Toute la vérité, rien que la vérité, sur la paternité

Mon dernier, vu par Ygreck

En 2006, j’avais écrit pour L’actualité un texte sur les joies d’être père. J’avais alors deux enfants. Ils sont maintenant cinq. Lisez donc ce texte, que j’offre pour la fête des pères, et multipliez-le par deux et demi !


J’ai 1001 raisons d’avoir des enfants à partager avec vous.

Mais je ne vous cacherai rien. Avoir des enfants est une hénaurme demande d’énergie. Un paquet de troubles. Surtout pendant, disons, les 122 premiers mois. Ils vous réveillent la nuit, vomissent dans votre lit, crachent sur vos belles chemises, essuient leurs bottes sur vos pantalons, cachent vos clefs sans se souvenir où ils les ont mises ou même s’ils les ont prises.

On na pas tout saisi de la condition humaine tant qu’on na pas transporté, dans ses bras, sous la pluie, tenant un sac d’épicerie et un sac d’écolier, le long de trois pâtés de maisons et sous les regards accusateurs, une enfant gesticulant et hurlant de colère d’avoir dû quitter la maison d’une amie, et qui ponctue ses pleurs de stridents: « Je te déteste, je ne veux plus jamais te voir ! » (20 minutes plus tard, elle vous dira qu’elle vous adore.)

Glaçant glossaire artificiel

Pendant que votre PME locale se demande si l’intelligence artificielle (IA) peut l’aider à mieux cibler ses clients ou à optimiser sa comptabilité, la discussion en cours entre experts peine à décrire les comportements de cette technologie en utilisant les dictionnaires existants. Ils doivent au contraire inventer de nouveaux mots et expressions tant l’IA offre des comportements imprévus et originaux.

Je vous en offre une liste partielle pour vous donner une petite idée. Les termes sont en anglais ; je tente donc des traductions.

Péchés patriotes

Au lendemain de la révolte des patriotes, et alors que brûlent maisons et granges, que les femmes sont violées par les soldats de Sa Majesté, que les hommes sont torturés et tués, le curé de Saint-Esprit, dans Lanaudière, où la ferveur patriote était vive, demande conseil à l’évêque de Montréal, Mgr Ignace Bourget, sur l’attitude à adopter face aux insurgés. Le prélat répond de « leur expliquer clairement que les sujets ne peuvent, sous peine de péché mortel, se révolter contre le Gouvernement établi […] ; qu’on ne peut être absous et recevoir aucun autre Sacrement […] qu’aucune raison quelconque ne saurait justifier une insurrection, puisque l’Église a toujours décidé que c’était un crime ».

Le marché de la controverse

Je tiens à vous rassurer d’emblée, les internautes hollandais n’ont aucune conviction forte au sujet de l’indépendance de l’Alberta. Alors pourquoi inondent-ils les Internets de ce qu’il est maintenant convenu d’appeler de la « slopagande » favorable à la sécession ? Pour faire des sous, tout simplement.

Depuis la pandémie, les cracks d’informatique ont compris qu’on peut faire des sous avec des controverses, quelles qu’elles soient. Le vaccin, les tensions raciales, les mensonges d’État, la guerre, le sexe, le sang : il suffit d’être à l’affût de ce qui choque. Les algorithmes des réseaux sociaux ont été conçus ainsi. Pour attirer de la publicité ou vendre des produits, il faut garder le consommateur sur son réseau le plus longtemps possible. Il fut rapidement démontré que rien ne garde l’attention avec plus de certitude que l’accusation, la révélation, le scandale, le complot. C’est pourquoi vous voyez si peu de contenu de Marcel Proust sur les réseaux.

Bonzes artificiels

Certes, nous avons des raisons de craindre les ravages que l’Intelligence artificielle pourrait provoquer dans l’économie. Le patron de l’IA à Microsoft, Mustafa Suleyman, déclarait en février au Financial Times que « le travail de col blanc, où vous êtes assis devant un ordinateur, que ce soit en tant qu’avocat, comptable, chef de projet ou spécialiste du marketing — la plupart de ces tâches seront entièrement automatisées par une IA d’ici les 12 à 18 prochains mois. » Cela nous donne le temps de voir venir, au plus tard d’ici le mois d’août de l’an prochain.

Les Frères invisibles

Lorsqu’on est chef de l’opposition, il est possible de demander des séances d’information sur divers sujets. Élu à ce poste en 2016, je me suis prévalu quelquefois de cette prérogative, mais je me souviens d’une demande en particulier. Je voulais qu’on me fasse un portrait de ce que savaient nos forces policières de la présence au Québec des Frères musulmans ou d’autres organisations musulmanes extrémistes. J’attends toujours un accusé de réception. Je n’ai pas l’impression que je vais l’avoir.

Intense signal religieux

Combien de femmes musulmanes voilées étaient-elles prêtes à quitter leur emploi plutôt que de se conformer à la nouvelle loi sur la laïcité interdisant, pour les nouvelles embauchées, le port de signes religieux dans les services de garde et de soutien scolaires ? Les chiffres varient. En haut de la fourchette, « au moins 500 emplois » étaient menacés, seulement dans la métropole, selon l’Association montréalaise des directions d’établissement scolaire. Cette hémorragie a été évitée, grâce à l’assouplissement récent du règlement (traduction : l’État laïque a reculé). Mais, nous apprend-on, des centaines de cessations d’emploi sont à prévoir dans la grande région de Montréal.

Transfuges: Comment s’en débarrasser

Vous annoncez la nouvelle à votre employeur. Vous quittez votre emploi. Vous aviez, il y a un an, signé un contrat de quatre ans avec lui. Vous lui aviez promis d’être un employé dévoué, assidu, fiable, plus encore que les autres candidats au poste. Mais vous avez trouvé mieux ailleurs. Tant pis pour lui. Bon prince, vous êtes prêt à rester quelques semaines pour le dépanner, mais votre tête — et souvent votre corps — sera ailleurs. Vous êtes parfaitement conscient des coûts que vous imposez à votre employeur, qui, pour vous trouver un remplaçant, devra lancer un des processus de sélection les plus onéreux au pays : plus de 2 millions de dollars. Mais cela ne vous fait pas un pli sur le portefeuille, ce n’est pas vous qui payez.

Accueillir toute la marmaille du monde

On ne pouvait accuser le socialiste Michel Rocard de manquer de compassion, lui qui avait consacré sa vie à améliorer le sort des Français les plus modestes. Premier ministre, il avait dû admettre que la réalité pouvait imposer des limites à la charité et avait déclaré que la France ne pouvait, en dernière analyse, « accueillir toute la misère du monde ».