La démission qui vous coûte 600 000 dollars

Sébastien ProulxJ’aime beaucoup Sébastien Proulx. Il a été de loin le meilleur ministre de l’éducation de l’ère libérale. Pragmatique, compétent, sympathique, il était à mon avis le meilleur chef que le Parti libéral aurait pu se donner.

Mais il est parti. La semaine dernière, soit onze mois après sa réélection dans sa circonscription, il a expliqué avoir beaucoup réfléchi. « J’ai décidé de me choisir » a-t-il expliqué candidement. Il s’est trouvé un autre emploi.


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On n’aurait rien à ajouter si M. Proulx était chauffeur de taxi, président de banque ou recteur d’université. Mais sa décision de « se choisir » a un coût. Et on peut le calculer. Entre 500 et 600 000 dollars. C’est ce qu’il faudra débourser pour organiser une élection partielle et le remplacer.

Je cherche sans trouver un autre cas de figure où une démission provoque un aussi gros déboursé. Je cherche sans trouver un autre cas de figure où on traite avec autant de désinvolture l’argent public, pour le bénéfice personnel d’un individu.

Il y a une circonstance aggravante. Comme tous les candidats aux élections l’an dernier, M. Proulx a promis, juré – craché, qu’il allait remplir son mandat de quatre ans. Il est allé de micro en micro et de porte en porte pour expliquer combien son rôle de député était la chose la plus précieuse qu’il ait jamais connue et qu’il allait s’acquitter de sa tâche pendant quatre ans, que son parti soit ou non au pouvoir.

Il n’a pas attendu un an avant de se dédire. Il n’a pas tenu le quart du temps pour lequel il s’était engagé. Suis-je le seul à penser que c’est scandaleux ? Que cette attitude est méprisante pour ses électeurs, pour la parole donnée, pour l’engagement politique ? Qu’elle participe à la dévalorisation de la politique, des partis, des députés, du vote lui-même ?

Sébastien Proulx n’est pas le seul à avoir posé ce geste de lèse-électeurs. Avant lui, Stéphane Bédard a claqué la porte de l’Assemblée 18 mois après son élection de 2014, mécontent de n’être pas reconduit au poste de leader parlementaire du PQ par PKP. Le libéral Emmanuel Dubourg a lâché ses électeurs de Viau 11 mois après l’élection de 2014 pour devenir un député tout aussi effacé, mais nettement mieux payé, à Ottawa. Il y en a bien d’autres, mais la palme revient à l’ex-ministre des Finances libérale Monique Jérôme-Forget. Elle a largué les amarres seulement quatre mois après l’élection de 2008, nous expliquant que c’est ce qu’elle voulait faire depuis le début !

Juste pendant le dernier mandat de Philippe Couillard, on a compté 15 départs. Un seul était causé par une raison de santé ou de décès. Les choix de vie ou d’emploi personnels de 14 personnes, leur refus de ne pas être ministre ou leader ou leur décision d’aller chercher un meilleur emploi ailleurs, nous ont donc coûté collectivement sept millions de dollars. Sept million, c’est le salaire annuel combiné de 160 préposés aux bénéficiaires.

Jusqu’en 2015, ces déserteurs de la politique étaient récompensés au moment de prendre la porte. Ils recevaient leur prime de départ, accumulée pendant les années précédentes, sans le moindre remord. Depuis, ils doivent y renoncer, sauf si leur départ est justifié par de solides raisons de santé. Cela a eu un effet positif. Une quinzaine de ministres et députés libéraux ont choisi de ne pas se représenter en octobre dernier, de peur d’être rétrogradés dans l’opposition par l’électorat. Sachant qu’ils perdraient leur prime en cas de démission, ils l’ont simplement obtenu, en fin de mandat, en ne se représentant pas. C’est très bien.

Mais pour Proulx et ses successeurs potentiels qui sautent de leur siège de député à un emploi mieux rémunéré, cette perte n’est clairement pas suffisante pour modifier leurs calculs.

Mon avis est que le respect de la parole donnée par un candidat élu à ses électeurs a une valeur. Et on la connaît : plus d’un demi-million. Comment la faire peser davantage sur les candidats ?

Je propose d’introduire une clause de « bris de contrat électoral ». Elle ferait en sorte que le démissionnaire devrait contracter envers l’impôt québécois une dette conséquente. De quelle hauteur ?

Il y a plusieurs options. La pire : que la dette soit égale au coût de la partielle, soit environ 600 000$. Le démissionnaire  s’entendra avec Revenu Québec pour échelonner son remboursement sur toute sa vie s’il le veut.

Par bienveillance, on pourrait soustraire de la dette le temps passé par le député au service de ses électeurs. M. Proux a servi 25% de son mandat, la somme serait réduite à 450 000 $.

Ou bien, on pourrait décider que la dette soit au moins équivalente au salaire que le député devait recevoir pour le reste de son mandat, soit environ 100 000 $/an. La somme pour M. Proulx, qui laisse l’Assemblée trois ans trop tôt, serait donc de 300 000 $, soit la moitié de la somme requise pour le remplacer. Ce serait déjà ça.

J’entends l’argument : on ferait alors de l’Assemblée une prison, dont les élus ne pourraient s’échapper qu’à grand frais. Je réponds : ni plus ni moins que lorsqu’on signe un contrat nous engageant à livrer des biens et des services pendant une période déterminée. Les bris de contrats ne sont pas traités à la légère. Pourquoi le contrat d’un élu avec ses électeurs serait-il moins contraignant ?

J’entends l’argument : mais dans leurs cas, la passion n’y était plus, ils allaient au travail la mort dans l’âme. Je réponds : bienvenue au club ! Des centaines de milliers de citoyens se sentent contraints et forcés de se rendre au travail, vivent des moments de baisse de régime, doivent s’accommoder de ce qu’ils ont trouvé. Et ils gagnent en moyenne le tiers du salaire des députés.

J’entends l’argument : mieux vaut une partielle qu’un député démotivé. D’ailleurs on apprend que M. Proulx n’avait plus d’entrain pour sa tâche de leader. Je réponds : les députés ont une très grande liberté dans l’intensité qu’ils mettent au travail, surtout lorsqu’ils sont dans l’opposition. Si M. Proulx avait quitté son poste de leader pour n’être qu’un simple député sans fonction supplémentaire (mais touchant toujours 100 000/an) il aurait pu remplir correctement ses tâches en ayant beaucoup de temps pour lui. L’ex-député d’opposition Yves Bolduc ne menait-il pas de front une pratique médicale complète tout en étant présent à l’Assemblée ?

Je sais très bien que la tâche de politicien est difficile, ingrate, énergivore. Mais elle a beaucoup de bons côtés. Selon son rôle dans son groupe parlementaire, on peut la vivre à 100 milles à l’heure ou n’avancer que comme si on était en zone scolaire.

Le contrat conclu entre un candidat et ses électeurs au moment du vote doit être vu comme sacré. Le candidat s’est engagé à servir pour quatre ans. Sachant qu’un pris de contrat ne sera pas anodin (ou nul, comme maintenant), les futurs députés sauront à quoi s’en tenir. Ils sauront que leur engagement de quatre ans est pris au sérieux par les citoyens, par la loi, par le fisc, et qu’ils doivent le prendre également au sérieux.

Je conçois que des personnes présentant de graves problèmes de santé ou des situations familiales particulières soient exemptées de cette exigence, ainsi que les premiers ministres sortants, qui constituent  un cas à part. Les autres, y compris les chefs de partis d’opposition, devraient être sévèrement tenus à tenir la promesse faite à leurs électeurs de les représenter dignement pendant quatre ans.

Je vois très bien la CAQ adopter ce genre de mesure. Je leur suggère de la baptiser : « la clause Sébastien Proulx ».


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Dossier Saint-Pierre: soulagement et remerciements

Je suis évidemment soulagé par la tournure des événements et par la décision de Mme Saint-Pierre de retirer promptement les paroles qui pouvaient jeter un doute sur mon intégrité et de s’excuser auprès de ma famille. C’était difficile de sa part, je salue sa décision.

Il faut savoir se battre pour sa réputation, son intégrité, sa famille. Il faut savoir accepter les excuses lorsqu’elles sont offertes, comme je l’ai expliqué ici:


 

Et je remercie les centaines de personnes, amis, parents, internautes, signataires d’une pétition spontanée, qui m’on manifesté leur appui et prodigué leurs conseils pendant cette semaine difficile.

Merci aussi à Stéphane Bédard et à toute l’équipe de soutien de l’aile parlementaire, à mes anciens conseillers aussi, notamment Christophe Fortier-Guay, qui m’ont aidé à reconstitué les agendas pour déposer le document synthèse de mardi retraçant toutes les dates et les résultats de chacune des missions.

Mes pensées vont vers les artisans de la présence internationale du Québec, les quelques 600 personnes qui, au MRI au commerce extérieur et dans le réseau, offrent aux Québécois un rendement remarquable et sous-estimé, et dont le travail fut mis à mal par des déclarations malheureuses.

Dans les interventions que j’ai faites, j’ai été content de pouvoir dire que pour chaque dollar investi dans le MRI et le commerce extérieur, trois dollars d’exportation étaient générée pour les entreprises québécoises. Un des meilleurs rendements économiques du gouvernement.

J’étais heureux de pouvoir faire savoir que les 600 salariés du MRI et du commerce extérieur avaient, en 2012-2013, accompagné et facilité la conclusion d’ententes générant 2500 emplois au Québec. Sans parler des milliers d’artistes, stagiaires, étudiants, scientifiques, organisations de coopération, pour lesquels le MRI est la colonne vertébrale logistique, l’ouvreur de porte, le garant de leur sérieux.

Des commentaires reçus, je remercie tous ceux qui ont soupesé les pour et les contre, les avantages et les inconvénients d’une intervention publique de défense de mon intégrité qui impliquait, bien sûr, de répéter les accusations pour pouvoir y répondre.

De tous les commentaires reçus et lus, le député de Rosemont que je suis a apprécié celui-ci, de Louise Savoie le 11 juillet, qui n’était pas complètement hors sujet:

Moi qui habite le comté de Jean-François Lisée, je peux témoigner de son intérêt pour ses électeurs. Les gens de mon secteur étaient aux prises avec un problème de bruit en provenance d’une école de métier et il nous a beaucoup aidé à régler ce dossier. Nous l’apprécions beaucoup.

Merci Mme Savoie. Cela nous ramène sur le terrain et indique qu’on peut, simultanément, aider Bombardier à vendre des avions au Sénégal et résoudre des cas de comtés. C’est d’ailleurs ce qui me passionne dans ce travail: aider, au quotidien, des citoyens à régler des problèmes immédiats et faire aussi bouger les choses au niveau métropolitain, national et international, pour le bien collectif québécois.

Un mot pour les chroniqueurs qui ont soutenu ma position. Les commentaires de Liza Frulla et d’Antoine Robitaille, du Devoir, et de Guy Simard, du 98,5 FM, entre autres, m’ont touché. L’appui sur Twitter d’Yves Boisvert de La Presse — souvent très critique à mon endroit — était important. Merci aussi à Tommy Schnurmacher, de CJAD.

Mais je dois donner la palme à celui qui, le premier et avec sa verve inimitable, a soutenu mon combat: Mathieu Bock-Côté du Journal de Montréal sur son blogue.

Merci surtout à Sandrine, qui est monté à la barricade avec moi et qui a réalisé son premier point de presse en carrière avec un aplomb et une détermination dont chacun a pu être témoin. Et chacun comprend maintenant pourquoi je ne laisse pas un océan nous séparer trop longtemps.

Ma lutte contre l’intimidation – pardon ! – contre la diffamation

Vous m’avez massivement, chers internautes, conseillé de poursuivre Christine Saint-Pierre pour les propos mensongers qu’elle a tenus sur moi, en impliquant ma vie familiale.

Je l’ai fait ce mardi, à Québec, en compagnie de ma conjointe Sandrine et de Stéphane Bédard, chef intérimaire du parti.

