Un message d’Option Nationale: « Ça va bien, quand on y pense, PLQ ou pas! »

Je ne comptais pas revenir sur la question de la division du vote, mais je ne pensais pas non plus qu’un parti souverainiste et progressiste allait ouvertement souhaiter la réélection du PLQ. C’est pourtant ce qui s’est produit ce dimanche lorsque Option Nationale a validé, dans la Gazouillosphère, l’argumentation de sa candidate dans le beau comté de Taschereau:

ON

 

Un appui sans équivoque !

Or que dit Mme Dorion dans sa réplique ? Voici l’extrait-clé :

Et puis, je vais me faire traiter d’hérétique, mais je n’ai pas peur que le PQ ne soit pas élu. Oui, avec un gouvernement de droite, notre bien continuera à se faire piller par les lobbys et les amis des ministres. Mais a-t-on une assurance que le PQ pourra, lui qui est toujours à plat ventre devant les sondages, se tenir debout face aux lobbys de toute sorte pour protéger notre bien ? […]

C’est après dix ans de PLQ que le printemps québécois est arrivé. Nous sommes plus en santé politiquement qu’il y a cinq ans. Les choses bougent. Ça va bien, quand on y pense, PLQ ou pas. La politique ne se passe pas qu’à l’Assemblée nationale. Elle se passe surtout entre nous, et entre nous, ça vient de recommencer à vivre. Le PLQ ne nous a pas empêchés de renaître politiquement, nous les jeunes et/ou les désabusés, et de nous retrousser les manches. Peu importe le prochain gouvernement au pouvoir, nous continuerons notre éveil jusqu’à ce qu’il balaie le parlement.

Jean-Martin, je ne peux pas croire que tu vas laisser passer ça ? Que « Ça va bien quand on y pense, PLQ ou pas? » Que ça va bien pour les étudiants, pour la classe moyenne, pour la propriété de nos ressources naturelles, pour la corruption, l’éthique, la justice, la langue, la souveraineté ?

Que, pour toi, Jean-Martin, un gouvernement formé de tes anciens collègues Alexandre Cloutier, Véronique Hivon, Nicolas Marceau et tous les autres ne serait pas plus résistant aux lobbys que Tommy Tomassi ?

Je ne peux le croire. Je ne le crois pas.

Référendum, amiante, vote stratégique. Des questions et mes réponses

clavardage-150x150J’ai participé ce vendredi midi pendant une heure à une séance de clavardage avec les internautes du site de Radio-Canada. On peut lire l’échange complet ici. Voici les principaux extraits, regroupés par thèmes:

Le référendum et la souveraineté

Pouvez vous m’indiquer la différence entre un Référendun d’initiative populaire (RIP) consultatif et une pétition ? Je croyais que Mme Marois avait dit que le RIP serait exécutoire … par Stephane

L’Assemblée nationale peut ignorer une pétition. Dans le cas d’un RIP, l’assemblée serait forcée de tenir un débat et de voter pour ou contre la demande de référendum.

À propos des référendums d’initiative populaire, est-ce que la barre des 15 % n’est pas trop élevée en comparaison à d’autres pays? par Florent Daudens

Un excellent reportage diffusé au Téléjournal hier soir démontrait qu’au contraire, nous plaçons la barre nettement plus haut que les autres endroits où le RIP est appliqué. Mais pour vous donner une idée, il y a deux ans, lorsque 80 % des Québécois disaient aux sondeurs qu’ils voulaient une commission d’enquête sur la corruption, une pétition sur Internet n’a récolté que 500 000 signatures. C’est dire que si un jour, une demande atteint 850 000, avec une répartition régionale minimale, cela signifiera qu’une majorité de citoyens sont en faveur de la mesure.

(à ce sujet, écouter mon entrevue avec Michel C. Auger à Radio-Can.)

