À voir: Voyage dans le gâchis brésilien / La valeur de l’excès

Brésil, LulaSi vous êtes comme moi, vous n’avez suivi que d’un oeil, mais d’un oeil attristé, les péripéties politiques brésiliennes des dernières années.

La destitution de la présidente Dilma Rousseff, l’emprisonnement de Lula. L’arrivée au pouvoir d’un Donald Trump local.

Comment le parti des travailleurs de Lula a-t-il pu sombrer dans la corruption au point de perdre la présidence et d’ouvrir la voie à la droite ?

Le documentaire « Une démocratie en danger », de la journaliste Petra Costa, revient sur ces événements et les remet dans le contexte politique plus global de l’histoire moderne du Brésil. Il s’agit d’un récit personnel et national d’une gigantesque perte d’innocence et de division du pays, sur fond d’entourloupes à répétition. Il n’y a aucun doute que les accusateurs de droite de Lula et de Rousseff sont plus corrompus que leurs victimes, mais également que le Parti des travailleurs a commis la double faute paradoxale de 1) ne pas casser le système de financement illégal des partis à son arrivée au pouvoir et d’en profiter lui-même, puis de 2) voter des lois anti-corruption qui allait le faire tomber, lui, mais pas les plus corrompus que lui.

La documentariste ne va pas dans le détail de la qualité des accusations et de la défense du PT. On reste sur sa faim à cet égard. Elle nous conduit plutôt dans les montagnes russes émotives qu’elle, sa famille et les partisans de Lula et de Dilma ont vécu pendant ces années.

Sur Netflix


La valeur de l’excès

La première partie du documentaire de Lauren Greenfield, « Generation Wealth », vous donnera des hauts-le-coeur. La description de l’excès d’avidité et de richesse dans l’Amérique d’aujourd’hui dépasse l’imagination. Documentariste et photographe, Greenfield fait le bilan d’un quart de siècle d’observation de la montée de l’appât du gain comme moteur de la vie de trop d’Américains.

Mais elle les observe depuis assez longtemps pour offrir une seconde partie du documentaire où certains des protagonistes, s’étant rendus au bout de leur quête folle, retrouvent un meilleur sens des valeurs.  Il est question de richesse mais aussi de quête de la performance et Greenfield, workaholic, se met en scène, elle et sa famille, pour illustrer le coût de cet autre excès.

Cela fait du documentaire, au delà du voyeurisme, une réelle réflexion sur la recherche d’équilibre dans nos vies. Un délice.

Disponible sur Prime Video, le premier mois est gratuit.


La bande annonce de ma dernière balado Lisée101:

La bande annonce d’une récente balado Lisée202:

 

Comment faire des milliards à la mode Albert Frère et Desmarais ?

Comment s’enrichir, lorsqu’on est déjà riche, en siphonnant des centaines de millions à des institutions publiques ? Denis Robert (qui a mis au jour le scandale Clearstream) et Catherine Le Gall démontent patiemment le mécanisme privilégié par Albert Frère (principalement) et son partenaire de longue date Paul Desmarais.

À travers quatre transactions économiquement inexplicables réalisées pendant les années 2000, les journalistes d’enquête ouvrent le sac à outils de ceux qu’ils appellent des prédateurs – car ils ne créent pas de produit, de service, de valeur, seulement des échafaudages financiers qui leur rapportent gros et qui vident les caisses d’institutions publiques.

Des questions sans réponse

Pourquoi l’équivalent français de la Caisse de dépôts achète-t-elle à Albert Frère sa chaîne de fast-food Quick et, surtout, pourquoi l’achète-t-elle plus de deux fois sa valeur ?

Pourquoi la brésilienne Pétrobras achète-t-elle pour 1,5 milliards de dollars US une raffinerie texane vétuste achetée peu avant par Albert Frère pour… 42 millions ? Une culbute de 1590% ?

Pourquoi la compagnie publique française de l’uranium Areva achète-t-elle pour 2,5 milliards d’euros une nouvelle entreprise d’uranium qui ne possède que des terrains inexploitables ? Mais dont les financiers sont liés à Frère et Desmarais ?

Pourquoi, finalement, le gouvernement français pousse-t-il le joyaux public Gaz de France dans les bras de l’entreprise chevrotante Suez, contrôlée par le couple Frère-Desmarais ?

Ces États en avaient-ils vraiment besoin ?

La logique économique est complètement absente de chacune de ces transactions. Chaque fois, il s’agit de colossaux transferts de richesse d’institutions publiques vers des coffres privés.

Chaque fois, les bénéficiaires des transactions ont placé au sein des institutions publiques visées des gens qui leur sont proches et qui vont diriger la manœuvre de l’intérieur. Chaque fois, des consultants externes, parfois anonymes et toujours opaques, vont grossièrement surévaluer l’entreprise sur le point d’être achetée à prix d’or. Chaque fois, des clauses étranges sont placées dans les contrats pour faire pencher la balance en faveur des spoliateurs.

Impossible que ces transactions aient lieu sans que plusieurs acteurs politiques ferment les yeux.

Dans le cas de Pétrobras, il est avéré que Frère a généreusement contribué à la caisse électorale de Dilma Roussef, alors présidente du CA de Pétrobras, future présidente brésilienne qui sera accusée de corruption et destituée.

Dans le cas de l’uranium, la présence de la présidente du CA de la compagnie publique Areva sur des CA de compagnies de Frère et Desmarais est notable.

Dans le cas de GDF, l’ami intime des Frère et Desmarais, Nicolas Sarkozy, hier défavorable à la privatisation, en est devenu un des principaux héraults !

Touffu mais loufoque

À travers ces récits parfois touffus et techniques, on voit aussi comment la justice (sauf brésilienne) est parfois hésitante à remonter les filières de ces scandales et semble muselée à des moments cruciaux.

On voit surtout comment ceux qui tirent les ficelles, en haut de la pyramide de la prédation, semblent parfaitement intouchables, tellement ils manipulent avec talent les rouages compliqués des montages financiers, des corporations écrans, des consultants conciliants et des avocats aguerris.

L’enquête n’est pas seulement une accusation contre les prédateurs mais une mise en cause de tous les facilitateurs et de l’échec des garde-fous qui auraient du, qui auraient pu, dans chaque cas, faire échec à la prédation.

Un livre très très éclairant.

Disponible en librairie ici.


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L’image du courage

Il arrive qu’une vieille photo vienne mettre un politicien actif dans l’embarras (comme lorsqu’on a vu l’alors ministre allemand des Affaires étrangères, Yoshka Fisher, dans une photo qui le montrait, jeune manifestant, s’en prendre à un policier).

Mais ces jours-ci, au Brésil, c’est l’inverse. Un biographe de la présidente en exercice, Dilma Rousseff, a retrouvé dans les archives militaires une photo de la jeune Dilma, faisant face à un tribunal militaire avec un calme et une détermination — et une beauté — captivante:

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Même pas peur !

Voici la mise en contexte lue dans Le Figaro de ce mardi:

Nous sommes en 1970. Dilma, alors âgée de 22 ans, comparaît devant le tribunal militaire de Rio de Janeiro. Tombée quelques semaines plus tôt entre les griffes de la police secrète, elle a déjà subi 22 jours de torture dans les geôles de la dictature brésilienne (1964-1985), sans lâcher le moindre nom. La légende veut qu’elle ait craché au visage de ses bourreaux.

Et voici la même, cette année:

Dilma Rousseff, Luiz Inacio Lula da Silva

Une présidente trempée dans l’acier

Une entrevue/portrait: