Les 100 jours de Poutine

Le président américain affirme avoir parlé récemment au président chinois, Xi Jinping. Ce dernier dément l’information. Il s’agirait donc d’un appel imaginaire. En voici un autre, entre Donald Trump et le président russe. Le dialogue est peut-être fictif. La liste des mesures mentionnées par Trump ne l’est malheureusement pas.

***

Vladimir : Bon, Donald, c’est le temps de faire notre bilan des 100 jours.

Donald : J’ai eu 100 %, c’est plus que n’importe quel président de l’histoire de l’univers !

Vladimir : On se calme ! Passons en revue les tâches dont on avait discuté l’an dernier.

Donald : J’ai la liste devant moi.

Vladimir : Nos interventions sur Facebook t’avaient beaucoup aidé pour ton élection en 2016, mais Joe Biden avait monté des équipes qui bloquaient notre travail.

Donald : C’était ma priorité. Dans un de mes premiers décrets, j’ai démantelé le groupe spécial du FBI qui avait la tâche précise d’empêcher tes influenceurs d’opérer sur notre territoire. J’ai aussi démantelé l’unité de cybersécurité qui s’occupait d’empêcher tes pirates d’interférer dans le processus électoral. J’ai suspendu tout le financement qui coordonnait la sécurité électorale entre les villes, les États et Washington. Vous avez le champ libre.

Vladimir : C’est important, car on va devoir faire le maximum pour faire élire tes candidats aux élections de mi-mandat à l’automne de l’an prochain. Tes tarifs — d’ailleurs, merci de nous avoir épargnés — sont très bons pour détruire la réputation des États-Unis dans le monde, mais ça peut te faire perdre la Chambre des représentants.

Donald : Tu vas voir, d’ici là, ça va si bien marcher qu’ils vont me remercier.

Vladimir : On s’en reparlera. Tu as aussi démantelé les machins qui font la promotion du virus de la démocratie, comme le National Endowment for Democracy, l’International Republican Institute, le National Democratic Institute et le bureau des droits de la personne au sein du département d’État ?

Donald : Absolument, tout ça est mort ou moribond. Et j’ai aussi fermé notre instrument de propagande, Voice of America, et coupé 9 milliards de dollars par an d’aide au développement international.

Vladimir : Oui, j’ai vu, et ça nous aide beaucoup à susciter l’antiaméricanisme dans tous les pays du Sud qui comptaient sur cette aide médicale et alimentaire. Mais vous y êtes allés fort en coupant aussi les programmes de prévention des épidémies. Ça pourrait se propager jusque chez nous !

Donald : On n’a plus aucun problème de santé aux USA, Robert Kennedy Jr. s’en occupe. Tu veux que je te le prête ?

Vladimir : Surtout pas ! Mais continuons la liste. On fait d’énormes progrès dans nos programmes de désinformation, partout sur la planète, mais Biden nous nuisait.

Donald : Les 40 spécialistes qui travaillaient au Counter Foreign Information Manipulation and Interference Hub ont été virés et on a déchiré les 80 contrats des personnes qui leur prêtaient main-forte. Tes influenceurs — et ceux de la Chine et de l’Iran — ont maintenant le champ libre, chez nous comme ailleurs.

Vladimir: C’est parfait. J’ai aussi vu que ton secrétaire à la Défense avait mis fin à votre programme de cyberdéfense et de cyberattaque envers nous. C’est un désarmement unilatéral américain, j’aime ça.

Donald : Oui, c’était sur la liste. J’ai aussi fermé le bureau qui s’occupait de saisir les avoirs de tes amis oligarques russes, j’ai retiré les États-Unis du groupe qui enquêtait sur tes militaires responsables de l’invasion en Ukraine et sur tes crimes de guerre en Ukraine, et j’ai gelé les fonds du projet qui tentait de retrouver les dizaines de milliers d’enfants ukrainiens que tu as kidnappés et disséminés en Russie.

Vladimir : Pas mal, pas mal. Notre plan de match pour la victoire en Ukraine se déroule très bien. Tu as malmené Zelensky dans le Bureau ovale, tu l’as traité de dictateur, tu as établi que son pays ne serait jamais dans l’OTAN et ne retrouverait jamais les territoires que j’ai conquis. On avance.

Donald : Oui, on est dans la phase finale. Comme prévu, je fais semblant d’être mécontent qu’on ne puisse en arriver à un cessez-le-feu, alors je me retire de la discussion et feins de m’en désintéresser. Alors, on passe à autre chose, donc à la normalisation de mes rapports avec toi.

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Vladimir : Exact. Et comme tu retires ton aide militaire à l’Ukraine et que les Européens ne peuvent pas totalement compenser, je vais pouvoir progresser de quelques kilomètres par an, jusqu’à Kiev. Maintenir mon pays en état de guerre permanent est la meilleure façon d’assurer mon pouvoir, comme le fait Bibi en Israël.

