Solidarité: Philippe Couillard saura-t-il faire les bons choix?

Ce n’est pas un secret, les membres du gouvernement Couillard se promènent de ministère en ministère avec de grands couteaux pour tenter de réduire rapidement les dépenses publiques.

Ils le font avec un empressement tel qu’ils ont, temporairement, mis en péril l’ouverture de garderies qui attendaient leurs premiers poupons. Heureusement, ils se sont ravisés.

D’autres décisions prises ces jours-ci n’auront cependant pas une telle visibilité et pourraient n’apparaître que le 3 juin, lors du dépôt du budget et du livre des crédits.

C’est pourquoi un grand nombre de groupes sont inquiets de ce qui pourrait leur arriver. C’est le cas de tous ceux qui sont intéressés par l’Itinérance et des 3000 groupes communautaires qui aident, au quotidien, les Québécois les plus fragiles.

Dans les deux cas, le gouvernement du Parti québécois avait largement consulté, puis défini et annoncé des politiques raisonnables, chiffrées, budgétées et applaudies. Il s’agissait non seulement de mieux coordonner et financer les actions, mais d’intervenir en amont des problématiques pour, à terme, obtenir de meilleurs résultats à moindre coût pour la société, l’État, les contribuables.

La tentation doit être très forte, ces jours-ci au Conseil du Trésor, de faire des économies de court terme en éliminant ou réduisant fortement les engagements que notre gouvernement avaient pris. Ce serait une erreur.

Ce serait économiser un dollar aujourd’hui pour en payer 10 demain. Ce serait aller à contre-courant d’un consensus général sur une action nécessaire en itinérance et sur une consolidation du travail des 3000 groupes en santé et services sociaux.

Ce serait aussi rompre un engagement pris il y a exactement un an par les députés du PLQ qui se sont joints à leurs collègues des autres partis pour adopter à l’Assemblée nationale une motion unanime réclamant le « rehaussement du financement des organismes d’action communautaire autonome en santé et services sociaux. »

Pour mémoire, voici les éléments des deux politiques: La solidarité, une richesse pour le Québec, dévoilée le 30 octobre 2013, puis la Politique de lutte à l’itinérance, dévoilée le 27 février, et dont les sommes étaient prévues pour l’exercice financier débutant le premier avril dernier:

Solidarité:

QUÉBEC, le 30 oct. 2013 – Dans le cadre du document d’orientations et d’initiatives La solidarité : une richesse pour le Québec, la première ministre du Québec, Pauline Marois, a annoncé la mise en place d’initiatives ambitieuses et structurantes nécessitant un investissement additionnel de 320 M$ d’ici 2017.

Ces mesures permettront d’agir sur trois plans : le soutien aux personnes seules, le soutien aux aidants et la préparation de l’avenir.

Ainsi, des mesures permettant d’agir auprès des personnes ont été annoncées afin d’améliorer leurs conditions de vie, de faciliter leur participation au marché du travail, de favoriser leur inclusion sociale et de soutenir les familles et les enfants :

