L’autoroute d’Éric Duhaime

Qui a laissé entrer l’éléphant dans le magasin de porcelaine ? On n’a jamais eu de réponse à cette question cruciale. Ni à cette autre, plus appropriée à notre environnement politique : qui a décidé que tous les clients voulaient de la porcelaine ? Je m’explique. La CAQ, le PLQ, QS et le PQ ont pris sur certaines questions clés des positions quasi identiques, laissant un espace béant à un nouvel acteur, Éric Duhaime, qui a par conséquent devant lui un espace de croissance considérable. Comment ?

Le pétrole d’ici Il est normal que les solidaires, puis les péquistes, très férus d’environnement, aient mené la bataille pour l’interdiction de l’exploration et de l’exploitation des hydrocarbures au Québec. Mais que les caquistes, qui carburent à la croissance du PIB, et les libéraux, champions des entrepreneurs, en fassent autant, cela relève d’un bizarre alignement des astres politiques. Cette unanimité des partis sur ce sujet ne reflète en rien la diversité des opinions de l’électorat.

La position d’Éric Duhaime est de pomper notre propre pétrole plutôt que d’en importer de loin. Il se trouve que 52 % des électeurs sont d’accord avec lui pour le pétrole, 57 % pour le gaz, selon un sondage Ipsos réalisé en mars dernier. Il s’agissait d’une hausse de 9 points sur l’année précédente. D’autres enquêtes d’opinion donnent des résultats divergents, selon la façon dont la question est posée. Une certitude : la quantité d’orphelins politiques au Québec à ce sujet est considérable. La hausse des prix du pétrole, les besoins de l’Europe, les campagnes d’achat chez nous — tout converge à rendre les électeurs plus réceptifs à ce discours.

Le programme conservateur promet que le jaillissement d’hydrocarbures ne se fera chez nous qu’en cas d’acceptabilité sociale locale (non définie), y compris avec les Autochtones. Bonne chance. Il est raisonnable de penser qu’aucun projet sur le territoire québécois n’est rentable et / ou acceptable (quoique, pour GNL, le score au Saguenay l’an dernier était : 43 % pour et 31 % contre). Ce serait, dans tous les cas, un paquet de troubles, d’où les replis tactiques caquiste et libéral. Mais cela ne fait aucun pli sur la différencepour la campagne électorale et pour l’avantage conféré à Duhaime, qui reste seul sur ce terrain.

Il n’en a d’ailleurs pas encore tiré le maximum, s’étant enfargé dans la question des GES qui seraient générés par nos forages ici. Il n’a qu’à entonner la nouvelle rengaine de l’industrie pétrolière et du gouvernement Trudeau, sur l’extraction carboneutre. Oui, ils disent ça. Des puits de pétrole carboneutres, c’est comme une usine de whisky sans alcool. Si aucun employé ne consomme sur les heures de travail, le tour est joué. Pas leur faute si, ensuite, des clients utilisent le produit et abîment leur foie ou la planète !

Versions numériques et AudioLivres disponibles.

La santé privée On compte plus de 60 % de Québécois favorables à davantage de privé en santé. À condition, dans presque tous les cas, que l’accès reste universel — donc avec la carte ex-soleil. Ils sont même 70 % à penser, à cette condition, qu’on devrait laisser le privé gérer certains hôpitaux. Ce débat est un véritable marais. Le privé est déjà très présent dans la santé québécoise (scandaleusement). Libéraux et caquistes proposent d’en augmenter la présence, péquistes et solidaires de la diminuer.

Seul Duhaime incarne une volonté déterminée d’affaiblir le secteur public et d’ouvrir grandes les portes du privé, y compris en permettant aux plus aisés de souscrire à une assurance privée pour avoir accès à des services complètement privés, encouragés par l’État conservateur. Je suis de ceux qui pensent que l’ajout de 10 % de profit à chaque acte médical ne peut être la solution, mais devant un système public à bout de souffle, le mirage du privé est attrayant et Duhaime en est le réel porteur.

Un troisième lien vendable On peut penser que le troisième lien est un caprice. Aucune étude n’en démontre la nécessité. Mais la proposition de Duhaime d’abandonner les travaux pharaoniques de tunnels sous le fleuve et de simplement passer sur l’île d’Orléans puis de prendre le pont qu’il faut reconstruire fait mouche. Les habitants de l’île, enragés, vont dire non. Combien sont-ils ? 7000 ! Le site est patrimonial ? La ministre de la Culture du gouvernement Duhaime (Anne Casabonne ?) fera sauter ce statut. Duhaime promet en échange d’enfouir la ligne haute tension d’Hydro qui défigure l’île. Ah oui ? Qu’il mette ses trois voies (suffisantes) en tranchée couverte, l’option la moins chère, et qu’il utilise la chaleur pour alimenter, au-dessus, une enfilade de serres qui nous offriront des fraises de l’île douze mois l’an.

Se démarquer Les promesses de baisses de taxes et d’impôt sont tellement nombreuses que les électeurs ne savent plus où donner de la tête. Dans ce fatras, Éric Duhaime peut se faire entendre en promettant l’abolition des taxes sur l’essence et de la taxe carbone, immédiatement compréhensible — même si écologiquement indéfendable. Il a de plus une carte maîtresse pour plaire à ses électeurs automobilistes : hausser à 120 km/heure la limite de vitesse sur les autoroutes ! Ça ne coûte rien. Ça ne change presque rien. Mais ça rend de bonne humeur !

