Ça suffit. Allons-y ! (intégral)

L’opération militaire russe pour prendre le contrôle de la plus grande centrale nucléaire en Europe est passée à un cheveu de provoquer un désastre deux fois plus important que celui de Tchernobyl. Au moment où ces lignes étaient écrites, le pire semblait évité.

Si les pays de l’OTAN cherchaient non un prétexte, mais une raison valable pour intervenir en Ukraine, ils ne trouveraient pas mieux que la mise à risque de la santé de tous les Européens par ces combats ciblant sciemment des installations nucléaires. Jusqu’à cet événement, les pays occidentaux, dont le Canada, avaient décidé de déléguer aux Ukrainiens la tâche d’empêcher la Russie d’étendre son emprise sur son ancienne province. Oui, des sanctions, l’envoi de matériel létal, de l’argent. Mais pas un soldat yankee, canadien, français ou allemand ne devait être blessé dans cet affrontement entre une démocratie et un dictateur.

Lorsqu’on en augmente la température, l’histoire devient fluide. Et il n’y a rien de plus chaud qu’une guerre froide qui s’embrase. C’est entendu, dans les mois précédant l’attaque, l’OTAN avait déjà placé les Ukrainiens dans la colonne des pertes et des profits. Si Poutine envahissait, ce serait une affaire de quelques jours. On le punirait économiquement, sans plus.

Mais le courage est une chose contagieuse. La course à la sanction la plus mordante possible, la surenchère de missiles antichars et antiaériens transportés à la frontière a incité les pays occidentaux à enjamber des frontières de non-ingérence qui semblaient hier infranchissables.

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La seule qui reste est celle de l’engagement direct. Les ministres de l’OTAN réunis vendredi ont réitéré leur refus de répondre positivement à la demande du président ukrainien d’établir sur son espace aérien un « no fly zone », donc d’interdire le passage d’avions de chasse et d’hélicoptères russes. Un affrontement direct entre un avion, disons, britannique et un avion russe ne serait pas sans conséquence, expliquait hier Jens Stoltenberg, secrétaire général de l’Organisation. « On comprend le désespoir, mais si nous faisions cela, on pourrait se retrouver avec une guerre totale en Europe impliquant beaucoup plus de pays et beaucoup plus de souffrance. »

Pas faux, en effet. Mais ne disait-on pas la même chose lorsqu’on refusait d’intégrer l’Ukraine à l’OTAN ? Que cela pourrait pousser la Russie à attaquer ? Puisqu’elle a attaqué quand même, n’aurait-on pas dû, justement, protéger préventivement l’Ukraine ? Maintenant qu’on sait, la réponse est oui. Et dans la gradation de la crainte de la guerre, il y a un moment où les distinctions deviennent minces. Des hélicoptères et des avions de chasse russes sont et seront abattus par des missiles de l’OTAN offerts gratuitement aux Ukrainiens, eux-mêmes formés par des officiers canadiens et américains. Pense-t-on que Poutine n’en est pas conscient ? Que cela ne le choque pas ? Qu’il ne pourrait pas utiliser ce prétexte pour étendre la guerre ?

Tout est calcul de risque, mais la résistance des Ukrainiens et la mobilisation de l’opinion internationale ont désormais ouvert une fenêtre dont on ignorait même l’existence il y a dix jours. Il est maintenant possible de ne plus faire du début du XXIe siècle le récit de l’avancée inéluctable des dictatures et du recul des démocraties.

Lorsque la Russie a envahi la Crimée et le Donbass, nous n’avons que tapé du poing sur la table. Quand les héros kurdes qui ont combattu en notre nom la barbarie de l’État islamique se sont fait interdire par l’Irak leur droit à l’autodétermination, nous n’avons même pas émis de réprimande diplomatique. Quand la Chine a écrasé la démocratie à Hong Kong, nous avons répliqué par nos pensées et nos prières. Quand elle a enchaîné un million d’Ouïgours, nous avons interdit à nos diplomates d’aller aux Jeux de la fraternité. Quand Poutine a menacé d’envahir la jeune démocratie ukrainienne, nous lui avons dit qu’il paierait économiquement, mais que nous ne verserions pas une goutte de sang.