  • la bonification de l’aide financière aux personnes seules prestataires de l’aide sociale
    Les personnes seules, prestataires de l’aide sociale, sont les personnes les plus pauvres de notre société, particulièrement celles ne bénéficiant pas d’aide au logement. La hausse constante du coût des loyers fragilise leur situation. Pour couvrir leurs dépenses liées au logement, leurs prestations d’aide sociale augmenteront de 20 $ par mois à compter du 1er février 2014. La hausse se poursuivra sur trois ans pour atteindre 50 $ par mois le 1er janvier 2017. Cette bonification profitera à près de 60 000 prestataires, et représente un investissement de 71,4 M$ d’ici 2017.
  • le déploiement du plan d’action Un Québec fort de son immigration
    Ce plan d’action agira sur plusieurs fronts, soit une meilleure sélection des candidats, plus de francisation et un soutien aux employeurs et aux régions pour faciliter l’intégration. Ce plan d’action relance la promotion des services de francisation et hausse l’offre de cours à temps complet afin d’augmenter la maîtrise du français et de favoriser l’insertion professionnelle. Son budget total est de 57 M$ d’ici 2017, dont 13 M$ additionnels en francisation.
  • l’encadrement des conditions de travail des travailleuses domestiques
    Un projet de loi sera élaboré pour assurer une plus grande protection aux travailleuses domestiques et corriger les inégalités qu’elles vivent. Le projet de loi s’inscrit en cohérence avec les standards internationaux les plus élevés en matière de conditions de travail décentes pour ces travailleuses.
  • l’encadrement des agences de placement temporaire
    Le gouvernement procédera, au cours des prochains mois, à l’encadrement des agences de placement temporaire pour assurer une plus grande protection aux personnes y travaillant. Ces mesures visent, notamment, à donner une garantie de la légalité des pratiques fiscales des entreprises, à protéger les salaires versés aux employés et à accroître la transparence du secteur.
  • le lancement d’une campagne sociétale contre les préjugés à l’égard des personnes démunies et vulnérables
    La pauvreté et le recours à l’aide sociale sont des stigmates qui peuvent freiner les démarches pour briser le cycle de la pauvreté. Afin de poursuivre la lutte à la pauvreté, le gouvernement lancera une campagne sociétale pour contrer ces préjugés.
  • la bonification du soutien à l’intégration dans les services de garde pour les enfants handicapés
    Une aide est déjà versée aux services de garde dans le but de couvrir un accompagnement pour environ 250 enfants handicapés ayant d’importants besoins. La bonification permettra de doubler le nombre d’enfants handicapés accompagnés, d’augmenter le nombre d’heures d’accompagnement offert à chaque enfant et de hausser le taux horaire de l’aide financière. Cela représente un investissement de 6 M$ d’ici 2017.
  • la bonification des services de haltes-garderies communautaires
    Les haltes-garderies communautaires offrent aux parents un service de garde temporaire pour qu’ils participent notamment à des activités de francisation ou d’intégration sociale ou professionnelle. Un investissement de 2,86 M$ d’ici 2017 permettra à 20 nouveaux organismes d’offrir ces services aux parents et d’augmenter de 3 % le nombre d’heures de présence par enfant.
  • le soutien au déploiement d’interventions éducatives communautaires pour une saine alimentation
    Des organismes seront appuyés pour offrir différents modèles d’éducation pour une saine alimentation aux familles des milieux défavorisés, ce qui représente un investissement de 8 M$ au cours des trois prochaines années.

Par ailleurs, des mesures destinées à soutenir ceux qui aident ont été présentées afin d’appuyer l’action des organismes communautaires et des entreprises d’économie sociale tout en améliorant leurs conditions d’exercice :

  • la hausse du financement gouvernemental à la mission d’organismes communautaires
    Les organismes communautaires sont des partenaires essentiels pour atteindre une solidarité de proximité. Pour les aider, le gouvernement haussera leur financement de 54 M$ par an pour les trois prochaines années, ce qui correspond à 162 M$ d’ici 2017. Cela permettra d’améliorer le soutien aux organismes œuvrant notamment en santé et services sociaux, en éducation, en famille, en employabilité et en logement afin d’augmenter les services à la population.
  • le lancement des consultations sur le plan d’action gouvernemental en matière d’action communautaire et bénévole
    Les consultations au sujet du nouveau plan d’action auront lieu à l’automne 2013. Celui-ci misera sur l’engagement des citoyens, renforcera la capacité d’agir des organismes communautaires et assurera la cohérence et la constance des interventions du gouvernement.
  • la mise en place d’un programme d’acquisition et de rénovation d’immeubles à vocation collective
    Ce programme offrira un soutien aux organismes communautaires pour leurs projets collectifs d’acquisition ou de rénovation d’immeubles, ce qui leur permettra de consolider leur mission et de diminuer leurs coûts de fonctionnement. Ce soutien de 10,2 M$ d’ici 2017 améliorera leurs conditions matérielles et les services offerts à la population.
  • l’amélioration des conditions de travail dans le milieu communautaire par un meilleur accès à des avantages sociaux
    Les conditions de travail des organismes communautaires sont parfois peu attrayantes, ce qui peut nuire au maintien des meilleures ressources et ainsi affecter les services à la population. Pour appuyer ces organismes, le gouvernement propose trois mesures :

    • financer une étude de faisabilité au sujet de la création d’un programme d’assurance collective particulier pour les personnes travaillant dans le milieu communautaire;
    • contribuer au financement d’une campagne de formation et de promotion en région pour le Régime de retraite des groupes communautaires et de femmes;
    • financer une étude de faisabilité au sujet de la création d’une mutuelle de prévention en santé et sécurité du travail au bénéfice des organismes communautaires.

Itinérance:

Ensemble, pour éviter la rue et en sortir

Montréal, le 27 février 2014 – La ministre déléguée aux Services sociaux et à la Protection de la jeunesse, madame Véronique Hivon, a lancé aujourd’hui la première Politique nationale de lutte à l’itinérance – Ensemble, pour éviter la rue et en sortir. Cette politique vient donner une impulsion forte aux nombreux acteurs des milieux concernés par la lutte à l’itinérance pour faire converger leurs efforts et les réunir autour d’une vision ambitieuse, globale, cohérente et durable afin de prévenir et de contrer l’itinérance.

Ne plus tolérer l’intolérable

« Aujourd’hui, nous envoyons un message clair : celui que nous ne pouvons plus tolérer l’intolérable ! L’itinérance ne peut plus être considérée comme une fatalité. En ce sens, le gouvernement se veut le moteur d’un changement qui nous interpelle tous : élus, administrations et établissements publics, organismes communautaires, autorités policières, judiciaires et citoyens. Il faut faire de la lutte à l’itinérance une priorité nationale collective », a déclaré la ministre Hivon.

Pour que chaque personne puisse avoir une place, « sa place », il nous faut miser sur le fait que les personnes en situation d’itinérance sont des citoyens à part entière. Il faut miser aussi sur leur pouvoir d’agir, en tenant compte de la complexité des situations, de la multiplicité des visages de l’itinérance, de la diversité des parcours et de l’absence de réponse unique à un phénomène de cette envergure. Il est aussi nécessaire de privilégier une approche individualisée d’accompagnement et de soutien.

Une action de tous les instants, touchant à tous les aspects du problème

La Politique identifie cinq axes d’action prioritaires :

–          le logement;

–          les services de santé et les services sociaux;

–          le revenu;

–          l’éducation, l’insertion sociale et l’insertion socioprofessionnelle;

–          la cohabitation sociale et les enjeux liés à la judiciarisation.

« Il faut travailler pour accroître la capacité des personnes à se loger et les accompagner dans leurs démarches, par exemple en rendant accessible une plus grande diversité de types de logements et d’hébergement. Il est aussi fondamental d’amener les services de santé et les services sociaux vers les personnes en situation d’itinérance, en les adaptant à leur réalité et à leurs besoins spécifiques. Sur le plan du  revenu, il faut assurer une plus grande sécurité financière et un meilleur accompagnement des personnes pour faciliter l’accès au revenu. Nous devons également faire preuve de flexibilité et de souplesse dans l’accompagnement avec la modulation des programmes, entre autres en ce qui concerne l’insertion sociale, l’insertion socioprofessionnelle et l’employabilité, et favoriser des programmes de formation alternatifs. En ce qui a trait à la cohabitation sociale, nous devons combattre les préjugés, sensibiliser, former et favoriser la déjudiciarisation ainsi que la présence d’intervenants sociaux dans les équipes d’intervention policière », a ajouté madame Hivon.

Un plan d’action à venir, mais déjà, des mesures concrètes et ambitieuses

La Politique servira d’assise au plan d’action interministériel 2014-2019, qui sera dévoilé au cours des prochains mois. Le plan d’action préconisera des actions ciblées et concrètes pour l’ensemble des axes prioritaires définis dans la Politique.

Déjà, à la faveur du budget présenté le 20 février dernier, certaines actions clés sont identifiées. Ainsi, 3 250 logements sociaux seront construits, dont 500 pour les personnes en situation d’itinérance, ce qui correspond au double du nombre de logements sociaux qui leur est actuellement réservé et représente un investissement de 46 millions de dollars.

« Souvent, les problématiques d’itinérance s’accompagnent de problèmes de santé mentale et de toxicomanie. Dans ce contexte, notre gouvernement choisit d’investir également une somme additionnelle de 6 millions de dollars pour des services de proximité aux personnes en situation d’itinérance, principalement en santé mentale et physique, et en soutien communautaire. Il est essentiel d’agir sur le terrain et cet investissement va d’ailleurs dans le sens des objectifs que nous poursuivons avec le prochain Plan d’action en santé mentale. Nous sommes convaincus que cet engagement fort contribuera à réduire l’itinérance », a ajouté le ministre de la Santé et des Services sociaux, monsieur Réjean Hébert.

Rappelons aussi que le rehaussement historique du financement des organismes communautaires annoncé l’automne dernier par l’investissement de 120 millions de dollars sur trois ans pour soutenir la mission globale des organismes communautaires en santé et en services sociaux fera une différence significative dans l’aide apportée aux personnes sur le terrain.

Cette politique marque un tournant dans l’action du Québec en matière d’itinérance. Elle est le fruit d’une concertation approfondie, qui s’est notamment consolidée dans le cadre du Forum de consultation présidé par la ministre Hivon en juin dernier, et qui a permis de créer une réelle synergie entre les quelque 140 participants de toutes les sphères et de toutes les régions du Québec. Elle répond à une demande du milieu de lutte à l’itinérance maintes fois répétée depuis 2006. Le gouvernement est convaincu que cette politique suscitera l’adhésion et la mobilisation nécessaires à sa bonne mise en œuvre, et qu’elle favorisera une action continue et coordonnée pour répondre aux besoins à la fois complexes et variés des personnes dans cette situation de grande vulnérabilité.

« L’itinérance a été particulièrement présente dans l’actualité récemment. La Politique nationale de lutte à l’itinérance contribuera à la garder à l’avant-scène, mais pour une raison résolument positive : celle de la naissance d’un mouvement de solidarité sans précédent qui fera souffler un vent de changement dans les rues du Québec. Car le message que lance cette politique en est un d’espoir, celui de nous dire qu’ensemble, nous pouvons prévenir et contrer l’itinérance, que nous pouvons faire une réelle différence dans la vie des personnes en situation d’itinérance qui, comme toutes les autres, aspirent simplement à une vie belle et digne », a conclu madame Hivon.

Nettoyage identitaire à Québec

On ne peut pas contester au gouvernement Couillard son efficacité dans le nettoyage identitaire de l’État québécois. Assermenté il y a six jours à peine, les symboles sont forts.

Au premier jour, on avait déjà noté que le nouveau gouvernement avait sciemment choisi de faire présider la cérémonie d’assermentation par le reliquat impérial qu’est le lieutenant-gouverneur et avait fait faire l’appel des ministres par un militaire.

La désignation des ministères était également forte de sens symbolique. Sur la langue, le ministre n’était plus responsable, comme avant, de la Charte de la langue française (qui a des aspects contraignants) mais simplement de la Protection et de la promotion de la langue française (qui peuvent être facultatives).

La ministre de l’immigration est devenue ministre de La diversité et de l’inclusion. En prêtant serment en deux langues, elle a bien indiqué que l’inclusion pouvait se faire dans la langue officielle de son choix.

On a ensuite appris du ministre Yves Bolduc qu’il allait mettre plein gaz sur l’anglais intensif en 6e année du primaire. Rappelons que le gouvernement précédent n’avait pas aboli la mesure mais en avait ralenti le rythme d’implantation, à la demande des éducateurs et des spécialistes, qui estimaient que la méthode rouleau-compresseur libérale était contreproductive. Elle est de retour, l’anglais ne peut pas attendre la formation des maîtres et les distinctions à faire entre élèves aptes à suivre le cours et ceux qui ont des difficultés linguistiques, en français par exemple.

On apprenait aussi que le cours d’histoire au Cégep allait passer à la trappe. Ce n’est pas une « vraie affaire », voyez-vous.

Puis on a appris que les Chaires de recherches associées à la Politique nationale de recherche et d’innovation qui touchaient les thèmes de la langue et de l’histoire étaient abolies. « Les gens veulent qu’on s’occupe des vraies affaires », a expliqué le ministre Yves Bolduc, ne pensant même pas faire de l’humour.

Il faut prendre note: les vraies affaires n’incluent ni l’histoire, ni la langue, ni le développement de connaissances sur les relations internationales du Québec (une des chaires projetées).

Lors de l’annonce des Chaires par Pierre Duchesne et Marie Malavoy, Philippe Couillard avait tonné: « On ne peut malheureusement pas faire confiance au Parti québécois pour mener des débats de ce genre sur la société québécoise dans leur arrière-pensée qui consiste à diviser la population et à nous amener vers un autre référendum ».

Or les sommes prévues pour ces chaires étaient comptabilisées dans le budget global de la Politique de recherche et les titulaires et leurs projets auraient été choisis, comme les autres, par des jurys indépendants. MM. Couillard et Bolduc étaient pressés d’abolir celles-là, et aucune des chaires et investissements prévus dans les autres champs d’activité.

Rien ne les empêchait de revoir les libellés et de s’assurer de l’impartialité des jurys pour écarter le spectre du complot référendaire, si tant est que l’identité québécoise leur tenait un tantinet à cœur.

Mais comme le dit justement ma collègue Véronique Hivon, les Libéraux ne cherchent pas, là, des économies, ni même à faire la chasse aux profs séparatistes: « Est-ce que c’est plutôt parce que ces chaires portent sur des thèmes identitaires comme la langue et l’histoire et que tous ces mots-là seront désormais bannis par le gouvernement? »

Ce n’est qu’un début. L’argument économique sera repris encore et encore pour amincir tout ce qui se rapproche d’un affermissement de l’identité québécoise. La « Révision permanente des programmes » qu’on nous annonce servira, aussi, à ça.

Ouvrir le débat: Véronique, Yves-François, Bernard, Léo, Alexis…

Les billets d’analyse publiés depuis le 7 avril ont suscité près de 800 commentaires, le débat est lancé. J’ajoute ici la contribution de plusieurs collègues candidats, élus ou non, qui sont intervenus ces derniers jours.

Voici quelques extraits et des liens vers leurs interventions:

Véronique Hivon

Véronique à TVA au lendemain de l’élection.

Véronique a appelé à un « grand examen de conscience », d’humilité et d’ouverture dans deux entrevues. L’une au lendemain de la défaite à TVA (vidéo ici), l’autre ce samedi à l’émission du samedi de Michel Lacombe ici.

« On comprend le message on comprend qu’il faut rebâtir le lien de confiance avec les citoyens » dit-elle. « Des grandes crises arrivent des grandes choses ». Parlant d’indépendance, elle dit: « L’option est plus forte que le message qu’on a eu. »

Léo Bureau-Blouin et Alexis Deschênes

Léo et Alexis ont donné une entrevue à Anne-Marie Dussault sur leur bilan électoral et leurs souhaits pour l’avenir. Il faut aller à 1:19:30.

Cliquez sur l’image.

Yves-François Blanchet

Yves-François en pleine action

Dans un texte publié dans le Huffington Post Québec où il annonce qu’il se « libère aujourd’hui de la ligne de parti », Yves-François Blanchet parle du rôle qu’il veut désormais jouer dans sa région, aborde la question du bilan environnemental du gouvernement Marois et donne son avis sur la situation politique actuelle. Extraits:

La baisse de plus de 300 000 votes exprimés en faveur du Parti québécois est un signal qui ne trompe pas et qui ne sera pas si simple à interpréter. Le Parti québécois devrait en faire une analyse sans complaisance avant de se lancer dans une course à la direction. Il devra aussi se réinventer sur la question nationale, la social-démocratie et le développement durable. S’il ne fait que le dire, il restera dans l’impasse. Les Québécois viennent de lui en donner le temps.