Voici la vidéo:


 

Voici la transcription du point de presse:

M. Bédard : (…) on est ici parce qu’il y a quelqu’un dont l’intégrité a été attaquée de façon purement malhonnête. Jean-François Lisée, que je connais personnellement depuis des années, qui est quelqu’un qui est dédié, qui est un homme honnête, intègre qui a toujours réalisé, peu importe les fonctions qu’il a faites, pour le bien commun, pour l’intérêt public. Dans les derniers jours, une ministre du gouvernement a tenté de détourner l’attention médiatique en attaquant de façon injuste et malhonnête le comportement de M. Lisée à l’époque où il était ministre en attaquant même sa vie familiale, et nous trouvons ces accusations totalement irresponsables. Donc, aujourd’hui, notre objectif, c’est de rétablir les faits et de souhaiter que Mme St-Pierre s’excuse le plus rapidement possible et rétablisse la réputation de M. Lisée.

À ce moment-ci, je demanderais à Jean-François de venir faire une déclaration en compagnie de Sandrine.

M. Lisée : Merci beaucoup, Stéphane. Vous me connaissez depuis un certain nombre d’années, je suis dédié au Québec, au bien commun. J’ai donné, pendant 18 mois, le meilleur de moi-même au ministère des Relations internationales et du Commerce extérieur. C’est un sujet qui me passionne. J’ai fait un grand nombre de missions. J’ai été très actif, beaucoup d’entreprises m’ont accompagné, des institutions, des artistes, pour faire avancer le Québec, pour la défense des intérêts du Québec.

Les fausses accusations de Mme St-Pierre

La semaine dernière, Christine St-Pierre a pris la décision de parler aux médias pour répéter sciemment plusieurs déclarations fausses à mon sujet. Elle a déclaré que j’avais fait 11 missions en France et que la France était ma seule priorité, car pour moi il n’y avait que la France a-t-elle dit.

C’est faux, et elle sait que c’est faux. J’ai fait cinq missions en France, dont une avec la première ministre, cinq pour les États-Unis, et six dans le reste du monde.

D’ailleurs, un de mes prédécesseurs, Pierre Arcand le libéral a fait davantage de missions en France que moi dans le même laps de temps.

Mme St-Pierre additionne délibérément mes missions en France et les cinq escales que j’ai effectuées à Paris lors de missions qui me conduisaient ailleurs et elle pose la question de la pertinence de ces missions : Est-ce que j’y allais pour des raisons personnelles parce que ma famille… une partie de ma famille y habitait ou pour l’intérêt supérieur du Québec? Elle connaît très bien la réponse.

Premièrement, chacune de ces missions est proposée, organisée et validée par le ministère des Relations internationales. Deuxièmement, les résultats de chacune de ces missions, résultats probants, sont disponibles, pour la plupart, sur le site Internet de son propre ministère. Et il est facile de compiler l’aspect strictement économique de la pertinence de ces missions, qui faisaient escale à Paris. Ces missions ont aidé 175 entreprises qui m’ont accompagné en Allemagne, en Afrique, en Chine ou au Japon à signer des contrats d’une valeur de 110 millions de dollars.

Mme St-Pierre affirme sans preuve — elle n’a aucune preuve, elle n’a aucun document, elle n’a aucun mémo, elle n’a aucun courriel, elle n’a aucune facture — elle affirme sans preuve que j’ai fait une mission d’un jour, pour faire ensuite une visite privée de quatre jours. C’est une invention pure, cela n’existe que dans son imagination.

La ministre a déclaré aux journalistes qu’elle avait demandé des vérifications à son ministère et certains d’entre vous et de vos collègues lui ont dit : Mais, Mme St-Pierre, pourquoi est-ce que vous nous parlez maintenant? Si vous avez demandé des vérifications, pourquoi ne pas attendre les faits avant de parler aux médias? Elle a donné plusieurs entrevues. Un ministre responsable et respectueux d’autrui ne devrait-il pas attendre d’avoir des preuves, si elles existent, avant d’accabler qui que ce soit — un parlementaire, un ministre, un citoyen, qui que ce soit — sur la place publique?

J’ai la conviction, la conviction, parce que je connais l’efficacité des extraordinaires équipes du ministère des Relations internationales, que Mme St-Pierre a obtenu les réponses à ses questions avant même qu’elle s’adresse aux journalistes.

D’ailleurs, il n’a fallu à une de vos collègues de la presse qu’un coup de téléphone, un coup de téléphone hier, pour parler à une responsable des missions, qui lui a dit que tout était irréprochable en ce qui me concerne. J’ai la conviction aussi que la raison pour laquelle Mme St-Pierre fait ces allégations mensongères sans aucune preuve, c’est qu’elles n’existent pas et qu’elle sait qu’elles n’existent pas.

La vie familiale

Vous savez, il y a une règle non écrite dans la politique et les médias québécois : on ne touche pas à la vie familiale des élus. Or Mme St-Pierre a franchi cette ligne rouge à toute vapeur, en faisant de ma vie familiale un sujet de discussion publique, comme si c’était quelque chose de répréhensible ou de mystérieux.

Alors, exceptionnellement, j’ai demandé à ma conjointe Sandrine d’être à mes côtés aujourd’hui. C’est elle et nos deux enfants — et bientôt un troisième — qui font qu’on traverse l’Atlantique pour se voir l’un l’autre.

On s’est connus il y a huit ans, à l’Université de Montréal. Sandrine poursuivait ses recherches. On a décidé de vivre ensemble et d’avoir des enfants. Puis Sandrine a été recrutée pour le travail qu’elle convoitait depuis plusieurs années et qu’elle adore à une fonction dans un centre de recherche très prestigieux à Sciences Po Paris.

Alors, on a fait le pari de réussir notre projet de vie commune malgré le fait que nos carrières respectives allaient nous entraîner trop souvent l’un de l’autre. Alors, depuis, Sandrine fait tantôt de longs séjours à Québec, tantôt de longs séjours en France, et on s’adapte, et on se rejoint. On est devenus un peu des experts de la conciliation travail-famille entre deux pays sans que ça coûte un sou au contribuable. Et on trouve inacceptable que notre vie familiale soit utilisée par une politicienne pour tenter de salir ma réputation.

Une poursuite en diffamation

Mme St-Pierre sait comment une poursuite en diffamation va se terminer. Les faits, les témoignages, les documents vont lui donner tort et me donner raison. Je lui demande donc d’émettre d’ici une semaine une rétractation complète de ses allégations et d’exprimer ses excuses envers ma famille. Sinon j’engagerai une poursuite en diffamation.