Le courage ukrainien vient de nous faire passer un point de bascule. Ces derniers jours, l’opinion publique internationale est devenue de plus en plus favorable à une intervention directe, malgré les risques. Près de la moitié des Français (45 %), des Américains (48 %) et une nette majorité de Canadiens (61 %) sont favorables à ce que leurs soldats participent à une action combinée de l’OTAN en Ukraine. Ces appuis ne vont que croître à mesure que les images de destruction et de détresse humaine vont se multiplier.

Godin, dans Le Devoir de dimanche

Au-delà de l’invasion russe se joue une certaine idée, non seulement de la démocratie, mais aussi de la dignité humaine et de la liberté. Ne pas être présents là, maintenant, au cœur de l’action, n’est-ce pas renoncer à ce qui nous unit comme êtres libres ? N’est-ce pas rendre factices tous nos discours sur la solidarité ? N’est-ce pas rendre inutiles nos dépenses militaires et nos alliances ? N’est-ce pas signaler aux autocrates actuels et en devenir qu’ils ont raison de nous trouver faibles, pleutres, pusillanimes et, finalement, bons pour une future invasion ? L’avenir de la démocratie ukrainienne n’est pas la seule qui est mise en joue ces jours-ci. C’est aussi, dans un avenir proche, celle de Taiwan, prochaine cible sur la liste de l’arrogance des autocrates.

Tout est calcul de risque, je le répète. La Maison-Blanche se rend maintenant compte que sa principale arme, les sanctions économiques, ont certes un impact considérable sur la bourse, l’économie et la vie des Russes, mais pas sur la détermination de Poutine.

Le New York Times rapportait ceci ce dimanche:

Les hauts responsables de la Maison Blanche qui conçoivent la stratégie ont commencé à débattre d'une nouvelle préoccupation : que l'avalanche de sanctions dirigées contre Moscou, qui s'est accélérée plus vite qu'ils ne l'imaginaient, coince le président Vladimir V. Poutine et pourrait l'inciter étendre le conflit au-delà de l'Ukraine.

Lors des réunions de la Situation Room ces derniers jours, la question a été soulevée à plusieurs reprises, selon trois responsables. La tendance de M. Poutine, ont déclaré des responsables du renseignement américain à la Maison Blanche et au Congrès, est de redoubler d'efforts quand il se sent piégé par son propre emportement. Ils ont donc décrit une série de réactions possibles, allant du bombardement aveugle de villes ukrainiennes pour compenser les premières erreurs commises par sa force d'invasion, à des cyberattaques dirigées contre le système financier américain, à davantage de menaces nucléaires et peut-être à des mesures pour faire avancer la guerre au-delà des frontières de l'Ukraine.

Cette évaluation, par nature incertaine, est cependant centrale aux décisions qu’il faut désormais prendre. Puisque les sanctions n’emmèneront pas Poutine à la table des négociations, puisqu’il a commencé à s’attaquer à des civils comme il l’avait fait en Tchétchénie et, avec les forces du dictateur Assad, en Syrie, la posture du spectateur ne tient plus.

Dans The Guardian ce dimanche, le chroniqueur Simon Tisdall pose la question ainsi:

Le paradoxe est que plus la résistance de l'Ukraine est réussie et durable, plus les dangers pour l'OTAN sont grands. Pourtant, si en la soutenant, les alliés ne peuvent finalement éviter d'être entraînés dans un conflit avec la Russie, pourquoi retarder l'inévitable ?

En d'autres termes : plutôt que de laisser les combats et les mourants aux seuls Ukrainiens – puis de les abandonner finalement – ​​les démocraties occidentales devraient mettre leurs forces aériennes de combat en attente, déclarer leur intention d'imposer une zone d'exclusion aérienne – et dire aux Kremlin pour arrêter le massacre.

Le massacre d'innocents par Poutine est insupportable, mais nous sommes obligés de regarder. L'Occident se battra-t-il jusqu'au dernier Ukrainien ? Ou va-t-il se lever et se battre pour lui-même ?

