Réponse à La Presse: Sur P6, le leadership et la fin de l’indifférence

Dans son éditorial de La Presse de samedi (Lisée à la mairie ?) François Cardinal affirme que, comme ministre de la Métropole, je me suis « opposé à la modification du règlement P-6 par le conseil municipal ».M. Cardinal étant généralement superbement informé, sa méprise à ce sujet me porte à penser que je ne me suis pas exprimé assez clairement.

À Tout le monde en parle et ailleurs, j’ai affirmé que le règlement municipal P6 sur les manifestations à Montréal étant contesté devant les tribunaux, je ne pouvais en tant que ministre débattre de sa justesse. Je me suis limité à exprimer, comme l’a fait la Première ministre, la position de principe voulant qu’il était raisonnable, lorsqu’on appelle une manifestation à un lieu et une heure dites, de dévoiler son itinéraire et de manifester à visage découvert. Le fait qu’à Montréal les forces policières acceptent que l’itinéraire soit donné séance tenante mérite d’être souligné.

Pour le reste, nous savons que le niveau des amendes, la technique de la souricière, la question de la responsabilité collective des manifestants, l’impact du règlement sur les manifestations spontanées sont, toutes, contestées devant les tribunaux, et critiquées par le Barreau du Québec. Blogueur, je vous aurais dit ce que j’en pense. Ministre je ne puis affirmer qu’il appartient aux juges de statuer.

Dans l’intervalle, le Conseil municipal de Montréal a été saisi de propositions de modification de P6 et pourrait encore l’être. Ces décisions lui appartiennent et je ne les ai pas commentées.

Québec : la fin de l’indifférence

Pour le reste, M. Cardinal me reproche d’intervenir trop souvent dans des débats montréalais internes. D’abord, la décision de Mme Marois de redonner à la Métropole un ministre vraiment responsable est le signe de la fin de l’indifférence de Québec envers la locomotive économique, culturelle et sociale du Québec.

Le gouvernement du Parti québécois est déterminé à accompagner la métropole dans sa relance et vers le rendez-vous qu’il se donne avec son avenir : 2017. Nous y travaillons activement.

Depuis notre arrivée au pouvoir, les maires Tremblay, Vaillancourt et Marcotte ont quitté leurs fonctions. Chaque cas est différent, mais chaque fois le gouvernement a usé de son pouvoir d’influence pour sortir ces villes de graves crises politiques qui rendaient leur gestion problématique. Légalement, les trois maires avaient le droit de rester en poste. C’est le leadership de Québec, motivé par l’intérêt public, qui a donné des résultats.

Où tracer la ligne entre leadership et ingérence ? Question  essentielle. Le leadership est, entre autres, la capacité d’influencer. Il suppose cependant de respecter le vœu des décideurs lorsqu’ils l’exercent. Tenter d’interdire au ministre de la Métropole (et aux autres ministres) et aux décideurs montréalais de discuter entre eux des meilleures décisions à prendre serait à la fois illusoire et contre-productif. Ces échanges – dans les deux sens – renvoient ensuite chacun à ses propres arbitrages, dans le cadre de ses fonctions et de ses responsabilités.

Exemple : il me semblait risqué de confier un poste clé dans la célébration des fêtes du 375e à une personne qui avait surement les compétences requises, mais surtout un rôle lourd dans la crise étudiante ayant secoué Montréal et sur laquelle pesait une incertitude juridique. Je l’ai fait savoir. La Corporation aurait décidé de retenir son nom que j’aurais travaillé avec elle sans hésitation.

En sept mois, je me suis habitué aux zigzags des critiques et de l’opposition. Pendant des semaines, par exemple, François Legault –qui traite le maire Applebaum de « poule pas de tête » et qui laisse un de ses députés répéter que Montréal est « morte ou à l’agonie » – réclamait la tutelle pour Montréal. Les Libéraux, eux, me sommaient de m’occuper des… nids-de-poule ! Quelques jours plus tard, caquistes et libéraux me trouvaient trop intéressé par la ville !

François Cardinal a raison : il faut savoir doser. On peut diverger d’opinion sur le dosage. La métropole québécoise a besoin à la fois d’attention et de respect. Comme ministre québécois de la Métropole et député de Rosemont j’entends livrer ces deux marchandises en abondance.

PS : Pour la mairie, c’est non merci !

(C’est le texte intégral du commentaire publié dans La Presse ce jeudi.)



17 réflexions au sujet de « Réponse à La Presse: Sur P6, le leadership et la fin de l’indifférence »

  1. Ce que je déplore le plus au P.Q c’est que l’on ne les voient pas assez.
    Les médias lancent un un nouveau projet venant du parti et nous annoncent ça comme bon leurs semble et les gens comprennent tout de travers et sont en colère et accusent le parti de bip,bip toujours reculer et ne pas remplir leurs promesses et ça jase fort ps mal sur les blogues que le P.Q va se faire battre à pleine couture à la prochaine élection et je n’aime pas ça du tout.

    Ce que je propose: les ministres pourraient ils sortir davantage pour expliquer leurs décisions qui regarde leurs ministères ou un représentant du gouvernement pour vraiment donner l’heure juste à la population.Parce que pour le moment y a beaucoup plus d’incompréhension que du savoir.
    C’est très important et c’est même urgent.Expliquez nous ce que le gouvernement fait au lieu de laisser les médias nous donner que le négatif de tous ce que le gouvernement fait.
    S.V.P agissez avant qu’il ne soit trop tard et que plus personne n’écoute.

  2. Il n’est pas plus déraisonnable de manifester avec un masque qu’il est déraisonnable de porter la burka ou autre pièce de tissus voilant la figure. Il faut tout simplement interdire de se couvrir la figure sur la place publique sauf pour se protéger du froid en hiver, auquel cas la personne devra obligatoirement se dévoiler pour s’identifier lorsque demandé.

  3. Je me demande quels sont les intérêts des oppositions à Québec, des journalistes, des commentateurs à démolir tout ce que fait le PQ. Chacun doit bien avoir un intérêt? Exemple, quel est l’intérêt de certains à pousser la candidature de Denis Coderre, de Justin Trudeau, de minimiser les trouvailles de Frédéric Bastien, de ridiculiser la possibilité que des policiers ont mal agi, de parler des carrés rouges presque tous les jours comme si ces manifestants étaient des bandits, quel est l’intérêt de certains à ne pas répondre ou refuser de discuter, pourquoi des enquêtes ont subitement été arrêtées et sur l’ordre de qui???
    Je crois qu’il y a un lien assez intéressant à faire entre toutes ces questions toutes aussi pertinentes les unes que les autres. Je pense que certaines personnes aimeraient et ce en silence que le manège continu mais pas aussi agressif que l’implication du maire Vaillancourt mais juste assez pour servir des intérêts personnels, individuels, nombrilisme, narcissique au détriment des communautés, de la collectivité, du peuple.
    À travers les commentaires on peut très bien dire qui est libéral fédéraliste, péquiste, ou caquiste. Deux sont pour le bien commun mais d’abord le leur. Tout est interrelié, le Québec est déchiré entre ceux qui travaille à sa libération et ceux qui préfèrent être gouvernés par un autre gouvernement qui fait la promotion de l’individualisme, voilà le drame. Deux visions complètement différentes les uns regardent les Pays de l’Europe du Nord et les autres les États-Unis. Tant et aussi longtemps que le Québec ne réglera pas cette inconfortable division, la porte sera ouverte pour tous les abus du type que l’on entend à la commission Charbonneau.

  4. Moi qui ne lis jamais La Presse de peur de faire une indigestion de propos tendancieux pro-fédéralistes, j’ai constaté encore une fois ce matin, à la lecture de votre texte, la grande influence de ce quotidien sur l’opinion des lecteurs.

    Je m’explique. Cette semaine, une de mes belles-soeurs, qui ne vit même pas à Montréal, était réellement sortie de ses gonds en parlant de vous et de votre « gros nez » fourré partout dans les affaires de Montréal. Comme elle n’exprimait aucun argument mais seulement des émotions réellement exacerbées, je me demandais quelle pouvait être l’origine d’une telle frustration.