N’est-ce pas paradoxal que pour se faire élire, le PQ tente de rester vague sur la souveraineté?
par Olivier

Non. Notre position nuancée indique que nous sommes respectueux de la volonté des Québécois de ne pas être brusqués sur ce sujet essentiel. Ce qui est certain, c’est qu’avec un gouvernement de la CAQ ou du PLQ, les Québécois n’auront pas le droit de quitter le Canada au cours des 4 ou 5 prochaines années. Avec le Canada de Stephen Harper est en train de nous construire, je ne serai pas surpris que d’ici peu, une majorité de Québécois veuillent prendre leur décision eux-mêmes. Avec le PQ, ils seront libres de le faire.

Vous avez déclaré au Match des élus que le Canada était une prison pour le Québec. Qu’entendiez-vous par là? par Florent Daudens

C’est l’engagement formel de la CAQ et du PLQ. S’ils sont élus, peu importe ce que fera le Canada de Harper, les Québécois n’auront pas le droit de sortir du Canada. Ils n’auront même pas le droit de forcer un débat sur cette question. C’est la CAQ et le PLQ qui proposent d’emprisonner le Québec dans le Canada pour quatre ou cinq ans. Avec le PQ, nous gardons notre liberté et notre rapport de force.

Vous semblez baser votre projet de souveraineté sur le rejet du Canada de Harper. Ne trouvez-vous pas que c’est une fondation chambranlante pour former un pays? Que se passera-t-il si le prochain gouvernement à Ottawa est plus progressiste?
par Kevin Gosselin

Vous avez raison. C’est le caractère même du Canada qui empêche le Québec de prendre toutes ses décisions et de s’épanouir. Il y eut des moments où l’arrogance de Pierre Trudeau mettait ce carcan davantage en exergue (notamment avec une Constitution imposée). Aujourd’hui, c’est le conservatisme de Harper qui irrite au plus haut point une grande majorité de Québécois. Je peux me tromper, mais j’ai l’impression qu’un éventuel premier ministre Mulcair ferait à sa façon et à son tour la démonstration qu’on ne peut être libre que si on est indépendant.

La proportionnelle

Vous ne croyez pas au mode de scrutin proportionnel ?
par Josianne

Oui. Parlons net : le PQ y a travaillé pendant des décennies. Le PLQ voulait le faire il y a 3 ou 4 ans. Chaque fois, c’est le caucus des députés qui refuse la réforme. Ils n’acceptent pas que des « super députés » élus sur des listes viennent s’ajouter à des députés qui font du porte-à-porte et sont en contact avec les électeurs. La seule façon, à mon avis, de contourner ce problème, est d’introduire la proportionnelle par la voie du référendum d’initiative populaire, un outil démocratique que nous proposons cette année.

L’amiante et le pétrole

Compatriote de la région de L’Amiante, quelle position aura votre parti sur l’extraction de ce minerai ? par Simon

J’ai grandi à Thetford et, l’été, j’ai balayé de la poussière d’amiante. Thetford a brillamment réussi sa reconversion économique, Asbestos tarde à le faire. Il n’y a pas d’avenir pour l’amiante, sauf dans des cas très particuliers et certainement pas dans l’exportation en Inde.

Le gouvernement libéral a fait une erreur en investissant dans la mine Jeffrey. Nous allons rouvrir ce dossier, financer la diversification économique d’Asbestos et n’autoriser, après une dernière étude, que les quelques applications où l’utilisation de l’amiante est parfaitement sécuritaire.

Pouvez-vous nous donner des exemples d’application sécuritaire?
par Florent Daudens

Plusieurs éléments potentiellement très dangereux, pensons au mercure, sont utilisés dans des procédés industriels de façon utile et sécuritaire. Cela peut être le cas pour l’amiante, mais je laisserai les spécialistes en santé publique nous indiquer lesquels.