Nous savons aujourd’hui que l’agression russe risque de plonger l’Europe dans un nuage nucléaire, que notre inaction rend plus probable. Nous savons qu’une victoire des armées russes sur le territoire ukrainien ne ferait que renforcer la mainmise de Poutine, aujourd’hui fragilisé, et plonger dans le désespoir les centaines de milliers de Russes qui rêvent, aussi, de liberté. Qui nous donnent aussi, dans les rues et devant la brutalité du dictateur, des leçons de courage.Combien nous en faut-il avant de répondre à l’appel ? À mon avis, l’heure est venue. Ça suffit. Allons-y !

(Une version plus courte de ce texte a été publiée dans Le Devoir.)


Mettez de l’histoire dans vos oreilles

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À lire: Les coulisses secrètes de l’Europe


Varoufakis, Conversatins entre adultes
Qu’est-ce que le pouvoir ? Ou plutôt qui détient, en définitive, le pouvoir de décision ? Après plusieurs décennies à naviguer dans les arcanes du parti démocrate américain, l’organisateur devenu éminence grise du parti, Robert Strauss, a décrit ainsi sa lente découverte de la réponse à cette question:

« Le pouvoir est une chose intéressante. Au début, je pensais que le pouvoir politique consistait à assister à un dîner réunissant des politiciens. Puis, j’ai pensé que le pouvoir politique consistait à organiser un dîner avec des politiciens. Puis, j’ai pensé que ça consistait à se faire inviter à loger au même hôtel qu’un candidat à l’investiture présidentielle, au moment de la convention. Je me tenais dans le couloir à la sortie de la suite de Sam Rayburn [figure politique démocrate des années 50] et j’étais très impressionné. Puis, j’ai été admis dans le salon d’une de ces suites, et j’étais très impressionné. Puis, je me suis rendu compte que toutes les décisions étaient prises, avec le candidat à la présidence, derrière la porte de la chambre à coucher. Finalement, j’ai été invité dans la chambre à coucher avec les derniers 8 ou 10 individus les plus proches du candidat. Là, je pensais que j’étais arrivé dans le cénacle — jusqu’à ce que j’apprenne que le candidat et ses plus proches conseillers disparaissaient parfois dans la salle de bain. A la fin, il n’y avait plus que [l’alors candidat] Jimmy Carter, [son chef de cabinet] Hamilton Jordan et moi, dans la salle de bain. C’est là que la vraie décision se prenait. »

J’ai retrouvé cette citation après voir lu l’excellent bouquin « Conversations entre adultes » de l’ancien ministre des Finances de la Grèce. Il pose une question finalement bien simple: qui détient le réel pouvoir en Europe ? Je vais vous gâcher la fin (mais ce n’est pas grave). La réponse est: le ministre allemand des Finances et ses adjoints.

Aucune démonstration théorique ne vaut le récit, au quotidien, d’une négociation. Varoufakis est élu ministre, donc homme fort, du gouvernement de gauche élu au plus fort de la crise de la dette grecque en janvier 2015. Les pressions exercées par l’Union Européenne pour un remboursement à marche forcée de sa dette considérable fait subir au peuple grec des privations inconnues depuis la seconde guerre. Comme le ferait le comptable de toute entreprise endettée, Varoufakis se tourne vers sa banque (l’Europe) pour restructurer sa dette et permettre un remboursement plus lent qui n’étouffe pas toute possibilité de croissance économique, tout en proposant des réformes réelles d’une fiscalité grecque pleine de trous.

Contrairement à d’autres membres du gouvernement de gauche, Varoufakis n’est pas un radical. Économiste ayant enseigné aux États-Unis, il s’entoure de certains des meilleurs experts américains pour établir ses propositions. Il estime que la Grèce n’aurait jamais du entrer dans l’Euro et que cette entrée est une des causes du déséquilibre. Mais il estime que sortir de l’Euro serait pire encore.

Dans ce bouquin remarquablement écrit (et traduit) il nous entraîne avec lui dans chacune de ses découvertes des dédales du pouvoir européen. Tous les alliés politiques qu’il croit être en train de se faire en France, au Royaume-Uni ou ailleurs se liquéfient littéralement devant les vrais détenteurs du pouvoir, que j’ai nommés plus haut.

Puis, l’affaire devient shakespearienne lorsque, petit à petit, son propre parti, son propre premier ministre, cèdent sous la pression européenne, isolant Varoufakis.

Complètement ? Pas tout à fait. Le premier ministre, Alexis Tsipras, est convaincu que le peuple grec acceptera, par référendum, de céder aux diktats de l’Europe. Il organise donc un référendum, officiellement pour demander aux Grecs de rejeter les demandes de l’Europe, mais en souhaitant qu’ils les acceptent. Ainsi, ayant perdu son référendum, il pourra accepter, officiellement à contre-coeur, de céder.

Mais à sa grande surprise, les Grecs rejettent à 61% les exigences européennes – comme le souhaitait, dans son cas réellement, Varoufakis.

Malgré ce vote, le gouvernement Tsipras cède, donc tourne le dos à son propre peuple. Varoufakis démissionne et fonde son propre parti, qui n’emporte que 3,5% du vote à l’élection de juillet dernier.

Le livre est éclairant à plusieurs égards – économique, politique, sur le rôle des réseaux, sur le double langage, la relative absurdité de positions dogmatiques, sur la force des faibles et la faiblesse des forts — mais aussi sur la force des forts et la faiblesse des faibles.

C’est aussi un cri pour le volontarisme pragmatique, pour le respect de la parole démocratique et des peuples.

Je le recommande chaudement.

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Comment faire des milliards à la mode Albert Frère et Desmarais ?

Comment s’enrichir, lorsqu’on est déjà riche, en siphonnant des centaines de millions à des institutions publiques ? Denis Robert (qui a mis au jour le scandale Clearstream) et Catherine Le Gall démontent patiemment le mécanisme privilégié par Albert Frère (principalement) et son partenaire de longue date Paul Desmarais.

À travers quatre transactions économiquement inexplicables réalisées pendant les années 2000, les journalistes d’enquête ouvrent le sac à outils de ceux qu’ils appellent des prédateurs – car ils ne créent pas de produit, de service, de valeur, seulement des échafaudages financiers qui leur rapportent gros et qui vident les caisses d’institutions publiques.

Des questions sans réponse

Pourquoi l’équivalent français de la Caisse de dépôts achète-t-elle à Albert Frère sa chaîne de fast-food Quick et, surtout, pourquoi l’achète-t-elle plus de deux fois sa valeur ?

Pourquoi la brésilienne Pétrobras achète-t-elle pour 1,5 milliards de dollars US une raffinerie texane vétuste achetée peu avant par Albert Frère pour… 42 millions ? Une culbute de 1590% ?

Pourquoi la compagnie publique française de l’uranium Areva achète-t-elle pour 2,5 milliards d’euros une nouvelle entreprise d’uranium qui ne possède que des terrains inexploitables ? Mais dont les financiers sont liés à Frère et Desmarais ?

Pourquoi, finalement, le gouvernement français pousse-t-il le joyaux public Gaz de France dans les bras de l’entreprise chevrotante Suez, contrôlée par le couple Frère-Desmarais ?

Ces États en avaient-ils vraiment besoin ?

La logique économique est complètement absente de chacune de ces transactions. Chaque fois, il s’agit de colossaux transferts de richesse d’institutions publiques vers des coffres privés.

Chaque fois, les bénéficiaires des transactions ont placé au sein des institutions publiques visées des gens qui leur sont proches et qui vont diriger la manœuvre de l’intérieur. Chaque fois, des consultants externes, parfois anonymes et toujours opaques, vont grossièrement surévaluer l’entreprise sur le point d’être achetée à prix d’or. Chaque fois, des clauses étranges sont placées dans les contrats pour faire pencher la balance en faveur des spoliateurs.

Impossible que ces transactions aient lieu sans que plusieurs acteurs politiques ferment les yeux.