Je suis convaincu de la pertinence de la souveraineté du Québec. Elle n’est pas une fin, mais un moyen. Le coffre à outils complet de toute nation affirmée. Les Québécois peuvent et doivent s’approprier tous ces outils. Aujourd’hui, ils n’en veulent pas. Tant que la confiance en nos moyens et nos élus ne sera pas restaurée, nos finances publiques équilibrées et la jeunesse investie dans le processus politique, ça ne changera pas. C’est un défi pour un parti dont la base militante est soudée par cet appel impatient du pays. Pourtant, ils ont le devoir d’éviter que le développement du Québec et la démocratie ne soient pris en otage de ce seul enjeu et au détriment même du parti de René Lévesque. Le Parti québécois ne doit jamais cesser pour autant de faire valoir la normalité salutaire de se donner un pays bien à nous. Qu’il écoute et parle davantage, sans le boulet du quand ou du comment, afin de permettre aux Québécois d’y réfléchir puis d’y rêver sans la méfiance que suscite une fébrilité toute péquiste.

Il est révélateur que les Québécois n’aient pas attendu les éclaircissements sur l’éthique ni le renouvellement du Parti libéral avant de lui confier si tôt un si fort mandat. En ne reportant pas clairement après un autre scrutin un possible référendum sur la souveraineté, le Parti québécois est donc responsable de son propre recul. Bien sûr le piège était béant, mais nous n’avions pas à y tomber. Bien sûr, il y a des médias ouvertement fédéralistes et aucun qui soit souverainiste, et les sondages sont un détournement toxique en période électorale. […]

Bien que je ne verse pas dans les attaques personnelles et ne mente pas, j’ai parfois exprimé mes avis sur un ton rude. Pourtant, je dénonce aujourd’hui avec sévérité la méchanceté brute qui colore souvent les échanges en politique et la dérive parfois vulgaire d’une certaine presse qui se dit d’opinion. Une génération complète semble refuser de les cautionner. Une génération que ses aînés ne rejoignent plus.

(On peut le lire au complet.)

Bernard Drainville

Bernard présentant la Charte

Dans Le Devoir, Bernard revient sur la Charte des valeurs pour en retracer le parcours et en tirer un premier bilan.

Il souligne avec raison le rôle mineur de la Charte dans la campagne.

Extraits:

Si nous croyions que la neutralité religieuse de l’État doit s’incarner aussi dans l’apparence de ses employés, nous avons pu constater que cet enjeu divisait davantage les Québécois. Et malgré le fait que nous n’étions pas prêts à faire de compromis sur le principe, nous étions ouverts au compromis sur les moyens, y compris à limiter à certaines classes d’employés l’interdiction du port des signes dans un premier temps. J’ai la profonde conviction que, si les partis d’opposition n’avaient pas annoncé leur intention de voter contre le budget Marceau, nous aurions pu, avec la CAQ, en arriver à un compromis qui aurait permis l’adoption de la charte.

L’élection du 7 avril ne portait pas sur la charte. Elle portait sur une vision du gouvernement en matière économique, sociale et identitaire et, il faut le reconnaître, s’est transformée en élection référendaire dont la question était : « Voulez-vous d’un référendum ? ». C’est pourquoi notre projet de charte n’a pas joué un rôle fondamental dans les résultats. La charte n’a été ni cachée ni utilisée à des fins électoralistes. Elle n’aura été qu’un élément de notre bilan et qu’un élément de nos engagements. Un élément important, certes, mais loin, très loin, de la « question de l’urne ».

Je suis fier que nous ayons fait avancer la laïcité au cours de la dernière année, fier des Québécois, fier de notre façon démocratique de faire connaître nos désaccords. Malgré le jugement sévère de la population le 7 avril, je maintiens plus que jamais que nous sommes un grand peuple et qu’il est normal d’affirmer haut et fort ce que nous sommes. D’affirmer nos valeurs et de les défendre, pour assurer l’avenir du Québec et de tous les Québécois, sans exception.