Donald : Comme on se retire du dossier, on va pouvoir lever nos sanctions contre toi et reprendre notre commerce et nos investissements dans tes champs de pétrole, ça va augmenter considérablement tes revenus. Mais n’oublie pas : comme on en discutait en 2016, tu me laisses ouvrir une Trump Tower à Moscou.

Vladimir : C’est ça, c’est ça, on regarde les plans. Mais toi, tu t’es engagé à me faire inviter au G7.

Donald : Je ne pense pas réussir à te faire inviter au G7 cette année, c’est au Canada. Je n’ai pas l’impression qu’ils seront un État américain d’ici juin.

Vladimir : C’est sûr. Mais, l’an prochain, c’est à ton tour d’inviter, non ?

Donald : Oui, et je vais faire ce qu’on m’a empêché de faire pendant mon premier mandat et tenir la rencontre à Mar-a-Lago.

Vladimir : Si les autres membres du G7 refusent de venir ?

Donald : On sera sept : toi, moi, le Chinois Xi, l’Argentin Milei, le Hongrois Orbán, le Turc Erdogan, et mon grand ami nord-coréen, Kim Jong-un !

(Ce texte a d’abord été publié dans Le Devoir.)

Planète Trump

Le monde va changer. Donald Trump no 2 s’en occupe. Son premier mandat, en rétrospective, n’était qu’un apprentissage. En 2016, la victoire l’avait pris par surprise. Il n’avait pas la moindre idée du fonctionnement du pouvoir. Il l’a appris depuis. Aujourd’hui, rarement un candidat aura été aussi équipé pour investir, dès son entrée en fonction, le 20 janvier, toutes les structures du pouvoir. Même s’il ne met pas en pratique la totalité des recommandations du Project 2025 coordonné par le think tank trumpiste Heritage Foundation, le travail de déblayage est accompli.

Des dizaines de décrets présidentiels sont déjà rédigés et prêts pour sa signature au premier jour. D’habitude, un président dégomme 5000 hauts cadres du gouvernement pour les remplacer par ses affidés. Trump en remplacera 50 000. Quelques dizaines de milliers de candidats ont déjà été choisis, validés, formés par l’infrastructure trumpiste. Ils ont même appris comment ne donner que des directives verbales pour se soustraire aux demandes d’accès à l’information. L’efficacité opaque deviendra le principe opérationnel.

Trump était stupéfait que des juges conservateurs qu’il avait nommés pendant son premier mandat ne lui soient pas complètement inféodés. Une nouvelle filière de juristes Trump pur jus a été créée pour qu’il puisse pourvoir rapidement tous les postes qui s’offriront à lui.

Les récits de sa première présidence regorgent de cas où les volontés présidentielles ont été contrariées par ses chefs de cabinet, ses conseillers juridiques, ses ministres, ses généraux, son procureur général, même par le leader républicain à la Chambre des représentants. Tout cela est du passé. La nouvelle génération Trump est faite toute d’un bloc, à l’image des volontés du chef. Comme le disaient les Borg dans un autre univers : la résistance est futile.

Voici une liste partielle de ce qui nous attend :

Pour le climat, chaud devant. Trump estime que le réchauffement climatique est une supercherie. À moins qu’une majorité démocrate à la Chambre des représentants l’en empêche, il abolira la totalité des aides prévues par Joe Biden pour le développement des énergies vertes. Trump a promis d’étendre massivement la production pétrolière et gazière et s’est déclaré hostile à l’énergie éolienne et solaire. Washington redeviendra une force de nuisance dans les forums internationaux sur le climat et son refus d’agir réduira la pression sur les autres nations, notamment l’Inde. La réélection de l’ex-président marque la fin de tout espoir de limiter à 1,5 degré le réchauffement de la planète d’ici 2030, voire au-delà.

Pour l’Ukraine, capitulation en vue. Trump, et encore davantage son colistier, J.D. Vance, n’ont pas caché leur opposition à toute prolongation de l’aide militaire américaine à l’Ukraine. Le rapport de force de Kiev vient de s’anéantir, l’Europe ne pouvant pas compenser la perte de l’investissement américain. Trump a promis de régler le conflit « en un jour ». Vladimir Poutine gardera, à peu de chose près, l’ensemble du territoire conquis et obtiendra, à coup sûr, l’interdiction pour l’Ukraine de faire partie de l’OTAN. Poutine pourra regarder sur la carte la prochaine étape de la reconstitution de la grande Russie. Je mets deux dollars sur l’invasion des pays baltes.

OTAN en emporte Trump. Le président a toujours détesté les rencontres de l’OTAN. « Nous avons des alliés qui sont pires que certains adversaires », a-t-il dit pendant la dernière campagne. Son ancien conseiller à la sécurité nationale, John Bolton, est convaincu que Trump retirera les États-Unis de l’OTAN. D’ailleurs, restera-t-il dans le G7 ?