Dans le cas de Pétrobras, il est avéré que Frère a généreusement contribué à la caisse électorale de Dilma Roussef, alors présidente du CA de Pétrobras, future présidente brésilienne qui sera accusée de corruption et destituée.

Dans le cas de l’uranium, la présence de la présidente du CA de la compagnie publique Areva sur des CA de compagnies de Frère et Desmarais est notable.

Dans le cas de GDF, l’ami intime des Frère et Desmarais, Nicolas Sarkozy, hier défavorable à la privatisation, en est devenu un des principaux héraults !

Touffu mais loufoque

À travers ces récits parfois touffus et techniques, on voit aussi comment la justice (sauf brésilienne) est parfois hésitante à remonter les filières de ces scandales et semble muselée à des moments cruciaux.

On voit surtout comment ceux qui tirent les ficelles, en haut de la pyramide de la prédation, semblent parfaitement intouchables, tellement ils manipulent avec talent les rouages compliqués des montages financiers, des corporations écrans, des consultants conciliants et des avocats aguerris.

L’enquête n’est pas seulement une accusation contre les prédateurs mais une mise en cause de tous les facilitateurs et de l’échec des garde-fous qui auraient du, qui auraient pu, dans chaque cas, faire échec à la prédation.

Un livre très très éclairant.

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Les marchés: des petits vieux ou de jeunes crocs?

Les citations du jour reviennent à Hubert Védrine, ex-ministre français socialiste des Affaires étrangères, dans une entrevue lumineuse accordée à Christian Rioux du Devoir et publiée ce samedi.

Sur les marchés:

l’Europe n’a pas décidé jusqu’où elle était solidaire ni comment dompter les marchés. Je dis «dompter» et non pas «rassurer», car ces marchés ne sont pas un rassemblement de vieilles personnes inquiètes, mais un marécage de crocodiles qu’il faut dompter.

Sur les élites et les peuples européens:

il y a plein d’eurosceptiques qui pourraient se rallier à l’Europe si on leur démontrait que celle-ci n’est pas une machine à éradiquer les identités. Ils voudraient que l’Europe soit un facteur d’équilibre face à la Chine, par exemple.

Si l’Europe est fondée sur le fait que c’est abominable d’être français ou espagnols et qu’il faut se fondre dans un grand magma européen, les peuples n’en voudront jamais. Ils ne sont pas xénophobes, mais ils n’en veulent pas. Vous comprenez ça très bien, vous, les Québécois!

[…] Il y a ceux qui veulent un système de décision supranational supplantant les États nations. Mais les peuples sont contre. Cela met les élites dans une fureur affreuse. Et elles insultent les peuples en disant qu’ils sont archaïques, nationalistes, lepénistes, souverainistes. Et les peuples les envoient promener. Il existe un fossé qui se creuse entre les élites et les populations. Et les élites n’ont encore qu’une seule idée, c’est de donner toujours plus de pouvoir au Parlement européen et à la commission. C’est comme un ressort.

Comprendre le « cas » Berlusconi

Le chercheur et activiste italien Ugo Mattei tente d’expliquer pourquoi le peuple italien a porté au pouvoir Sylvio Berlusconi pour une période aussi longue. Dans le dernier Planète Terre.

berlusconi

Une Italie moins hypocrite…

Puis, l’écologiste Harvey Mead nous explique l’Indice de progrès véritable et nous parle de son livre « L’indice de progrès véritable du Québec« .

Indépendance: Le converti

2011-01-26-Jordi-Pujol-355x550-150x150Toute comparaison est boiteuse, mais je me risque. Imaginez que Jean Lesage, le premier ministre du « maître chez nous » du début des années 60, ait été élu six fois à la tête du Québec et ait gouverné pendant 23 ans. Un premier ministre nationaliste, mais fédéraliste.

Imaginez maintenant que, huit ans après avoir quitté volontairement le pouvoir, il annonce que, vu l’évolution de la situation du Québec, il estime que l’indépendance est désormais une absolue nécessité. Cela ne créerait-il pas un léger remous dans les chaumières ?