Pour l’essentiel, le Duhaime 2022 reprend les thèmes de l’ADQ de Mario Dumont d’il y a 15 ans. Le parti fut avalé dans l’intervalle par la CAQ, qui a cependant largué toutes ses propositions radicales, à nouveau disponibles. Il y a un marché électoral pour ces idées. Dumont avait remporté 31 % du vote et fait élire 41 députés. Pendant la soirée électorale, son parti était même en avance, touchant le pouvoir, pendant une vingtaine de minutes. Le 3 octobre, j’en suis certain, Éric Duhaime se contenterait de 15 minutes.


Disponibles.

La course à obstacle trudeauiste de Réjean Hébert (texte)

Réjean Hébert, Justin TrudeauDifficile de dire qui prend le plus grand risque, dans l’étonnant flirt en cours entre l’ex-ministre péquiste Réjean Hébert et le premier ministre libéral Justin Trudeau.

La motivation de Réjean Hébert a le mérite d’être limpide. Il a consacré sa vie à développer son modèle de grand virage des soins à domicile pour les personnes âgées. Ministre à Québec, le temps et,  il faut bien le dire, l’argent, lui a manqué pour réaliser son projet.


Avis: ceci est le texte d’une balado hebdomadaire Lisée101.  Il est publié huit jours après la diffusion de la balado aux abonnés.
Prenez huit jours d’avance,
abonnez-vous  ici !


Il rêve maintenant d’en devenir le maître-d’œuvre à Ottawa et de l’imposer, tout simplement, aux provinces, dont le Québec. Il indique comment il s’y prendrait dans les entrevues qu’il donne ces jours-ci : en modifiant la méthode de financement fédéral de la santé, donc en obligeant le Québec et les autres de prioriser ce que lui, de son poste de ministre de la santé du Canada, voudra qu’ils priorisent.

Lui qui dénonçait, à Québec, les empiétements d’Ottawa dans la santé propose maintenant de faire passer ces empiétements à la vitesse supérieure. Il est donc parfaitement, sur ce point, Trudeau-compatible. Oui, mais, sur les autres points ?

Ne devient pas trudeauiste qui veut !

Le ticket d’entrée dans la tribu trudeauiste est de plus en plus difficile à obtenir. Il ne suffit pas de vouloir y aller. Il faut gagner sa place.

Lorsque Jean Lapierre est retourné au Parti libéral du Canada, après un passage remarqué au Bloc Québécois, il a dû se soumettre à quelques pirouettes. Par exemple, à la question de savoir s’il avait voté oui ou non au référendum de 1995, il a du faire semblant de ne pas s’en souvenir.

L’exemple plus récent de Yolande James doit nous servir d’indicateur pour juger de la difficulté qu’aura Réjean Hébert à arborer le chandail libéral fédéral.

Ex-ministre de l’Immigration de Jean Charest, Yolande James avait été choisie par Justin Trudeau comme une excellente candidate dans le comté sûr de Saint-Laurent pour une élection partielle en avril 2017.

Mais comme, au Parti libéral, il y a encore des conventions d’investiture, Mme James a dû se battre pour devenir candidate. Et elle a dû se battre contre ce qui est considéré comme politiquement incorrect dans l’idéologie trudeauiste.

Or Yolande James avait posé un geste de lèse-trudeauisme, comme ministre de l’immigration. Sous sa gouverne, une femme musulmane avait voulu prendre un cours de francisation en portant son voile intégral, un niqab. La ministre James avait appuyé la décision des autorités scolaires de réclamer de cette dame qu’elle prenne le cours à visage découvert.

Les autres candidats pour ce poste, dont une certaine Marwah Rizqy, lui ont beaucoup reproché cette position qui va à contre-courant du multiculturalisme érigé chez les trudeauistes comme un dogme.

Très motivé à se retrouvée députée fédérale, et probablement ministre, Yolande James a fait son acte de contrition, affirmé qu’elle avait évolué sur cette question, qu’elle n’agirait plus de la même façon.

Cela n’a pas suffi. Elle fut battue à la convention. Durement. Les portes du trudeauisme ne la laisseraient pas passer.

Excellent pour la fête des pères !

Retourner sa veste sur la laïcité

Revenons à Réjean Hébert. Il devrait savoir que la question de la laïcité fera partie de la campagne électorale à venir.  Justin Trudeau a déclaré qu’il est « impensable » que la loi québécoise sur les signes religieux soit appliquée. Son ministre de la justice, le futur collègue de Réjean Hébert et député de Verdun,  l’a déclaré « inacceptable ». Les deux ont affirmé que, lorsque la loi sera en vigueur, Ottawa va agir pour protéger les droits des minorités religieuses. Reste simplement à savoir quelle sera cette action.

Et qu’en dira Réjean Hébert ? Lors du débat sur la Charte des valeurs du gouvernement Marois, il était ministre de la santé. Les banques de données regorgent de citations du ministre Hébert se disant favorable à l’interdiction des signes religieux, non seulement en éducation, mais dans le milieu de la santé. Il en était un promoteur enthousiaste.

Son ancien collègue Bernard Drainville lui a demandé en entrevue s’il appuyait le projet de loi actuel. Il a déclaré n’avoir pas d’opinion à ce sujet.

Les trudeauistes trouveront un peu courte cette réponse. Devenu trudeauiste, Réjean Hébert devra avoir une opinion là-dessus. Il devra se renier, très clairement. Et il apprendra peut-être, comme Yolande James, qu’il ne suffit pas de changer d’opinion pour passer le test. Car lorsqu’on marche sur la peinture, on laisse des traces.

Bref, la course à obstacles qu’entreprend maintenant Réjean Hébert est à haut risque. Dans le pire des scénarios, il réussirait à se faire élire dans un parti libéral qui se retrouverait dans l’opposition pour quatre ou huit ans.

