le Premier ministre de la pandémie. Ce qui complique ses chances d’être réélu en 2022. Ma balado de la semaine.

On s’abonne ici.


Un moment de solidarité qu’il fallait saisir

J’ai évidemment réintroduit mes propositions antiracistes, et de nouvelles, dans le programme de ma campagne au leadership. Devenu chef en octobre 2016, nous étions en train de les intégrer dans le programme du parti lorsqu’est survenue, en février 2017, l’attentat à la mosquée de Québec.

Il nous a semblé qu’il fallait saisir l’occasion de l’énorme solidarité entourant cet attentat pour faire progresser le Québec sur la voie d’une plus grande égalité raciale.

Comme d’habitude, je ne voulais pas m’en tenir à des déclarations de principe mais proposer des mesures concrètes, qui allaient avoir un impact réel et mesurable sur la condition de vie des minorités visibles au Québec.

En rassemblant les propositions des uns et des autres et en consultant des experts des communautés, nous avons publié dès mars 2017 – 20 propositions qui avaient pour objectif de lever les obstacles à l’égalité notamment en emploi, dans le public et le privé, en reconnaissance des diplômes, en logement.

Mon pupitre de chef de l’opposition était à trois mètres de celui du Premier ministre. À répétition, je me suis levé pour lui demander d’adopter certaines de ces mesures. Je les prenais une par une. Pourquoi pas des CV anonymes, adoptées au Royaume-Uni et à Ottawa, qui, sans la faire disparaître, réduit la discrimination à l’embauche ? Il était contre.

Pourquoi ne pas faire comme en Ontario et interdire le critère de travail antérieur obligatoire au Canada pour obtenir un emploi ? Cela ne l’intéressait pas.

Pourquoi ne pas relancer les négociations d’équivalence des diplômes avec les pays d’Afrique du Nord ? Il ne savait pas de quoi je parlais.

Nous avons déposé des motions, ils ont voté contre. Nous en avons fait des amendements à un de leur projet de loi. Ils ont refusé. Nous avons déposé à l’automne 2017 notre propre projet de loi regroupant les 20 mesures. Ils ne l’ont évidemment jamais appelé pour débat.

Vous allez peut-être me trouver naïf, mais j’estimais que le Parti libéral, qui se dit le parti des minorités, allait saisir nos propositions pour se les attribuer et les faire siennes. J’ai été sidéré par le peu d’intérêt qu’elles suscitaient chez eux.

Comment tétaniser les racistes ?

Je n’ai pas encore évoqué une autre proposition qui nous a donné du fil à retordre. Comment changer le comportement de patrons racistes qui refusent d’embaucher des membres de minorités visibles ou de propriétaires racistes qui ne veulent pas louer à des noirs ?

Je sortais de l’étude du nouveau projet de loi de lutte au tabagisme. Et j’avais vu ce que constitue un mécanisme efficace de dissuasion. Le ministère de la santé embauche chaque année des jeunes de 16 et 17 ans et les envoie acheter des cigarettes dans les dépanneurs. Il est évidemment illégal de leur en vendre. Les amendes imposées aux dépanneurs pris en flagrant délit de vente aux mineurs sont salées – minimum 2500 $ pour une première infraction. De 5000 à 250 000 $ pour les récidivistes. Croyez-moi, ils sont tétanisés par ce risque.

Émilie Nicolas, fondatrice d’un Québec inclusif. À mon sujet, elle a déclaré que je ne fais « pas partie de la solution » dans la lutte contre le racisme. À mon humble avis, voilà un jugement assez peu inclusif.

Pourquoi ne pas tétaniser les employeurs et les propriétaires racistes ? J’ai donc mis dans les 20 propositions l’idée d’avoir des inspecteurs issus des minorités visibles qui iraient « tester » les pratiques d’employeurs et de propriétaires. La méthode est simple : on envoie à quelques heures d’intervalle un noir et un blanc du même âge, avec le même revenu et le même CV, habillés de façon semblable, et on prend note des réactions. À la clé : d’abord un avertissement, ensuite une amende, qui devient plus salée lorsque récidive.

Si vous saviez le ressac que la proposition a suscitée ! J’ai participé à une ligne ouverte sur une radio de Québec. Tous les participants étaient contre, sauf un. J’ai reçu des courriels outrés. Sur les réseaux sociaux, les internautes habituels de la CAQ ont dénoncé la proposition, espérant sans doute qu’elle allait nous nuire électoralement. Nous n’avons pas reculé, mais disons que cela s’est ajouté à ma liste de déconvenues.

Je note que le chef par interim du PQ, Pascal Bérubé, a encore tenté de faire inscrire certaines de ces mesures dans un des projets de loi du ministre Jolin-Barette, sans succès. (Mise à jour: ces propositions du PQ ont été réitérées au comité de ministres de la CAQ sur le racisme qui ont pour l’essentiel refusé de les intégrer à leur plan d’action, très malheureusement).

Encore une fois, je ne veux pas noircir le tableau. Au sein du Parti québécois, j’avais réussi à augmenter considérablement le nombre de délégués des minorités lors du Congrès de 2017 et avais atteint mon objectif d’avoir, au sein des employés de mon cabinet, une représentation équitable (plus que 10%). Je m’étais adjoint une conseillère spéciale sur ces questions, l’infatigable Evelyne Abitbol. Et lors d’un Conseil national, les militants n’avaient rejeté l’idée de quota de minorités dans les instances du parti qu’à la demande pressante d’une de nos étoiles montantes, d’origine haïtienne. Toutes nos autres propositions, dont celles générées par Paul Saint-Pierre-Plamondon, contre la discrimination et le racisme ont suscité une grande adhésion.

Ces jours-ci on entend le premier ministre François Legault et la chef du Parti libéral Dominique Anglade, parler en termes très généraux de la nécessité de faire davantage contre le racisme et la discrimination.

Les journalistes demandent des précisions. Quoi, par exemple ? Ils n’en ont pas la moindre idée. Ou plutôt oui. Poussée dans ses retranchements par Paul Arcand à la radio, Mme Anglade a dit : « il y a peut-être quelque chose à faire avec les CV. »

Vous me direz : « Mieux vaut tard que jamais ! » Certes. Mais je me demande bien où elle a pu entendre ça !


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L’étrange racisme non-systémique des Québécois (texte)

La ville de Montréal examine notre racisme systémique. J’ai des données à leur fournir !

C’est un mystère. Je parle de la relation entre les Québécois et « les races ». Un mystère sur lequel se penchera sous peu la ville de Montréal qui organise des consultations sur le racisme et la discrimination systémique pendant ce beau moi de mai.


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Québec Solidaire, aussi, créera sous peu un Collectif antiraciste décolonial dont une des co-porte-paroles est Eve Torrès. Vous savez, la dame qui avait fait une blague anti-coloniale au moment de l’incendie de Notre-Dame-de-Paris. Elle affirmait qu’Allah avait voulu se venger des Français qui ont interdit le port de signes religieux par les employés de l’État il y a… 100 ans. Disons qu’elle n’a pas mis beaucoup de rieurs de son côté. Eh bien oui, Mme Torrès va nous enseigner comment les Québécois, qui sont devenus contre leur gré une colonie britannique, sont devenus des colonialistes systémiquement racistes. J’ai hâte d’entendre les blagues de Mme Torrès sur ce sujet tordant.

Feu le gouvernement Couillard avait aussi voulu se lancer dans une consultation sur le racisme systémique, avec l’appui de gens de bonne volonté bien sûr, mais aussi de Québec solidaire et de quelques organisations issues de l’Islam politique voulant restreindre le droit des Québécois à critiquer les religions, ce qui était moins vendeur.

Cela n’avait pas marché. J’en prends une partie du crédit car j’avais fermement dénoncé, au nom du PQ, cette volonté de faire un procès aux Québécois. À mon avis, ces consultations ne font que raviver les tensions au lieu de trouver de vraies solutions pour faire reculer le racisme et la discrimination présents au Québec comme partout ailleurs.

Je préférais proposer 20 mesures d’application immédiate pour assurer une meilleure intégration des minorités au travail, au logement et dans l’État. Je n’ai jamais compris pourquoi le gouvernement libéral n’a pas voulu les appliquer.

Je reproche aujourd’hui au gouvernement Legault d’être complètement sourd aux problèmes réels de discrimination raciale au Québec. Notre volonté, au Parti Québécois, était d’agir simultanément pour la laïcité et contre la discrimination et le racisme. Ce sont les deux faces du même combat pour le vivre-ensemble.