Je sais que, dans ma situation, cette poursuite va me coûter à moi personnellement plusieurs dizaines de milliers de dollars, une grosse somme. Dans un monde idéal, Mme St-Pierre, et je lui lance le défi, Mme St-Pierre devrait refuser de se faire rembourser les frais de sa défense par les contribuables. Moi, je suis prêt à payer de ma poche, car l’intégrité est une vertu cardinale.

Mon intégrité

La journaliste Annabelle Blais de La Presse a épluché tous mes comptes de dépenses pendant toutes mes missions. Elle n’a rien trouvé à redire. Quand j’étais conseiller de M. Parizeau et de M. Bouchard pendant cinq ans, je sais que les recherchistes libéraux ont beaucoup cherché une facture mal placée. En vain. Il n’y en avait pas. Je me suis présenté en politique en août 2012, pour l’indépendance, bien sûr, mais aussi parce que j’estimais intolérable qu’un gouvernement comme celui de M. Charest qui avait laissé croître la corruption soit réélu.

Alors, s’attaquer à mon intégrité constitue une offensive frontale sur ce que j’estime essentiel. Entraîner ma vie familiale dans le débat public est une faute inacceptable. Il faut que les propos mensongers et diffamatoires de Mme St-Pierre soient sanctionnés. Ce n’est pas vrai qu’on peut salir une réputation et s’en sauver. C’est le combat que je vais mener. Maintenant, Sandrine voudrait vous dire quelques mots.

Intervention de Sandrine:

Mme Perrot (Sandrine) : Bonjour. Si je suis exceptionnellement ici aujourd’hui, c’est parce que c’est notre vie privée, notre vie familiale qui a été mise sur la place publique cette semaine par la ministre pour porter de fausses accusations contre Jean-François.

Et donc, il me semblait d’abord important d’être à ses côtés et de le soutenir dans ce dossier, qui vise à mettre en doute son intégrité et sur lequel je le sais irréprochable. C’est vraiment un point sur lequel Jean-François est très vigilant. C’est aussi une valeur à laquelle je tiens beaucoup, et ni lui ni moi n’aurions accepté que des fonds publics soient utilisés pour notre vie privée.

Et puis je tenais à dire aussi et peut-être surtout, en tant que mère, que je suis profondément choqué que notre vie familiale ait pu être utilisée à des fins purement politiciennes.

La ministre a dit des faussetés, elle a mis notre famille sur la place publique sciemment, en espérant des gains politiques et sans égard, sans respect pour notre couple, pour notre famille, pour nos enfants. Elle a sous-entendu, par ses questions, que notre vie privée pouvait être répréhensible d’une façon ou d’une autre. Elle ne l’est pas. Ce sont des accusations gratuites, et pour ça il me semble que se rétracter ou nous présenter ses excuses est vraiment la moindre des choses. Merci.

Période de questions

Le Modérateur : Donc, merci, Mme Perrot. Merci, M. Bédard, M. Lisée. Donc, on irait avec la période de questions. Une question et une sous-question, s’il vous plaît. Alors, on va débuter par le micro de gauche. Mme Prince, TVA.

Mme Prince (Véronique) : Bonjour, M. Lisée, Mme Perrot, Stéphane Bédard. M. Lisée, je voudrais savoir, pour ce qui est des escales, parce que j’ai voulu poser la question à Mme Chevalier hier, mais elle n’a pas retourné notre appel. Alors, je vais vous reposer cette question-là. Pour ce qui est des escales que vous avez faites en France, est-ce qu’il a pu y avoir un sou de déboursé par les contribuables? Est-ce qu’il y avait, par exemple, un chauffeur du délégué qui était emprunté? Est-ce qu’il y avait du personnel politique qui pouvait vous attendre et qui était payé en attendant que vous veniez les rejoindre à la mission?

M. Lisée : Alors, je vous remercie de la question. Alors, je dépose aujourd’hui une série de documents qui donnent toutes les dates, chacune des missions, les résultats de chacune des missions, et voici comment ça se passe.

Lorsque je faisais une mission en France, évidemment, c’était normal. Lorsque j’allais en Afrique… En Afrique, on passe toujours par Paris. Alors, on est passés par Paris. Lorsque j’allais en Chine et au Japon, j’ai posé la question. J’ai dit : Est-ce que ça coûte plus cher d’aller par Paris que non? Pour le Japon, on m’a dit : C’est le même prix. Pour la Chine, on m’a dit : C’est 2 000 $ de moins, 2 000 $ de moins.

Dans un cas, je suis allé à Londres et j’ai dit : Est-ce que ça coût plus cher? Moi, j’irais à Londres, je ferais ma mission. Je prendrais le train pour Paris, que je paierai, puis je reviendrais de Paris. Est-ce que c’est plus cher? On dit non. J’ai dit : Si c’est plus cher, je vais payer. On dit : Non, c’est le même prix. Alors, à chaque fois… d’ailleurs, à la délégation, ils commençaient à me trouver un peu fatiguant avec ces questions-là, parce que je répétais constamment ça.

Alors, lorsque j’étais à Paris et que je voulais me rendre à Chartres, parce que la maison, elle est à Chartres, à 1 h 30 min de Paris, je disais : Est-ce que le chauffeur est disponible?  Si oui, est-ce que je peux l’utiliser, et facturez-moi tous les frais; ce qu’ils ont fait, ce que j’ai remboursé. Lorsque le chauffeur n’était pas disponible, je prenais mon billet de train et j’y allais tout seul… tout seul.

La portion privée, elle est seule, je n’ai pas besoin de personne, je n’ai pas besoin d’attaché politique, ou de garde du corps, ou de quoi que ce soit parce que je vais rejoindre ma famille en France.

Et ce qui est extraordinaire… Et si vous me posez la question… parce que vous ne le savez pas, vous ne le savez pas parce que la ministre qui vous a parlé n’avait rien à vous donner. Mais c’est extraordinaire pour une ancienne journaliste, en plus. Aller à la télé sans preuve, vous ne feriez pas ça. Aucun d’entre vous ne ferait ce que Christine St‑Pierre a fait : vous présenter devant une caméra, faire des accusations sans la moindre preuve. Vous seriez virés. Vous seriez virés, comme journalistes, si vous aviez fait ce que Christine St‑Pierre a fait la semaine dernière.