Taïwan dans la balance. Trump a toujours voulu que les États-Unis retirent leurs bases militaires en Corée du Sud, à moins que le gouvernement de Séoul ne lui rembourse ses coûts jusqu’au dernier sou. Il n’a jamais fermement défendu le droit de Taïwan à son indépendance et dit surtout en vouloir à l’île d’avoir « volé l’industrie des semi-conducteurs ». Les Taïwanais doivent se préparer à se défendre seuls.

Guerre commerciale en vue. Personne n’a jamais réussi à convaincre Trump que l’érection de tarifs douaniers tous azimuts était contre-productive. Il promet jusqu’à 20 % de tarifs sur la totalité des importations, y compris canadiennes. L’impact inflationniste aux États-Unis serait majeur — jusqu’à 4000 $US de dépenses de plus par ménage par année, selon certaines estimations. Un coup de frein majeur serait donné aux exportations canadiennes, avec des conséquences négatives sur l’emploi.

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Une ruée de migrants. En promettant la plus grande opération d’expulsion de l’histoire, et même s’il n’en expulse que quelques millions, Trump insécurise quelque 11 à 13 millions de résidents irréguliers. Combien d’entre eux n’attendront pas la visite des agents de l’immigration avant de partir, surtout en direction nord ? Impossible de l’évaluer. Les plus à risque sont les 309 000 réfugiés haïtiens qui bénéficient d’une protection spéciale que Trump s’est engagé à abolir. Il a promis d’expulser en priorité les 15 000 réfugiés haïtiens vivant à Springfield, en Ohio, ceux qu’il a accusés faussement de manger des animaux de compagnie.

Davantage d’expulsions, davantage de récession. Pendant son premier mandat, Trump a expulsé 1,5 million de migrants illégaux. Biden presque autant. Puisque la plupart des migrants irréguliers occupent des emplois, leur retrait du marché du travail provoquerait des baisses de production. S’il expulsait la totalité des 11 millions d’irréguliers, l’American Immigration Council a calculé qu’il en résulterait une récession au moins équivalente à celle vécue entre 2007 et 2009, avec un taux de chômage de 10 %.

Moins de vaccins. Trump a promis de suivre les recommandations du vaccinosceptique et adversaire du fluor Robert Kennedy Jr. D’où ce commentaire du chroniqueur conservateur anti-Trump David Frum, à qui je laisse le dernier mot : l’élection de Trump est une grande victoire « pour la rougeole, les oreillons, la polio et la carie ».

(Ce texte a d’abord été publié dans Le Devoir.)

Poutine sans frontières

Les nouvelles sont bonnes pour le despote russe. Sa ténacité dans l’affaire ukrainienne commence à porter ses fruits. Au moment d’y lancer ses tanks, il y a un peu plus de deux ans, Vladimir Poutine avait tragiquement sous-évalué le potentiel de résistance d’un peuple gouverné par un humoriste qu’on n’aurait tout simplement jamais imaginé en chef de guerre. Poutine avait aussi compté sur l’indiscipline d’une organisation, l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN), que le président français venait de déclarer en « mort cérébrale ». Son invasion a sorti l’alliance du coma, l’a rendue plus active que jamais, y faisant entrer deux nouveaux membres, la Suède et la Finlande.

Un autre que lui aurait reconnu être allé trop loin et aurait activement cherché une voie de sortie. Mais Poutine est obstiné, ce qui est un autre mot pour « déterminé », ou « résilient ». Depuis quelques mois, il grignote sur la ligne de front un village par-ci, un village par-là, épuisant une armée ukrainienne elle-même en manque de munitions, alors que, de son côté, en plus des armes iraniennes, nord-coréennes et chinoises, il peut compter sur un peuple habitué aux privations et résigné à ce que son économie serve d’abord l’effort de guerre.

Poutine a toujours tenu le cap vers une date clé du calendrier de guerre : novembre 2024. L’élection présidentielle américaine peut tout changer. Donald Trump réélu, l’aide américaine à l’Ukraine cessera brutalement, l’Europe ne pourra prendre seule la relève. Trump a plusieurs fois annoncé qu’il réglera la question en 48 heures. Il détient la formule : offrir à Poutine de garder tout le territoire conquis.

Ceux qui ont déjà négocié avec les Russes connaissent la suite. Ils diront oui, mais seulement si on leur en donne davantage. En l’espèce : probablement tout le territoire jouxtant la mer noire, jusqu’à Odessa. Si le président Volodymyr Zelensky refuse, les Russes l’occuperont et, cela avalé, jugeront s’il faut pousser plus loin. Le drame ukrainien se jouera donc dans les urnes américaines. Si l’élection avait lieu aujourd’hui, Trump serait facilement élu.

Le dictateur russe voit beaucoup plus grand que la seule Ukraine. Chez lui et dans le monde. Et il a le temps. Le record de longévité de Staline — 30 ans — est à portée de la main. Réélu (sic) en mars dernier, il atteindra en fin de mandat, en 2030, sa 31e année de pouvoir et, si sa santé le lui permet — il aura 77 ans —, rien ne lui interdira de rempiler jusqu’en 2036.