Le risque mal calculé de Trudeau

Posons maintenant la question de la motivation de Justin Trudeau. On mesure mal, du Québec, combien la psychée fédéraliste d’Ottawa est encore marquée par l’aventure conservatrice de Lucien Bouchard. Brian Mulroney avait cru à la conversion fédéraliste de Lucien Bouchard, lui avait donné des portefeuilles considérables. Mais dès que la souveraineté, que chacun croyait morte (comme d’habitude)  a repris du poil de la bête, Bouchard a voulu revenir à ses anciennes amours. Il a démissionné avec fracas du cabinet pour aller former un parti, le Bloc Québécois, qui allait décimer les conservateurs au Québec.

Réjean Hébert n’est pas Lucien Bouchard, non. Mais les cercles fédéralistes ont tiré de l’épisode Bouchard la conclusion qu’il ne faut jamais faire entrer dans le cénacle un ancien souverainiste. Le risque est trop grand. Aucune profession de foi fédéraliste ne peut effacer la suspicion causée par les péchés séparatistes antérieurs.

Et il n’y a rien de pire, comme motivation, de se faire dire par une nouvelle recrue que la souveraineté n’est plus à l’ordre du jour, comme le fait Réjean Hébert. Car, si elle le redevient, à l’ordre du jour ? Les fédéraux ont déjà joué dans ce film-là,  et ils ne veulent pas de remake.

Justin Trudeau a donc un prix politique à payer en recrutant un ancien ministre de Pauline Marois. Chroniqueurs et adversaires mettront en doute la qualité de son jugement.  Ils feront tourner en boucle les déclarations d’hier du bon Dr Hébert.

Soit Trudeau a un mal fou à se trouver des candidats de valeur, soit il a mal mesuré son risque.

L’opération est donc une double course à obstacles pour Trudeau et pour Hébert.


Abonnez-vous et ayez accès immédiatement à ma nouvelle balado:

Message (à peine fictif) des médecins à François Legault: Mille fois merci !

Leadership: Santé : Gel de l’enveloppe de rémunération des médecins

Proposition #3 du candidat Jean-François Lisée

« Les gouvernements essaient de ne pas affronter la médecine, ou de ne pas trop l’indisposer. On l’a vu lorsqu’on a accepté le principe du rattrapage par rapport à l’Ontario. On sait que c’est un non-sens. 

Si on essayait de rehausser la rémunération de toutes les professions et tous les métiers au niveau de l’Ontario, ce serait la faillite parce qu’on n’a pas le même niveau de richesse. On reconnaît aujourd’hui que dans un cadre normal, où les relations auraient été plus équilibrées, on n’aurait jamais consenti à une entente comme celle-là.[…] » 

«Notre système de santé n’est pas la propriété des médecins, mais des Québécois. Il devrait être vu, analysé et géré en fonction des besoins des Québécois et des patients. C’est un aspect qui m’apparaît fondamental.
Et on ne progresse pas dans ce sens-là parce que tout ce qui touche le moindrement aux médecins doit toujours être négocié avec les deux fédérations médicales. »

 -Claude Castonguay, père de l’Assurance-maladie, 24 février 2016

Aucune décision prise au cours des dernières décennies n’a causé autant de tort aux finances publiques que l’augmentation de la rémunération des médecins négociée par les docteurs Philippe Couillard et Gaétan Barrette. À ce jour, cette décision a mené au transfert de 3 milliards de dollars vers le 1% des citoyens les plus riches, compromettant l’équilibre déjà fragile des finances publiques, forçant des compressions dans tous les autres domaines d’intervention de l’État, et ce, sans gain pour les citoyens.

De 2006 à 2016, la rémunération totale des médecins (services médicaux payés par la RAMQ) est passée de 3,3 à 7,1 milliard de dollars. Si elle avait cru à la même vitesse que l’inflation (+18%) et que la population du Québec (+9%), cette rémunération se chiffrerait plutôt aujourd’hui à 4,2 milliards de dollars, soit presque 3 milliards de moins que ce nous paierons cette année.

L’augmentation de la rémunération des médecins ne s’est pas traduite par de meilleurs soins offerts à la population. Le nombre d’actes médicaux a légèrement augmenté (suivant l’augmentation générale de la population, +10%), mais le nombre d’actes par médecin a diminué, notamment parce que ces derniers sont parvenus à augmenter substantiellement leur revenu tout en réduisant leur charge de travail.

Comment un prochain gouvernement du Parti québécois pourrait-il reprendre le contrôle face à un tel gâchis ?

Geler l’enveloppe de la rémunération

Il m’apparaît impératif de contenir la valeur totale de l’enveloppe de la rémunération des médecins. Politiquement et financièrement, la croissance de la rémunération est insoutenable et injustifiable, au regard de l’état des finances publiques et de la rémunération des autres Québécois.

C’est pourquoi je propose que le Parti québécois demande en octobre 2018 aux Québécois un mandat électoral fort de geler dès sa prise du pouvoir l’enveloppe de rémunération des médecins, spécialistes et omnipraticiens.

Jusqu’à quand ? Jusqu’à ce que la rémunération globale se rééquilibre autour d’une norme québécoise de la part de la richesse que la société consent à verser à ses médecins – une norme qui n’est pas et ne doit pas être la moyenne canadienne.

De plus, un gouvernement du Parti québécois abolirait dès son premier budget le droit à l’incorporation des médecins et des autres professionnels dont la rémunération est entièrement liée à la dispensation de services publics payés par l’État. (Une mesure qui, à elle seule, pourrait générer des économies allant jusqu’à 150 millions de dollars par an.)

