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On ne pourra pas dire qu’on ne nous a pas avertis. Pour le président Trump, l’hémisphère en entier est son terrain de jeu, du pôle Nord à la Terre de Feu. Et puisque l’appétit impérial vient en mangeant, on ne peut prévoir, d’une semaine à l’autre, quel pays des Amériques il voudra acheter, avaler ou occuper.
Concernant les 55 695 habitants du Groenland, on entend dire que Trump serait prêt à leur envoyer, chacun, entre 10 000 $ et 100 000 $. Cela fait au maximum moins que 5,57 milliards de bidous, une aubaine. Appliqué aux 41 millions de Canadiens, ce même taux ferait quand même 4100 milliards de dollars. Alors je ne pense pas que nous recevrons nos chèques de sitôt.
Cher président américain, jusqu’à présent, nous, Québécois, avions de bonnes raisons d’être fâchés contre vous. Vous avez frappé notre industrie du bois et de l’aluminium de tarifs absurdes et vous nous avez conduits, pour nous protéger contre vous, à élire comme premier ministre canadien quelqu’un que l’on connaissait à peine, Mark Carney. Nous commençons à douter de la qualité de notre choix.
Ces dernières semaines ont été pourries pour le savoir-vivre dans une partie non négligeable de la classe politique canadienne. Et je ne parle même pas de Pierre Poilievre et de son fantasme de voir Justin Trudeau derrière les barreaux.
La palme de l’obséquiosité revient à celui dont on pensait qu’il était rompu aux usages et aux codes, ayant fréquenté la royauté à Londres, les diplomates à l’Organisation des Nations unies (ONU) et la haute fonction publique à Ottawa. Je suis convaincu que Mark Carney a une intelligence vive, une connaissance fine des enjeux. Je vois dans ses petits sourires qu’il compense par un humour pince-sans-rire sa certitude d’être toujours, partout, le premier de la classe.
Je ne veux en rien diminuer la difficulté de la tâche qui lui incombe et pour laquelle il a postulé : composer avec l’enfant-roi qui préside la superpuissance mondiale voisine et qui peut, d’un coup de mauvaise humeur, faire plonger notre économie dans une récession. Comme vous, je l’observe, composant avec Donald Trump en le flattant dans le sens du poil, mais généralement sans quitter le cercle de la raison. « Vous êtes un président transformateur », lui a-t-il dit l’autre fois dans le Bureau ovale. Oui, mais c’est vrai aussi d’un ouragan. Vous avez « un focus implacable sur l’économie, sur le travailleur américain ». Vrai, mais il n’a pas dit que l’économie, ou le travailleur, s’en sortiraient ragaillardis ou déconfits.
Le président Frank Underwood se dirigeait vers une défaite électorale certaine. Il ne pourrait se maintenir au pouvoir que si surgissait, dans la nation, une situation d’urgence. Et comme il n’y en avait pas, il en a créé une. Il a suspendu le vote dans plusieurs États pivots, puis traficoté avec le Congrès pour se faire réélire. C’était dans la cinquième saison de House of Cards. Et ce pourrait être dans le second mandat de Donald Trump.
La transformation d’une démocratie en autocratie est une chose tragique, mais pas inédite. Dans leur livre de 2018, La mort des démocraties, les politologues américains Steven Levitsky et Daniel Ziblatt ont dégagé un mode d’emploi de l’ascension de la tyrannie en distillant les méthodes utilisées par les dictateurs en herbe d’Allemagne, d’Italie, du Venezuela, de Hongrie, de Turquie et de Pologne.
Rien n’est plus profitable, pour une cause, qu’un martyr. Parlez-en au Vatican. Leur crucifié est mort depuis bientôt 2000 ans et, pourtant, son message continue de résonner sur la planète entière. La chrétienté serait-elle aussi forte si son fondateur avait vécu une sage retraite, taquinant le poisson du lac Tibériade, et avait péri dans le sommeil du juste?
La droite américaine vient de trouver son martyr. Elle compte en tirer un profit considérable. Ce n’est que justice. La gauche avait trouvé le sien, il y a cinq ans le 25 mai 2020, George Floyd. S’en était suivi le plus grand mouvement de protestation depuis les années soixante, des manifestations souvent émaillées de violence, mais débouchant à la fois sur une salutaire revue des pratiques policières et sur l’absurde revendication de « définancer la police ». Les Républicains allaient tirer de ce dernier slogan un argument apte à mobiliser en leur faveur une partie des habitants de banlieue tenant à leur sécurité.
Charlie Kirk n’est pas la seule victime récente du recours à l’assassinat comme moyen d’expression. Davantage d’élus démocrates que de républicains en ont été victimes, y compris depuis deux ans. Et le plus grand mouvement politique violent du siècle aux États-Unis fut la prise du Capitole par les troupes mobilisées par Donald Trump en janvier 2021.