    Ainsi, lorsque j’ai lu cette phrase de votre texte : « M. Cardinal me reproche d’intervenir dans des débats montréalais internes. », j’ai compris qu’elle avait probablement pris connaissance de cet article, ainsi que des nombreux autres des journaux de Gesca, qui prennent un malin plaisir à critiquer le gouvernement du PQ à la première occasion.

    Face à un tel pouvoir des médias fédéralistes et aux trop nombreux faux pas de Mme Marois (il faut bien l’avouer), je n’envie pas du tout votre position ainsi que celle de vos collègues. Je vous souhaite bon courage pour continuer d’avancer contre vents et marées.

  5. Tout ceci en 8 mois? 🙂 Oh que ça travaille, le PQ

    Depuis quand le pouvoir judiciare et executif obeit-il au pouvoir législatif?

    Autrement dit, comment ce fait-il que nous avons besoin d’intervention du gouvernement législatif provincial pour avoir justice sur les crimes municipaux?

  6. Heureusement que vous vous soyiez habitué aux zigzags des critiques. Je dirais même que les 3 autres partis et les médias s’acharnent plutôt à de la démolition plutôt qu’à de l’opposition ou de la critique constructive… Du jamais vu !!!

  7. @Mark Kmicikiewicz
    Sur le même sujet vous pouvez lire dans le Devoir du 19 avril dernier le texte collectif intitulé « L’université colonisée ».

  8. L’éducation devrait être gratuite jusqu’à l’Université, doctorat y compris. Mais la performance devrait être exigée, y compris examen d’entrée, très rigoureux…
    Il faudrait que notre société commence à comprendre, que l’éducation n’est pas une dépense, mais un investissement qui rapporte gros…
    J’aimerais envoyer les lecteurs intéressés au livre « University Inc. » The Corporate corruption of Higher Education, par Jennifer Washburn
    C’est cela que les étudiants ne voulait pas… C’est assez simple…

  9. D’un point de vue extrémiste et paradoxal, si les casseurs n’avaient pas agi d’une manière stupide, le bon peuple n’aurait eu que ses casseroles à récurer… Alors le courage politique tient à défendre des idées, envers et contre tous. Mais la politique est si vaine, que le destin ne saurait s’y voir soumis. Alors un peu de détermination Monsieur Lisée. Et passez à l’action et à l’histoire. Cessez de penser en politicien. Revenez à vos bases scientifiques. P6 et les masques et les abus policiers. Cessez de tergiverser. On voit bien à visage découvert qui abuse de la force non ?

  10. Vous avez dit: « la position de principe voulant qu’il était raisonnable de manifester à visage découvert et de donner son itinéraire ».

    S’il est raisonnable de vouloir parader avec un masque, pourquoi serait-il déraisonnable de vouloir manifester avec un masque? Voulez-vous sous-entendre que les manifestants sont coupables de méfaits jusqu’à preuve du contraire?
    Si les policiers sont capables de prendre en souricière des centaines de manifestants , s’étalant sur plusieures rues, en l’espace de quelques minutes, comment pourraient-ils être incapable d’arrêter un individu, ou 2 ou 6, qui leur lancent une roche en étant à 10 mètres d’eux.

    Si vous ne pouvez pas, ou ne désirez pas, prendre position sur ce règlement, et bien ne le faites pas.

  11. Votre commentaire rappelle à mon souvenir, le mien, celui que je fis à Pierre Foglia de La Presse, il y a plusieurs années, sans me rappeler toutefois à quelle occasion.

    Je lui écrivais qu’à mon avis, un chien qui jappe exprime des peurs, des frustrations… c’est quand il aboie qu’il communique.

    Il y a 6 ou 7 ans, j’ai fait un peu de bénévolat pour Mira. Cet organisme qui œuvre à entraîner des chiens-guides pour les aveugles m’avait tout simplement fasciné par son excellent travail. C’est à partir de ce moment que j’ai compris que j’aurais pu rajouter à mon commentaire: c’est quand il est silencieux qu’il travaille.

    Ne vous préoccupez pas trop des commentateurs. Votre travail est de veiller au grain et décider. Si Jean Charest avait compris ça, certains individus n’auraient pas pu refaire de nous, encore une fois, des porteurs d’eau.