Le PQ a-t-il l’intention de nationaliser les Cie de gaz sur Anticosti? Aussi a-t-il l’intention de remettre les CRD et nous débarrasser des CRÉ? par Sylvain Beauséjour

Une enquête rapide s’impose sur Anticosti. C’est scandaleux : nous ne connaissons même pas la somme qu’Hydro a obtenue pour avoir ainsi vendu une de nos plus importantes ressources naturelles au privé. Nationaliser ? Je ne sais pas. Mais certainement le Québec doit reprendre le contrôle de ce dossier.

En ce qui concerne le développement local, le PQ est très attaché au modèle des CLD et des CRD. Il est certain que nous allons refaire le point avec les intervenants et apporter d’importants réajustements dans les mois qui suivraient notre élection pour réintroduire davantage de participation citoyenne au développement local.

Quelle est la position du PQ face a l’exploitation minière par des entreprises privees? Allons-nous voir une continuation du Plan Nord si un gouvernement pequiste est élu?
par Alex

Nous avons toujours soutenu un développement raisonné des ressources naturelles du Nord québécois. La plus grande mine jamais ouverte au Nord le fut sous Jacques Parizeau. Mais comme l’a dit M. Parizeau, le Plan Nord n’est pas une stratégie saine d’enrichissement des Québécois, c’est une façon de faire payer par les contribuables les infrastructures qui étaient auparavant à la charge des minières. Ça, avec nous, ça s’arrête drette là!

L’unité — et la division — du vote souverainiste

Pourquoi avoir refusé de s’entendre avec Québec solidaire, pour ne pas se nuire et assurer une diversité de positions politiques à l’assemblée nationale?
par Simon Cloutier

En décembre et janvier, j’ai servi d’intermédiaire entre le PQ et Québec solidaire, où j’ai beaucoup d’amis. Des discussions préliminaires étaient en cours, mais en février, Amir nous a informés que l’opposition à une telle alliance au sein de QS augmentait, ce qui a mis fin aux échanges. Vous m’en voyez désolé. Il aurait quand même été préférable que QS concentre ses efforts pour battre des députés libéraux plutôt que pour battre des députés péquistes.

Le PQ va perdre Girard à l’Assemblée nationale à cause du mode de scrutin. Est-ce qu’un gouvernement PQ va enfin adopter une représentation proportionnelle?
par Vincent

La course dans Gouin est très compétitive. Hier encore, Louise Beaudoin appelait tous les souverainistes à voter PQ pour s’assurer de ne pas être battu par Jean Charest qui pourrait avoir un ou deux comtés de plus que nous. Elle disait aussi que Nicolas, sans lequel le scandale des garderies n’aurait jamais été éventé, a un « destin national ».

Personnellement, j’aimerais beaucoup voir Françoise à l’Assemblée nationale, mais j’aurais aimé l’aider à battre un député libéral pour nous donner une vraie victoire souverainiste.

Croyez vous qu’Option Nationale et Québec Solidaire vont énormément diviser le vote nationaliste?
par Louis Alta

Difficile à dire. Aux dernières élections, si la moitié des électeurs de QS avaient voté PQ dans Laurier-Dorion, cela aurait empêché la victoire d’un libéral. Je crains que cette division profite encore plus aux libéraux cette année. Mes amis de QS disent que c’est impossible. Ils disaient aussi l’an dernier qu’il était impossible que le NPD enlève plus de 10 comtés au Bloc québécois.

En tout cas, Jean Charest et Michelle Courchesne mettent les bouchées doubles pour dire du bien de QS. Ils semblent faire le calcul que ça sert leur intérêt. Je sais que Françoise et Amir sont très gênés d’entendre les libéraux vanter leurs mérites.