Mme Prince (Véronique) : Ma deuxième question : N’était-il pas prévisible que ça viendrait à un moment donné sur la place publique? Si vous inversez les rôles, et que vous vous mettez à la place de Christine St‑Pierre, et que vous vous apercevez que votre prédécesseur, il a eu quelques escales comme ça, est-ce que vous-même n’auriez-vous pas entamé des vérifications sur le prédécesseur? Et, éventuellement, il y a quand même toujours des chances que ça devienne public. Vous savez comment ça fonctionne. Donc, à ce moment-là, est-ce que vous n’auriez pas été plus prudent de prendre l’initiative de dire… de l’annoncer vous-même?

M. Lisée : Moi, mon intégrité, elle est sans faille. J’ai prêté un serment, O.K.? Et donc je présume de l’intégrité de tous. Je n’ai pas fait de vérification pour mes prédécesseurs, je présume de leur intégrité.

Quand j’ai fait les crédits de l’année précédant notre élection, j’ai posé des questions, les fonctionnaires m’ont donné des réponses. Je n’ai pas cherché, mais j’ai vu qu’il n’y avait rien qui méritait qu’on s’y attarde sauf la double comptabilité qu’on avait trouvée sur les missions. Ça, évidemment, on les a trouvés, mais ce n’était pas l’intégrité d’une personne en particulier. Je ne rentre pas là-dedans en détail (aujourd’hui)…

Enfin, ma réponse, c’est : Je ne pouvais pas présumer du caractère activement malveillant de Christine St‑Pierre. Non, on ne pouvait pas présumer qu’un ministre qui doit représenter les relations internationales du Québec prenne la décision de dénigrer son propre ministère en faisant des interventions publiques sur le fait qu’il y aurait peut-être, se pose-t-elle la question, des missions bidon. Non. C’est à l’extérieur du sens de l’État. Je veux dire, c’est une opération qui est répugnante.

Le Modérateur : Merci beaucoup. Martin Ouellet de LaPresse canadienne.

M. Ouellet (Martin) : Bonjour, madame. Bonjour. Vous reconnaissez donc qu’il y avait quand même une partie privée, une partie personnelle, lors de vos fréquents passages dans la capitale…

M. Lisée : Je l’ai toujours dit, et c’est le cas de beaucoup de ministres, ou de gens d’affaires, ou de journalistes qui vont à l’étranger en mission et qui, ensuite, prennent quelques jours, c’est une pratique courante.

M. Ouellet (Martin) : D’accord. Et vous avez utilisé les services du chauffeur. C’est ce que je comprends.

M. Lisée : J’ai utilisé les services du chauffeur, j’ai remboursé la totalité des frais. Lorsqu’il n’était pas disponible, je prenais le train.

Journaliste : Est-ce qu’on a des documents qui nous démontrent que vous avez remboursé ces frais-là, juste au niveau technique? Est-ce que… et c’est quand, vous l’avez… vous avez remboursé ces frais-là?

M. Lisée : Ces documents-là, si Mme St-Pierre ne se rétracte pas, on les déposera pendant la poursuite.

Journaliste : Vous n’avez pas l’intention de le faire tout de suite?

M. Lisée : On les rendra publics… Écoutez, elle n’avait aucun document, aucun, et c’est elle qui fait l’accusation. Eh bien, moi, je vous dis que je peux faire la démonstration très facile, ma carte de crédit, un transfert bancaire, etc., que, dans des délais courts, lorsqu’on m’a présenté une facture, je l’ai réglée.

Journaliste : Et ça représentait quel montant, toutes ces dépenses personnelles là…

M. Lisée : Bien, écoutez, il y a…

Journaliste : …qui ont pu être facturées par le MRI?

M. Lisée : …un billet de train de Londres, etc. Je n’ai pas fait le calcul, là.

Journaliste : Et tout ça, c’est payé?

M. Lisée : Tout ça, c’est payé. Évidemment que c’est payé.

Journaliste : Mais il faut se fier à votre parole parce que vous n’avez rien à nous donner aujourd’hui pour…

M. Lisée : Écoutez, tu sais, c’est comme le fameux journaliste qui dit : Quand avez-vous cessé de battre votre femme? Tu sais, c’est au journaliste de faire cette démonstration. Alors là, il y a une accusation qui est portée. C’est la parole de Mme St-Pierre, qui n’est pas très bonne, qui a des antécédents, sans preuve. Elle porte des accusations sans preuve.

Le Modérateur : Merci. Micro de gauche. Louis Gagné, QMI.

M. Gagné (Louis) : Bonjour, M. Lisée, madame, M. Bédard. M. Lisée, vous réfléchissez depuis quelques semaines à la possibilité de vous lancer dans la course à la direction de votre parti. Sachant qu’une telle course donne parfois lieu à certains coups bas, des échanges d’information entre les différents camps, est-ce que ça pourrait modifier votre réflexion un peu ou refroidir votre ardeur éventuellement pour vous présenter après ce que vous avez vécu ces derniers jours?

M. Lisée : Bien, ça, la réflexion, on la partage ensemble, on est en train de la faire. Elle n’est pas terminée. Et ce n’est pas la malveillance d’une ministre libérale qui va y changer quoi que ce soit.

M. Gagné (Louis) : Et est-ce que vous croyez… Bon, vous dites que… vous l’accusez de salissage, d’avoir voulu nuire à votre réputation. Est-ce que c’est à un futur candidat à la direction, peut-être un futur chef, d’après vous, qu’elle s’en prenait ou…

M. Lisée : Vous savez, elle s’en est prise à un poète [Fred Pellerin], elle s’en est prise à la première ministre, alors je ne pense pas que j’ai un traitement spécial. C’est dans sa nature.

M. Bédard : Puis permettez-moi de vous dire qu’on n’est pas non plus dupes, là, ou naïfs. On connaissait le contexte où le gouvernement est encore pris, après quelques mois, avec des problèmes éthiques majeurs. Alors, de tenter de détourner l’attention par rapport à des affirmations qui étaient fausses, c’était une bonne… une mauvaise façon… peut-être une bonne façon libérale, mais une mauvaise façon de sortir du guêpier dans lequel ils sont actuellement. Donc, on voulait être clairs, transparents, comme M. Lisée l’a été aujourd’hui avec Sandrine. Puis ce qu’on souhaite maintenant, c’est que le gouvernement ait un début de franchise par rapport à ce qui se passe avec le cas de M. Bolduc.