Le mystère québécois

Mais pourquoi est-ce que je parle de mystère ? Parce que d’une part, les Québécois sont, de tous les Canadiens et Nord-américains, les plus fervents défenseurs de la laïcité de l’État, même si cela heurte des minorités visibles.

Et pourtant, dans les sondages, les Québécois sont les plus ouverts à l’immigration et aux minorités visibles.

Vous ne me croyez pas ?

À la mi-avril, pas il y a deux ans, là, à la mi-avril, un sondage Ekos a posé aux Canadiens et Canadienne la questions suivante:

« Parmi les les immigrants qui arrivent, diriez vous qu’il y a trop peu, trop, ou la bonne quantité de membres des minorités visibles ? »

Vous me croirez si vous voulez, mais 40% des Canadiens ont dit qu’il y en avait trop, de ces non-blancs qui arrivent au pays de Trudeau. En Ontario, ils étaient 46% à le penser. En Alberta, 56%. Oui madame, 56% des Albertains trouvent que trop de non-blancs arrivent au pays chaque année.

Et c’est grave ça, monsieur. Les analystes de la maison de sondage Ekos affirment que cette attitude de « discrimination raciale » devient de plus en plus forte au Canada et est un indicateur de la montée de ce qu’ils appellent le « populisme autoritaire ».

Alors. Normalement, ce devrait être bien pire au Québec. Nous qui sommes à l’avant garde, selon les gazettes anglophones, de la xénophobie planétaire.

C’est là que réside le mystère. Car seulement 30% des Québécois pensent qu’il y a trop de minorités visibles chez les immigrants. Dans le palmarès canadien de la discrimination raciale, nous sommes à la cave ! Loin derrière les Albertains et les Ontariens. Derrière même la Colombie Britannique !

En plus, 13% d’entre nous pensons qu’il n’y a pas suffisamment de membres des minorités visibles parmi les immigrants. C’est fou ! Seuls nos voisins des provinces maritimes nous battent dans la course à l’ouverture aux autres.

L’aspect le plus étonnant de ce sondage est qu »on a demandé aux minorités visibles elles-mêmes si elles estimaient qu’il y avait trop de non-blancs parmi les nouveaux immigrants. Elles le pensent. Concentrez-vous pour ce chiffre: 43% des non-blancs trouvent que ça suffit d’avoir tous ces non-blancs chez les immigrants. Ils sont plus fermés à la différence que les Québécois. J’espère qu’il y aura un chapitre sur ce phénomène étonnant dans le rapport de la consultation montréalaise sur le racisme systémique. Je propose ce titre: « Les Québécois sont plus ouverts aux immigrants racisés que les immigrants racisés eux-mêmes. »

J’attends avec impatience le commentaire d’Ève Torres.

On pourrait penser que tous les résultats dont je viens de parler sont une erreur. Vous savez, quand on dit qu’un sondage a raison 19 fois sur 20. Ben celui-ci doit être le 20ème, celui qui se trompe. Les Québécois ne peuvent pas être moins racistes que les Canadiens, non ?

Ce qui est troublant, c’est cet autre sondage publié fin avril par Environics dans le Globe and Mail. Pas il y a deux ans, là, fin avril !

À la question « Y a-t-il trop d’immigrants » les Québécois ont certes dit oui à 31%, mais c’est moins que la moyenne des canadiens (34%), moins que les Ontariens (35%) ou que les prairies (39%) et l’Alberta (44%).

Les réfugiés imposent-ils un grand poids sur nos services sociaux ? Les Québécois disent oui à 43%, moins que les Canadiens à 46%, les Ontariens et les Albertains à 50%. Pourtant la moitié des réfugiés sont arrivés au Québec.

Interrogés à savoir si les immigrants commettent plus de crimes que les autres citoyens (ce qui est faux), les Québécois sont 18% à dire oui, contre 20% des Ontariens, 21% des Canadiens et 34% des Albertains.

L’arrivée de ces immigrants fait-il du Canada un endroit meilleur ou pire ? Seuls 7% des Québécois disent « pire », contre 15% des Canadiens, 16% des Ontariens et 26% des Albertains.

Les Québécois se distinguent sur un point. Les valeurs. À 56%, ils sont plus nombreux que les autres Canadiens (51%, tout de même) à se plaindre que trop d’immigrants n’acceptent pas les valeurs du pays d’accueil. Les Québécois y tiennent. Ce n’est pas du racisme, c’est de la volonté d’intégration.

Oui mais, le Québec n’est-il pas le lieu de la montée des meutes et du nationalisme blanc ?

Ce qui est troublant c’est cet autre sondage réalisé en mars,pas il y a deux ans, là, en mars juste après l’attaque sur la mosquée de Nouvelle-Zélande par un suprémaciste blanc. L’Association des études canadiennes a voulu savoir si les Canadiens pensaient que les groupes haineux sont devenus ces dernières années une menace plus grave ?

Eh bien la moyenne des Canadiens était moins préoccupés par la question que les Québécois. Donc, de tous les Canadiens, les Québécois sont, avec cette fois-ci les gens de Colombie-Britannique, les plus nombreux à s’inquiéter de la menace des groupes haineux. C’est fort, non ?

Les opinions et les actes

Mais laissons de côté les opinions et parlons des actes racistes. Les chiffres les plus récents sur les crimes haineux répertoriés par Statistiques Canada datent de 2017, l’année de la tuerie à la mosquée de Québec.

C’était une année de forte augmentation de crimes haineux partout au Canada. Statistiques Canada comptabilise les crimes suivants:

  • l’encouragement au génocide;
  • l’incitation publique à la haine;
  • la fomentation volontaire de la haine;
  • le méfait motivé par la haine à l’égard d’un bien utilisé par un groupe identifiable.

Chaque crime haineux est un crime de trop. Mais même en cette année trouble 2017, et même en ajustant pour la grosseur de la population, il y a eu au delà de deux fois plus de crimes haineux en Ontario, qu’on nous présente comme l’étalon-or du multiculturalisme, qu’au Québec. Au delà de deux fois plus.

Les actes anti-musulmans ont augmenté et il faut le dénoncer sans arrêt. Les actes anti-sémites aussi. Le B’nai Brith vient tout juste de rendre public son audit 2018 des gestes anti-sémites au Canada.

On constate que les menaces anti-sémites verbales ou sur internet sont nettement plus élevées au Québec qu’en Ontario, ce qui est inacceptable. Mais pour la violence elle-même, le passage à l’acte comme le vandalisme ou l’agression physique, on en compte au delà de deux fois plus en Ontario qu’au Québec. C’est quand même étrange.

Qu’en conclure ?

On peut en tirer quelques grandes conclusions. D’abord que le multiculturalisme à la Trudeau père et fils et saint-esprit n’empêche pas le reste du Canada d’être à plusieurs égards moins ouvert à la diversité que le Québec. Je répète: moins ouvert à la diversité que le Québec.

Je ne suis pas de ceux qui disent que le racisme systémique n’existe nulle part dans nos institutions et traditions, ici comme partout sur la planète. Je crois plus utile d’agir pour le faire reculer que de constamment examiner le bobo.

Mais j’invite ses partisans à accepter ce grand constat. Les Québécois en grande majorité n’ont pas d’aversion systémique envers l’immigration et la diversité.

Surtout, le racisme n’est pas le moteur de la volonté québécoise d’interdire les signes religieux. Si c’était le cas, et puisque plusieurs indicateurs montrent qu’il y a davantage de racisme au Canada qu’au Québec, c’est chez eux que la volonté d’interdire les signes devrait être plus fort.

Or ce sondage Angus Reid de décembre dernier montre le contraire. La question porte sur l’interdiction des signes religieux mentionnés pour tous les employés du secteur public: Intéressant de noter que le voile intégral ne passe pas, très clairement. Mais ailleurs qu’au Québec, le voile (hijab) oui, ainsi que les autres signes. Pourquoi ?

Les Québécois ont une attitude plus négative que le reste du Canada envers les accommodements religieux, mais pas envers les groupes minoritaires. Une récente étude de l’Université de Montréal le démontrait clairement. Anti-religieux, oui. Raciste, non.

Malheureusement, je sens chez les opposants au projet de loi 21, qu’ils soient à Ottawa ou au Québec, un refus systémique de reconnaître cette énorme distinction

Ça, ça mériterait une bonne consultation.


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