Si Kirk est aujourd’hui le Floyd de la droite, c’est qu’il présente des caractéristiques idéales. Il s’agit d’un homme jeune, père de famille, profondément chrétien, aussi éloquent que sympathique, et qui incarnait une valeur cardinale de l’Amérique, la liberté d’expression. Se déplacer de campus en campus – donc en territoire parfois woke – non pour discourir, mais pour débattre avec chaque personne souhaitant confronter son opinion avec la sienne témoignait à la fois de son cran et de son goût du débat. Il était au surplus un proche de Donald Trump, de ses fils, et de sa garde rapprochée. Il faisait partie du premier cercle. On lui prévoyait un grand avenir.
L’équipe présidentielle a donc des raisons personnelles et politiques d’ériger autour de Kirk un mouvement qui dépasse l’évocation mémorielle pour propulser plus avant encore l’agenda conservateur. Pour réussir, il faut d’abord faire de son décès une affaire nationale, qui dure dans le temps. Le Vice-président J.D. Vance comme porteur du cercueil, des drapeaux en berne dans tout le pays pendant plusieurs jours, l’organisation, ce dimanche, d’une cérémonie dans le gigantesque State Farm Stadium à Glendale, dans l’État de l’Arizona d’où Kirk est natif. Le sate peut recevoir 63 000 personnes. Y participeront Donald Trump et plusieurs de ses ministres. Simultanément, des activités de prières auront lieu à Washington, Dallas et… Londres.
La question est de savoir comment le pouvoir trumpiste utilisera l’énergie tirée de cette célébration du martyr pour modifier des lois. On connaît déjà la direction qu’il compte emprunter. Dans les heures et les jours qui ont suivi l’assassinat, Donald Trump a clairement établi que les coupables étaient « la gauche radicale », un terme qu’il utilise pour décrire la totalité de ses adversaires de gauche. Lui qui, pendant la campagne, traitait Kamala Harris de « communiste » et de « fasciste ». Lui qui a offert son pardon à 1500 condamnés de l’assaut du Capitole, dont 750 coupables d’avoir agressé des policiers et infligé des blessures, qui les a qualifiés de « patriotes », estime que s’il existe, à droite, des gens radicalisés, ils le sont pour de bonnes raisons. « Ils sont contre le crime » a-t-il expliqué.
Il n’est pas question pour lui d’apaiser le débat. « I couldn’t care less » (je n’en ai rien à cirer) est-il allé dire à l’émission matinale de Fox News. L’important est de sévir contre la gauche radicale. Comment ? Il avait déjà ouvert une enquête sur l’organisation du milliardaire George Soros, Open Foundations. Soros est connu pour financer des organisations de gauche, comme les milliardaires de droite le font pour la droite. Trump veut maintenant démontrer que Soros finance « davantage que des manifs, il s’agit d’agitation, d’émeutes dans les rues. »
Un intéressant glissement sémantique a eu lieu ce lundi, alors que JD Vance animait le célèbre balado de feu Kirk. « Il faut parler de l’extraordinairement destructeur d’extrémisme de gauche qui s’est développé ces dernières années et qui est une des raisons, je crois, de l’assassinat de Charlie. » Son invité Stephen Miller, conseiller du président, a fait un pas de plus. « Nous allons canaliser toute notre colère contre ces campagnes organisées qui ont conduit à cet assassinat et démanteler ces organisations terroristes. » C’est ainsi qu’on est passé de gauche radicale, à extrémiste, à terroriste. Notons qu’il n’y a pour l’instant pas la moindre preuve que l’assassin de Kirk ait été lié à une quelconque organisation.
Miller dit tenir ses ordres de marche du martyr lui-même : « Le dernier message que Charlie Kirk m’a laissé avant qu’il ne rejoigne son Dieu au ciel est qu’il fallait que nous démantelions les organisations de la gauche radicale dans ce pays qui fomentent la violence » a-t-il dit à Fox News. « Alors, c’est ce qu’on va faire.”
En détail il dit vouloir s’attaquer bien sûr à la violence, mais aussi « aux campagnes organisées de déshumanisation, de dénigrement », ce qui peut couvrir assez large.
La cheffe de cabinet du président, Suzie Wiles, a levé le voile, en entrevue, sur le véhicule législatif envisagé. « On est en train de travailler sur un plan complet sur la violence en Amérique, l’importance de la liberté d’expression et de la civilité, les façons de composer avec ce qu’on ne peut désigner que comme des groupes haineux qui peuvent susciter ce genre de comportement. »
On sent donc une double volonté. S’en prendre aux organisations de gauches, suspectées d’induire la violence par leur comportement, s’en prendre aussi à l’expression « haineuse » qui en découle. Voilà pourquoi l’expression Wokisme de droite est désormais en vogue. Les Guerriers sociaux wokistes voulaient interdire les propos offensant leurs convictions. Les wokistes trumpistes semblent vouloir faire de même avec les propos qui critiquent leur vision du monde. Car comme le dit Stephen Miller, « le sort de millions de personnes dépendent de la défaite de cette idéologie maléfique. »
Le sang du martyr n’aura donc pas coulé en vain. Le pasteur Luke Barnett, de Phoenix où Kirk produisait sa balado, déclarait au New York Times :. « Je peux maintenant envisager 10 000 Charlie King se dressant dans les campus partout en Amérique, proclamant la vérité de Jésus Christ. »
Non mais, aviez-vous vu un plus beau défilé militaire ? Place Tian’anmen, l’autre jour, ça marchait d’un même pas, alignés au millimètre près, dans des uniformes pétants de propreté, avec des regards féroces. Combien de temps faut-il s’entraîner pour arriver à un tel synchronisme et le maintenir pendant des kilomètres ? Donald Trump, qui avait vu le printemps dernier ses GI marcher devant lui comme dans une manif, devait être vert d’envie.