Le Modérateur : Merci. Simon Boivin, Le Soleil.

M. Boivin (Simon) : Bonjour, M. Lisée. Vous dites que vous avez demandé à ce qu’on vous facture lorsque le chauffeur a été utilisé. Est-ce qu’il est arrivé qu’on ne vous facture pas? À votre connaissance, est-ce qu’il est possible que le délégué, à un moment ou à un autre, ait décidé de dire : Non, ça, on laisse passer? Est-ce que ça peut arriver?

M. Lisée : Écoutez, le professionnalisme des gens du ministère des Relations internationales, c’est remarquable, leur énergie, c’est remarquable. Alors, non, je suis sûr que tout a été facturé, parce que ces gens-là sont très éthiques, ils savaient que j’étais très vigilant sur l’éthique, et il ne fallait pas en laisser passer une.

Et je vais dire une chose, là, pendant que Mme St-Pierre dénigre le ministère des Relations internationales, une chose qui est peu connue, là, c’est que pour chaque dollar qu’on investit — quand j’étais ministre des Relations internationales et du Commerce extérieur — il y a trois dollars d’ententes commerciales qui sont signées par année. Le rendement du MRI et du Commerce extérieur pour le Québec, là, c’est du 3 pour 1. En un an, quand j’étais ministre, ces contrats-là ont créé 2 500 emplois au Québec. Ça veut dire qu’il y a à peu près 600 fonctionnaires au MRI qui créent chaque année à peu près 2 500 emplois. C’est ça qu’il faut dire aux gens quand on est ministre des Relations internationales, ce n’est pas dénigrer les missions ou l’organisation des missions.

Journaliste : Vous avez dit que M. Arcand était allé de façon plus fréquente que vous…

M. Lisée : Oui.

Journaliste : …est-ce que vous avez les chiffres? Est-ce que vous pouvez nous donner…

M. Lisée : Il est allé six fois… en 18 mois, il est allé six fois en France. Moi, je suis allé cinq fois.

Journaliste : Pour six missions à Paris ou six missions en escales?

M. Lisée : En France, en France, sans escales. Je n’ai pas compté les escales. C’est ridicule de compter les escales. Vous imaginez! Vous mettriez ça dans un papier : M. Arcand est allé neuf fois en France parce qu’il est allé en Afrique et il est passé par Paris. Ça ne vous traverserait pas la tête de dire une chose pareille.

Journaliste : Et on comprend que si Mme St-Pierre se rétracte, il n’y aura pas de poursuite.

M. Lisée : Si la rétractation est à ma satisfaction, si elle fait des excuses auprès de ma famille, il n’y aura pas de poursuite.

Le Modérateur : Merci. M. Robitaille du Devoir.

M. Robitaille (Antoine) : En dévoilant la double comptabilité que vous prétendez qui existe, là, au ministère, n’avez-vous pas vous-même, en premier, dénigré votre ministère?

M. Lisée : Bien non, parce que j’ai bien dit que les fonctionnaires avaient fait ça à leur corps défendant, que ça avait été une décision du chef de cabinet du ministre libéral de l’époque, et que les fonctionnaires avaient été très catastrophés de ça, et c’est pour ça qu’ils nous l’ont dit. Et je ne l’ai pas prétendu, je l’ai démontré et j’ai bien montré les fausses factures. Il y avait une vraie facture pour le remboursement par le Conseil du trésor et il y avait une fausse facture pour mentir aux journalistes et pour mentir aux parlementaires, aux crédits. Et nous, on a rétabli la réalité. Alors, c’était mon devoir de ministre et de transparence de dire qu’on allait corriger cette situation-là, et les fonctionnaires en étaient très contents.

M. Robitaille (Antoine) : Est-ce qu’il n’y a pas des fonctionnaires à l’interne qui peuvent se sentir accusés de complicité là-dedans et qui peuvent vouloir vous remettre la monnaie de votre pièce?

M. Lisée : Ils étaient très… non, ça ne vient pas des fonctionnaires, c’est une commande politique de Mme St-Pierre, c’est très clair. Et comme vous le savez aussi, il n’y a pas de ministres qui font des sorties sans l’aval du bureau du premier ministre. Alors, on est dans le politique, là.

Le Modérateur : Merci. Le micro de droite, Gilbert Lavoie du Soleil.

M. Lavoie (Gilbert) : Oui. Bonjour, M. Lisée. Vous le savez, la majorité des poursuites en diffamation se terminent en règlement à l’amiable dont on ne connaît pas la teneur. Est-ce que vous avez l’intention, si vous devez engager une poursuite, à vous rendre d’une intention ferme jusqu’à une décision du tribunal?

M. Lisée : Bien, moi, qu’il y ait une entente ou une décision, je veux que, publiquement, Mme St-Pierre admette qu’elle a dit des faussetés.

M. Lavoie (Gilbert) : Donc, il n’y aura jamais d’entente à l’amiable si elle n’accepte pas de dire publiquement qu’elle a dit des faussetés?

M. Lisée : Ah! Ça, c’est clair. Enfin, c’est clair. Tu sais, elle a causé un dommage public, alors il faut qu’il y ait une réparation publique.

M. Lavoie (Gilbert) : Merci.

Le Modérateur : Merci. Jacques Létourneau, du Huffington Post.

M. Létourneau (Jacques) : Bonjour, M. Lisée. Est-ce que j’ai compris que le garde du corps ne vous suivait pas à Chartres?

M. Lisée : Effectivement. Non, quand on est à l’étranger, lorsqu’il y a un problème de sécurité, c’est la police locale qui nous suit. C’est arrivé à New York ou… etc., bon, ils sont très tatillons. Mais, sinon, en France, moi, je n’ai jamais eu de garde du corps avec moi.

M. Létourneau (Jacques) : Donc, pas du tout en France, ni à Paris ni à Chartres?

M. Lisée : Pas du tout, non, non, sauf lorsque la première ministre était là, bien sûr, pour sa sécurité à elle, oui.

M. Létourneau (Jacques) : Parfait, merci.

Le Modérateur : Merci.