Il ne s’agit évidemment pas de sous-payer les médecins, mais leur rémunération doit s’insérer dans un continuum incluant les autres professionnels du réseau de la santé, et plus largement l’ensemble des travailleurs et des travailleuses du Québec. Les médecins ne doivent pas constituer une caste à part. Cet exercice de rééquilibrage devrait raisonnablement prendre de cinq à dix ans.

Cette proposition soulève quelques enjeux importants:

Les ententes existantes : Malgré les augmentations gigantesques déjà réalisées, les ententes existantes prévoient que la rémunération des médecins augmente encore de 2,3 milliards de dollars d’ici 2021-2022, en raison de l’étalement des hausses convenu avec les fédérations médicales. Cette hausse supplémentaire est insoutenable pour les finances publiques et injustifiable à tout point de vue.

Fort d’un mandat électoral et de l’appui d’un grand nombre de médecins qui s’oppose à la dérive dans laquelle leurs fédérations les ont entraînés, un gouvernement du Parti québécois rouvrirait ces ententes avec les Fédérations pour annuler ces augmentations. D’où l’importance que cet enjeu fasse partie de la discussion lors de la prochaine campagne électorale.

Sait-on que la seule augmentation de 568 millions de dollars par an liée à la clause remorque consentie par le gouvernement libéral aux médecins suffirait pour mettre à niveau en moins de trois ans toutes les écoles vétustes de la Commissions scolaire de Montréal ?

Une nouvelle négociation s’enclencherait sur de nouvelles bases. Il ne fait aucun doute qu’un grand nombre de médecins membres de leurs fédérations, et qui ont à cœur leur rôle de service public et les notions d’équité, seront des alliés précieux dans cette renégociation.

Un « big bang » de la répartition des tâches : Les pharmaciens, les infirmières et les autres professionnels de la santé doivent être beaucoup plus présents pour dispenser les soins. En ce moment, les spécialistes consacrent une trop grande part de leur temps à réaliser des actes qui pourraient être assumés par les omnipraticiens et les omnipraticiens à réaliser des actes qui devraient être délégués notamment aux infirmiers ou aux pharmaciens.

La clinique d’infirmières de la Coopérative de solidarité SABSA à Québec est l’exemple d’une complémentarité réussie au bénéfice d’une clientèle vulnérable. Les infirmières et travailleuses sociales de SABSA ont pu répondre à 95% des besoins en santé des patients. Seuls 5% ont du ensuite voir un autre professionnel de la santé. Des cliniques semblables existent en Ontario depuis des années, et ces infirmières praticiennes n’exercent pas sous la gouverne de médecins.

Pour arriver à une offre optimale de soins, la RAMQ devrait pouvoir réduire périodiquement le financement de certains actes afin d’encourager la hiérarchisation et la pertinence des services rendus, ce qui pourrait être compensé par une augmentation du financement d’actes plus spécialisés ou de la prise en charge des patients.

L’abandon de la norme canadienne : L’augmentation de la rémunération des médecins s’est faite en vertu de l’atteinte de la moyenne canadienne. Pourtant, contrairement aux prétentions du docteur Barrette alors qu’il était président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ, l’écart salarial avec le reste du Canada n’a jamais conduit à un exode des médecins. Les départs pour le Canada ont toujours été peu nombreux et principalement motivés par des raisons linguistiques.

En fait, selon les calculs effectués le mois dernier (avril 2016) par l’économiste Pierre Fortin, la hausse excessive de rémunération accordée par le gouvernement libéral procure aux médecins un avantage de pouvoir d’achat de 19 à 34% par rapport à leurs confrères ontariens !

Fortin écrit : « Seulement en 2013-2014, l’excès de générosité envers les médecins du Québec a coûté 838 millions de dollars aux contribuables québécois. L’austérité imposée dans les années récentes aux autres secteurs de l’activité gouvernementale afin de parvenir à l’équilibre budgétaire s’explique en bonne partie par la nécessité d’absorber cette énorme facture annuelle supplémentaire de 838 millions. »

Les redressements budgétaires successifs imposés au réseau de la santé, largement dus aux sommes qu’il a fallu dégager pour assumer les augmentations des médecins, ont entraîné l’abolition de nombreux postes, la réduction de services à la population, la centralisation à outrance, tout cela au détriment du patient.

Je propose donc d’abandonner la norme canadienne et de la remplacer par une norme québécoise, tenant compte de plusieurs facteurs : le coût de la vie inférieur au Québec, la rémunération moindre des médecins dans les pays ayant une meilleure performance en santé et l’équité générale de la rémunération avec les autres travailleurs des secteurs public et privé.

L’impact sur le volume de soin : En ce moment, la rémunération des médecins est un bar ouvert, tout acte médical est remboursé. Cette situation a mené sur deux ans à un dépassement de 800 millions de dollars de la rémunération prévue. Fermer l’enveloppe de la rémunération des médecins devra se doubler d’une meilleure gestion des sommes disponibles, par l’introduction d’un mécanisme d’évaluation continue de la rémunération des médecins afin d’assurer l’optimisation des services médicaux offerts.

Passer de la rémunération à l’acte à une rémunération mixte digne du XXIe siècle : Il est grand temps de revoir le mode de rémunération des médecins, codifiés dans pas moins de  874 pages d’actes médicaux du manuel de la RAMQ.

Comme l’indiquait récemment Claude Castonguay : « La rémunération à l’acte est mal adaptée à la rémunération de gens qui fonctionnent en équipe. Cette approche individuelle ne permet pas de développer la  nécessaire vision d’ensemble permettant de mettre efficacement en réseau toutes les ressources. Les solutions doivent passer non pas par l’ajout de ressources financières supplémentaires, mais par une réallocation à l’intérieur de la masse financière déjà consentie. L’octroi d’une augmentation aux omnipraticiens pour qu’ils acceptent des infirmières praticiennes en première ligne constitue un exemple d’une approche totalement injustifiée. »

Un programme santé beaucoup plus large

Ces éléments ne portent que sur le cadre financier général de mes propositions en santé.

