Valeurs : la bienheureuse volte-face de la CAQ

Il y a des pratiques détestables, en politique. Plusieurs. Une m’a toujours irritée au plus haut point : la réaction des médias et de l’opposition lorsqu’un gouvernement, sensible à la discussion et à la critique, corrige le tir, assouplit sa position, se rend aux arguments sensés qu’il a entendus, et ne fait pas tout à fait — ou pas du tout — ce qu’il s’était engagé à faire.

On  entend alors de la part de ceux qui réclamaient ce changement, l’accusation du « recul ». Suit un concert de railleries envers le gouvernement qui retourne sa veste, fait du flip-flop, navigue à vue, agit en girouette. Des députés libéraux, notamment, aiment imiter en chambre le bruit du camion qui recule: bip-bip-bip.

Cette attitude est d’autant plus agaçante qu’elle punit le gouvernement pour son courageux changement de cap et crée des conditions politiques qui l’encourage à l’avenir à persister dans l’erreur pour s’épargner le tollé, prévisible, s’il accepte de se montrer souple.


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Chef du PQ, j’ai souvent biffé des projets de communiqués qu’on me présentait le mot « recul ». Le gouvernement n’a pas reculé, il a avancé vers nos positions. Il s’est rendu à la raison.

Tout ce préambule pour vous dire que, ces derniers jours, la CAQ s’est rendu à la raison sur un point essentiel: le test des valeurs.

La CAQ avait pris depuis deux ans la position intenable suivante: les nouveaux arrivants seraient accueillis sur le sol québécois, resteraient parmi nous trois ans, puis le gouvernement caquiste leur feraient passer un test des valeurs. En cas d’échec, ils deviendraient des sans-papier. Ottawa serait invités à leur montrer la porte, à les expulser.

Cette proposition, odieuse envers les nouveaux arrivants, n’aurait jamais dû être formulée. Je l’ai dénoncée 1000 fois. Simon Jolin-Barrette et François Legault se sont-ils rendus à cette évidence ? Ils font semblant que non et affirment qu’ils vont continuer à demander à Ottawa le droit de mettre en oeuvre ce projet absurde. Là-dessus, je leur fait l’amitié de douter de leur sincérité.

Mais en attendant, ils vont appliquer quelque chose de beaucoup plus sensé. C’est au point d’entrée que les futurs arrivants devront démontrer, dans un test, qu’ils comprennent que la société québécoise valorise l’égalité des sexes, la séparation de l’église et de l’État, la liberté d’expression, les droits de homosexuels, des membres des minorités visibles.

Dans quel but, demandent les sceptiques ? Simplement, dans le but d’indiquer clairement à la petite minorité de demandeurs misogynes, racistes, partisans d’un État religieux, du mariage forcé, membres de groupes de suprémacistes blancs et autres intégristes et férus de dictatures que la société québécoise n’est pas, pour eux, une destination optimale.

Des forcenés traverseront-ils le filtre ? Évidemment. Ils le faisaient déjà. Mais le Québec enverra à compter du premier janvier un double signal. Le candidat à l’immigration devra toujours signer le document imaginé par la ministre libérale Yolande James. Il s’agit d’un engagement solennel à respecter les valeurs québécoises. Désormais, il devra aussi démontrer qu’il les comprend.

Oui, mais, en quelle langue ?

Voilà pour le progrès réalisé. Le gouvernement a évidemment eu raison de corriger le tir pour les étudiants étrangers voulant s’établir au Québec. Il faut leur faciliter la tâche, pas leur scier les jambes.

Reste encore beaucoup à faire. Car en quelle langue le candidat à l’immigration remplira-t-il son test des valeurs ? La réponse devrait être: en français.

La connaissance préalable du français pour les nouveaux arrivants est, de loin, la plus importante mesure du préservation du français, en fait la seule à pouvoir endiguer le déclin du français à Montréal et dans sa région.

Or le ministre a annoncé que sous sa gouverne, en 2020, 49% des nouveaux arrivants n’auront toujours aucune connaissance du français au point d’entrée. C’est légèrement pire que sous les libéraux. Je répète: avec la CAQ, ce sera légèrement pire que sous les libéraux.

Pas étonnant que le ministre annonce que le test des valeurs pourra se faire en six langues, dont l’anglais et le mandarin. Et il affirme qu’il n’a aucunement l’intention de resserrer les critères de connaissance du français au point d’entrée.

La grille de points imaginée par les libéraux fait qu’un candidat à l’immigration peut avoir 0 points en français et franchir la barre des 50 points requis. C’est déjà trop pour le patronat, qui réclame des assouplissements.

Il faudrait au contraire qu’une connaissance suffisante du français — modulée au type d’emploi convoité — soit jugée éliminatoire. Les programmes actuels du ministère permettent le remboursement des cours de français suivis à l’étranger lorsqu’ils sont couronnés de succès. Ne manque que la volonté politique d’agir, comme elle existe déjà dans plusieurs pays européens, y compris le Royaume-Uni qui sent le besoin, lui, de protéger l’anglais.

Au lieu d’utiliser cette méthode, sûre, de francisation au point d’entrée, Jolin-Barrette fait entièrement confiance au processus de francisation en territoire québécois. Il est vrai qu’il a renforcé les programmes de francisation, mais puisque ses taux d’échecs étaient, selon la vérificatrice générale, de 90%, il est illusoire de penser que la francisation une fois en territoire québécois, même avec les sommes nouvelles, transformera cet échec massif en succès miraculeux.

Le patronat a réagi fortement à la demi-mesure annoncée par le ministre de l’immigration. Les immigrants qui sont déjà présents au Québec, dans le cadre du Programme Expérience Québec, et leurs conjoints devront démontrer une connaissance « intermédiaire avancée » du français oral (mais pas du français écrit) pour obtenir leur Certificat de sélection du Québec, donc pour s’établir à demeure chez nous. C’est franchement la moindre des choses, pour des gens qui sont déjà sur le territoire et qui ont accès à la francisation.

Legault et son ministre continuent aussi à faire semblant qu’ils négocieront avec Ottawa la formule proposée pendant la campagne. Après trois ans sur le territoire, les immigrants devraient passer un test de français, sinon ils deviendront des sans-papier et le fédéral devrait leur montrer la porte. Cela n’arrivera heureusement jamais. La CAQ devrait en faire son deuil.

Il serait plus sage de réclamer que lorsque les résidents permanents qui habitent au Québec sont candidats à la citoyenneté, la connaissance du français devienne un critère éliminatoire. Le Canada dira non, mais, au moins, ce ne serait pas absurde.

Bref, loin d’avoir reculé sur les valeurs, le gouvernement Legault a avancé. Il faut l’applaudir. Sur la langue, cependant, il continue à ne pas comprendre l’enjeu crucial de l’immigration francophone. Espérons que, les mois passant, il se rende, là aussi, à la raison.


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Une réflexion au sujet de « Valeurs : la bienheureuse volte-face de la CAQ »

  1. Bonjour;
    Il faut présenter et adopter le plus rapidement possible la loi sur l’interculturalisme et abroger la loi sur le multiculturalisme cette dernière c’est le cheval de troie des fédéraleux.

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