Moi, culturellement génocidé

J’avoue aujourd’hui avoir été, étudiant, victime de génocide culturel. Francophone, j’ai d’abord dû apprendre la langue du conquérant pour obtenir mes diplômes du secondaire et du collégial à Thetford Mines, où 99 % des membres de ma tribu parlaient français. En droit, dans une UQAM pourtant anticolonialiste, on me força ensuite à lire dans la langue de la reine Victoria des arrêts du Conseil privé de Londres. Leur nature impérialiste me faisait moins rager que leur effet soporifique. Ces épreuves n’arrivèrent pas, cependant, à entamer mon identité. C’est lorsque l’école de journalisme de Paris m’obligea, comme condition non négociable de mon succès, à apprendre une troisième langue — celle du conquistador Cortez — que le génocide percuta ma culture, que j’ai dû renoncer à mes racines et que je fus assimilé.

L’heure venue de l’imputabilité

Le brouillard s’éclaircit sur tout ce qui a convergé pour entraîner la mort de 5060 aînés dans les CHSLD durant la première année de la pandémie au Québec. Les principaux responsables resteront le virus et les incertitudes entourant la bonne réponse à y opposer. Mais à hauteur d’hommes, et de femmes, les professionnels de la gestion et de la politique aux commandes pendant les premières semaines du drame ont-ils fait des choix qui ont aggravé la situation ? Autrement dit, d’autres choix auraient-ils pu réduire le nombre de morts ? Il est facile de dire oui a posteriori. Avoir su, on aurait fait autrement.