Une tonne de documents, les Kremlin Leaks, rendus publics en février, démontrent l’ampleur de l’appareil de propagande déployé en interne — et dans les territoires occupés en Ukraine — pour promouvoir sa politique. Une quinzaine d’organisations employant 4300 employés disposent d’un budget de 880 millions de dollars pour disséminer l’idéologie dominante. Cela va des séries télé patriotiques aux organisations jeunesse et à la conception de jeux vidéo. Mon préféré : les joueurs font partie d’une unité spéciale russe pensant repousser une offensive extraterrestre. Mais ils découvrent que les aliens sont les produits d’une expérience militaire américaine qui a mal tourné.

Exalter les vertus russes est une chose, mais il importe de dévaluer la devise concurrente : la démocratie occidentale. En la présentant comme décadente et corrompue, bien sûr, mais surtout en poussant sur tous les boutons disponibles pour la rendre réellement dysfonctionnelle. L’intervention russe en ligne au bénéfice de Trump lors de l’élection de 2016 l’avait amplement démontré, et l’appareil russe n’a jamais cessé de mettre du sel sur toutes les plaies qui clivent les sociétés démocratiques.

Certes, le KGB s’y employait pendant la guerre froide, mais sans les outils informatiques désormais utilisés. La nouveauté depuis deux ans est la coordination avec Pékin dans la dissémination de fausses nouvelles anti-occidentales dans les pays de l’OTAN et leur une diffusion massive dans des pays d’Afrique, d’Amérique latine et d’Asie prédisposés à croire tout le mal entendu sur les anciens colonisateurs.

Un dossier que vient de publier à ce sujet The Atlantic donne l’exemple de la fausse nouvelle russe portant sur la découverte, au moment de l’invasion ukrainienne, de laboratoires américains clandestins fabriquant des virus à partir de chauve-souris, à des fins militaires. La droite américaine pro-Trump a non seulement diffusé cette baliverne au point qu’un Américain sur quatre y croit, mais la Chine l’a aussi reprise sur tous ses réseaux. Des informations générées par Moscou et Pékin sont régulièrement présentées dans des pays du sud comme avérées, incontestables.

Les services de renseignement européens, dont les déclarations sont évidemment sujettes à caution, rapportent ce mois-ci que l’offensive russe sort de l’Internet pour passer à l’action directe. Les services russes, directement ou indirectement, sont soupçonnés d’avoir incendié en avril un entrepôt britannique de munitions destiné à l’Ukraine, d’avoir provoqué l’explosion d’un entrepôt semblable en République tchèque et incendié l’usine d’une compagnie allemande exportant du matériel militaire à Kiev. Plus de 160 pompiers furent mobilisés.

L’activité déborde de la seule question ukrainienne. Selon les services européens, la volonté de nuire au cours normal des choses en Occident fait partie de la stratégie. Les Suédois suspectent les Russes d’avoir orchestré une série de déraillements de train. Les Tchèques les croient responsables du sabotage de leur système de signalisation ferroviaire. En Estonie, on leur attribue le sabotage des voitures d’un ministre et de journalistes. Les Lituaniens les croient responsables d’interruptions de service de GPS utilisé par les avions civils.

Selon l’analyste Keir Giles, de Chatham House à Londres, « ces attaques ciblées visent à perturber la société, mais aussi à jauger nos réactions. Ce sont des essais ».

(Ce texte fut d’abord publié dans Le Devoir.)

Des tyrans et des Russes

Un des privilèges de mon existence est d’avoir côtoyé un des Québécois les plus intellectuellement curieux qui soient, Jean Paré. Cette boulimie a valu à ce journaliste de lancer le magazine L’Actualité et d’en faire un succès transgénérationnel. Sous sa gouverne, le taux de pénétration de L’Actualité dans les maisons québécoises était supérieur à celui de Time et de Newsweek, combinés, sur le marché américain.

Le jour de l’invasion russe en Ukraine, il y a un an, Jean s’est tourné vers sa fort vaste bibliothèque et s’est plongé dans ce que des auteurs français ont écrit au sujet de la complexité de l’âme russe. Comme il le fait régulièrement, car il ne peut s’empêcher d’écrire, il a colligé et commenté les traits les plus vifs au sein du journal de bord qu’il tient et qu’il lui arrive de publier sous forme de livres (comme Le calepin d’Érasme chez Leméac). Il a partagé cet extrait avec moi.