Comme porte-parole du Parti québécois en matière de Services sociaux, de Santé publique, de Protection de la jeunesse et de Soins à domicile, j’ai développé un grand intérêt pour l’ensemble de ces questions, ainsi que celles de la prévention et des saines habitudes de vie.

J’interviendrai sur ces autres volets pendant le déroulement de la campagne à la direction du Parti.

Vous êtes plutôt d’accord ?
Joignez-vous à ma campagne

Voici les propositions que j’ai mise de l’avant
depuis mon entrée dans la campagne, le 16 mai dernier.

Proposition #1: Chasser les libéraux. Réussir l’indépendance. Dans cet ordre.

Proposition #2: Immigration : Le chemin du succès

Proposition #3: Santé : Gel de l’enveloppe de rémunération des médecins

Proposition #4: Inégalités sociales : Un Québec riche de son équité

Proposition #5: Sièges sociaux : Miser sur la Caisse de dépôt et le développement régional

Proposition #6: Identité : La concordance culturelle

Proposition #7: Priorité PME : Moins de paperasse, plus d’entrepreneuriat

Proposition #8: Laïcité – une approche résolue et responsable

Proposition #9: Compte à rebours 2022 !

Proposition #10: Anticosti – Enfin sortir des faux-fuyants !

Proposition #11: Incarner la laïcité et l’ouverture

Proposition #12: Le pipeline Énergie Est: Pourquoi il faut dire Non et Non !

Proposition #13 : Pour un processus d’évaluation et de consultation « digne du 21e siècle »

Proposition #14 : Développement régional : rétablir les budgets et reconstruire les outils de développement dans le respect des régions

 

Sortir, voir, lire : Agatha, Monsieur par VLB, une bonne série SF et Bond en DVD

Comme chaque semaine je vous fait part de mes suggestions culturelles.

Sortir: Suivre les traces de la dame du suspense

AgathaChristieJe n’étais pas porté sur Agatha Christie jusqu’à ce que Pierre Vallières (oui, le Pierre Vallières de Nègres blancs d’Amérique) me conseille de lire le « génial », disait-il, Meurtre de Roger Akroyd. C’est effectivement assez songé. L’expo présentée en première mondiale par le Musée Pointe-à-Callière ravira les fans de la grande dame du roman policier et amusera les autres.
Parmi les curiosités: la réplique d’un wagon de l’Orient Express, les règles que doivent suivre les auteurs qui respectent leurs lecteurs. Notamment: TOUS les indices menant au meurtrier doivent être présents dans le livre. (Avis à Gaston Leroux dont la clé du Mystère de la chambre jaune réside sur un autre continent, à l’insu du lecteur berné.)
On y passe une heure agréable, baignant dans des atmosphères tantôt britanniques, tantôt moyen-orientales.

Jusqu’au 17 avril au Musée Pointe-à-Caillère

Lire: Monsieur par VLB et un non-docteur ausculte notre système de santé

MonsieurVictor-Lévy Beaulieu est un grand admirateur de Jacques Parizeau. Mais il a choisi de ne pas assister à ses funérailles. Dans ce livre qu’il présente comme la manifestation de son « Recueillement« , il entrelace ses souvenirs et réflexions avec son travail quotidien à sa ferme, notamment son combat pour sauver d’une mort probable sa petite jument Marie-Loupe.
Le talent de conteur de Beaulieu, la richesse de sa langue ancrée dans le terroir, lui permette de relever cet étonnant défi. Il parle beaucoup du père de Monsieur Parizeau, de ses deux épouses, puis du grand homme lui-même qu’il a finalement très peu connu. On sort de cette lecture comme si on s’était, avec l’auteur, recueilli au chevet du regretté disparu.

Levine Pour ceux qui s’intéressent aux débats en cours sur la réforme du système de santé québécois, ce livre apportera beaucoup. David Levine a gravi les échelons en dirigeant successivement un CLSC, un hôpital local (Verdun) un grand hôpital universitaire (Notre-Dame) la fusion d’un méga-hôpital (Ottawa) puis l’Agence de la santé de Montréal, sans compter un bref séjour comme ministre délégué à la santé. Il en tire un récit riche en leçons de quelqu’un qui a vécu le système de l’intérieur.

Le livre est assez récent pour que Levine pose un regard mesuré mais sévère sur les réformes en cours du Dr Barrette (il pense qu’elle va étouffer l’innovation), fait la liste des écueils et propose des solutions.
Une contribution salutaire.

Voir: Demain, nos ennemies nos colonies spatiales

800x600_TheExpanse_S1_Keyart1Des critiques nous ont présenté la nouvelle série SF The Expanse comme l’équivalent de Game of Thrones dans l’espace. C’était placer la barre un peu haut. Les humains habitent Mars et la Ceinture d’astéroïdes et ces trois pôles sont en tension. D’étranges attaques de vaisseaux furtifs poussent les uns contre les autres, allez savoir pourquoi. Le fan de SF comme moi passera un bon moment, mais pas autant qu’à la découverte en 2004 de la première saison du remake de Battlestar Galactica, d’une qualité narrative toujours inégalée.

On peut voir The Expanse sur Space et les épisodes en ligne ici. On peut commander Battlestar sur iTunes ou trouver les saisons en DVD.