Quelle belle jeunesse chinoise, quand même, fière et mobilisée, enthousiaste devant la puissance montante de l’empire du Milieu et de son empereur Xi, qu’on a entendu discuter immortalité avec Vladimir, qui, quand on regarde bien, n’a ni cheveu blanc ni ride à 72 ans. L’invasion de voisins, ça tient jeune.
Malheureusement, toute la jeunesse chinoise n’a pas la chance de faire partie de l’armée rouge. Tenez, en avril, la Compagnie nucléaire nationale chinoise a annoncé vouloir embaucher 1730 personnes. De bons emplois, bien rémunérés. Son site fut débordé par presque 1,2 million de candidatures. C’est que le taux de chômage chez les jeunes Chinois est maintenant de 19 %, si l’on croit les statistiques officielles, qui ont plutôt tendance à minimiser les choses. C’est comme ça depuis la pandémie. Et ça ne risque pas de s’améliorer.
En bas de l’échelle de la production, les usines de textiles et de produits bon marché ferment leurs portes pour se relocaliser, et pas que pour se soustraire aux tarifs trumpiens. (Goldman Sachs prévoit que les tarifs américains provoqueront 20 millions de chômeurs chinois de plus.) En haut de l’échelle, la progression fulgurante de l’utilisation de l’intelligence artificielle dans la production réduit de 40 % les besoins en main-d’œuvre. Certaines usines sont désormais presque complètement automatisées.
Ce resserrement du marché du travail survient au moment où la Chine connaît la plus grande cohorte de diplômés de son histoire, soit 12 millions de finissants. Où trouvent-ils à gagner leur vie ? En devenant livreurs, pour beaucoup. Selon l’Asia Society Policy Institute, dont je tire beaucoup de ces infos, un employé sur cinq des deux principales compagnies de livraison est diplômé, 70 000 d’entre eux ont des maîtrises. Même pour ces emplois précaires, l’avenir s’assombrit, la Chine étant à l’avant-garde dans la livraison par drone ou par véhicule intelligent.
L’impact psychologique est palpable. Le terme « involution » est désormais courant pour décrire la sensation de futilité ressentie par beaucoup de jeunes. Le taux de suicide chez ceux vivant en milieu urbain a doublé entre 2017 et 2021, selon les chiffres officiels, suspects de trop grand optimisme. L’Université de Pékin rapportait en 2023 une augmentation de 25 % depuis 2019 des tentatives de suicide.
L’an dernier, le suicide d’une interne en médecine, Cáo Lìpíng, a fait grand bruit. Elle avait laissé un message : « Il n’y a pas de justice dans le monde. » Certains deviennent violents, à l’américaine. Un jeune de 21 ans, frustré par ses mauvais résultats scolaires et des salaires impayés, a poignardé à mort 8 de ses collègues et en a blessé 17 autres dans l’est de la Chine en novembre. Les nouvelles de l’incident ont brièvement circulé malgré la censure généralement efficace de la « Grande Muraille numérique ». Il est donc impossible de savoir s’il s’agit ou non d’un cas isolé.
Une solution est de profiter de la libéralisation du trafic aérien international pour quitter le pays. Selon l’ONU, le nombre de Chinois faisant des demandes d’asile politique est passé de 7000 en 2010 à 180 000 en 2024. Avant la fermeture de la frontière mexicaine par Trump, des dizaines de milliers de Chinois prenaient un avion pour Quito, en Équateur, pour entreprendre la longue et périlleuse marche vers le nord, et le rêve américain.
La désespérance de la jeunesse chinoise est une donnée nouvelle — et inquiétante — pour le pouvoir. Depuis les grandes réformes économiques introduites il y a 40 ans, il était entendu que les Chinois n’auraient pas de liberté politique, mais que, en échange, le pouvoir communiste allait leur assurer une prospérité croissante. La rupture de ce pacte inquiète Pékin, qui exerce une pression sur les entreprises pour réduire le temps de travail excessif imposé aux jeunes qui ont un emploi.
La répression reste la meilleure arme du pouvoir. On compte en Chine 626 millions de caméras de surveillance, donc presque une caméra pour deux citoyens.
La veille de la grande parade militaire, un pirate informatique a réalisé un exploit. À 22 h, à Chongqing, ville de 30 millions d’habitants, il a ciblé un projecteur orienté vers le mur d’un grand immeuble et y a projeté des slogans anticommunistes. « Seulement sans le Parti communiste pourrons-nous avoir une nouvelle Chine », disait l’un d’eux. « Non aux mensonges, on veut la vérité. Non à l’esclavage, on veut la liberté », disait l’autre.