(on peut le lire au complet ici.)

Avis aux internautes et candidats: n’hésitez pas à me signaler les interventions qui m’auraient échappées.

Enfin, une politique sur l’itinérance !

Je tiens à saluer l’extraordinaire travail accompli par ma collègue Véronique Hivon pour la préparation de la première Politique nationale de lutte à l’itinérance: Ensemble, pour éviter la rue et en sortir publiée ce jeudi.

Je suis particulièrement heureux que la problématique de la Métropole ait bien été cernée et affirmée dans le document, comme on le voit dans l’extrait suivant:

OÙ RETROUVE-T-ON LES PERSONNES EN SITUATION D’ITINÉRANCE?

L’itinérance est majoritairement présente dans les milieux urbains, d’abord à Montréal, où la concentration est la plus forte, mais aussi dans les villes de taille moyenne.

Des villes plus éloignées des grands centres vivent également le phénomène de l’itinérance, notamment celles qui sont touchées par un développement économique accéléré (boom town) où, migration aidant, le problème du logement se fait plus criant de même que celui de l’effritement des liens sociaux et des normes de conduite.

C’est le cas notamment à Sept-Îles et à Val-d’Or.

Bien que la réalité des personnes en situation d’itinérance soit fort semblable d’un milieu à un autre, l’environnement dans lequel elles évoluent et les services à déployer pourront varier et présenter d’importantes différences. Une offre de services adaptée et intégrée est essentielle dans tous les milieux où le phénomène de l’itinérance est présent. Par ailleurs, dans les grands centres urbains, où la concentration de personnes en situation d’itinérance est plus élevée, on observe des enjeux différents, liés au volume et à la complexité de l’intervention qu’impliquent la diversité et l’intensité des services offerts. Par conséquent, des défis se posent aussi au regard de la sécurité publique, de la cohabitation et du partage des espaces publics.

DES ENJEUX PROPRES À LA MÉTROPOLE

L’organisation des services et la mobilisation de l’ensemble des acteurs posent des défis particulièrement importants sur le territoire de Montréal. La concentration de personnes en situation d’itinérance y étant nettement plus élevée qu’ailleurs, les enjeux liés à la sécurité publique, à la cohabitation et au partage de l’espace public y sont exacerbés.

Le volume considérablement plus élevé de personnes en situation d’itinérance engendre une gestion différente et accrue des problématiques associées à l’itinérance telles que les troubles mentaux, la toxicomanie et les personnes en crise. Ces enjeux ajoutent aux défis rencontrés par la métropole quant à l’organisation des services, la spécialisation de certaines interventions et l’importance de la mobilisation et de la concertation de l’ensemble des acteurs.

Outre la croissance du phénomène qui est observée, on note aussi une décentralisation. Alors que les quartiers centraux de l’île étaient historiquement les plus touchés, les personnes en situation d’itinérance sont maintenant plus présentes dans les quartiers en périphérie du centre-ville de Montréal. Les services offerts aux personnes doivent ainsi être adaptés à cette récente réalité afin que les personnes soient soutenues dans leur milieu de vie

La présence marquée de nouveaux immigrants, d’Inuits et de membres des Premières Nations parmi la population itinérante impose aussi un ajustement dans les services aux plans linguistique et culturel.

De plus, des facteurs sociaux dont nous ferons état plus loin, comme la pauvreté, le problème d’accès à des logements abordables, l’étiolement progressif du parc des maisons de chambres, la fragmentation du tissu social et communautaire, l’afflux constant de personnes en transition entre les établissements hospitaliers, carcéraux ou sociaux et la communauté, posent des défis particuliers à Montréal.

La Ville de Montréal s’est déjà résolument engagée à faire face à ce problème dans son plan d’action en matière d’itinérance, mais le défi demeure énorme et commande une action coordonnée avec le gouvernement du Québec.

Voici un résumé des actions concrètes et des orientations de la politique, qui bénéficieront très largement à Montréal et à la Métropole :

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