La défense du français, l’anglais et le bilinguisme

Pourquoi le PQ a-t-il reculé sur la question d’inciter les candidats qui se présentent en politique de connaitre suffisamment le français? N’est-ce pas plutôt nécessaire que les élus politiques soient ne mesure de s’adresser en français à la population qui a voter pour eux?
par Louis Alta

C’est certainement souhaitable. Mais dans les réformes importantes et essentielles que nous offrons, nous respectons ce que j’appelle « l’esprit de René Lévesque » : changer l’avenir, mais respecter le présent. Le projet de loi sur la citoyenneté reconnaît qu’il reste au Québec plusieurs dizaines de milliers d’unilingues anglais, dont les droits doivent être respectés. Mais nous ferons en sorte que les nouvelles générations apprennent évidemment le français à l’école comme c’est actuellement le cas et que les nouveaux arrivants démontrent une connaissance minimale du français pour acquérir la citoyenneté québécoise. C’est la norme internationale pour l’acquisition d’une citoyenneté.

Pourquoi le PQ soutient-il que la loi 101 devrait s’appliquer au Cégep? C’est peut-être mon plus gros désaccord avec vous, puisque je ne pense pas que c’est à 17 ans qu’on va perdre son français. Deuxième question: cette décision fait-elle l’unanimité? par Alexandre

En matière linguistique, aucune décision ne fait l’unanimité. Le danger est le suivant : en 1970, 60 % des résidents de l’Île de Montréal avaient le français comme langue d’usage. En 2006, 54 %. Dans 15 ans, 47 %.

Nous ne pouvons nous permettre de perdre notre masse critique dans la métropole. Le cégep en français est un des nombreux moyens que nous comptons prendre pour renverser la tendance. Il est établi que les étudiants allophones allant au cégep anglophone s’anglicisent davantage que ceux qui vont au cégep français.

Contrairement à ce que vous dîtes et répandez comme propos, le français n’est pas en recul sur l’île de Montréal, il avance à chaque année. Plus de 70% des montréalais connaissent le français et c’est la seule statistique qui compte. Pourquoi choisir un parti souverainiste qui n’a pas de projet de société inclusif et ouvert sur le monde? Pourquoi ne pas avoir choisi Québec Solidaire comme parti?  par Yann Roshdy

Oui, j’étais un peu étonné d’entendre Françoise David affirmer que la proportion de citoyens de Montréal qui avaient le français comme langue première (à la maison) n’avait aucune importance dans la mesure où la majorité ont le français comme langue seconde. J’estime que c’est une position très dangereuse. Il faut évidemment se réjouir des progrès du français comme langue seconde, mais personne n’a jamais intégré un immigrant à sa langue seconde. Autrement dit, si nous perdons la masse critique de gens qui vivent en français, nous ne pourrons intégrer ceux qui ont d’autres langues. Ne pas comprendre ce principe de bon sens, c’est mettre l’avenir du français en péril.

Les Libéraux n’ont pas un leg intéressant, mais au moins ils ont instauré l’enseignement intensif de l’anglais au primaire. Est-ce que le PQ va maintenir cette réforme? Votre programme est loin d’être limpide sur ce point… par vincent

Depuis plusieurs années, Mme Marois met de l’avant des périodes d’enseignement intensif de l’anglais à la fin du primaire et au secondaire. Contrairement aux libéraux, nous entendons ce que disent les éducateurs sur les dangers du « mur à mur » en la matière. L’anglais intensif en sixième est excellent pour les bons élèves, mais il peut perturber l’apprentissage du français pour ceux qui n’en ont pas une maîtrise suffisante. Nous allons suivre les conseils des éducateurs sur ce point.

Pourquoi ne pas promouvoir le bilinguisme? la langue internationale c’est l’anglais et vous insitez a mettre des batons dans les roues des enfants francophone en limitant leur apprentissage de l’anglais. comment expliquez vous cette peur de l’anglais?
par marc m

Au contraire. Nous faisons depuis plusieurs années la promotion de l’enseignement intensif de l’anglais au primaire et au secondaire. C’est plus efficace que l’étalement de petites heures d’enseignement sur plusieurs années. Le bilinguisme, et le trilinguisme, individuel est une très grande richesse. Les Québécois sont d’ailleurs déjà la population la plus bilingue et la plus trilingue sur le continent.

