Vive la dette nette ! En Ontario…

Ils vous l’ont tous dit : la dette du Québec est horrible ! À 94,5 % de dette en proportion de son PIB, le Québec est, comme la Grèce à 103 %, au bord de la faillite. C’est le calcul, que j’ai sévèrement critiqué, proposé en janvier par le ministère des Finances. Il s’agit d’un calcul exagéré de la dette brute, donc de tout ce qu’on doit (votre hypothèque, par exemple). *

On aurait espéré que cette malinformation soit corrigée dans le budget Bachand, mais ce fut une déception de plus. Les Ontariens, cependant, ont eu droit, dans leur document budgétaire, à l’intéressant tableau suivant :

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Wow ! La dette nette de l’Ontario placerait notre voisine en meilleure posture que tous les pays du G7, sauf le Canada. (Je n’ai cependant pas pu trouver, dans les documents budgétaires ontariens, le calcul de la part canadienne de la dette ontarienne, nécessaire pour cette comparaison).

On trouve bien, dans un document du ministère québécois des Finances, comme me l’on fait remarquer plusieurs alertinternautes, un tableau comparatif indiquant qu’avec une dette nette (gonflée à mon avis) à 55,9 %, le Québec était toujours parmi les cancres. (Selon le calcul de l’économiste Louis Gill  de février dernier, elle serait plutôt de 41%).

C’est que dans un monde en endettement extrêmement rapide, les Finances ont comparé (et gonglé) la dette québécoise de 2009 et l’ont comparé aux dettes étrangères de 2008. En Ontario, ils ont eu la compétence voulue pour comparer les dettes de 2009 pour les pays du G7.

Mais quelle que soit le ratio dette nette/PIB retenue, celle de 55,9% des Finances ou de 41% de Louis Gill, le report sur le tableau ontarien montre que le Québec se situe toujours à un niveau plus faible que celui de 6 des pays du G7.

Connaître l’ampleur relative de notre dette nette ne nous dispense pas de payer l’intérêt sur la dette, c’est sûr. Et cela ne nie pas l’importance du problème, ni le fait que la dette soit préoccupante. (J’ai commis tout un chapitre de Pour une gauche efficace sur la nécessité de la rembourser de façon équitable.) Mais cette information permet de mieux juger notre richesse — ou pauvreté — réelle, et de voir comment on s’en tire comparativement aux autres.

Même Desjardins s’y met

Le 23 mars dernier, le service des Études Économiques de Desjardins ajoutait sa pierre à l’édifice dans son document : La taille de la dette du Québec est très préoccupante.

Les auteurs affirmaient très justement que :

Il est reconnu que la mesure de la dette nette donne habituellement une meilleure indication de l’ampleur réelle de l’endettement d’un gouvernement. Par exemple, l’Alberta dispose d’actifs financiers importants au sein de son Heritage Fund. Ainsi, même si sa dette contractée sur les marchés est non négligeable, l’ampleur de ses actifs financiers fait que sa dette nette devient négative, ce qui correspond à un avoir net pour la province et change considérablement le portrait de son endettement.

Enfin, un peu de clarté dans les concepts ! Cela ne nous surprend pas de Desjardins, qui avait publié en 2006 un document qui calculait la dette nette québécoise et en faisait une comparaison internationale, que voici :

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Sous la moyenne de l’OCDE, en 2004 (cliquez pour voir l’image)

Donc, les gars, qu’est-ce que ça donne en 2010 ? On vous écoute. Et ils poursuivent :

Cela dit, nous retiendrons surtout la dette brute dans notre analyse pour la simple raison qu’elle facilite les comparaisons avec les autres gouvernements du Canada, mais aussi d’ailleurs dans le monde.

Arrgh ! Bref, Desjardins affirme que ce serait mieux de calculer la dette nette — qui indiquerait que la dette du Québec est légèrement au dessous de la moyenne de l’OCDE et sous 6 des sept pays du G7 — mais reprend simplement le calcul fautif du ministère des Finances, qui n’a pas calculé la dette nette. Mais Desjardins prend soin au passage d’indiquer que ce calcul de la dette nette est très favorable à l’Alberta, mais se tait sur le Québec…

Heureusement, ce blogueur a au moins un allié dans son combat pour que les chiffres de la dette nette et brute soient également présentés aux Québécois : Jean Charest.

En effet, lors d’une entrevue pré-budgétaire au Devoir, M. Charest a dit ce qui suit :

Quant à la dette, elle n’est pas aussi lourde qu’une certaine « campagne de presse », celle menée par Quebecor, veut bien le montrer. La dette du Québec se situe dans la moyenne des pays de l’OCDE, a-t-il rappelé.

Il ne pouvait évidemment parler que de la dette nette, car son propre ministère des Finances venait de dire le contraire au sujet de la dette brute.  (Le lendemain, le bureau du PM faisait savoir au Devoir qu’il n’avait pas spécifiquement visé Quebecor — qui avait fait une série Le Québec dans le rouge.)

Alors, M. le Premier ministre, encore un effort. Peut-être que, l’an prochain, vous réussirez à convaincre votre ministre des Finances de faire aussi bien que l’Ontario et de donner aux citoyens québécois une lecture complète et à jour de leur endettement.

Note en petits caractères :

Ce billet fut modifié après que plusieurs alertinternautes aient attiré mon attention sur le tableau comparatif publié par les Finances en annexe du budget. Merci pour votre vigilance.

Note en petits caractères :

Les billets « Temps durs pour les détracteurs du modèle québécois » ne prétendent pas que tout est parfait au Québec, tant s’en faut. L’auteur a d’ailleurs proposé, dans ses ouvrages et sur ce blogue, des réformes nombreuses et importantes visant à surmonter plusieurs des importants défis auxquels le Québec est confronté. Cependant, la série permet de percer quelques trous dans le discours ambiant qui tend à noircir la situation globale du Québec qui, pourtant, affiche d’assez bons résultats comparativement aux autres sociétés semblables.