Les slogans furent visibles pendant 50 minutes, selon le New York Times, avant que des policiers ne viennent démanteler l’installation. Le dissident était parti, mais avait laissé une autre caméra filmant l’arrivée des agents. Il mit cette autre vidéo en ligne, avec le texte de la lettre qu’il avait laissée derrière. « Même si vous êtes un bénéficiaire du système aujourd’hui, un jour vous deviendrez inévitablement une victime en ce pays. »
Le lendemain, l’homme mettait en ligne une vidéo montrant des agents interrogeant sa vieille mère dans son village natal. L’homme en question, Qi Hong, 42 ans, avait quitté la Chine pour l’Angleterre neuf jours auparavant et avait mis projecteur et caméras en fonction à distance.
Li Yin, le plus suivi des blogueurs chinois dissidents en exil, affirme que cet exploit est « un coup dur » pour les autorités, qui avaient consacré d’énormes ressources à assurer la stabilité avant le défilé. « Son action a montré que le contrôle du Parti communiste chinois n’est pas hermétique », a-t-il dit. « Ce n’est pas comme si nous ne pouvions rien faire. »
Lors du prochain affrontement, rituel et annuel, entre policiers et Black Blocs lors de la manifestation contre la violence policière à Montréal, imaginez que le premier ministre du Canada envoie l’armée. « Quoi ? diraient la mairesse de Montréal et le premier ministre du Québec. On n’a rien demandé ! On a des émeutes comme ça de temps à autre, on s’en occupe. »
« Non, dirait le premier ministre canadien. Je ne tolère plus ce genre de désordre dans mon pays. En plus, vous êtes des incompétents. Vous avez mal géré les inondations et les feux de forêt, alors le gouvernement fédéral menace de vous couper les vivres. Plus de transferts, plus de financement ! » Jusqu’à quand ? Mystère.
C’est à peu près ce qui est en train de se passer chez nos voisins du Sud. Des émeutes ayant éclaté lorsque les agents de l’immigration ont arrêté des immigrants en situation irrégulière sur leur lieu de travail, Donald Trump a signé un décret lui donnant le droit de mobiliser directement la Garde nationale de l’État de Californie, sans obtenir la demande, voire le consentement, du gouverneur de l’État et de la mairesse de la ville.
Que cette décision ait, ou non, alimenté les émeutiers est secondaire. L’important est que le président américain normalise l’utilisation des pouvoirs d’exception qui sont à sa disposition. C’est un peu comme s’il avait attendu impatiemment le premier prétexte disponible. Il a ensuite déployé 700 marines, légalement, en soutien aux forces de l’ordre. Il l’avait déjà fait pour appuyer les agents d’immigration à la frontière, y dépêchant plus de 10 000 soldats en quelques mois, du jamais vu.
On s’extasie souvent, avec raison, devant le système de « freins et de contrepoids » (checks and balances) introduit dans la démocratie américaine par ses fondateurs. Le bras de fer actuel entre Trump et les juges démontre que, même sous pression, le contrepoids toussote, mais fonctionne. Au cours des décennies et à l’occasion des crises multiples, le Congrès américain a toutefois voté pas moins de 137 articles de loi donnant au président des pouvoirs extraordinaires, pour peu qu’il déclare l’état d’urgence, ce qu’il peut faire en toute discrétion.
Chacune de ces dispositions spéciales, écrivait au moment de leur utilisation pour interner des citoyens américains d’origine japonaise en 1944 le juge dissident Robert Jackson, « équivaut à une arme chargée, disponible pour la main de toute autorité invoquant un motif plausible ».
Elizabeth Goitein, directrice du Liberty and National Security Program au Brennan Center for Justice, a faiten 2019, dans The Atlantic, une revue saisissante de tout ce qu’un président mal intentionné aurait le droit de faire.
Il n’y a pas que les troupes. Il peut saisir des véhicules, geler des comptes bancaires, prendre le contrôle d’Internet et de tout autre moyen de communication. Des décrets adoptés après l’attaque du 11 Septembre sur les tours jumelles, et toujours en vigueur, permettent au gouvernement de « désigner » quelqu’un de complicité avec le terrorisme sans devoir le démontrer.
Depuis le gouvernement de Dwight Eisenhower, explique Goltein, existent des directives appelées Presidential Emergency Action Documents (PEAD). Conçues pour parer à une attaque nucléaire soviétique, elles consistent en une série de décrets, de décisions et de messages à utiliser en cas d’urgence. Y compris des listes de gens à arrêter. Ces PEAD ont été constamment mis à jour. Pendant les années 1970, la liste comptait 10 000 noms. Sauf de savoir que les listes existent toujours, rien d’autre n’a filtré.
La question est de savoir comment utiliser ces pouvoirs, dans quel ordre et sous quel prétexte. Surtout, dans quel but. Donald Trump et ses partisans ont amplement démontré leur dégoût pour la démocratie, sauf lorsqu’ils gagnent. La perspective de perdre les élections de mi-mandat de novembre 2026 se profile à l’horizon. Une reprise par les démocrates de la Chambre des représentants serait une catastrophe. Le programme législatif présidentiel serait mort et enterré. Des enquêtes sur la corruption du président s’ouvriraient, avec, à la clé, pourquoi pas, une procédure de destitution. Des efforts considérables sont déployés par les républicains pour établir un énorme trésor de guerre — mais la défection d’Elon Musk complique les choses.