M. Lisée : Et puis Sandrine est ceinture marron de karaté.

Le Modérateur : Nicolas Vigneault, Radio-Canada.

M. Vigneault (Nicolas) : M. Lisée, si jamais on découvre des choses à la suite de vérifications additionnelles et que Mme St-Pierre arrive avec certaines preuves, vous engagez-vous à rembourser ces sommes-là au ministère?

M. Lisée : Bien, j’ai tout remboursé. Ça n’arrivera pas. Je veux dire, si ça existait, on le saurait! Pensez-vous que, si Mme St-Pierre avait la moindre preuve, elle l’aurait pas donnée? L’étude des crédits au MRI, ça s’est fait à la mi-juin. Elle a posé des questions à la mi-juin. S’il y avait des preuves, elle les aurait eues dans les jours qui… Moi, quand je demandais quelque chose au ministère des Relations internationales, en 24 heures, je l’avais, en 24 heures. Alors, c’est sûr que ça n’existe pas.

M. Vigneault (Nicolas) : Mais pourquoi ne savez-vous pas combien vous avez remboursé? Vous dites : J’ai tout remboursé, mais vous ne savez pas combien.

M. Lisée : Bien, j’ai remboursé à mesure, à mesure.

M. Vigneault (Nicolas) : Vous devez avoir…

M. Lisée : Écoutez, là, si vous voulez… Regardez, elle a fait les accusations vendredi. On est mardi, O.K. Au procès, s’il y a procès, je ferai sortir toutes mes cartes de crédit puis je ferai tous les trucs, là.

M. Bédard : C’est comme… vous demandez, si vous avez un compte de dépenses : Ça a été quoi dans le dernier mois? Vous, comme journaliste, vous avez rencontré quelqu’un. Écoutez, c’est évident. Et, si quelqu’un, s’il y avait même simplement une rumeur à l’effet que de l’argent public aurait servi à des fins personnelles, c’est évident que le Conseil du trésor aurait eu cette rumeur-là pour une période de 18 mois. En aucun temps, en aucun temps — et je suis assez bien placé pour vous le dire — on n’a remis en doute les dépenses du ministère, de quelque nature qu’elles soient.

Donc, je suis très bien placé pour vous dire que ces accusations sont malveillantes, dans un but de nuire, à une fin qui est purement politique : c’est celui de distraire. Et que, s’il y avait eu… Imaginez-vous, lors de l’étude des crédits, pendant les deux heures que les libéraux ont des questions, s’il y avait eu une seule vraie accusation, elle aurait été portée par les députés libéraux, à l’époque, qui, souvent, vont faire la plante verte lors de l’étude des crédits. Alors, ce n’est pas vrai qu’on va tomber dans le stratagème du gouvernement libéral, qui est pris, encore une fois, avec un problème éthique important sur les bras et il ne sait plus quoi faire pour s’en sortir. Il est allé jusqu’à attaquer la famille d’un politicien, puis d’un homme qui a une carrière politique, mais une carrière aussi au service de la société. De tomber aussi bas, je ne pensais pas avoir l’occasion de vivre ça, là, du temps de ma vie politique.

English questions

Le Modérateur : Merci. Micro de gauche, merci de vous présenter.

Mme Wheeler (Marika) :Marika Wheeler, CBC. Can I ask you to explain what you’re announcing today, please?

M. Lisée : As you know, I’ve spent a good part of my life in journalism, as an advisor to two premiers and, for 18 months as Minister for International Affairs and External Trade. I gave it my best, I always worked for the benefit of Québec. Integrity issues have been  causes that I’ve championed over the years and, of course, have been at the core of my willingness to be in the public domain.

Last week, a Liberal Minister decided to show up in front of reporters without any document, without any proof and to cast doubt on my integrity related to my family life. It is unacceptable, she made statements that are flat wrong on the facts. She said I was 11 times in missions to France and I only had France in mind as a Minister. I went five times in missions to France, five times for the United States and six times elsewhere. In fact, one of her colleagues, Pierre Arcand, went more times in missions in France for a similar period than I.

And then, she said I went one day for a mission and four days for a private stay. That’s a figment of her imagination. Again, no corroborating evidence on her part and she’s trying to compound stopovers that I made in Paris to go to Africa or China or Japan to say that these missions may not have been pertinent. They netted 110 million dollars in contracts for Québec companies, these missions with stopovers in Paris, because you have to stop over somewhere and in each instance, I asked if there was more costs. In fact, there were none. In fact, it was less expensive to go to China through Paris, maybe at that time of year or of that stay, I don’t know, than it would have been to go through Vancouver. And, in fact, I didn’t say that in French, in fact, my family helped the government to save money, because twice I came back with my family on economy…

Une voix : Yes.

M. Lisée : Yes… on the economic side of the plane, so it was less costly than what really is granted to a minister and one of these planes, they didn’t understand why the minister was in economic class and not in business class.

So, you know, it’s insulting, it’s insulting to my family. As I explained, Sandrine and I met in Montréal. She’s a researcher, specialized in Africa. She’s doing research. We decided to live together, to have children. And then she was offered one of the best jobs she could have in her field at Sciences Po Paris, and so we decided to try to make this work and still have a family by crossing the Atlantic with no cost to the public before I was a minister, after I’m a minister. So, this… you know, to have our family life brought into the public debate, again without any proof of any sort, is unacceptable.

So, I’m asking the minister to issue a full retractation… Is that a word?

Journaliste : Retract her statements.

M. Lisée : So, I’m asking the minister to make a full… to retract fully her statements by this time next week and to issue an apology to my family… which I will start a suit for defamation, slander.

Journaliste : You mentioned this to my colleague in French, but how serious of an apology do you need? Because you seem to say that you have to deem the apology to be fulfilling to…

M. Lisée : Well, I say the apology she wrote for Fred Pellerin, when she slandered him, and that’s not good enough because she basically reiterated what she had said the first time. So, it has… I’ll know it… You’ll know it when you’ll see it, if it’s a real retraction or not.

Journaliste : Mme Perrot, can I ask you why it was important for you to come today?

Mme Perrot (Sandrine) : Well, if I’m here today, that’s because this is our private life, our family life that was in the public sphere just to attack in public the reputation of Jean-François. And so, it seemed important to me to be with Jean-François today on this issue of integrity, on which I know that he’s really beyond reproach. And I also really wanted to say that I was shocked that my family could be used for political purposes. And so I think it’s really necessary, for the minister, just to retract and to present an apology to our family.

Journaliste : Thank you.

Une voix : Merci beaucoup, mesdames et messieurs. Bonne journée.

M. Bédard : Merci.

Leadership: Il est urgent d’attendre

Cher Journal,

Ce jeudi 10 avril était jour de retrouvailles et de premiers bilans, à Québec, dans le PQ de l’après-défaite. Premier conseil des ministres, caucus de tous les candidats, puis caucus des 30 députés élus.

Que retenir de ces discussions, sans révéler les secrets du huis clos ? D’abord, un grand désir de comprendre l’échec, ses raisons, le message des Québécois. Désir de faire le tri entre la perception et la réalité, le brouhaha médiatique et les tendances de fond.

Dans la prise de parole, généreuse, des ex-candidats, les témoignages du terrain abondent, les réactions des citoyens, leur évolution selon les événements de la campagne, les joies et les frustrations, les couacs et les incompréhensions. Et les questions. Plein de questions.

Des constats émergent:

D’abord, l’impérieuse nécessité de prendre le temps nécessaire pour bien tirer les leçons de la campagne de 2014.Tant sur le discours de fond que sur les problèmes tactiques et d’organisation.

Ensuite, le sentiment du devoir accompli, pendant les 18 mois de pouvoir, sur tous les fronts et le constat que le gouvernement Marois n’est tombé ni sur son bilan, ni sur son programme, ces deux éléments ayant pour l’essentiel été évacués de la campagne.

Puis, le respect, l’admiration, l’affection de tous envers Pauline Marois, qui a dirigé les débats de ce dernier jour avec la franchise, l’ouverture et l’écoute qui la caractérisent.

Finalement, les témoignages sur la force militante présente dans chaque circonscription, en nombre souvent record, et la volonté des candidats défaits de poursuivre leur engagement, de ne pas, donc, prendre des quartiers d’hiver pour quatre ans. Une grande détermination malgré l’échec. Une volonté d’unité.

Avec la presse

C’était la première rencontre post-défaite avec la presse parlementaire aussi. Chacun a précisé sa pensée. Voici ce que j’ai dit:

R. La première chose à dire, c’est que la pire chose à faire, c’est de commencer une course au leadership tout de suite. C’est la pire chose à faire.

Les Québécois nous ont dit des choses très fortes, très importantes, il faut les écouter, il faut savoir ce que ça signifie et il faut débattre entre nous et avec les militants de ce que cela signifie pour la suite. Moi, je pense qu’il faut laisser passer plusieurs saisons, plusieurs saisons, avant une course au leadership.

Alors moi, je ne me prépare pas. Je me prépare seulement à participer aux débats sur la signification de ce vote et de ce que cela doit donner pour la suite. Une fois qu’on aura eu ce débat entre nous, et qu’on aura dégagé des pistes, on se posera la question de savoir qui est la meilleure personne pour diriger le Parti Québécois dans cette phase-là.

Q. : Donc pas avant l’an prochain ?

R. : Je dis plusieurs saisons. On en discutera entre nous. Ce n’est pas à un individu de dire ces choses-là. On a plusieurs rencontres aujourd’hui, on en aura d’autres. On va voir les militants, le Conseil national, et on décidera ça collectivement.

Q. : Vous savez bien que plusieurs personnes vont commencer à se préparer pis que la course a commencé.

R. : La course est dans les journaux. Je lis des choses à mon sujet que j’apprends dans le journal. Je sais que vous allez tous spéculer et c’est ça votre rôle. Notre rôle à nous, des élus du Parti Québécois et des responsables, c’est d’assurer une discussion ouverte, franche, lucide, à l’écoute des Québécois et, ensuite, voir quelle est la meilleure personne pour diriger.

Q. : Est-ce que mettre autant l’emphase sur la charte a été une erreur M. Lisée ?

R. : Je ne pense pas. Sur la question de la charte, chacun sait que moi, mon grand combat, c’était pour la clause grand-père. C’est-à-dire que je considérais que, une fois que l’on avait fait ce débat interne de la configuration de la charte – plusieurs configurations étaient possibles, mais la configuration proposée à la fin faisait consensus – la grande question c’était : est-ce qu’elle devrait s’appliquer aux employés actuels ou seulement aux nouveaux employés?

Moi, j’étais de ceux, et nous étions nombreux, qui croyaient que la transition devait être beaucoup plus longue. Vous m’avez souvent entendu utiliser ce mot-là, « transition ». C’était la discussion que nous avions à l’interne, de savoir si ça devait ou non s’appliquer aux employés actuels.

Pour le reste, je pense que la majorité des Québécois voulaient la charte. Donc, l’autre question, c’est le poids relatif de ce débat-là à l’intérieur de l’élection.

Le choix de Stéphane Bédard

Finalement, en soirée, les 30 élus se sont réunis pour se choisir un chef intérimaire. Après deux heures de discussion, un choix unanime: Stéphane Bédard.

D’abord pour un mélange de jeunesse — 46 ans — et d’expérience — député depuis 16 ans. Ensuite, pour un signal de solidité, d’efficacité, de discipline. Les élus du Parti québécois se sont donné un chef intérimaire d’une grande force intérieure, d’une grande autorité naturelle.

Est-ce l’homme qu’il faut pour changer le ton des débats à l’Assemblée, lui qu’on sait pugnace et combatif ? La fonction créant l’organe, Stéphane fut longtemps leader parlementaire, donc assigné à la tâche de celui qui mord. Il a hâte — il nous l’a dit — de sortir de ce rôle pour assumer un leadership plus consensuel. Il doit avoir ça quelque part dans son code génétique, car son père, l’ex-ministre Marc-André Bédard, était la gentillesse incarnée.

Une bonne journée de travail

Ce jeudi 10 avril était un passage obligé, pas nécessairement facile, dans la route du PQ vers sa nouvelle étape. La journée fut bien menée, mesurant la difficulté, entamant la discussion, dégageant du temps pour la réflexion, désignant un capitaine intérimaire à la main sûre et aux idées claires.

Voilà, cher journal, pour cette première page de mon journal de député,

Jean-François