Il cite La Russie en 1839, publié en 1843 par Astolphe de Custine, qui expliqua la Russie comme Tocqueville le fit pour l’Amérique. « Tandis que d’autres nations ont supporté l’oppression, la nation russe l’a aimée ; elle l’aime encore ; et l’on peut dire des Russes qu’ils sont ivres d’esclavage. » Ensuite : « L’obéissance politique est devenue pour eux un culte, une religion. Ce n’est que chez ce peuple qu’on a vu les martyrs en adoration devant les bourreaux. » Et ceci : « Ici, mentir c’est protéger la société, dire la vérité, c’est bouleverser l’État. »

C’est évidemment faire peu de cas des vagues d’émigrés russes fuyant tantôt le tsar, tantôt les Soviétiques, récemment Poutine. Ces exodes successifs contribuent sans doute à anémier les forces démocratiques qui, il faut le constater, n’ont jamais su faire le poids face à l’autoritarisme triomphant. Mais Custine ne fait pas de quartier en parlant de « ce peuple enivré du désir de gloire [qui] a une ambition désordonnée, immense ; une de ces ambitions, qui ne peuvent germer que dans l’âme des opprimés. […] Cette nation avide à force de privations expie d’avance chez elle par une soumission avilissante l’espoir d’exercer la tyrannie chez les autres […] l’esclave, à genoux, rêve la domination du monde ».

Puis il y a Balzac, de retour de Moscou et de Kiev : « Si plus tard la Russie envahit le monde, elle devra tout à son esprit d’obéissance. […] Aucun peuple du monde n’est mieux organisé pour la conquête. »

De même André Malraux, un siècle plus tard, en 1948, avertit les intellectuels européens de ne pas croire en une chimérique européanisation des moeurs politiques russes. « Il est difficile de tenir sans malaise la Russie pour un pays d’Europe […] La vérité est peut-être qu’il ne faut pas prendre trop au sérieux les cartes de géographie, et que la Russie n’est ni en Europe ni en Asie : elle est en Russie. […] La Russie n’a jamais eu ni Renaissance, ni Athènes, ni Bacon, ni Montaigne. »

Remontant le fil de l’histoire, Jean Paré note des ressemblances frappantes entre les élucubrations de Vladimir Poutine encore entendues lundi sur l’Ukraine qui aurait déclenché la guerre, et sur l’Occident qui voudrait en finir avec la Russie. En novembre 1936, « Staline accuse la petite Finlande, avec ses quatre millions d’habitants, de menacer l’URSS (170 millions) “à la demande de la bourgeoisie anglaise” et de vouloir “en reculer la frontière jusqu’à l’Oural” (à 1500 km) ! Ou Poutine connaît bien cet épisode stalinien, ou la paranoïa est un caractère génétique là-bas ; l’Ukraine est nazie, raciste et menace la Russie, dit-il. Le tsar en est jeté ». 

Comment ne pas reconnaître Poutine, ou Staline, dans la description que Custine faisait du tsar de l’époque : « On ne peut un seul instant oublier cet homme unique par qui la Russie pense, juge, vit… science et conscience de son peuple, qui prévoit, mesure, ordonne, distribue tout ce qui est nécessaire et permis… auquel il tient lieu de raison, de volonté, d’imagination, de passion… car il n’est permis à nulle créature de respirer, de souffrir, d’aimer, de se mouvoir hors des cadres tracés par la sagesse suprême. » Puis il pose une question centrale, d’une brûlante actualité : « J’ignore si c’est le caractère de la nation russe qui a formé de tels autocrates, ou bien si les autocrates eux-mêmes ont donné ce caractère à la nation. »

Une anecdote que j’emprunte au New Yorker, et qui, j’en suis certain, enchantera Jean, renvoie à cette interrogation circulaire. Ces jours-ci, des Italiens ont voulu annuler une conférence qui devait avoir lieu à Milan au sujet de Dostoïevski pour la seule raison que ce dernier était russe. Un journal britannique, The Spectator, a rétorqué que ce serait un comble de vouloir annuler un auteur qui lui-même avait été emprisonné en Sibérie par le tsar pour avoir lu des livres interdits, car anti-tsaristes.

Mais voici ce qui éclaire l’âme russe. Le voisin de cellule de Dostoïevski en Sibérie était un nationaliste polonais. Dans ses mémoires, il raconte que le grand auteur russe tenait mordicus à le convaincre que l’Ukraine, la Lituanie et la Pologne étaient « pour toujours la propriété de la Russie » et que, sans elle, ces pays sombreraient dans « l’analphabétisme le plus obscur, la barbarie et une abjecte pauvreté ». Bref, même emprisonné par son tyran russe, l’auteur relayait son complexe de supériorité et sa certitude de posséder pour l’éternité les pays de peuples voisins. Pour leur bien.

On trouve un écho contemporain de ce trait dans un sondage du Pew Research Center de 2017 où, à la question « Notre peuple n’est pas parfait, mais notre culture est supérieure aux autres », les Russes répondaient oui à hauteur de 69 %.