C’est précisément ce qui vient de se passer en Catalogne. Le leader historique de la nation catalane, Jordi Pujol, vient d’affirmer que l’avenir de son peuple passe nécessairement par son indépendance.

La Catalogne et le Québec ont des relations privilégiées et j’ai eu la chance d’assister deux fois à des rencontres avec ce géant politique entre 1995 et 2000. Son épouse ne s’en cachait pas, elle était indépendantiste. Lui, non.

Pourquoi, lui demandions-nous ? Il nous répondait que c’était tout simplement impossible. La moitié des résidents catalans étaient, en fait, des immigrants ou des descendants d’immigrants d’autres régions espagnoles. Donc, calculait-il, même si la totalité des Catalans votaient Oui, ce qui n’était pas acquis, il serait impossible de dégager une majorité.

Les choses ont-elles changées ? J’ai rencontre ce week-end plusieurs journalistes catalans qui m’ont dit: oui. « Maintenant, plusieurs non-Catalans d’origine sont plus indépendantistes que les Catalans ! »

Pas assez, il faut le dire, pour obtenir une majorité dans les sondages. L’idée d’indépendance — avant la déclaration de Pujol de fin janvier — est autour de 30%

Un recul historique

La raison du glissement, de Pujol et de beaucoup de Catalans, est double. D’abord, une partie de l’autonomie dévolue à la Catalogne en 2006 a été invalidée, en juin, par la Cour constitutionnelle espagnole, très centralisatrice.

Pour la Cour, il faut biffer la mention de l’existence de la « nation catalane ». Puis, il faut interdire que la langue Catalane puisse jouir d’un statut prédominant sur le territoire catalan. Un recul historique. Plus d’un million de Catalans — sur un total de sept — sont descendus dans la rue en juillet dernier pour protester.

Vous ne devinerez jamais ce qui se passe ensuite. Pour réparer ce tort, il faudrait amender la constitution ! Or l’opinion publique espagnole est contre, et les deux principaux partis espagnols croient que le fruit n’est pas mûr. (Enfin, ils ne le disent pas comme ça, mais ça revient au même).

Une perte de puissance économique

Ce n’est qu’une des conditions de la montée du sentiment indépendantiste catalan. L’autre tient à l’estime de soi économique de la nation. Car contrairement au Québec, la Catalogne a toujours été la province riche de l’Espagne. Son moteur économique. Les impôts des riches Catalans payaient pour les programmes des pauvres Andalous. Et la Catalogne était devenue riche sans pétrole et sans Pacte de l’auto. Un lieu d’entrepreneuriat par excellence.

Or, depuis la crise, les finances de la Catalogne souffrent. Les indicateurs économiques trahissent un déclin que les citoyens ressentent avec effroi. Une récession de 5% en 2009, le gel des pensions des retraités, une forte montée du chômage, tout cela lié à l’éclatement d’une bulle immobilière à Barcelone, ville la plus chère d’Europe. Or les Catalans voient, encore, une partie de leurs avoirs siphonnés par le gouvernement central.

Perte d’autonomie politique, perte de puissance économique, absence d’espoir de réforme à perte de vue, c’en est trop.

Dans son article intitulé: De la cour constitutionnelle à l’indépendance, via le Québec, Pujol écrit:

La relation entre l’Espagne et la Catalogne pourrait un jour nous forcer à devoir choisir: soit vivre dans l’Espagne que la Cour a dessinée […] et qui jouit du soutien de la majorité des Espagnols, soit l’indépendance.

Pujol explique ensuite comment il en vient à cette conclusion:

Longtemps, la majorité des nationalistes catalans n’ont pas envisagé l’indépendance. Ils ont joué leurs cartes en faveur de l’autonomie avec succès en obtenant un haut niveau de pouvoirs politiques et administratifs, obtenant la garantie de son identité. Et ils ont rejeté les appels de ceux qui voulaient l’indépendance. Ils avaient de bonnes raisons de le faire.

Ils ne les ont plus.

