Vidéo : la Chine nous renvoie nos emplois !

Nous allons vivre une dé-mondialisation, un retour de la production manufacturière proche des marchés, dans des circuits courts, c’est-à-dire près de chez nous. Le prix de l’énergie, du transport, la hausse des salaires en Chine et en Inde : tout converge pour refermer graduellement l’écart entre les coûts de production là-bas et ici.

Les régions québécoises, où les coûts immobiliers sont particulièrement bas, devraient examiner cette voie. On peut aussi en rire, comme le fait avec une superbe ironie le reporter du Daily Show, abasourdi de voir revenir aux États-Unis la production très bas de gamme de jeux de piscine et autres babioles.

daily-show

 

Même le représentant chinois ne veut plus de « low-tech » chez lui !

Pour les intéressés, quelques cas récents, tirés de mon livre la Gauche efficace,:

Radio-Canada rapportait en juin 2008 le premier cas québécois de relocalisation. Mario Lampron, cofondateur d’accessoires de piscine Compétition, avait délocalisé près de Shanghai l’essentiel de sa production de pompes en 2000. Les coûts de main d’œuvre chinois étaient imbattables. Mais voici que le coût de transport d’un conteneur de ses produits, de la Chine vers Montréal, est passé de 3000 $ en 2000 à 6000 $ en 2008. Et il vogue vers 8 ou 10 000 $. Une hausse suffisamment forte pour annuler le gain économique de la délocalisation, du moins pour les morceaux lourds. Ils les fabriquent maintenant à Mirabel, avec la main d’œuvre locale.

 

En juin aussi, Gilles Fortin, des boutiques Tristan et Iseut, annonçait un investissement de 2,8 millions de dollars pour produire des vestons à Cookshire, en Estrie. « Il y a beaucoup d’intérêt de la part de ceux qui sont allés en Chine et qui se sont fait scraper des productions au complet », a-t-il raconté au Journal de Montréal. « Faire naviguer des vestons en bateau, ce n’est pas l’idéal. Ça arrive tout froissé.

» Depuis quelques mois, il a ravi des parts de marché à la concurrence chinoise en Amérique du Nord, notamment parce qu’il peut rapidement réapprovisionner ses clients depuis l’Estrie, alors que les délais de livraison depuis le port de Shanghai s’allongent, sans compter le prix.

Mais prix, délais et vestons froissés ne sont pas les seuls moteurs de la dé-délocalisation. Le groupe français Oxylane (ex-Décathlon), troisième marque mondiale de vélo, faisait fabriquer, comme tout le monde, ses vélos à Shenzhen. Il a décidé au printemps 2007 de rapatrier toute sa production dans sa ville d’origine de Lille, au nord de la France. La raison ? « Cette stratégie à contre-courant part d’un constat simple : en Chine, les mêmes usines travaillent pour toutes les marques de vélos, avec les mêmes matériaux, explique le magazine économique français Challenges. Les prix, du coup, sont les mêmes partout. Cette extrême concentration des sites a rendu quasiment impossible la différenciation d’Oxylane face à ses concurrents, les innovations technologiques étant connues en temps réel par le secteur et la protection des brevets se révélant pratiquement impossible. ‘Il faut rapatrier un savoir-faire que l’Europe a perdu, note Dominique Daguillon, directeur de la division vélo d’Oxylane. Et nous voulons garder nos secrets pour nous’.»

 

Ces hirondelles font le printemps. La gauche efficace doit prendre le virage de la relocalisation car il est à la fois écologique et économique. Avec la nouvelle montée des du prix du transport, les régions québécoises où les coûts des terrains, de l’immobiliser, de la taxation municipale et le coût de la vie en général sont plus faibles – Bas du fleuve, Saguenay, Abitibi, Estrie, Centre du Québec – deviennent des choix de remplacement idéaux pour le retour d’une partie des entreprises manufacturières déplacées en Asie. L’accès facile au grand marché du nord-est et du centre des États-Unis ainsi que de l’Ontario restera disponible, même à coût de transport élevé.

Ce contenu a été publié dans Chine, La vidéo de 10h10 par Jean-François Lisée. Mettez-le en favori avec son permalien.

À propos de Jean-François Lisée

Il avait 14 ans, dans sa ville natale de Thetford Mines, quand Jean-François Lisée est devenu membre du Parti québécois, puis qu’il est devenu – écoutez-bien – adjoint à l’attaché de presse de l’exécutif du PQ du comté de Frontenac ! Son père était entrepreneur et il possédait une voiture Buick. Le détail est important car cela lui a valu de conduire les conférenciers fédéralistes à Thetford et dans la région lors du référendum de 1980. S’il mettait la radio locale dans la voiture, ses passagers pouvaient entendre la mère de Jean-François faire des publicités pour « les femmes de Thetford Mines pour le Oui » ! Il y avait une bonne ambiance dans la famille. Thetford mines est aussi un haut lieu du syndicalisme et, à cause de l’amiante, des luttes pour la santé des travailleurs. Ce que Jean-François a pu constater lorsque, un été, sa tâche était de balayer de la poussière d’amiante dans l’usine. La passion de Jean-François pour l’indépendance du Québec et pour la justice sociale ont pris racine là, dans son adolescence thetfordoise. Elle s’est déployée ensuite dans son travail de journalisme, puis de conseiller de Jacques Parizeau et de Lucien Bouchard, de ministre de la métropole et dans ses écrits pour une gauche efficace et contre une droite qu’il veut mettre KO. Élu député de Rosemont en 2012, il s'est battu pour les dossiers de l’Est de Montréal en transport, en santé, en habitation. Dans son rôle de critique de l’opposition, il a donné une voix aux Québécois les plus vulnérables, aux handicapés, aux itinérants, il a défendu les fugueuses, les familles d’accueil, tout le réseau communautaire. Il fut chef du Parti Québécois de l'automne 2016 à l'automne 2018. Il est à nouveau citoyen engagé, favorable à l'indépendance, à l'écologie, au français, à l'égalité des chances et à la bonne humeur !