Un plan B semble donc nécessaire. Si une situation d’urgence apparaissait, notamment dans un État démocrate comme la Californie, si on pouvait y susciter un mécontentement tel qu’une partie de la population en veuille aux élites démocrates locales et vote pour des républicains. Ou encore, si la situation était à ce point grave qu’on doive arrêter des gens, contrôler l’information, mettre le vote sous tutelle. Ce ne sont pas les scénarios qui manquent. Les autocrates, souvent, agissent d’instinct. Avancent un pion, puis un autre, créent une occasion, qu’ils saisissent.
Les fondateurs de la République américaine avaient une obsession : empêcher que leur président ne devienne un roi, un dictateur. C’est pourquoi ils n’ont nulle part prévu dans la Constitution de pouvoir d’urgence. « Ils savaient ce qu’étaient les urgences, a écrit le juge Jackson. Ils connaissaient les pressions qu’elles engendrent pour une action autoritaire, savaient aussi comment elles fournissent un prétexte facile à l’usurpation. » Ils voyaient même peut-être plus loin, ajoute-t-il : « […] nous pouvons également penser qu’ils soupçonnaient que les pouvoirs d’urgence tendraient à déclencher des urgences. »
Il y a pire que la famine. Il y a la famine voulue, organisée. Suivant un objectif froid : la disparition d’un peuple.
Ce qui se déroule sous nos yeux dans la bande de Gaza est un acte d’une cruauté sans nom. L’État israélien a bloqué tous les accès, a arrêté tous les convois humanitaires, a mis hors-la-loi l’organisation internationale jusqu’ici chargée de distribuer l’aide et a poussé un Palestinien sur cinq, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), à la sous-alimentation.
Depuis mars, au moins 57 enfants y sont morts des effets de la malnutrition, 17 000 femmes enceintes et allaitantes sont menacées de souffrir de malnutrition aiguë. C’est, dit l’OMS, l’« une des pires crises alimentaires au monde ». Avec cette différence qu’ailleurs, le climat ou la pauvreté en sont la cause. À Gaza, c’est la politique.
Et il n’est pas question ici d’un effet passager, qui s’effacera après un bon repas. Imposer une malnutrition à un enfant a des conséquences immédiates — affaiblissement du système immunitaire, donc propension à développer des problèmes médicaux — et à long terme — retard de croissance, troubles du développement cognitif, problèmes chroniques de santé. « En l’absence d’aliments nutritifs en quantité suffisante, d’eau propre et d’accès aux soins de santé, une génération entière sera affectée de manière permanente », a mis en garde le Dr Richard Peeperkorn, le représentant de l’Organisation mondiale de la santé pour les territoires palestiniens occupés.
Cette situation n’est pas l’effet secondaire de la guerre que mène Israël contre le groupe terroriste Hamas depuis son barbare attentat d’octobre 2023. Non, elle fait partie d’une stratégie assumée de réduction du nombre de Palestiniens. Ils sont mis devant un choix : souffrir ou partir.
Dans les jours qui viennent, l’armée israélienne étendra son invasion terrestre de Gaza. Les deux millions d’habitants du lieu seront refoulés dans une région du sud du territoire qui ne fait pas le quart de leur ancienne patrie. Début mai, le ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich, a clairement indiqué le plan : « Nous occuperons Gaza pour y rester. Il n’y aura plus d’entrée ni de sortie. »
Il s’agira d’une opération de destruction de ce qui reste des infrastructures civiles et de refoulement forcé de la population. Israël voudra recoloniser les trois quarts de Gaza et y réaliser, pourquoi pas, le rêve dément de Donald Trump d’y installer une nouvelle Riviera d’hôtels et de casinos. Le chroniqueur Thomas L. Friedman citait récemment dans le New York Times l’expert militaire israélien Amos Harel, pour qui « le déplacement de la population vers les camps humanitaires, combiné aux pénuries de nourriture et de médicaments, pourrait conduire à des pertes humaines massives ».
Rien dans cette opération ne respecte le droit international. Les accusations, fondées, de crimes de guerre se multiplieront. Mais le gouvernement israélien n’en a cure : il a déjà été condamné. Une fois qu’on a passé les bornes, dit l’adage, il n’y a plus de limites. D’autant que Jérusalem peut compter sur l’appui de son principal commanditaire, Washington, désormais trumpisé.
Les civils restants, affamés, malades, traumatisés, seront invités à quitter le territoire. Mais pour aller où ? C’est là que le plan israélien reste flou. L’Égypte voisine, comme d’ailleurs tous les pays arabes, refuse de les accueillir. Benjamin Nétanyahou espère-t-il que, devant les images de camps surpeuplés et d’un peuple affamé, l’Occident n’aura d’autre choix que de les accueillir ?
La responsabilité du Hamas dans cette tragédie est énorme. Sans sa décision de rompre le cessez-le-feu par son attaque de 2023, sans sa stratégie de se cacher sous les écoles et les hôpitaux, jamais Israël ne se serait engagé aussi loin sur le chemin de l’intransigeance. Si, depuis deux ans, à n’importe quel moment, le Hamas avait rendu les armes pour le bien du peuple pour lequel il prétend se battre, le pire aurait été évité.
Les courageuses manifestations anti-Hamas de centaines de Palestiniens au cours du dernier mois démontrent que ce peuple subit deux oppressions : celle du Hamas et celle d’Israël. Mais la responsabilité de l’assaut en cours sur la dignité humaine repose entièrement sur les épaules du gouvernement israélien.
Sur l’autre versant de l’État d’Israël, en Cisjordanie, la progression éhontée des colonies juives se poursuit, ainsi que les attaques de colons radicalisés contre les populations palestiniennes, avec la participation active de membres de l’armée. De façon plus systématique, depuis janvier, dans la foulée d’une offensive contre des militants armés, l’armée israélienne a déplacé 40 000 Palestiniens de Cisjordanie, les expulsant de quartiers de leurs villes de Jénine et de Tulkarm. Il s’agit de la plus grande offensive israélienne dans ces territoires depuis 1967.
Israël vient de modifier sa législation pour permettre aux Israéliens d’acheter facilement des propriétés sur 60 % du territoire de la Cisjordanie. Le journal français Les Échos rapporte qu’un record de 10 000 permis de construction pour des colons juifs en Cisjordanie ont été délivrés depuis le début de l’année, plus que pour toute l’année précédente. Des projets de loi sont également à l’étude pour réduire les revenus de douane (perçus par Israël, mais dus à l’Autorité palestinienne, ce qui affaiblira cette dernière), ainsi que pour changer le nom officiel du territoire pour « Judée-Samarie », le nom biblique israélien.
Il s’agit donc d’une annexion rampante, graduelle, mais désormais désinhibée, du territoire palestinien de Cisjordanie. Cela tombe bien : le nouvel ambassadeur américain en Israël, le pasteur Mike Huckabee, a toujours soutenu que l’expansion d’Israël en Cisjordanie traduirait la volonté divine. (Au total, il y a trois millions de Palestiniens en Cisjordanie et 500 000 colons juifs.)
L’opération militaire qui se déclenchera dans les prochains jours à Gaza mettra l’Occident devant un dilemme. Aucune pression — politique, diplomatique, économique — ne pourra alors modifier le cours du massacre à venir. Il est particulièrement effarant de constater que le gouvernement d’un peuple décimé par la solution finale hitlérienne, et qui s’en est héroïquement relevé, met à son tour en œuvre une stratégie d’éradication d’un autre peuple. Cela lui vaudra-t-il d’être accusé de commettre un génocide ? La question paraît de plus en plus inévitable. Le gouvernement israélien a choisi d’assumer. Devenir un État paria, avec la bénédiction de la plus grande puissance mondiale, les États-Unis, ne l’émeut plus.
Le président américain affirme avoir parlé récemment au président chinois, Xi Jinping. Ce dernier dément l’information. Il s’agirait donc d’un appel imaginaire. En voici un autre, entre Donald Trump et le président russe. Le dialogue est peut-être fictif. La liste des mesures mentionnées par Trump ne l’est malheureusement pas.
***
Vladimir : Bon, Donald, c’est le temps de faire notre bilan des 100 jours.
Donald : J’ai eu 100 %, c’est plus que n’importe quel président de l’histoire de l’univers !
Vladimir : On se calme ! Passons en revue les tâches dont on avait discuté l’an dernier.
Donald : J’ai la liste devant moi.
Vladimir : Nos interventions sur Facebook t’avaient beaucoup aidé pour ton élection en 2016, mais Joe Biden avait monté des équipes qui bloquaient notre travail.
Donald : C’était ma priorité. Dans un de mes premiers décrets, j’ai démantelé le groupe spécial du FBI qui avait la tâche précise d’empêcher tes influenceurs d’opérer sur notre territoire. J’ai aussi démantelé l’unité de cybersécurité qui s’occupait d’empêcher tes pirates d’interférer dans le processus électoral. J’ai suspendu tout le financement qui coordonnait la sécurité électorale entre les villes, les États et Washington. Vous avez le champ libre.
Vladimir : C’est important, car on va devoir faire le maximum pour faire élire tes candidats aux élections de mi-mandat à l’automne de l’an prochain. Tes tarifs — d’ailleurs, merci de nous avoir épargnés — sont très bons pour détruire la réputation des États-Unis dans le monde, mais ça peut te faire perdre la Chambre des représentants.
Donald : Tu vas voir, d’ici là, ça va si bien marcher qu’ils vont me remercier.
Vladimir : On s’en reparlera. Tu as aussi démantelé les machins qui font la promotion du virus de la démocratie, comme le National Endowment for Democracy, l’International Republican Institute, le National Democratic Institute et le bureau des droits de la personne au sein du département d’État ?
Donald : Absolument, tout ça est mort ou moribond. Et j’ai aussi fermé notre instrument de propagande, Voice of America, et coupé 9 milliards de dollars par an d’aide au développement international.
Vladimir : Oui, j’ai vu, et ça nous aide beaucoup à susciter l’antiaméricanisme dans tous les pays du Sud qui comptaient sur cette aide médicale et alimentaire. Mais vous y êtes allés fort en coupant aussi les programmes de prévention des épidémies. Ça pourrait se propager jusque chez nous !
Donald : On n’a plus aucun problème de santé aux USA, Robert Kennedy Jr. s’en occupe. Tu veux que je te le prête ?
Vladimir : Surtout pas ! Mais continuons la liste. On fait d’énormes progrès dans nos programmes de désinformation, partout sur la planète, mais Biden nous nuisait.
Donald : Les 40 spécialistes qui travaillaient au Counter Foreign Information Manipulation and Interference Hub ont été virés et on a déchiré les 80 contrats des personnes qui leur prêtaient main-forte. Tes influenceurs — et ceux de la Chine et de l’Iran — ont maintenant le champ libre, chez nous comme ailleurs.
Vladimir: C’est parfait. J’ai aussi vu que ton secrétaire à la Défense avait mis fin à votre programme de cyberdéfense et de cyberattaque envers nous. C’est un désarmement unilatéral américain, j’aime ça.
Donald : Oui, c’était sur la liste. J’ai aussi fermé le bureau qui s’occupait de saisir les avoirs de tes amis oligarques russes, j’ai retiré les États-Unis du groupe qui enquêtait sur tes militaires responsables de l’invasion en Ukraine et sur tes crimes de guerre en Ukraine, et j’ai gelé les fonds du projet qui tentait de retrouver les dizaines de milliers d’enfants ukrainiens que tu as kidnappés et disséminés en Russie.
Vladimir : Pas mal, pas mal. Notre plan de match pour la victoire en Ukraine se déroule très bien. Tu as malmené Zelensky dans le Bureau ovale, tu l’as traité de dictateur, tu as établi que son pays ne serait jamais dans l’OTAN et ne retrouverait jamais les territoires que j’ai conquis. On avance.
Donald : Oui, on est dans la phase finale. Comme prévu, je fais semblant d’être mécontent qu’on ne puisse en arriver à un cessez-le-feu, alors je me retire de la discussion et feins de m’en désintéresser. Alors, on passe à autre chose, donc à la normalisation de mes rapports avec toi.
Vladimir : Exact. Et comme tu retires ton aide militaire à l’Ukraine et que les Européens ne peuvent pas totalement compenser, je vais pouvoir progresser de quelques kilomètres par an, jusqu’à Kiev. Maintenir mon pays en état de guerre permanent est la meilleure façon d’assurer mon pouvoir, comme le fait Bibi en Israël.
Donald : Comme on se retire du dossier, on va pouvoir lever nos sanctions contre toi et reprendre notre commerce et nos investissements dans tes champs de pétrole, ça va augmenter considérablement tes revenus. Mais n’oublie pas : comme on en discutait en 2016, tu me laisses ouvrir une Trump Tower à Moscou.
Vladimir : C’est ça, c’est ça, on regarde les plans. Mais toi, tu t’es engagé à me faire inviter au G7.
Donald : Je ne pense pas réussir à te faire inviter au G7 cette année, c’est au Canada. Je n’ai pas l’impression qu’ils seront un État américain d’ici juin.
Vladimir : C’est sûr. Mais, l’an prochain, c’est à ton tour d’inviter, non ?
Donald : Oui, et je vais faire ce qu’on m’a empêché de faire pendant mon premier mandat et tenir la rencontre à Mar-a-Lago.
Vladimir : Si les autres membres du G7 refusent de venir ?
Donald : On sera sept : toi, moi, le Chinois Xi, l’Argentin Milei, le Hongrois Orbán, le Turc Erdogan, et mon grand ami nord-coréen, Kim Jong-un !
Note à tous les chômeurs qui vont bientôt perdre leur gagne-pain, gracieuseté de la folie tarifaire de Donald Trump : une nouvelle carrière vous ouvre grand les portes, celle de contrebandier.
Si vous vivez le long de la plus grande frontière non défendue (pour l’instant) du monde, vous serez aux premières loges. Des fortunes ont été faites, il y a plus d’un siècle, lorsque l’alcool était interdit au sud de la frontière, mais légal et produit en grande quantité au nord. Les Bronfman, ici, et les Kennedy, là-bas, y ont constitué leur accumulation primitive de capital.
Dans la nouvelle ère de contrebande qui s’ouvre, les produits n’auront pas tous le cachet du fruit défendu, mais celui du prix distendu. L’alcool fera toujours partie des produits convoités. La bouteille de Veuve Cliquot, par exemple, vendue — disons — 100 $ à Montréal, le sera 135 $ à Plattsburgh. Une palette de 100 bouteilles vaudra un différentiel de 3500 $. Il y a une passe à faire.
Les contrebandiers ont évidemment le même dilemme que tous les autres entrepreneurs: la rentabilité de leur modèle d’affaires dépend de la prévisibilité des tarfis trumpiens. Pour l’instant, ils n’arrêtent pas de bouger. Par exemple, ils pouvaient il y a 10 jours calculer que tous les produits arrivant au Canada depuis l’Europe sans tarification commerciale vaudraient ici 20 % moins cher que quelques kilomètres plus au sud. Le pactole aurait été encore plus grand pour les produits provenant d’Asie, avec des différentiels de 30 ou 35 %. Mais tout a été mis sur pause et ramené à 10%, une marge trop faible pour monter des réseaux. Pour la Chine, cela semble plus sérieux. Trump ayant (pour l’instant) fait monter les enchères, tout ce qui vient de l’empire du Milieu coûtera 145 % moins cher au Canada qu’aux States. Oui, 145 % !
Le conservateur antitrumpiste d’origine canadienne David Frum, dans The Atlantic, a tenté d’imaginer l’ampleur que pourrait prendre le phénomène d’ici quelques mois. Il compte sur le sens des affaires des petits trafiquants qui viendront s’approvisionner outre-frontière. S’il est difficile de bloquer le flot de fentanyl, imaginez la tâche qui attend des douaniers surchargés lorsqu’il s’agira d’intercepter l’arrivée de café ou de chaussures de sport.
« Même le plus fervent partisan de MAGA ne trouvera pas malsain de marchander des sous-vêtements issus du libre-échange à l’arrière d’un camion venu du Mexique ou du Canada, écrit-il. Il ne sera pas non plus facile d’inciter les forces de police d’État et locales à effectuer des descentes dans les stands qui apparaîtront bientôt dans les rues des villes américaines, et encore moins de surveiller le nombre quasi infini de transactions sur les places de marché en ligne comme eBay et Etsy. »
Les Américains seront d’autant plus avides de rabais que l’impact escompté des tarifs sur leur compte de banque sera salé. Selon les estimations, une famille moyenne pourrait devoir payer environ 3000 $ de plus pour sa consommation courante.
Si ce sont les consommateurs américains qui se déplacent, ils ont droit de faire un aller-retour sans payer de taxes sur les premiers 200 $US d’achat. Les affaires s’annoncent bonnes pour les détaillants qui s’installeront à quelques kilomètres de la frontière américaine. Et pourquoi ne pas consommer sur place ? Repas bien arrosé de produits et de vins importés.
Nos gouvernements ne seront pas rétifs à cette offre transfrontalière ; ils devraient au contraire l’intégrer à leur riposte aux sautes d’humeur trumpiennes. On peut imaginer des campagnes de promotion vantant chez les Américains les avantages de l’achat-pas-chez-vous. Les antitrumpistes seront nos meilleurs clients. « Embêtez Trump, achetez Québécois ! »
Il coûtera moins cher de venir acheter ses pneus neufs chez nous, et probablement quelques pièces de voitures. Alors, pendant la réparation, autant rester quelques jours dans un petit hôtel où on ne voit personne porter de casquette MAGA. David Frum suggère même à nos gouvernements d’offrir aux visiteurs américains une exemption de la taxe de vente sur les produits qu’on leur sert.
Le gouvernement Trump réagirait-il en réduisant le personnel aux douanes, pour créer des bouchons détestables ? Peut-être. Cela rendrait les Américains plus furieux encore, et la contrebande fleurirait, écrit Frum, par bateau, « dans de petits avions, par motoneige et à pied ».
Dans le New York Times, l’auteur Ted Genoways prévoit une explosion du marché noir à la frontière mexicaine. Il rappelle qu’au temps de la prohibition, la police américaine tentait de bloquer l’importation de tequila mexicaine. L’opération a eu deux effets : rendre la tequila encore plus populaire et susciter la création au Mexique de cartels de contrebande. Aujourd’hui, les cartels frontaliers se spécialisent dans le passage de migrants et de drogue. Mais ce sont des professionnels de la marge de profit. S’ils peuvent faire passer aux États-Unis n’importe quel produit mexicain frappé par un tarif et le vendre à moindre coût pour un gain intéressant, leurs réseaux sont déjà prêts.
Le chaos tarifaire fera le bonheur de contrebandiers qui opèrent bien au-delà des Amériques. Puisque les tarifs sont différenciés d’un endroit à l’autre, il devient profitable de déplacer des marchandises vers les pays moins tarifés avant de les exporter aux États-Unis. Un genre de tourisme commercial tarifaire. Un des plus beaux cas, relevé par l’économiste Paul Krugman, est celui de l’Irlande. Au nord de l’île, l’Irlande du Nord est une province du Royaume-Uni, frappé d’un tarif de 10 %. Le sud de l’île, la République d’Irlande, fait partie de l’Union européenne, qui doit, après la « pause », casquer 20 %. L’exportateur qui doit envoyer une marchandise à New York a tout intérêt à déplacer son stock vers le nord. Croit-on un instant que le gouvernement britannique va investir argent et énergie pour empêcher cette bénigne entourloupe ?
Donald Trump avait rendu célèbre la photo prise lors d’une de ses arrestations — son mug shot. On peut acheter des t-shirts et des tasses l’arborant. Les contrebandiers qui feront fortune grâce à lui devraient, à mon avis, tous porter ces t-shirts. Il serait normal que le président hors-la-loi soit leur modèle, leur emblème. Et qu’on le retrouve, pourquoi pas, sur leurs tatouages. Ils auraient Trump dans la peau.
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