  12. @Mélanie
    Je n’ai parlé d’émasculer personne sur la base d’une vidéo Youtube.

    Je soutiens seulement que si au départ je suis 100% pour les manifestations « démasquées », je peux comprendre qu’on veuille se couvrir la face quand on peut constater comment les gens sont traités. Des gens qui subissent un sort que je présume disproportionné par rapport aux gestes qu’ils ont posés.

  13. Et si tout le monde y mettait un peu du sien. À commencer par les journalistes qui s’en donnent à coeur joie aussittôt que le présent gouvernement se mouille. On a tellement voulu se débarrasser du précédent gouvernement, donnons une petite chance à celui-ci.
    Du côté des policiers, même s’ils doivent faire appliquer la loi et les règlements, un peu de tolérance pour les masques ne ferait de tort à personne. Car eux-mêmes ont une visière de protection quand il y a de la casse. Pourquoi les manifestants ne pourraient pas eux aussi se protéger contre le poivre de cayenne, les casseurs étant facilement repérables, avec ou sans masque?
    Et enfin, du côté des manifestants, il n’y aurait peut-être pas de poivre de cayenne si les organisateurs d’une manif donnaient l’itininéraire. Mais pourquoi donc cet entêtement, juste pour voir si la manif va être déclarée illégale ou pas? Les plus grands perdants sont les manifestants eux-mêmes, et toute la société en général. Car après tout, pour une petite manif de deux ou trois personnes, il n’y a pas de problème, mais quand on parle de plusieurs centaines de personnes, la sécurité publique exige que dans une ville comme Montréal, il y ait un certain contrôle de la foule.
    Si on s’y mettait (sur un air connu).

  14. @Dominique Beaulieu, manifester masqué, ça perd toute crédibilité. Et si quelqu’un travaille pour une usine d’armement, je ne pense pas qu’il sera très versé du côté de Greenpeace!!! Votre commentaire est illogique.

  15. Donner l’itinéraire d’avance, c’est normal.
    Obliger à manifester à visage découvert, ça non!

    Imaginez que vous travailliez pour une usine d’armement et que votre employeur vous voit manifester à la télévision aux côtés de Greenpeace!

  16. @Patrick Dallaire : Que diriez-vous si les policiers vous jugeait ainsi coupable sur la base de quoi ? De vidéo youtube !!!!

    Par chance (du moins encore), nous vivons dans une démocratie et une enquête et un jugement, c’est un peu plus complexe que de vous le prétendez, sur la base de vidéos You Tube ou d’un reportage à TVA nouvelles.

    Laissons la déontologie policière faire son travail, les personnes en poste juger (soit des avocats et non des policiers comme le veut la légende urbaine).

    Pour votre éducation : http://www.deontologie-policiere.gouv.qc.ca

    Si bien entendu, la vérité et la justice vous intéresse vraiment. À noter aussi, les gens qui président ces structures (2 structures) sont nommé par LE GOUVERNEMENT et non la SQ ou le SPVM…soit la population 🙂

    Mon cher père m’a toujours dit « occupes-toi de la politique avant qu’elle s’occupe de toi »…:)

  17. Aux débuts de la crise du printemps 2012, je répétais moi aussi qu’exiger des manifestants qu’ils le soient à visage découvert était la moindre des choses et que ça n’enlevait en rien à l’impact de leur geste: bien au contraire, ça y ajoutait une grande crédibilité.

    Je fus toutefois bien embêté lorsqu’on me répondit que le poivre de cayenne était TELLEMENT utilisé sans jugement par les policiers que le masque devenait un outil de protection (contre ceux qui sont là pour nous protéger… ha!).

    Comment exiger de manifester à visage découvert lorsque ces armes policières sont utilisées de façon aussi outrancière que lors du printemps dernier, et contre des gens qui étaient bien moins menaçants que ceux qui sont là pour leur protection?

    (je ne voudrais pas avoir l’air d’un conspirationniste du travail policier. Mais nous avons vu suffisamment de preuves pour prendre pour acquis que la force a été sur-utilisée par les policiers…)

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