Mais l’anglais, c’est un peu comme l’eau. On veut savoir bien nager. On veut que nos enfants sachent bien nager. Mais on déteste se faire pousser dans la piscine et on ne veut certainement pas se noyer.

La Charte de la laïcité

Vos propositions identitaires déplaisent aux communautés culturelles et anglophones. Que proposez-vous pour que frano, anglo et comm culturelles vivent finalement ensemble plutôt qu’en isolement? par Jérôme Cloutier

Depuis plusieurs années, les sondages indiquent systématiquement que l’immense majorité des francophones et des non francophones, l’immense majorité des chrétiens, juifs, musulmans et athées estiment que les accommodements raisonnables sont allés trop loin.

Notre proposition de charte de la laïcité déplaira, c’est certain, à des minorités d’orthodoxes et aux apôtres du multiculturalisme à la Trudeau. Mais l’idée d’affirmer ce qui doit être non-négociable au Québec – égalité des sexes, prédominance du français, laïcité des institutions – bénéficie d’un très large consensus.

Les étudiants

Pourquoi le partie québecois de parle plus ou presque pus du conflit étudient ca semble beaucoup moins important
par yan

Les étudiants ont fait preuve d’une extraordinaire maturité ces dernières semaines. Le projet de Jean Charest – en fait son espoir et sa stratégie – était d’assister à des affrontements lors de la rentrée des classes la semaine dernière pour se présenter comme le sauveur de la loi et de l’ordre face aux « violents étudiants». En se « retirant de la cible » comme l’a dit Gabriel Nadeau-Dubois, les étudiants ont déjoué la stratégie cynique du premier ministre. Tous les Québécois doivent leur en être reconnaissants.

Pourquoi le PQ ne prône pas la gratuité scolaire jusqu’à l’université, ce qui m’apparaît être le meilleur investissement possible pour notre société?
par Francois

Nous tiendrons, si nous sommes élus, un sommet avec les étudiants dès l’automne sur la question du financement des universités. Nous nous attendons évidemment à ce qu’ils soumettent des scénarios de gratuité. Cela a cependant un coût important qu’il faudrait compenser ailleurs. Nous voulons réduire les dépenses de l’État et commencer à rembourser la dette, mais nous serons attentifs à toute proposition qui n’alourdirait ni les impôts de la classe moyenne ni l’endettement.

La campagne

Comment vivez-vous cette première campagne en tant que candidat?
par ealvarez_

Ça me met de bonne humeur. Chaque matin, je pars voir les bénévoles, je rencontre des gens formidables d’organismes ou d’entreprises qui se démènent pour améliorer la qualité de la vie des gens de Rosemont, j’arpente les rues, je fais du porte-à-porte tous les jours. L’accueil est chaleureux, sympathique partout où je vais, même avec ceux qui ne voteront pas pour moi.

Candidat, je me sens à ma place. Je suis très heureux d’avoir pris la décision de me lancer. Je serai encore plus heureux de pouvoir travailler avec la première première ministre de notre histoire et sûrement un des meilleurs leaders que le Québec aura connu. Elle va surprendre beaucoup de monde. Les sceptiques seront confondus!

Les risques de la division du vote souverainiste (suite)

bannierevotestragJe m’y attendais, mes billets sur les dangers du vote stratégique et sur la soudaine popularité de mon amie Françoise David chez les Libéraux ont provoqué des réactions, parfois vives, sur ce blogue et ailleurs.  Je le comprends aisément. Mon estimé collègue candidat QS dans Rosemont, François Saillant, s’est entre autres dit choqué de ce qu’il appelle ma « campagne de peur ».

J’écrivais en effet ce mercredi que « Dans mon cas dans Rosemont, sur la base des résultats de la dernière élection, il suffirait que moins de 2 de mes électeurs sur 5 passent à QS pour que la candidate libérale l’emporte. »

Voici ce que François m’écrit:

Bonjour Jean-François,

Moi qui ai milité au Parti québécois à l’époque du Coup de la Brinks, je croyais sincèrement que les campagnes de peur étaient l’apanage du Parti libéral du Québec… (et ces jours-ci de la CAQ et de ses caribous!)

Je savais déjà que le PQ était un vieux parti, usé par ses années de pouvoir, les défaites du Québec (référendums perdus, rapatriement de la constitution malgré l’opposition du Québec et son adhésion au crédo néo-libéral). J’estimais néanmoins qu’il demeurait un parti qui tentait de conquérir les cœurs et les esprits par ses idées, ses propositions, ses espoirs, ses ambitions. Je vois bien ces jours-ci que je me trompais.

Laisser croire que la candidate libérale pourrait gagner dans Rosemont est risible, surtout quand on sait qu’elle fait une campagne minimale, sans espoirs de victoire. Est-ce tout ce qui reste comme argument au PQ et à un intellectuel de ton calibre pour convaincre les électrices et les électeurs de demeurer dans le giron péquiste? Dans ce cas, ce n’est plus risible, c’est triste!

François Saillant
Candidat de Québec solidaire dans Rosemont

Un monopole de la mathématique à QS ?

Bon, François est très très fâché, je le sens bien. Il me reproche d’utiliser des arguments de nature stratégique pour retenir mes électeurs, plutôt que des arguments de fond. Mais je fais les deux, François, exactement comme toi, à ton exemple de jeune parti. Car n’est-ce pas toi qui a envoyé ce gazouillis ?

saillant1

 

 

 

 

 

 

Pas beaucoup de promotion d’idées ici.

Rassures-toi, je ne trouve ni triste ni minable que tu utilises un argument stratégique pour attirer des votes dans le giron Solidaire. C’est d’ailleurs un de vos arguments principaux: l’élection de députés QS vous donnerait la « balance du pouvoir » et rendrait « mathématiquement impossible » une victoire libérale. Vous en faites même une vidéo et distribuez largement un feuillet statistique explicatif.

Êtes-vous les seuls à avoir le droit d’utiliser la mathématique dans votre argumentation ? Je ne le crois pas. Vous n’en avez pas, comme le veut une expression à la mode, le « monopole ».

Une victoire libérale dans Rosemont, « risible » ?

J’admets avec François qu’une victoire libérale dans Rosemont est improbable, même si les Libéraux ont tenu la circonscription pendant neuf ans, de 1985 à 1994. Il m’apparaît en effet impossible que la candidate libérale, malgré toutes ses qualités, réussisse à elle seule à récolter davantage de votes que les partis souverainistes cumulés.

Mais il est mathématiquement tout à fait possible que QS, qui fait une campagne très active dans Rosemont, fasse basculer assez de vote pour fragmenter le vote souverainiste jusqu’à ce qu’il soit suffisamment en morceaux pour que la candidate libérale nous double au fil d’arrivée.

Samedi dernier j’interprétais le gazouillis de François comme s’il me me concédais la victoire. Il me répondait en commentaire:

Je ne te concède pas la victoire. Ce que j’affirme, c’est que les partis se réclamant de la souveraineté ou de l’indépendance du Québec sont tellement forts dans Rosemont que ni le Parti libéral (qui, tu l’avoueras, mène une campagne bien timide dans notre comté) ni la CAQ ne peuvent l’emporter, d’autant plus qu’eux aussi se divisent des votes, ceux des fédéralistes.

François, il faudrait savoir ! Si tu ne me concèdes pas la victoire, c’est donc que tu espères avoir davantage de votes que moi. Si tu m’en enlèves la moitié, la libérale gagne. Il faudrait que tu m’en enlèves 4 sur 5 pour que tu sois élu, que la libérale soit seconde, et que je sois troisième (sur la base du dernier scrutin — la CAQ est quasi invisible dans le comté).