Sortie DVD: Bond avec Craig, le dernier mais le moindre

spectre(Attention, ce texte est divulgâcheur – traduction de spoiler) Évidemment, il n’est jamais question de ne pas écouter le nouveau James Bond. C’est comme les Bye Bye, on peut les critiquer, on ne peut les manquer. D’autant que je suis partisan de Daniel Craig dans le rôle. Cette dernière mouture commence bien, mais finit dans des zones encore inexplorées d’invraisemblance (cela dit dans le monde de suspension de la vraisemblance auquel on se soumet en entrant dans l’univers Monde). Non, franchement, les dernières 30 minutes n’ont aucun sens: James se livre à son ennemi pieds et poings, son évasion est loufoque, son histoire d’amour instantanée avec la belle Léa Seydoux ne tient pas debout. Le scénario tente d’attacher en un seul bouquet les intrigues des quatre derniers films, mais le ruban est pour le moins ténu.

Si vous n’êtes pas accroc à chaque Bond, je vous suggère plutôt Casino Royale et Skyfall, les meilleurs Bond/Craig.

à votre tour

Dites moi ce que vous en avez pensé !

(Vous pouvez lire les précédents billets de cette série ici.)

(Vidéo) À qui profitent les premières décisions du gouvernement Couillard ?

J’ai tenté de répondre à cette question dans ma réplique au discours d’ouverture de Philippe Couillard, jeudi dernier. J’ai voulu savoir aussi à qui ces décisions vont nuire. La vidéo est maintenant en ligne:

Voici le texte intégral de l’intervention:

Merci aux électeurs de Rosemont

Merci, Mme la Présidente. Moi également, je voudrais d’abord dire quelques mots pour remercier les électeurs de Rosemont d’avoir bien voulu reconduire la confiance qu’ils avaient déjà manifestée à mon égard il y a 18 mois. En cette période de 18 mois ou à peu près, j’ai pu aller revoir les mêmes gens, reconnaître les personnes, les organisations, et il y a un lien qui se tisse. Des gens comme le député de Beauce, qui est là depuis longtemps, le savent beaucoup mieux que moi, mais cette relation au long cours que le député peut tisser avec ses commettants fait partie de notre vie parlementaire et enrichie énormément la connaissance du terrain, du réel que les parlementaires peuvent avoir, et j’en suis très heureux. Je suis très heureux d’un système dans lequel les ministres sont députés et donc peuvent constamment passer du particulier au général sans perdre le contact avec la réalité.

Un bon ton dans nos débats

Oui, je salue le ton qui a été employé depuis le début de nos travaux, de cette législature, à la fois le ton utilisé par le premier ministre, par le chef d’opposition, par le chef de la deuxième opposition, évidemment, par la députée de Gouin également. La période de questions a aussi été fructueuse, pragmatique, réelle, a démontré un certain nombre de choses à la fois sur la qualité des questions et la qualité des réponses, mais a été faite dans le respect, et je pense que c’est de bon augure.

Maintenant, on va arriver assez rapidement sur le fond des choses, et sur le fond des choses de ce qu’a dit le premier ministre hier et de comment ça va se déployer dans le réel québécois. Alors, bien sûr, on salue le fait que certaines bonnes idées qui ont émané de l’ensemble des parlementaires sur le projet de loi mourir dans la dignité ont été retenues et vont être bientôt mises en œuvre. C’est très bien. Nous avons reconnu aussi la grandeur d’esprit du premier ministre lorsqu’il a salué la première femme première ministre, Pauline Marois, et lorsqu’il a repris à son compte le chantier sur l’électrification des transports, qui avait été amorcé par le gouvernement libéral précédent, mais largement approfondi par Mme Marois, et on est très heureux de voir que cela aura des conséquences. Et dans plusieurs éléments comme ceux-là, il y a une continuité dans l’action de l’État.

À qui profiteront les décisions libérales ?

Évidemment, la grande question qui a été posée par le premier ministre hier porte sur les changements qui seront à apporter à la façon qu’a l’État de répondre aux besoins de la population et d’alimenter la croissance économique. Il a eu un mot intéressant en jouant sur les acquis.

Alors, il y a des acquis, qui… ce n’est pas parce que ça existe que ça doit toujours exister, nous en convenons, et là, il a retourné le mot en disant : À qui? À qui profite chacun de ces programmes? Évidemment, c’est encore assez tôt dans son gouvernement, donc nous en saurons plus au budget et au livre des crédits, mais on sait déjà des choses.

1) les constructeurs de petites centrales

Déjà, il s’est commis sur à qui profiteront certaines des premières décisions du gouvernement libéral. Il nous l’a dit, ça profite à qui? Aux petites centrales. Un débat que l’on croyait terminé qu’il vient de rouvrir, donc ceux qui se battent depuis des décennies pour des petites centrales, eux, savent que leurs vœux seront réalisés au-delà même de ce qu’ils croyaient, parce qu’ils pensaient que ce dossier était fermé, et c’est un dossier qui est très symbolique parce qu’il est à la croisée de la mauvaise politique publique. Chaque dollar généré localement par ces petites centrales coûte 4 $ à Hydro-Québec, donc aux consommateurs. C’est à la jonction aussi du clientélisme, puisque, dans certaines circonscriptions, dont celle du premier ministre, il y a un projet comme celui-là. Je ne dis pas qu’il est mauvais ou bon, mais, quand même, il faut le voir. Et troisièmement, bien, on sait que des contracteurs libéraux de renom sont impliqués dans un certain nombre de ces projets.

S’il fallait choisir un symbole de ce qu’il ne faut pas refaire, les petites centrales auraient dû être celui-là, et je suis un peu surpris du manque d’habilité du premier ministre de s’être engagé aussi fermement sur un dossier aussi miné.

2) les médecins spécialistes et les constructeurs de cliniques

Deuxièmement, à qui? Bien, on sait déjà que 50 cliniques privées, nouvelles, dans le réseau, pour des médecins spécialistes seront parmi les priorités. Eux savent déjà à qui va profiter le gouvernement libéral. Ils le savent, et c’est encore là une mauvaise politique publique, parce que des institutions, un réseau de la santé, nous en avons. Il y a des groupes de médecine familiale qui sont en train d’être complétés, il y a des CLSC. La nécessité d’investir dans le béton plutôt que dans les services devrait être soumise à un débat, et je pense que le débat serait assez rapide. Ce n’est pas la priorité.

3) l’industrie des gaz de shistes

Et on apprenait aujourd’hui qu’à qui cela pourrait profiter aussi, les décisions libérales, c’est à l’industrie du gaz de schiste. Je suis sûr qu’eux-mêmes sont surpris de cette réouverture d’un dossier qui était fermé, qui avait été très mal engagé par le gouvernement précédent, qui a conduit à un moratoire, qui est en ce moment devant un BAPE.

Et là même ceux qui sont pour le gaz de schiste et qui sont en train de se préparer à des audiences devant le BAPE ne savent pas s’ils vont aller au BAPE ou dans une nouvelle étude environnementale stratégique. Que se passe-t-il? Et certains des investisseurs du gaz de schiste, pensant que, de toute façon, les taux de rentabilité ne seraient jamais, du moins, pas dans l’avenir prévisible, au rendez-vous ici, voient que tout à coup il y a cette embellie sur une industrie qui avait fait un deuil de la possibilité d’agir ici.

Évidemment, à qui cela va nuire, et qui cela va déranger, et déstabiliser, et angoisser? Ce sont ces dizaines de milliers de propriétaires et de citoyens sur la vallée du Saint-Laurent qui pensaient avoir fait le bon combat, et que c’était terminé, et que personne ne viendrait remettre en cause leur droit à la quiétude dans leur ferme, dans leur terre, dans leur chalet, et tout à coup ils apprennent maintenant que tout est ouvert encore sur ce sujet.

Alors donc, on sait à qui, avec certitude, dans le cas des petites centrales et dans le cas des cliniques de santé, et possiblement dans le cas du gaz de schiste… vont profiter de ces décisions.

Le principe du cran d’arrêt

Maintenant, le premier ministre nous a bien dit qu’il a imposé, dès son arrivée, et je le cite,

« le principe du cran d’arrêt sur les dépenses dans l’ensemble du gouvernement. La logique est simple : aucun nouveau programme ne sera autorisé sans la réalisation d’une économie équivalente ailleurs dans l’appareil d’État. Cette mesure est déjà en place. Au moment où nous nous parlons, elle engage tous les organismes de l’État. »

Cela signifie que ces nouvelles dépenses qui sont annoncées seront nécessairement coupées ailleurs. Où seront-elles coupées? Nous ne le savons pas.

Mais nous lisons avec précision le premier ministre, d’autant plus qu’on apprenait hier qu’il avait mis le crayon, son propre crayon sur la feuille. Et il y a un moment qui m’a beaucoup intéressé. Parce que je suis le porte-parole de la métropole mais aussi des services sociaux, de la prévention de l’itinérance, et donc je suis très attentif à ce qui va se passer avec les gens les plus fragiles dans notre société. Et j’ai entendu le premier ministre dire :

«Dans tous les cas, les services destinés aux personnes les plus vulnérables de notre société et la sécurité à la population seront l’objet…  d’une attention particulière.»

Ça ne veut rien dire, Mme la Présidente, «seront l’objet d’une attention particulière».

J’aurais aimé entendre le premier ministre dire que les services destinés aux personnes les plus vulnérables de notre société sont sacrés, sont essentiels, sont fondamentaux, représentent notre volonté de solidarité, seront non seulement préservés, mais améliorés. Il y avait plusieurs options, Mme la Présidente, il y avait plusieurs options. Il a choisi de dire : «une attention particulière».

Écoutez, c’est très inquiétant. Parce que nous avons tous remarqué que le Parti libéral du Québec, qui a une longue tradition à la fois économique et sociale… Il n’y a pas que le Parti québécois qui, au cours de ses 50 ans d’existence, a amélioré… a fait en sorte que le Québec soit un endroit en Amérique du Nord qui soit un modèle de progrès social. Le Parti libéral, de temps à autre, et de façon significative, a construit ce modèle social québécois.

Et nous étions déjà un peu surpris du silence des candidats libéraux et du chef libéral pendant la campagne sur plusieurs de ces thèmes. Rien sur le logement social, rien sur l’itinérance, rien sur les 3 000 organismes qui aident, au quotidien, les plus fragiles de notre société. Silence total.

Et ce silence était d’autant plus assourdissant qu’il arrivait au moment où des politiques très consensuelles avaient été déposées par certains de mes collègues au gouvernement Marois, applaudies par la ville de Montréal en particulier, pour faire des avancées significatives — pas très coûteuses –, mais significatives en prévention et en accompagnement de l’itinérance à Montréal et ailleurs, en stabilisation du financement des 3 000 organismes qui aident nos Québécois les plus fragiles, en contrats pour l’insertion au travail de nos Québécois les plus fragiles et en propositions pour des logements sociaux, y compris pour les itinérants.

Alors, ce silence, on aurait pu penser que c’étaient des choix de campagne électorale. On met l’accent sur autre chose : l’économie, le référendum.

Mais donc on s’attendait à une correction pendant le discours du premier ministre. Et non seulement il ne l’a pas faite, alors qu’il en était avisé, parce que, depuis son élection, les groupes sociaux, les groupes d’itinérance n’arrêtent pas de solliciter l’attention du gouvernement sur ses désirions.

