Ce n’est pas un secret, les membres du gouvernement Couillard se promènent de ministère en ministère avec de grands couteaux pour tenter de réduire rapidement les dépenses publiques.
Ils le font avec un empressement tel qu’ils ont, temporairement, mis en péril l’ouverture de garderies qui attendaient leurs premiers poupons. Heureusement, ils se sont ravisés.
D’autres décisions prises ces jours-ci n’auront cependant pas une telle visibilité et pourraient n’apparaître que le 3 juin, lors du dépôt du budget et du livre des crédits.
C’est pourquoi un grand nombre de groupes sont inquiets de ce qui pourrait leur arriver. C’est le cas de tous ceux qui sont intéressés par l’Itinérance et des 3000 groupes communautaires qui aident, au quotidien, les Québécois les plus fragiles.
Dans les deux cas, le gouvernement du Parti québécois avait largement consulté, puis défini et annoncé des politiques raisonnables, chiffrées, budgétées et applaudies. Il s’agissait non seulement de mieux coordonner et financer les actions, mais d’intervenir en amont des problématiques pour, à terme, obtenir de meilleurs résultats à moindre coût pour la société, l’État, les contribuables.
La tentation doit être très forte, ces jours-ci au Conseil du Trésor, de faire des économies de court terme en éliminant ou réduisant fortement les engagements que notre gouvernement avaient pris. Ce serait une erreur.
Ce serait économiser un dollar aujourd’hui pour en payer 10 demain. Ce serait aller à contre-courant d’un consensus général sur une action nécessaire en itinérance et sur une consolidation du travail des 3000 groupes en santé et services sociaux.
Ce serait aussi rompre un engagement pris il y a exactement un an par les députés du PLQ qui se sont joints à leurs collègues des autres partis pour adopter à l’Assemblée nationale une motion unanime réclamant le « rehaussement du financement des organismes d’action communautaire autonome en santé et services sociaux. »
Pour mémoire, voici les éléments des deux politiques: La solidarité, une richesse pour le Québec, dévoilée le 30 octobre 2013, puis la Politique de lutte à l’itinérance, dévoilée le 27 février, et dont les sommes étaient prévues pour l’exercice financier débutant le premier avril dernier:
Solidarité:
QUÉBEC, le 30 oct. 2013 – Dans le cadre du document d’orientations et d’initiatives La solidarité : une richesse pour le Québec, la première ministre du Québec, Pauline Marois, a annoncé la mise en place d’initiatives ambitieuses et structurantes nécessitant un investissement additionnel de 320 M$ d’ici 2017.
Ces mesures permettront d’agir sur trois plans : le soutien aux personnes seules, le soutien aux aidants et la préparation de l’avenir.
Ainsi, des mesures permettant d’agir auprès des personnes ont été annoncées afin d’améliorer leurs conditions de vie, de faciliter leur participation au marché du travail, de favoriser leur inclusion sociale et de soutenir les familles et les enfants :
- la bonification de l’aide financière aux personnes seules prestataires de l’aide sociale
Les personnes seules, prestataires de l’aide sociale, sont les personnes les plus pauvres de notre société, particulièrement celles ne bénéficiant pas d’aide au logement. La hausse constante du coût des loyers fragilise leur situation. Pour couvrir leurs dépenses liées au logement, leurs prestations d’aide sociale augmenteront de 20 $ par mois à compter du 1er février 2014. La hausse se poursuivra sur trois ans pour atteindre 50 $ par mois le 1er janvier 2017. Cette bonification profitera à près de 60 000 prestataires, et représente un investissement de 71,4 M$ d’ici 2017. - le déploiement du plan d’action Un Québec fort de son immigration
Ce plan d’action agira sur plusieurs fronts, soit une meilleure sélection des candidats, plus de francisation et un soutien aux employeurs et aux régions pour faciliter l’intégration. Ce plan d’action relance la promotion des services de francisation et hausse l’offre de cours à temps complet afin d’augmenter la maîtrise du français et de favoriser l’insertion professionnelle. Son budget total est de 57 M$ d’ici 2017, dont 13 M$ additionnels en francisation. - l’encadrement des conditions de travail des travailleuses domestiques
Un projet de loi sera élaboré pour assurer une plus grande protection aux travailleuses domestiques et corriger les inégalités qu’elles vivent. Le projet de loi s’inscrit en cohérence avec les standards internationaux les plus élevés en matière de conditions de travail décentes pour ces travailleuses. - l’encadrement des agences de placement temporaire
Le gouvernement procédera, au cours des prochains mois, à l’encadrement des agences de placement temporaire pour assurer une plus grande protection aux personnes y travaillant. Ces mesures visent, notamment, à donner une garantie de la légalité des pratiques fiscales des entreprises, à protéger les salaires versés aux employés et à accroître la transparence du secteur. - le lancement d’une campagne sociétale contre les préjugés à l’égard des personnes démunies et vulnérables
La pauvreté et le recours à l’aide sociale sont des stigmates qui peuvent freiner les démarches pour briser le cycle de la pauvreté. Afin de poursuivre la lutte à la pauvreté, le gouvernement lancera une campagne sociétale pour contrer ces préjugés. - la bonification du soutien à l’intégration dans les services de garde pour les enfants handicapés
Une aide est déjà versée aux services de garde dans le but de couvrir un accompagnement pour environ 250 enfants handicapés ayant d’importants besoins. La bonification permettra de doubler le nombre d’enfants handicapés accompagnés, d’augmenter le nombre d’heures d’accompagnement offert à chaque enfant et de hausser le taux horaire de l’aide financière. Cela représente un investissement de 6 M$ d’ici 2017. - la bonification des services de haltes-garderies communautaires
Les haltes-garderies communautaires offrent aux parents un service de garde temporaire pour qu’ils participent notamment à des activités de francisation ou d’intégration sociale ou professionnelle. Un investissement de 2,86 M$ d’ici 2017 permettra à 20 nouveaux organismes d’offrir ces services aux parents et d’augmenter de 3 % le nombre d’heures de présence par enfant. - le soutien au déploiement d’interventions éducatives communautaires pour une saine alimentation
Des organismes seront appuyés pour offrir différents modèles d’éducation pour une saine alimentation aux familles des milieux défavorisés, ce qui représente un investissement de 8 M$ au cours des trois prochaines années.
Par ailleurs, des mesures destinées à soutenir ceux qui aident ont été présentées afin d’appuyer l’action des organismes communautaires et des entreprises d’économie sociale tout en améliorant leurs conditions d’exercice :
- la hausse du financement gouvernemental à la mission d’organismes communautaires
Les organismes communautaires sont des partenaires essentiels pour atteindre une solidarité de proximité. Pour les aider, le gouvernement haussera leur financement de 54 M$ par an pour les trois prochaines années, ce qui correspond à 162 M$ d’ici 2017. Cela permettra d’améliorer le soutien aux organismes œuvrant notamment en santé et services sociaux, en éducation, en famille, en employabilité et en logement afin d’augmenter les services à la population. - le lancement des consultations sur le plan d’action gouvernemental en matière d’action communautaire et bénévole
Les consultations au sujet du nouveau plan d’action auront lieu à l’automne 2013. Celui-ci misera sur l’engagement des citoyens, renforcera la capacité d’agir des organismes communautaires et assurera la cohérence et la constance des interventions du gouvernement. - la mise en place d’un programme d’acquisition et de rénovation d’immeubles à vocation collective
Ce programme offrira un soutien aux organismes communautaires pour leurs projets collectifs d’acquisition ou de rénovation d’immeubles, ce qui leur permettra de consolider leur mission et de diminuer leurs coûts de fonctionnement. Ce soutien de 10,2 M$ d’ici 2017 améliorera leurs conditions matérielles et les services offerts à la population. - l’amélioration des conditions de travail dans le milieu communautaire par un meilleur accès à des avantages sociaux
Les conditions de travail des organismes communautaires sont parfois peu attrayantes, ce qui peut nuire au maintien des meilleures ressources et ainsi affecter les services à la population. Pour appuyer ces organismes, le gouvernement propose trois mesures :- financer une étude de faisabilité au sujet de la création d’un programme d’assurance collective particulier pour les personnes travaillant dans le milieu communautaire;
- contribuer au financement d’une campagne de formation et de promotion en région pour le Régime de retraite des groupes communautaires et de femmes;
- financer une étude de faisabilité au sujet de la création d’une mutuelle de prévention en santé et sécurité du travail au bénéfice des organismes communautaires.
Itinérance:
Ensemble, pour éviter la rue et en sortir
Montréal, le 27 février 2014 – La ministre déléguée aux Services sociaux et à la Protection de la jeunesse, madame Véronique Hivon, a lancé aujourd’hui la première Politique nationale de lutte à l’itinérance – Ensemble, pour éviter la rue et en sortir. Cette politique vient donner une impulsion forte aux nombreux acteurs des milieux concernés par la lutte à l’itinérance pour faire converger leurs efforts et les réunir autour d’une vision ambitieuse, globale, cohérente et durable afin de prévenir et de contrer l’itinérance.
Ne plus tolérer l’intolérable
« Aujourd’hui, nous envoyons un message clair : celui que nous ne pouvons plus tolérer l’intolérable ! L’itinérance ne peut plus être considérée comme une fatalité. En ce sens, le gouvernement se veut le moteur d’un changement qui nous interpelle tous : élus, administrations et établissements publics, organismes communautaires, autorités policières, judiciaires et citoyens. Il faut faire de la lutte à l’itinérance une priorité nationale collective », a déclaré la ministre Hivon.
Pour que chaque personne puisse avoir une place, « sa place », il nous faut miser sur le fait que les personnes en situation d’itinérance sont des citoyens à part entière. Il faut miser aussi sur leur pouvoir d’agir, en tenant compte de la complexité des situations, de la multiplicité des visages de l’itinérance, de la diversité des parcours et de l’absence de réponse unique à un phénomène de cette envergure. Il est aussi nécessaire de privilégier une approche individualisée d’accompagnement et de soutien.
Une action de tous les instants, touchant à tous les aspects du problème
La Politique identifie cinq axes d’action prioritaires :
– le logement;
– les services de santé et les services sociaux;
– le revenu;
– l’éducation, l’insertion sociale et l’insertion socioprofessionnelle;
– la cohabitation sociale et les enjeux liés à la judiciarisation.
« Il faut travailler pour accroître la capacité des personnes à se loger et les accompagner dans leurs démarches, par exemple en rendant accessible une plus grande diversité de types de logements et d’hébergement. Il est aussi fondamental d’amener les services de santé et les services sociaux vers les personnes en situation d’itinérance, en les adaptant à leur réalité et à leurs besoins spécifiques. Sur le plan du revenu, il faut assurer une plus grande sécurité financière et un meilleur accompagnement des personnes pour faciliter l’accès au revenu. Nous devons également faire preuve de flexibilité et de souplesse dans l’accompagnement avec la modulation des programmes, entre autres en ce qui concerne l’insertion sociale, l’insertion socioprofessionnelle et l’employabilité, et favoriser des programmes de formation alternatifs. En ce qui a trait à la cohabitation sociale, nous devons combattre les préjugés, sensibiliser, former et favoriser la déjudiciarisation ainsi que la présence d’intervenants sociaux dans les équipes d’intervention policière », a ajouté madame Hivon.
Un plan d’action à venir, mais déjà, des mesures concrètes et ambitieuses
La Politique servira d’assise au plan d’action interministériel 2014-2019, qui sera dévoilé au cours des prochains mois. Le plan d’action préconisera des actions ciblées et concrètes pour l’ensemble des axes prioritaires définis dans la Politique.
Déjà, à la faveur du budget présenté le 20 février dernier, certaines actions clés sont identifiées. Ainsi, 3 250 logements sociaux seront construits, dont 500 pour les personnes en situation d’itinérance, ce qui correspond au double du nombre de logements sociaux qui leur est actuellement réservé et représente un investissement de 46 millions de dollars.
« Souvent, les problématiques d’itinérance s’accompagnent de problèmes de santé mentale et de toxicomanie. Dans ce contexte, notre gouvernement choisit d’investir également une somme additionnelle de 6 millions de dollars pour des services de proximité aux personnes en situation d’itinérance, principalement en santé mentale et physique, et en soutien communautaire. Il est essentiel d’agir sur le terrain et cet investissement va d’ailleurs dans le sens des objectifs que nous poursuivons avec le prochain Plan d’action en santé mentale. Nous sommes convaincus que cet engagement fort contribuera à réduire l’itinérance », a ajouté le ministre de la Santé et des Services sociaux, monsieur Réjean Hébert.
Rappelons aussi que le rehaussement historique du financement des organismes communautaires annoncé l’automne dernier par l’investissement de 120 millions de dollars sur trois ans pour soutenir la mission globale des organismes communautaires en santé et en services sociaux fera une différence significative dans l’aide apportée aux personnes sur le terrain.
Cette politique marque un tournant dans l’action du Québec en matière d’itinérance. Elle est le fruit d’une concertation approfondie, qui s’est notamment consolidée dans le cadre du Forum de consultation présidé par la ministre Hivon en juin dernier, et qui a permis de créer une réelle synergie entre les quelque 140 participants de toutes les sphères et de toutes les régions du Québec. Elle répond à une demande du milieu de lutte à l’itinérance maintes fois répétée depuis 2006. Le gouvernement est convaincu que cette politique suscitera l’adhésion et la mobilisation nécessaires à sa bonne mise en œuvre, et qu’elle favorisera une action continue et coordonnée pour répondre aux besoins à la fois complexes et variés des personnes dans cette situation de grande vulnérabilité.
« L’itinérance a été particulièrement présente dans l’actualité récemment. La Politique nationale de lutte à l’itinérance contribuera à la garder à l’avant-scène, mais pour une raison résolument positive : celle de la naissance d’un mouvement de solidarité sans précédent qui fera souffler un vent de changement dans les rues du Québec. Car le message que lance cette politique en est un d’espoir, celui de nous dire qu’ensemble, nous pouvons prévenir et contrer l’itinérance, que nous pouvons faire une réelle différence dans la vie des personnes en situation d’itinérance qui, comme toutes les autres, aspirent simplement à une vie belle et digne », a conclu madame Hivon.