Personne ne peut douter de la viabilité d’une Catalogne indépendante.

Hier, l’opposition à l’indépendance était fondée sur notre volonté de ne pas mettre en péril la cohésion interne de la Catalogne. Mais cet argument a été affaibli par le traitement économique discriminatoire que nous subissons et qui devient de plus en plus évident, avec ses effets sociaux et humains.

Aujourd’hui, il n’y a plus d’arguments politiques, économiques ou même sentimentaux qui nous rattache à l’Espagne.

Une course à obstacles

Et la solution québécoise ? Pujol est clair: la majorité des Catalans préféreraient un statut à la québécoise (le Québec a davantage d’autonomie que la Catalogne) que l’indépendance. Mais, ajoute-t-il,

Il est probable que, pour l’Espagne, un statut à la québécoise soit aussi inacceptable que l’indépendance.

Pujol suivait de très près l’actualité québécoise. Il a écouté la soirée référendaire de 1995 en compagnie de son vieil ami Jean Daniel, le directeur du Nouvel Observateur. Un plan de table nous ayant mis un jour côte-à-côte, Jean Daniel m’a raconté:  « Lorsqu’il a vu le résultat, presque 50%, Pujol a dit: avec un résultat comme celui-là, je ferais un malheur! » Traduction: fort de ce rapport de force, il aurait augmenté l’autonomie catalane en Espagne.

Les nouveaux indépendantistes catalans ne sont pas au bout de leur peine. D’abord, la constitution espagnole indique que le pays est « indivisible ». Ensuite, les régions n’ont jamais développé de système électoral autonome. C’est l’État central qui organise les élections, et les référendums. Pujol mesure mieux que quiconque le degré de difficulté:

L’indépendance est difficile à réaliser. Le seul autre choix, celui imposé par l’Espagne et les institutions espagnoles, n’est pas difficile. C’est le choix d’abdiquer. Et d’accepter la marginalisation et la chute de la Catalogne. C’est le choix de la facilité. Mais cela signifierait notre disparition.

(Merci à l’alertinternaute Michelle B. pour ce signalement.)

IFRA2-300x262Votre blogueur favori, avec Pujol, en 1999. Lisée: « Mais pourquoi pas l’indépendance? » Pujol: « T’es qui toi? »

Pourquoi la Pologne est-elle de droite ?

solidarnosc_25latNous qui avons manifesté pour Solidarnosc (et qui sommes plus vieux, dois-je dire), nous sommes un peu intrigués par la force de la droite dans le paysage politique polonais pré- et post-tragédie.

J’ai voulu comprendre en interrogeant, dans le dernier Planète Terre, Magdalena Dembinska, Polonaise d’origine et politologue à l’UdeM. Aussi au programme : les « économies morales » et la lecture de Daniel Weinstock : Why Not Socialism ?

Une psy montréalaise présidente de l’Europe ?

Vaira_Vīķe-Freiberga_Davos-150x150Si vous avez étudié la psychologie à l’Université de Montréal entre 1965 et 1998, vous l’avez sans doute eu comme prof.  Veira Vike-Freiberga, lettone d’origine, a occupé sa retraite de l’UdeM à diriger le nouvel État letton avec un tel éclat, qu’elle est maintenant en lice pour devenir, jeudi le 19 novembre, la première personne à président le Conseil européen, bref le premier Président de l’Europe.  Elle a, disent les analystes, beaucoup plus de chances d’y arriver que Tony Blair, partant pourtant favori l’an dernier.

Son choix tomberait à pic pour le projet de Jean Charest — qui lui a d’ailleurs remis l’Ordre national du Québec en 2006, le ratoureux — de faire aboutir la négociation d’un nouvel accord de libre échange Canada/Union européenne, dont le Québec est le principal fer de lance.

Si vous voulez donner un micro-coup de pouce à cette fine psychologue, allez voter pour elle sur le site de la fondation Robert Schumann. Elle mène déjà dans ce vote indicatif à 48,5%, contre l’ex-premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Junker, 26%, et Tony Blair, 11%.

(Photo WikiCommons)