Je laisse la conclusion à Jean : « On avait cru les tsars, Lénine, Staline morts et enterrés. Mais la Russie n’enterre pas ses tyrans, elle les embaume et les révère. Le despotisme y est un état normal. Cette nation semble vaccinée contre le virus de la liberté et ses variants de la justice, du droit, de la démocratie, du bien-être, plus globalement du bonheur. »


LES CULTURES SUPÉRIEURES

L’étude du Pew Center regroupe des sondages identiques réalisés dans 34 pays européens de 2015 à 2018. Le résultat russe, à 69 %, n’est pas le plus élevé, la palme revenant aux Grecs, qui s’estiment supérieurs à 89 %, puis aux Géorgiens et aux Arméniens, à 84 et 85 %. Ils n’ont cependant pas la force militaire nécessaire pour agir sur ce sentiment. On pourrait croire que les pays ayant une histoire d’expansion coloniale gardent naturellement ce complexe de supériorité. Mais on se rend compte que ce sentiment est nettement plus faible dans les autres anciennes puissances expansionnistes : Allemagne, 45 % ; Italie, 47 % ; Royaume-Uni, 46 % ; France, 36 % ; et Espagne, 20 %. Le Pew Center a informé Le Devoir qu’il ne possédait pas de résultats équivalents pour la Chine, le Canada et les États-Unis, ce qui permettrait une intéressante mise en perspective.

La roulette nucléaire russe

Le mot « vitrifié » est généralement utilisé pour décrire l’état dans lequel une explosion nucléaire laisse, derrière elle, la matière. Mais à observer comment, cette semaine, les Polonais et les Américains ont échoué à livrer aux Ukrainiens une trentaine d’avions Mig-29 qui aurait pu changer l’équilibre des forces et mettre les Russes sur la défensive à l’aube de leur assaut sur Kiev, on peut penser que la vitrification a déjà eu lieu. Au dictionnaire des synonymes, on trouve côte à côte « vitrifié » et « intimidé ».

L’intimidateur est, évidemment, Vladimir Poutine. En laissant planer, comme il l’a fait dès les premiers jours du conflit, la menace nucléaire, il a réussi à dissuader les Occidentaux à poser les seuls gestes qui permettraient d’empêcher la lente et sanglante prise de l’Ukraine : les renforts aériens déjà cités, l’interdiction de l’espace aérien par l’aviation de l’OTAN ou encore le pilonnage des forces d’invasion russes par des armes conventionnelles.

Les pays de l’OTAN préfèrent absorber jusqu’à cinq millions de réfugiés, constater l’usage, illégal par les Russes, de bombes à fragmentation, le bombardement, contraire aux traités, d’hôpitaux et d’immeubles civils, plutôt que de jouer à la roulette nucléaire russe.

La gesticulation nucléaire

Il serait irresponsable d’affirmer que le risque de l’utilisation de l’arme nucléaire par Poutine n’existe pas. Mais souhaiter le risque zéro conduirait non seulement au lamentable échec de l’affaire des Mig-29, mais à tout geste qui pourrait susciter l’ire de Poutine. Pourtant, chaque jour, nous livrons aux Ukrainiens des armes antichars et antiaériennes dernier cri. Pourtant, le Congrès américain vient de voter pour 6,5 milliards de dollars afin de déployer des troupes dans les régions alliées et fournir de l’équipement militaire aux ennemis de Poutine. Pourtant, nous avons collectivement déclaré la guerre à l’économie russe.

Le dictateur aurait pu choisir n’importe laquelle de ces actions comme prétexte pour faire pleuvoir ses radiations. Il ne l’a pas fait. Chez les experts de ces questions, il existe une expression cynique : la gesticulation nucléaire. Il s’agit de l’expression, par un chef d’État, d’une menace nucléaire à des fins de pure intimidation. Nikita Khrouchtchev, au tournant des années 1960, en était le champion. Richard Nixon, pendant la guerre du Vietnam, avait laissé courir le bruit qu’il pourrait lancer la bombe A ou H sur le Nord. Le tyran nord-coréen gesticule à intervalle régulier.

Puis, il y a les moments où on a pensé plus sérieusement que l’arme ultime s’apprêtait à sortir des silos, des sous-marins ou des hangars. Pendant la guerre de Corée en 1950, la crise du canal de Suez en 1956, la crise des missiles de Cuba en 1962, la guerre frontalière entre l’Union soviétique et la Chine en 1969, la guerre du Vietnam au tournant des années 1970, la guerre de 1999 entre l’Inde et le Pakistan.

Pendant les 77 ans qui nous séparent de la seule utilisation de l’arme atomique de l’histoire, par les Américains au Japon, en 1945, rien ne s’est produit. Pas parce que les dirigeants estimaient que toute utilisation d’une arme nucléaire conduirait à l’annihilation de la planète. Ils possèdent depuis longtemps des armes nucléaires tactiques, à petite portée, qui ne sont pas de nature à provoquer l’apocalypse. Ces armes ont fait l’objet de milliers de discussions sur leur utilisation, mais n’ont jamais été employées.

Le tabou nucléaire

Cumulativement, la retenue des dirigeants de trois quarts de siècle — élus et dictateurs, têtes froides et têtes brûlées — alimente ce que les spécialistes appellent le tabou nucléaire. La terrifiante responsabilité de briser ce tabou devant l’histoire augmente avec chaque génération de dirigeants pratiquant l’abstinence atomique. À entendre les opposants à une intervention plus directe de l’OTAN en Ukraine, Poutine serait disposé à briser le tabou. Il lui faudrait rompre ainsi avec la doctrine nucléaire russe, qui a établi que ce pas ne serait franchi qu’en cas d’attaque sur le territoire russe lui-même ou qu’en riposte à une attaque nucléaire ennemie imminente. Rien de cela n’est à l’horizon.

Mais faisons rouler les scénarios. Admettons que Poutine veuille réagir atomiquement à la présence d’avions de l’OTAN venus renforcer les positions ukrainiennes. Le spécialiste Michel Fortmann, de l’Université de Montréal, évoque le principe de l’escalade pour désescalader. C’est lorsqu’un belligérant pose un geste dramatique dans l’espoir de calmer l’adversaire. En entrevue au Devoir, Fortmann pose l’hypothèse de l’utilisation d’une arme nucléaire tactique contre un lieu d’où proviendraient les troupes de l’OTAN, par exemple un centre de commandement situé en Pologne. Le dommage serait réel, mais moins lourd que la destruction d’une ville comme Kiev.

Pavel Felgenhauer, spécialiste de la défense basé à Moscou, a expliqué à la BBC qu’une « option serait de faire exploser une bombe nucléaire quelque part au-dessus de la mer du Nord, entre le Royaume-Uni et le Danemark, et voir ce qui va se passer ».

L’essentiel, si on se rend là, est le risque d’escalade. Or, il n’existe aucun scénario où l’Occident répondrait à une arme nucléaire tactique ou lancée sur la mer par une riposte nucléaire, quelle qu’elle soit. La riposte viendrait par une augmentation du pilonnage des positions russes, sur le terrain ukrainien, avec des armes conventionnelles, additionnée peut-être d’une intensification de la guerre cybernétique, où rien n’a encore été fait pour mettre hors ligne des infrastructures russes.

Poutine serait donc le seul à briser le tabou. Que ferait-il ensuite ? Aller plus loin dans le nucléaire supposerait que le dictateur a perdu la boule, ce que ses interlocuteurs occidentaux récents démentent. Il habite sa propre logique, rapportent-ils, mais reste rationnel. Gustav Gressel, spécialiste au Conseil européen des relations internationales, résume au New Yorker la posture de Poutine ainsi : « Il n’a plus d’autres cartes disponibles dans son jeu que de jouer avec la peur qu’ont les Européens d’une guerre nucléaire. Mais c’est un jeu, rien de plus. » Pour l’instant, à ce jeu, il gagne. L’Occident est vitrifié. Les Ukrainiens sont sacrifiés.

(Ce texte a d’abord été publié dans Le Devoir.)


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Mes prix citron 2021

Je suis foncièrement optimiste, croyez-le ou non. Baignant ainsi dans l’illusion que les choses vont s’améliorer, il m’arrive d’être dur envers ceux qui, d’après moi, retardent le groupe.

Je vous offre donc l’occasion de maugréer avec moi contre les décisions ou les tendances qui ont testé notre optimisme au cours des 12 derniers mois.

(Ce texte a d’abord été publié dans Le Devoir.)

Le prix Woke 2021 : La récolte est abondante mais CBC Ottawa, et le réseau en entier, se distingue pour avoir mis en ligne une liste de mot à ne pas utiliser car susceptibles d’offenser. La palme va à « brainstorm », donc remue-méninge ou tempête de cerveau. Les gens à capacité cognitive réduite pourraient, selon la CBC, en prendre ombrage.

Les briseurs de promesses : Ex-aequo, François Legault qui renie sa signature et son projet de loi sur la réforme électorale (comme Justin Trudeau avant lui), Jagmeeth Singh qui rompt sa promesse aux Québécois au sujet de la non-contestation de la loi 21. Mention pour Valérie Plante sur sa volteface au sujet de l’embauche de 250 nouveaux policiers.

Le désinformateur : Justin Trudeau qui a dit des dizaines de fois qu’une enseignante voilée avait été mutée « à cause de sa religion » plutôt qu’à cause de son affichage religieux. Mention aux interviewers, y compris francophones, qui ne l’ont pas corrigé sur ce point.

Le lâche de l’année : Le député-ministre montréalais Marc Miller, grand ami de Justin Trudeau, a déclaré que la loi 21 était « lâche ». Bizarrement il n’a pas eu le courage de dire une chose aussi choquante pendant la campagne électorale d’août et de septembre dernier.

L’embarrassant de l’année : Jean Charest a doublé, à deux millions de dollars, la somme qu’il demande au gouvernement québécois qui l’a « mis dans l’embarras ». Pourquoi ? À cause de fuites sur l’enquête portant sur l’hypothèse voulant qu’il ait présidé à la plus grande opération de corruption politique du Québec moderne.

La vacherie de l’année : Maurice Duplessis avait offert en 1950 au nouveau chef libéral, Georges-Émile Lapalme, de se présenter dans une partielle sans opposition du parti de gouvernement. François Legault n’a pas eu cette élégance face à Paul Saint-Pierre-Plamondon dans Marie-Victorin.

Ailleurs, c’est pire !

Les voisins violents : Une majorité d’électeurs républicains estiment que Donald Trump a vraiment gagné l’élection de 2020. Cela n’aurait aucune importance si cette conviction était équivalente aux 15% qui croient toujours qu’Elvis est vivant. Mais les sondeurs sont allés plus loin et leur ont demandé si « l’utilisation de la force est justifiée pour remettre Donald Trump au pouvoir ». En juin, 8% ont dit oui à cette question d’un sondage du Projet sur la sécurité et les menaces de l’Université de Chicago (CPOST). Cela correspond à 21 millions d’adultes. En novembre, 12% ont dit au Public Religion Research Institute que « les vrais patriotes américains pourrait devoir user de violence pour sauver le pays », ce qui équivaut à 32 millions d’adultes. Détail aggravant : le tiers de ces répondants possèdent des armes et 15% d’entre eux ont servi dans les forces armées. Selon le chercheur Robert Pape, de CPOST, cité dans The Atlantic, ces nombres sont semblables à ceux recensés chez les Catholiques d’Irlande du Nord, favorables à la violence, juste avant la création de l’IRA et des décennies d’affrontements armés.

Le palmarès des dictateurs: Les tyrans Vladimir Poutine et Xi Jinping se sont zoomé en décembre et ils n’en revenaient pas de tout ce qui les unit. « Je considère ces relations comme le modèle véritable de la coopération interétatique au 21e siècle » a susurré Poutine, dans une portion de l’entretien retransmis à la télé. Ils se verront, évidemment, aux JO de Pékin en février avec leurs autres copains rétifs aux droits et libertés. Poutine et Xi compareront leurs notes et leurs projets. Xi veut envahir Taiwan. Poutine, l’Ukraine. L’année 2022 leur est propice. Pourquoi ne pas lancer les attaques le même jour ? Ma prédiction : celle de Taiwan se fera après le 8 novembre prochain, date à laquelle l’américain Joe Biden perdra le contrôle du Congrès, affaiblissant sa position.

Tout ça est glauque, oui. Mais, au moins, ça nous change de la pandémie.

Loi 78 : Vladimir Poutine juge sévèrement Charest !

499470-vladimir-poutine-montre-regulierement-tres-150x150Dans un texte publié sur le site officiel « La voix de la Russie » ce mercredi, le gouvernement autocrate de Vladimir Poutine se dit « préoccupé par les interpellations des protestants pacifiques à Chicago et Montréal et espère que la réaction des autorités américaines et canadiennes aux manifestations soit plus réservée  à l’avenir et plus appropriée aux engagements internationaux de ces pays ».

La citation est de Konstantin Dolgov, chargé des Droits de l’homme au ministère russe des Affaires étrangères (oui, il y a un chargé des Droits de l’homme dans ce ministère !). Le communiqué poursuit :

Plusieurs dizaines de milliers de Montréalais sont descendus mardi dans la rue pour protester contre la récente « loi matraque » ayant réduit le droit de manifester. Une cinquantaine de personnes ont été arrêtées en majorité pour attroupement illégal et port de masques, désormais interdit.

« Malgré le fait que les actions étaient pour la plupart des cas pacifiques, les mesures des forces de l’ordre étaient des fois disproportionnées », a ajouté M. Dolgov.

Nous vivons une époque formidable !

Merci à mon ami Facebook
Lucas H. pour ce signalement.

Vidéo: Comment va la démocratie russe ? Mal.

La vidéo qui suit, produite par Amnistie Internationale pour une campagne en cours,  évoque de manière incidente, mais assez efficace à mon avis, l’État lamentable de la démocratie russe.

De quoi s’agit-il ? Voici un extrait du résumé de la situation selon Amnistie:

*La liste des défenseurs assassinés s’allonge de plus en plus. Stanislas Markelov, avocat de familles de disparus dans le Caucase, de journalistes indépendants, qui avait réussi à faire condamner Sergueï Lapin pour les tortures subies par un Tchétchène avant sa disparition, a été assassiné à Moscou en janvier 2009.
*Le 15 juillet 2009, Natalia Estemirova, du Centre russe « Mémorial » de défense des droits humains, a été enlevée à Grozny, capitale de la république de Tchétchénie. Son corps a été retrouvé le jour même en Ingouchie.
*Les corps de Zarema Sadoulaïeva et son époux, Alik Djabraïlov, ont été retrouvés dans le coffre d’une voiture tôt le matin du 11 août 2009 à Grozny, ils travaillaient avec l’UNICEF.
*Dimanche le 25 octobre 2009, la voiture de Makcharip Aouchev a été retrouvée criblée de balles sur une route de Kabardino-Balkarie, une république voisine de l’Ingouchie. Il dirigeait le site web d’opposition Ingushetia.org, dont le précédent responsable, Magomed Ievloïev, a été tué le 31 août 2008.

Mais regardez plutôt: