Pour le congé de Pâques, quoi de mieux que d’examiner (en rappel) une des histoires les plus fascinantes des deux derniers millénaires, celle de Jésus ?
Il y a principalement trois thèses. Celle qui veut que les évangiles doivent être crus sur paroles, une idée assez répandue dans le Bible Belt américain. Celle, qui fait consensus, voulant que sous les très nombreuses enjolivures des évangiles, se cache une vérité historique, qu’on peut identifier, celle de la véritable vie d’un homme nommé Jésus. (Je parle de la troisième plus loin.)
Jésus, un homme remarquable, remis dans un contexte fascinant
Époustouflant. Si vous n’avez qu’un livre à lire sur ce que l’on croit savoir, historiquement, de Jésus, puis sur le processus de transformation de son récit par ses fans pour s’adapter au contexte historique changeant et aux auditoires visés, il FAUT lire Le Zélote.
D’abord Reza Aslan remet Jésus dans son époque, celle des `miracle workers‘ qui l’ont précédés et suivis, et des rapports de force intenses entre la population juive et les responsables du Temple, aussi détestés que l’administration romaine.
Puis il décrit comment la dissémination de la parole du Christ (qui était celle des juifs orthodoxes intéressés par leur propre salut, pas par celui des autres peuples, face à l’imminence supposée de la fin du monde) a été complètement transformée par Paul et ses disciples. Intéressés à faire recette dans la population romaine, le récit chrétien exonère Ponce Pilate (un non-sens, explique Aslan) et blâme les juifs, insérant ainsi pour 2 000 ans le germe de l’antisémitisme dans le discours chrétien.
Le mystère irrésolu: pourquoi Jésus, et non les autres zélotes révoltés l’ayant précédés et suivis, est-il devenu le fondement d’une religion aussi tenace (avant d’être récupérée et déployée par l’empereur Constantin, qui a assuré son hégémonie) ?
Fascinant, érudit, lisible, accessible. Je mets Le Zélote dans ma catégorie NPLCLALUTDMC. (Ne pas lire ce livre aurait laissé un trou dans ma culture.)
Et si c’était la plus célèbre fiction du monde ?
La troisième hypothèse provoque chez toute personne élevée dans l’univers chrétien un choc synaptique. Elle soutient que puisque aucun historien contemporain de Jésus n’en a noté l’existence, puisque les évangiles se contredisent, puisqu’ils contiennent de très nombreuses invraisemblances et, surtout, puisque le récit de Jésus est pour beaucoup constitué d’une redite de récits religieux antérieurs — depuis les religions égyptiennes jusqu’à l’ancien testament — le récit évangélique serait simplement une habile façon qu’ont eu des religieux de l’époque de fixer dans une histoire facilement accessible (la biographie) un certains nombre de thèmes. Bref, une opération de communication religieuse.
La thèse est débattue depuis le 18e siècle (voir un bon résumé sur wikipedia).
Elle fut reprise récemment (2005) par le théologien canadien Tom Harpur, dans Le Christ païen, un livre traduit chez Boréal qui, sans être une étude scientifique, retrace l’argumentaire principal derrière la thèse.
Le philosophe français Michel Onfray défend aussi cette thèse sur plusieurs ouvrages, depuis sa Contre-histoire de la philosophie (2002-2015).
Le film Zeitgest, de 2007, offre un bon résumé de la thèse:
Les autres Jésus en fiction
Dans L’Ultime secret du Christ, l’auteur portugais à succès Dos Santos invente une intrigue franchement tirée par les cheveux (plus encore que dans son excellent La Formule de Dieu) pour nous exposer, pour l’essentiel, ce qu’on sait du Jésus historique, qui est donc très loin du Jésus de nos églises.
On ne s’ennuie pas mais il y a des trous dans un scénario qui s’écroule, en fin de livre, sous le poids de sa propre invraisemblance.
L’opéra-rock Jesus Christ Superstar d’Andrew Lloyd Webber et Tim Rice de 1970 fut été un énorme succès et fut porté à l’écran par Norman Jewison en 1973.
Au cinéma, La dernière tentation du Christ (1988), de Martin Scorcese, pose la blasphématoire question de savoir ce qui se serait passé si Jésus n’était pas mort sur la croix.
L’excellent Jésus de Montréal (1989), de Denys Arcand, ne fait qu’effleurer le sujet du Jésus historique, mais est une œuvre originale en soi. (Je n’ai trouvé que la version anglaise de la bande annonce. Avis aux alertinternautes !)
En 2004 Mel Gibson met en scène une version très brutale de la passion, The Passion of Christ, qui fut un grand succès aux États-Unis.
Religulous (2013), avec l’humoriste/polémiste américain Bill Maher, présente un point de vue résolument athée. Ma scène préférée est celle où il débat avec un acteur qui joue le rôle de Jésus dans un parc à thème religieux. Or cet acteur a une bonne argumentation théologique ! Il est vraiment dans son personnage.
La dernière tentation du Christ et Religulous sur iTunes, Jésus de Montréal sur Éléphant/Illico.
À votre tour !
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Pour les précédentes recensions, c’est ici.
Joyeuses Pâques !
La bande annonce de ma dernière balado:

