Un beau Chapleau de Noël

Étudiant en droit en 1976, j’avais fait plastifier deux caricatures de Chapleau et les avait affichées au mur de mon demi sous-sol. La première figure à l’impressionnant recueil Chapleau, publié cet automne et retraçant la jubilatoire carrière du caricaturiste.

C’était l’époque des « mesures Trudeau ». En cette période d’inflation galopante (plus de 10% l’an) Pierre Trudeau avait été réélu en promettant de ne pas geler les prix et les salaires, ce qui était l’engagement des conservateurs. C’est pourtant ce qu’il fit. Il en reste une trace dans une ritournelle de Sylvain Lelièvre de l’époque: « Les comptes s’empilent, su’l frigidaire / rapport au gel, de mon salaire / le gel des prix, on a compris / en attendant, on est mal pris. » (De la chanson Programme double.)

Au bout de sa plume, le jeune Serge Chapleau illustre la chose ainsi: Deux hommes d’affaires bien portants, chauves et fumant cigares agitent un drapeau du Canada, l’un d’entre eux tenant une valise portant l’inscription « Inflation ». Ils ont des billets de banque plein les poches. À côté, un travailleur couché par terre, sa boîte à lunch et sa casquette laissés au sol. Pierre Trudeau le surplombe et vient de lui donner un coup de poing. On lit: Trudeau terrassant l’inflation !

La caricature, d’une brutale actualité politico-sociale, fait partie de la collection offerte dans l’ouvrage. L’autre, qui ornait mon mur, n’y est pas. Je ne la trouve pas dans les archives données par le caricaturiste au Musée McCord (disponible en ligne ici) et je la lui ai un jour décrite mais Chapleau dit ne pas s’en souvenir. Elle était pire encore.

On voyait le même patron (chauve, cigare, veste et cravate) confortablement assis. Le titre de la caricature était quelque chose comme: Les travailleurs écrasés par le capital. La chaise sur laquelle était posé le patron était constituée… d’un ouvrier. Ses pieds et mains formaient les pattes, son torse, le dossier. Le patron nous regardait en disant: Je ne vois pas le problème !

C’est dire combien Serge Chapleau a accompagné la vie sociale, culturelle et politique du Québec des années 1970 à aujourd’hui. Son humour n’est pas neutre. Comme tous les caricaturistes, il traque le ridicule et l’exagére. Mais on sent derrière la plume une conviction sociale et nationaliste qui ne s’est jamais démentie. Les caricatures étant plus vues que jamais les éditos n’ont été lus, c’est Chapleau qui, dans la page éditoriale de La Presse, a le plus de poids.

Contrairement aux publications annuelles des meilleurs caricatures (et certaines inédites) de l’année, le super-album de 2020 est une pièce de collection. Les textes de Nicolas Forget et Christian Vachon, du musée McCord, retracent les étapes de la vie de Chapleau, le développement de son art, ses influences.

C’est un fort beau voyage.

Heureusement, il n’est pas encore terminé.

On peut commander l’ouvrage en ligne ici.


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À propos de Jean-François Lisée

Il avait 14 ans, dans sa ville natale de Thetford Mines, quand Jean-François Lisée est devenu membre du Parti québécois, puis qu’il est devenu – écoutez-bien – adjoint à l’attaché de presse de l’exécutif du PQ du comté de Frontenac ! Son père était entrepreneur et il possédait une voiture Buick. Le détail est important car cela lui a valu de conduire les conférenciers fédéralistes à Thetford et dans la région lors du référendum de 1980. S’il mettait la radio locale dans la voiture, ses passagers pouvaient entendre la mère de Jean-François faire des publicités pour « les femmes de Thetford Mines pour le Oui » ! Il y avait une bonne ambiance dans la famille. Thetford mines est aussi un haut lieu du syndicalisme et, à cause de l’amiante, des luttes pour la santé des travailleurs. Ce que Jean-François a pu constater lorsque, un été, sa tâche était de balayer de la poussière d’amiante dans l’usine. La passion de Jean-François pour l’indépendance du Québec et pour la justice sociale ont pris racine là, dans son adolescence thetfordoise. Elle s’est déployée ensuite dans son travail de journalisme, puis de conseiller de Jacques Parizeau et de Lucien Bouchard, de ministre de la métropole et dans ses écrits pour une gauche efficace et contre une droite qu’il veut mettre KO. Élu député de Rosemont en 2012, il s'est battu pour les dossiers de l’Est de Montréal en transport, en santé, en habitation. Dans son rôle de critique de l’opposition, il a donné une voix aux Québécois les plus vulnérables, aux handicapés, aux itinérants, il a défendu les fugueuses, les familles d’accueil, tout le réseau communautaire. Il fut chef du Parti Québécois de l'automne 2016 à l'automne 2018. Il est à nouveau citoyen engagé, favorable à l'indépendance, à l'écologie, au français, à l'égalité des chances et à la bonne humeur !

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