Il a choisi ces mots: «une attention particulière». Ça peut vouloir dire : On va couper très attentivement; alors que le consensus québécois c’était qu’on pouvait ajouter des sommes modestes, mais significatives parce que, Mme la Présidente, la rigueur et l’austérité, il y a des gens qui la connaissent déjà, ce sont nos Québécois les plus fragiles, et il y a des gens qui veulent s’en sortir de l’austérité et de la rigueur par l’emploi, par l’accompagnement, et c’est ce qu’on leur offrait.

Un engagement unanime

D’ailleurs, les membres de cette Assemblée du côté libéral qui étaient députés il y a un an avaient voté avec nous, et avec la CAQ, et avec Québec solidaire unanimement une résolution affirmant qu’il fallait « rehausser le financement des organismes communautaires » dont les missions de base n’avaient jamais été indexées ou autrement soutenues pendant une dizaine d’années.

Nous étions tous d’accord, et le rehaussement que le gouvernement du Parti québécois a proposé était de 40 millions de dollars par année, 40 millions de dollars par année. Ça coûte beaucoup moins cher que les mini-centrales, ça coûte beaucoup moins cher que les 50 cliniques privées, et ça a un impact positif sur la vie de dizaines de milliers de Québécois pour qui ça fait toute la différence.

Alors, nous sommes dans l’expectative et dans l’espoir, Mme la Présidente, nous avons espoir que, puisque le premier ministre a dit qu’il entendrait les bonnes idées, puisqu’il veut accorder une attention particulière — à peut-être d’ici le dépôt du budget et des crédits qui sont, en ce moment même, colligés et calculés –, qu’il y ait ce volet social, cette aile sociale du Parti libéral qui a été muette pendant la campagne électorale, qui commence à s’exprimer au sein des réunions du caucus.

Et, à travers vous, Mme la Présidente, je me tourne vers les députés qui, comme nous… députés libéraux qui comme nous connaissent ces situations dans leurs comtés respectifs. Vous avez des réunions de caucus, je compte sur vous pour exprimer cette  importante priorité de faire en sorte que la parole de l’Assemblée sera reconnue par ce rehaussement modeste mais important pour ces organisations.

Le trou fictif de 7 milliards

Alors, finalement, on pourrait nous dire : « Mais on n’a pas les moyens, on n’a pas les moyens parce qu’il nous manque 7 milliards ». C’est ce qu’on a entendu, le ministre des Finances, le président du Conseil du trésor et le premier ministre hier nous dire : Si rien n’était fait, il manquerait, d’ici deux ans, 7 milliards.

Mais, écoutez, là aussi je suis un peu déçu parce que le premier ministre nous a dit qu’il voulait être le gouvernement le plus transparent de l’histoire du Québec et qu’il voulait qu’à la prochaine élection on ait les vrais chiffres. Mais, savez-vous, il a fait en sorte, lui et son parti, qu’à la dernière élection, on avait les vrais chiffres. Il a demandé au Vérificateur général d’aller voir le ministre des Finances pour vérifier ces chiffres, et il les a vérifiés et il n’a pas trouvé un trou de 7 milliards. Le Vérificateur général ne les a pas trouvés. Pourquoi? Parce qu’il n’existe pas.

Évidemment, comme chaque année, chacun des ministères, ça va être le cas, va demander : Ça serait bien si on pouvait augmenter l’investissement ici, ce serait bien si on pouvait faire ceci et cela. Et, en additionnant toutes ces demandes, on arrive à une croissance des dépenses qui peut atteindre 6 %. Évidemment, c’est dans l’univers mental du Parti libéral puisque, 6 % d’augmentation de dépenses, ils l’ont fait sous le gouvernement Charest.

Mais, nous, dans notre univers mental, ce n’était pas possible, on a fait 1,9 % et on était pour faire 2 %. Bon. Alors, c’est impossible, ce 7 milliards, il n’existe pas. D’ailleurs, c’est intéressant parce que, lorsque M. Godbout et M. Montmarquette ont fait leur rapport en utilisant certains de ces chiffres, ils ont indiqué que, bien, évidemment, ça n’arriverait jamais. Oui si on ne faisait rien, mais on fait toujours quelque chose.

Alors, moi, je crédite le premier ministre de bonne foi et de bonne volonté, et lorsqu’il dit qu’il veut être transparent, j’aime le prendre au mot. Et, puisqu’il veut de la transparence, j’aimerais qu’il arrête de dire aux Québécois ce qui n’existe pas. La situation des finances publiques du Québec, elle est difficile, elle demande du travail, elle demande de la rigueur, mais ça ne sert à rien de dire aux Québécois ce qui n’existe pas. Il n’y a pas de trou de plusieurs milliards de dollars qu’il faut combler dans les années à venir, le Vérificateur général nous disait que, pour atteindre nos cibles qui seront similaires à celles du Parti libéral, il faudrait de la rigueur, de l’ambition, mais que c’était raisonnable. Alors, voilà ce à quoi j’appelle le premier ministre.

Les moyens de la solidarité

Et puisque l’on sait ça, lorsque le gouvernement Marois avait proposé, à l’intérieur de son cadre d’augmentation de dépenses de 2 % pour l’an prochain, un investissement de 6 millions sur l’itinérance, dont 1 million pour les autochtones à Montréal, lorsqu’ils proposaient 40 millions par année pour les 3 000 groupes, organisations communautaires, ça faisait partie d’un travail très sérieux de restriction de l’augmentation des dépenses, ça faisait partie des dépenses possibles.

Et, si c’est possible pour nous, je suis certain que c’est possible pour le Parti libéral du Québec et le nouveau gouvernement. Je l’espère, je partage cet espoir avec vous, et je vous remercie, Mme la Présidente.