Je suis confiant de l’emporter dans Rosemont, j’y travaille tous les jours.On me dit que ma victoire est probable. Je veux bien le croire. Mais je me méfie des certitudes.

Un résultat « risible » bis

En tant que candidat d’un vieux parti, je crois savoir que l’électorat est extraordinairement indépendant d’esprit. Et que des choses considérées comme « mathématiquement impossibles » surviennent assez souvent. Amir nous affirme ces jours-ci que c’est « impossible » que les Libéraux s’accrochent au pouvoir, même minoritaires. Mais n’était ce pas le même Amir qui nous disait au printemps dernier qu’un vote ponctuel pour le NPD n’allait absolument pas conduire à un effondrement du Bloc ? Il ne prévoyait qu’au mieux 10 députés du NPD, et 40 au Bloc. C’était sa prédiction trois jours avant le vote.

N’aurait-il pas été complètement risible de prévoir la défaite de l’excellent député bloquiste dans Rosemont, Bernard Bigras ? Et de Pierre Paquette dans Joliette ? Et de Gilles Duceppe ? Oui, complètement risible.

Lors du référendum de 1995, les meilleurs analystes libéraux estimaient complètement risible que le Oui puisse dépasser les 40% des voix. Un des meilleurs analystes péquistes a fait devant moi la démonstration que nous avions un « plafond absolu » de 44%. Nous avons eu plus de 49%.

Lors de l’élection de 1998, que j’ai vécue de l’intérieur, la campagne de Jean Charest fut si catastrophique qu’on a inventé pour lui le terme de « Pré-Mortem », plutôt que post-mortem, pour décrire dans des dizaines d’articles sa chute prodigieuse. Au fil d’arrivée, il eut moins de sièges que le PQ, mais davantage de votes. L’imminence, annoncée dans les sondages, d’une grande victoire péquiste a démobilisé une partie de l’électorat et sapé notre élan vers un autre référendum.

J’estime donc qu’il faut faire preuve d’un sain scepticisme envers ceux qui nous affirment avec certitude que la division du vote souverainiste n’aura aucune conséquence négative. Un sain scepticisme, mais du respect. Pas d’insultes ou d’invectives envers d’autres souverainistes.

La prochaine fois, des alliances tactiques ?

Ceux qui suivent ce blogue de près savent que je suis le premier peiné que le PQ et QS n’aient pu, en décembre et janvier avant que la machine électorale soit en marche, conclure des alliances tactiques dans plusieurs comtés. Avec plusieurs députés péquistes favorables (il y en avait des défavorables) j’ai tenté d’ouvrir cette fenêtre, en toute bonne foi et de toutes mes forces. Je ne puis dire si nous aurions réussi, mais nous devons à la vérité de dire que les discussions, préliminaires, ont cessé lorsque Amir a envoyé un courriel à plusieurs militants de ce rapprochement. Avec sa permission, je l’ai mis en ligne ici. En voici l’extrait-clé:

Dans une conjoncture politique étroite, qui inspire très peu confiance,  les gens pourraient penser que nos tentatives sont mues par un opportunisme de carrière. C’est très regrettable, mais ce risque existe et serait intolérable à plusieurs d’entre nous. Je suis personnellement très sensible à cette difficulté. En conclusion, la pente me paraît difficile à remonter.

Dans son courriel, Amir se dit peiné de constater que la base militante de QS refusait d’envisager des alliances tactiques avec le PQ, malgré la bonne volonté affichée par lui-même, Françoise et, dois-je ajouter, François Saillant. Je ne leur en veut pas. Ils ont fait ce qu’ils ont pu. Moi aussi.

Mais cette impossibilité nous conduit au dilemme de la division du vote et aux hourras qu’elle provoque chez nos adversaires. Espérons que nous serons tous plus sages la prochaine fois. Espérons que la prochaine fois l’élection se fera dans un Québec souverain. Espérons que la prochaine fois nous aurons combiné nos forces, plutôt que de les diviser.

Pour ces trois espoirs, François, Françoise, Amir, vous savez pouvoir compter sur moi. Mais seulement si, le 4 septembre, le Québec se donne un gouvernement du Parti québécois. Car si nous sommes dans l’opposition, rien de toute cela ne sera possible.

Les (involontaires) mauvaises fréquentations de Françoise David

Ce n’est pas de sa faute. Mais depuis sa très bonne prestation lors du débat des chefs de dimanche dernier, Françoise David est une Star… chez les Libéraux.

Du premier ministre Jean Charest en passant par les conseillers du chef et la ministre sortante Michelle Courchesne, les Libéraux ont découvert les vertus de Françoise et vantent ses qualités à tout va. (Voir l’article du Devoir: Le PLQ invite à voter… Québec Solidaire.)

Françoise accueille avec plus qu’un brin de scepticisme ces appuis qui sentent l’opportunisme politique à pleins pieds. Elle s’est officiellement dissociée de ces mauvaises fréquentations involontaires et je l’en félicite.

Mais ces nouveaux amis lui posent un problème sérieux. Françoise a fait distribuer dans tous les foyers de Gouin un dépliant dans lequel elle tente de démontrer que la perte d’un ou de plusieurs comtés péquistes au profit de Québec solidaire ne pourrait mathématiquement pas faire élire un gouvernement libéral.

Cependant l’empressement des Charest et Courchene à son égard envoie un signal opposé. Les champions du cynisme et de la manipulation que sont les Libéraux agissent comme s’ils savaient quelque chose que Françoise ignore. Qu’une montée de QS pourrait permettre une victoire libérale, quoiqu’en pensent les statisticiens en herbe de la jeune formation politique.

Évidemment, le problème ne se poserait pas si QS avait ciblé seulement ou principalement des comtés libéraux. Mais comme la clé du succès de QS réside dans le nombre de députés péquistes que les Solidaires réussiront à faire tomber, comment reprocher à Jean Charest de calculer que chaque succès de Françoise sera une défaite pour Pauline, donc un point de plus pour lui ?

D’autant que le succès de QS dans des comtés où le PQ tente de battre les Libéraux (ou les caquistes) pourrait aussi ravir à l’équipe Marois la marge de victoire nécessaire dans des luttes serrées.

Donc, pour les Libéraux, encenser QS, lui envoyer quelques votes dans des comtés où la lutte QS/PQ est féroce, ne pose aucun risque. (Transparence totale: Dans mon cas dans Rosemont, sur la base des résultats de la dernière élection, il suffirait que moins de 2 de mes électeurs sur 5 passent à QS pour que la candidate libérale l’emporte.)

Dans le journal Métro, les Justiciers Masqués ont enfoncé ce clou avec verve !

Quand le chef libéral, un homme reconnu pour enfoncer avec malice des couteaux dans le dos de ses adversaires, passe lui-même de longues minutes à féliciter un opposant après ledit débat, tu peux te dire qu’il décide d’être gentil pour être gentil…

Ou que cela sert sa cause en maudit…

Tout ce récent boucan autour de Françoise David propagé par les Charest, Lapierre, Legault et autres fédéraleux à dents longues ne nous dit rien qui vaille…

Vraiment…

Comme si on nous demandait de vider d’un trait une bouteille de NyQuil… Vous savez cette sensation bizarre qu’on tente de nous faire avaler quelque chose pour nous endormir? Bien sûr que ça fait dormir, mais au réveil, il reste ce petit goût de médicament trop sucré, qui tombe sur le cœur. Un vague sentiment de dégoût et de mal de tête en se levant, la langue pâteuse…

Voilà le «feeling» qu’on ne veut pas avoir le 4 septembre…

Ouch !